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Autriche : carte des résultats de décembre 2016

publié le 5 déc. 2016 à 01:30 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 déc. 2016 à 01:33 ]


    Voici la carte de l’Autriche, établie commune par commune, fournie par le ministère de l’intérieur de ce pays.
On devra la comparer avec celle du dernier scrutin, également établie commune par commune et dont voici le lien  : 2ème tour de la présidentielle autrichienne... le vent du boulet mais le réalisateur n'est pas le même. Sans conséquence grave...

    Il y eut une participation plus importante (+2%) et les communes périphériques aux métropoles ont donné une majorité à Van der Bellen. Voyez Vienne aussi Graz. C'est peut-être encore plus net pour Linz et Salzbourg.
    Autrement l"analyse effectuée en mai de cette année reste globalement la même.

    Après le vent du boulet, souhaitons que les "élites" comprennent que la mondialisation a des limites au-delà desquelles les peuples ne souhaitent pas aller.
    Mais le plus sûr pour cela est que les peuples s'en mêlent.

U.-K. : géographie du vote "IN" et "OUT"

publié le 30 juin 2016 à 05:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 sept. 2016 à 09:58 ]

   lire aussi : les élections britanniques (2015)

    Je place en exergue cette merveilleuse sentence de Jean Jaurès, socialiste patriote et internationaliste, qui est particulièrement pertinente en ces temps de mondialisation où la finance cosmopolite piétine le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cette sentence préfigure l'Europe des nations qui était le vœu du général De Gaulle.

"Même l’accord des nations dans la paix définitive n’effacera pas les patries, qui garderont leur profonde originalité historique"

J.J. 30 juillet 1903


    Je place en introduction cette carte qui représente les résultats du referendum avec comme trame le réseau des circonscriptions législatives ayant servi, en 2015, à élire les députés du parlement de Westminster. Il faut la consulter en permanence.
  

   La géographie du vote British de jeudi dernier permet – peut-être – de comprendre les motivations profondes des électeurs. J’avoue cependant ne pas trop saisir le vote "out" des Tories aisés. Boris Johnson, ancien maire de Londres, désespoir des coiffeurs, vient de faire des déclarations apaisantes qui abondent mon idée selon laquelle les dirigeants Tories n’ont pas voulu laisser la possible victoire à l’extrême-droite de l’UKIP (U.-K. Independance party) et, ne mettant pas leurs œufs dans le même panier, ont mis en selle deux leaders –Johnson et Cameron- afin d’avoir obligatoirement un leader victorieux. C’est ce qu’annonçait Le Monde diplomatique de juin : "Dilemme pour la gauche (Labour) : une sortie renforcerait la position du député conservateur Boris Johnson ; un maintien, celle du premier ministre David Cameron"…[1]

    Le vote de la City de Londres (n°151 dans la carte du Greater London ci-dessous) contre le Brexit – 75,3% de "Remain" – montre assez pour qui battait le cœur des possédants. Le Greater London donne 7 circonscriptions sur les 10 anglaises qui ont le plus voté pour le Remain (dont Lambeth 78,6% -record national-, Hackney 78.5%, Islington, Haringey, and so on…). La campagne des Conservateurs pour le Remain a été financée par des sponsors comme la banque Morgan-Chase, le MEDEF britannique, Goldman Sachs et HSBC, bien d’autres encore dont la principale préoccupation était "la santé de la City, l’immense secteur de la finance qui profite de son accès aux marchés européens"…[2]   

    Londres

    Voici deux cartes du Grand Londres : à gauche le vote pour (bleu) ou contre (jaune) le Brexit ; à droite, les multiples circonscriptions législatives avec la couleur de l’élu : rouge pour les Travaillistes, bleu pour les Conservateurs.


    On voit que les circonscriptions rouges n’ont pas fait obstacle au vote "in". On peut même dire que le Londres travailliste a voté pour le Remain ce qui, associé au vote Remain-patrimoine (cf. supra), donne une large majorité. Au total, le Brexit est repoussé par 60% des votes exprimés, soit 12% de plus que le vote national. Greater London apporte 790.000 voix de bonus au Remain, c’est beaucoup mais insuffisant car la capitale n’a pas beaucoup voté : environ 60% contre plus de 72% de participation au niveau du royaume. Signe de l’embarras des électeurs travaillistes ?

    Mais on peut comparer ce vote londonien au vote parisien de 2005. Alors que l’immense majorité des électeurs socialistes du Nord-Pas-de-Calais - exemple significatif - votaient NON au referendum (à l’encontre des consignes du parti hollandais), les Parisiens votaient non moins massivement pour le OUI : 75%. Il y a plusieurs façons d’être socialistes…     La circonscription londonienne de J. Corbyn porte le numéro 334. Dans cette partie du borough d'Islington, le "IN" dépasse les 76% avec un taux de participation supérieur à 72%.

