les élections britanniques (2015)

publié le 12 mai 2015 à 02:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 mai 2016 à 09:02 ]
    
     Les électeurs britanniques ont voté et voté conservateurs. Les Écossais se distinguant par un vote massif pour le Parti national écossais (SNP). je publie d'abord quelques cartes significatives puis une ITW d'un spécialiste, Keith Dixon, interrogé par le Grand reporter Pierre Barbancey.

    Les Conservateurs obtiennent presque 37% des suffrages (popular vote) et le parti populiste anti-européen presque 13%, ce qui signifie que la droite et l’extrême-droite représentent presque la majorité absolue des Britanniques. Avec 12,9% des voix, le UKIP (parti pour l'indépendance du RU) n'a qu'un seul (1) député à Westminster. C'est anti-démocratique mais les Anglais aiment bien ce mode de scrutin. Avec 37% des voix, les Conservateurs gagnent la majorité absolue des sièges (seats)  à Londres. Ils peuvent gouverner contre 63% de leurs concitoyens. Avec ce système qui avantage le parti arrivé en tête quel que soit son pourcentage, les nationalistes écossais obtiennent 4,7% des suffrages mais 8,6% des sièges à Westminster.

GÉOGRAPHIE DES RÉSULTATS.

 

 L'analyse est plus facile avec une comparaison entre 2015 et les élections de 2010. Ainsi qu'avec cette carte montrant le parti arrivé en seconde place dans chaque circonscription. 

On constate que le "phénomène" anti-européen, national-populiste concerne exclusivement l'Angleterre stricto sensu, cad ni l’Écosse, ni le Pays de Galles. En violet, les circonscription UKIP : c'est exclusivement l'Angleterre riche du sud, du sud-est et de Cornouaille qui vote pour le grand large...



    
    Concernant l’Écosse, on observe que les Nationaux du SNP sont vainqueurs partout (je rappelle qu'est élu le candidat arrivé en tête au 1er et unique tour de scrutin), le parti nationaliste écossais emporte 56 des 59 sièges de leur pays. L’opposition avec les Anglais est claire. Seule, la circonscription de Dumfries (Highlands du sud) a voté conservateur. La situation était beaucoup plus variée en 2010, où les quatre "grands" partis étaient représentés. Fief traditionnel du parti travailliste (qui avait 41 sortants), l’Écosse s'échappe. Le Labour garde 1 seul et unique siège à Edinbourg-sud.

    Le Pays de Galles garde sa représentation multicolore, avec travaillistes (rouge), conservateurs (bleu) libéraux (orange) et parti régionaliste (grisé). L'Irlande du nord envoie également des députés régionalistes au parlement de Londres.
L'Angleterre reste massivement bleue, c'est-à-dire conservatrice. Le sud - à l'exception de plusieurs circonscriptions londoniennes - est un bastion tory qui semble inexpugnable. Le parti Libéral y est balayé. Ont gardé un député travailliste Cambridge, Luton, Oxford-est, Bristol, Exeter, Leicester...

    Les travaillistes ramassent un échec prévisible. Ils restent dans la mouvance blairiste et n'ont pas grand-chose de différent avec les conservateurs. Les électeurs préfèrent donc garder l'original plutôt qu'une pâle photocopie. Le "Labour" -ou ce qu'il en reste- garde ses circonscriptions du nord de l'Angleterre (ne pas confondre Écosse et nord de l'Angle-terre...), nord qui commence avec Birmingham. Liverpool, Manchester ainsi que West- et South-Yorkshire reste au centre-gauche (sic). Plus au nord encore, la Combrie (littorale) et Durham et Tyne&Wear, versant Mer du Nord, restent fidèles mais, à quoi , my God !

 

LE POINT DE VUE DE KEITH DIXON, PROFESSEUR HONORAIRE DE CIVILISATION BRITANNIQUE (LYON II).

Comment expliquer ce raz-de-marée conservateur auquel personne ne s’attendait ?

Keith Dixon Je suis un peu réticent à l’expression "raz-de-marée" parce qu’en réalité avant 2010, le parti qui gagnait les élections en Grande-Bretagne disposait d’une majorité absolue au Parlement. C’est "normal" dans le fonctionnement du système majoritaire à un seul tour. Ce qui est surprenant, c’est le résultat par rapport aux sondages. Le Parti conservateur a réussi à consolider son bloc de soutien, qui est assez clairement situé géographiquement. Il y a un bloc conservateur qui concerne le grand sud de l’Angleterre. On assiste aujourd’hui à ce qu’on pourrait appeler une forte fracture territoriale entre le conservatisme du sud et le reste de la Grande-Bretagne. Je mets de côté l’Irlande du Nord, qui est un cas spécifique. Que ce soit le pays de Galles, le nord et le nord-est de l’Angleterre et puis bien sûr l’Écosse, il y a là un abyme qui s’ouvre entre ces parties-là du Royaume-Uni et l’autre, la plus peuplée, qui a permis aux conservateurs de remporter la victoire. Mais, historiquement parlant, c’est une petite victoire en termes de sièges. Il faut souligner qu’on s’attendait à un taux de participation élevé en Écosse, à la suite du référendum de septembre qui avait réactivé une partie de l’électorat écossais. C’est ce qui s’est passé.

