Femmes : la révolution du 8 mars

publié le 28 août 2012 à 10:37 par Jean-Pierre Rissoan
      08/03/2011  

Il ne faudrait pas passer à côté de la journée internationale des femmes dans un blog qui s’intitule « révolution, jeunesse du monde ! ». C’est d’autant plus nécessaire que j’ai en tête ces propos tout à fait récents d’Edgar Morin qui propose une "voie", une "transformation progressive (qui) aboutit à la métamorphose que je substitue au mot de révolution" et à qui un journaliste interjetait :  "Mais pourquoi pas révolution ? Pourquoi n’indiquez-vous pas de finalité, de lieu de convergence ?"[1]

Edgar Morin répondit : "J’ai abandonné ce terme (de révolution) parce qu’il a été trop connoté par l’idée de violence et par celle qu’il suffisait d’une transformation socio-économique, d’éradiquer la classe exploiteuse. Les exemples que nous voyons aujourd’hui en Afrique du Nord montrent que quand des révolutions se font, elles se font dans des mouvements pacifiques. Ceux qui font couler le sang sont ceux qui répriment, et pas les révolutionnaires. La force aujourd’hui, et là je reprends une idée de mon ami Stéphane Hessel, c’est de miser sur la non-violence".

Il est bien vrai que l’idée de Révolution est associée à l’idée de violence et le rôle de la violence dans l’histoire n’est pas à démontrer. La France célèbre chaque année un acte de violence armée : la prise du château de la Bastille, prison d’Etat. Mais je ne pense pas qu’il faille définitivement associer violence et révolution. Déjà le grand historien Labrousse faisait remarquer qu’au XVIII° par un lent processus de contestations, de revendication allant jusqu’aux procès -qu’ils gagnaient- les paysans dans certains régions ou Etats étaient arrivés à changer les rapports sociaux et donc avaient fait la révolution.

Edgar Morin souligne lui-même le caractère pacifique des "révolutions" arabes : preuve que le mot ne doit pas être abandonné.

La démocratie grecque tirait au sort les citoyens qui devaient chaque année assumer telle ou telle charge publique. Mais il s’agissait des hommes libres nés sur le sol d’Athènes. En étaient exclus les femmes, les métèques et les esclaves !

Il y a là tout un programme d’avenir !

La Révolution consiste à faire accéder au pouvoir les immigrés créateurs de richesses en leur donnant la qualité de citoyens de leur pays d’accueil, les travailleurs que l’intensité et la durée du travail ne permettent pas d’exercer pleinement leurs droits et d’assumer leurs devoirs et les femmes.

Le droit de vote accordé aux femmes fut une mesure très pacifique et toute révolutionnaire. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

Il y a là un morceau de révolution à mener et toutes les luttes féminines qui vont dans ce sens sont bonnes à prendre.



[1] Entretien réalisé par Jérôme Skalski, L’Humanité du 1er mars 2011.

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