Articles‎ > ‎8. Actualités d'ailleurs‎ > ‎Grèce‎ > ‎

deux ou trois choses sur l'Allemagne et la Grèce...

publié le 6 janv. 2015 à 07:51 par Jean-Pierre Rissoan
publié le 7 sept. 2011 16:58 par Jean-Pierre Rissoan

    L’Allemagne est le premier client et fournisseur de la Grèce. L’Allemagne absorbe le quart (25%) des exportations helléniques et fournit 16% de ses importations commerciales. Mais les achats grecs sont bien plus élevés que les ventes (rapport de 4 à 1). En dollars -les chiffres qui suivent ont valeur approximative mais cela ne change pas la problématique- les achats aux Allemands ressortent à 3,4 milliards et les recettes des ventes à 1,4 Md. Soit un déficit de 2 milliards de US$ chaque année à l’égard du géant européen.

La Grèce achète des machines-outils, du matériel de transport, des produits alimentaires, des produits chimiques et pétroliers. A part les produits alimentaires, ce sont autant de secteurs où l’Allemagne est forte. La Grèce vend surtout (par ordre d’importance) des fruits et légumes, de l’huile d’olive, des produits textiles et de l’acier, du ciment et de l’aluminium, quelques produits manufacturés comme les vêtements.

Nul besoin d’être grand clerc pour deviner qu’il y a là un échange parfaitement inégal entre les deux pays. Combien faut-il de travail humain grec dans les fruits et huile d’olives pour acheter une machine-outil allemande ?

Le déficit est profond entre les deux pays. Et il est ancien.

Pour équilibrer autant que faire se peut, sa balance des paiements, la Grèce compte sur ses rentrées touristiques, ses ventes de services maritimes et les envois effectués par la diaspora grecque du monde entier. mais l'équilibre est rarement obtenu. La Grèce est largement parcourue par les touristes allemands et cela lui procure des rentrées précieuses mais on sait bien la situation de dépendance que procure un tourisme excessif.

Dans un livre publié en 1988[1], J.-F. Drevet écrivait déjà que la situation entre ces deux pays « est conforme à l'idée qu'on se fait des rapports nord-sud » sic.

Cet auteur établissait une comparaison entre ce que chaque-pays-membre donne au budget communautaire ou ce qu’il en reçoit, d’une part, et le solde de sa balance commerciale avec les autres pays -membres d’autre part. Et il pouvait écrire : Pour la Grèce et la RFA, la situation est très contrastée, et conforme à l'idée qu'on se fait des rapports nord-sud. Pour la première, le déficit commercial structurellement important est partiellement couvert par un flux budgétaire en provenance de Bruxelles (3.2 milliards d'ECUS de déficit commercial pour un avantage budgétaire de 1.3 milliard). Inversement la RFA « achète » son avantage commercial (9.5 milliards d'excédent) par 3.3 milliards de contributions nettes aux finances communautaires.

Autrement dit, et cela dure depuis des décennies, l’Allemagne est certes contributrice nette au budget européen (elle verse plus qu’elle ne reçoit) mais l’échange inégal qu’elle a avec les autres pays de l'Europe de Bruxelles compense largement cette contribution. L’Allemagne n’a pas à se plaindre du fonctionnement de l’Europe. Loin de là.



[1] « Les régions françaises en tre l’Europe et le déclin », éditions SOUFFLES, Paris, par J.F. DREVET, chargé de mission à la DATAR.

Comments