Comment les conservateurs ont-ils fait pour l’emporter de cette manière ?

Keith Dixon Pour être clair, je ne fais pas vraiment de distinction entre le vote conservateur et le vote UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, populiste – NDLR). C’est ce que j’appelle le bloc conservateur. UKIP est, en quelque sorte, un parti thatchérien canal historique, qui maintient la brutalité thatchérienne, qu’on trouve moins fortement exprimée chez Cameron. Mais ce dernier a mobilisé sur les thèmes traditionnels du conservatisme britannique depuis Thatcher. Une partie de la population britannique a profité des transformations thatchériennes. Cette population représente le socle du vote conservateur. Et puis il y a toujours cette histoire réanimée de la compétence économique des conservateurs par rapport aux travaillistes. Un mythe qui est largement repris et pas seulement en Grande-Bretagne. J’ai été atterré de voir dans Libération un article expliquant qu’une partie de la réussite économique de la Grande-Bretagne était due à la forte flexibilité du marché du travail, et en particulier aux fameux contrats "zéro heure".

Les travaillistes vont-ils s’en sortir après cette défaite ?

Keith Dixon On est vraiment à un tournant. Les travaillistes viennent de perdre ce qui était, au moins depuis la Seconde Guerre mondiale, un bastion : l’Écosse. Il y a évidemment déjà eu des moments où les travaillistes ont perdu les élections en Écosse, comme dans les années 1950. Mais on voit difficilement dans l’avenir, le Parti travailliste se reconstituer une majorité à la Chambre des communes sans l’apport écossais. Cet apport écossais a tout simplement été rayé de la carte. Personne ne s’attendait à cette ampleur.

Pour le Parti travailliste, c’est une crise dont il ne pourra pas sortir immédiatement. Ed. Miliband a démissionné. Mais, si on regarde les candidats potentiels à sa succession, on est toujours parmi cette même génération venue aux affaires au moment des "néotravaillistes". C’est le problème du Parti travailliste. Il ne se rend pas compte qu’une partie de la population, de l’électorat traditionnel travailliste, ne veut pas entendre parler de ces quadras ou quinquagénaires, qui ont porté le projet travailliste sous Blair et sous Brown.

Vous ne voyez pas les travaillistes se tourner vers une politique anti-austérité ?

Keith Dixon. Je le souhaite de tout mon cœur. Mais je suis suffisamment au courant de ce qui se passe dans les affaires politiques en Grande-Bretagne pour ne pas être optimiste de ce côté-là. Le Parti travailliste n’a pas mené jusqu’au bout l’analyse critique de cette dérive observée sous la direction de Blair, puis de Brown. Ed Miliband lui-même est un pur produit du néo-travaillisme.(1)

Immédiatement après sa victoire, David Cameron a annoncé un renforcement de la décentralisation et notamment en ce qui concerne les pouvoirs dévolus à l’Écosse. Qu’est-ce que cela signifie ?

Keith Dixon Il ne sait plus très bien comment faire. Cameron est suffisamment intelligent politiquement pour constater que le territoire britannique dans son ensemble est en situation de crise. Il y a une vraie fracture, portée en particulier par l’électorat écossais, qui refuse maintenant et totalement les partis britanniques, qu’il s’agisse des conservateurs, des libéraux-démocrates ou des travaillistes. Il y a un retournement de situation en Écosse depuis le référendum, qui est assez spectaculaire.

Historiquement, les partis britanniques qui se trouvent dans une situation de ce type considèrent – c’est notamment le cas des travaillistes – qu’en faisant quelques concessions à l’autonomie écossaise, ce serait suffisant pour couper l’herbe sous le pied au mouvement pour l’indépendance. Pour maintenir l’unité du territoire britannique, Cameron va continuer à transférer des pouvoirs au parlement d’Écosse.


(1) on sait que ce pronostic pessimiste de Keith Dixon  a été démenti par l'arrivée à la tête du Labour de Jeremy CORBIN (ci-contre).

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