    Autres votes travaillistes à la londonienne

    Trois cas dont le lecteur va vite apercevoir les similitudes : Cambridge, Oxford et Exeter.

    En 2014, lors des élections législatives, dans l’immense océan bleu, couleur des Tories, on peut voir, avec une loupe, trois petites îles rouges : Cambridge (circonscription 119), Oxford East (circ. 443) et Exeter (Devon) (circ. 244). Je ne présente ni Cambridge, ni Oxford. Exeter est aussi une ville universitaire, avec en plus le centre de la météorologie nationale (très gros employeur), une ville administrative, bref, un électorat très Labour… Aujourd’hui, ces trois areas ont toutes voté contre le Brexit, pour le maintien dans "l’Europe". Tant et si bien qu’elles sont toujours aussi isolées dans l’océan du Brexit anglais. Il y a aussi le cas de Norwich (Norfolk, East Anglia) cf. infra et de Luton (travailliste en 2015, université et usines automobiles) au nord du Greater London et contre le Brexit.

    Le vote par région

    La carte des douze régions anglaises – lesquelles servent presque uniquement à l’élection des députés britanniques au parlement de Strasbourg – permet une première approche. Voici un graphique élaboré par les services du Financial Times qui indique l'apport de chaque région soit au Remain, soit au Leave :

    Londres est vraiment à part. Le vote des Écossais et des Irlandais du Nord montre à l'évidence l'existence d'un problème régional. Ici, la réglementation européenne est vécue comme un bouclier protecteur face à l’ultra-libéralisme dévastateur des Tories londoniens. A chacun sa vérité...

    Toutes les autres régions du Royaume - Pays de Galles compris - ont voté massivement pour le Brexit.On pourrait discerner un gradient Nord-Sud : les régions méridionales, très Tories, très UKIP (South West England, South East England), dédaigneuse du Nord de l'Angleterre -qui n'est pas l’Écosse ! attention à l'incident diplomatique ! donnent la majorité au Brexit à cause de ce vote d'extrême-droite -UKIP- qui vient étayer le vote Brexit des Conservateurs, ces derniers se partageant (58% pour le OUT et 42% pour le IN, à l’échelle nationale). D'ailleurs la carte d'introduction montre de nombreuses circonscriptions grises où le OUT est majoritaire de très peu.
    Le cas de l'East Anglia est intéressant. Dans cette marée bleue, on voit l’îlot de Cambridge dont j'ai déjà parlé. Les mieux dotés en lunettes pourront voir la tête d'épingle rose de Norwich qui a voté travailliste en 2015 et Reamain en 2016. Norwich, éminent centre universitaire et de recherche. Mais le plus intéressant pour nous, ici, est le cas de l'estuaire de la Tamise et, surtout, du Wash, golfe de la Mer du Nord qui baigne à la fois East Anglia et East Midlands. C'est là que l'on a le plus voté (voyez la couleur bleu-roi) en faveur d'une sortie de l'Europe de Bruxelles et de son laxisme circulatoire, entendez la libre circulation des hommes, ce que le patronat britannique traduit comme libre accès au marché international de la main-d’œuvre. Ici, la main-d’œuvre taillable et corvéable, c'est la polonaise.
    Pour apprécier l'importance du fait polonais en Angleterre je suggère deux lectures [3]. Les ports de l'estuaire de la Tamise et ceux du Wash sont la tête de pont du débarquement polonais, on a pu dire que le royaume de sa gracieuse majesté était devenu la 17° voïvodie de l’État polonais. La lecture de l'ouvrage universitaire est intéressante, bien évidemment, mais, comme souvent, c'est un peu "tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil". Impossible à sa lecture de deviner la xénophobie qu'a créée cette trop rapide immigration. Ainsi :  “l’image de l’Europe en Pologne a évolué de façon très positive… : aujourd’hui, on ne se sent plus menacé par les catastrophes que notre adhésion aurait soi-disant provoquées", texte, il est vrai écrit en 2006. Mais on trouve aussi ceci : "dans certains cas, ils occupent des emplois dont les Britanniques ne veulent pas ; dans d’autres, ils sont préférés par les employeurs à des nationaux, jugés moins motivés, moins fiables et dont les salaires sont plus élevés. Autrement dit, certains employeurs qui doivent licencier préfèrent écarter leurs concitoyens, ceux-ci ayant des salaires plus élevés et une moindre productivité que les Polonais". Le capital n'a pas de patrie.
    C'est à Boston (Lincolnshire, East Midlands) et à South Holland (limitrophe de la précédente) que l'on a les records du vote OUT , respectivement 75,6 et 73,6%... Castle Point, estuaire de la Tamise, est 3° avec 72,7%...[4]. Ces deux Gateways de l'immigration polonaise sont ainsi devenues des fiefs du nationalisme britannique.
Photo à Boston. A gauche une magasin de produits alimentaires d'Europe de l'est (Eastern european foods), à droite magasin polonais (cf. l'aigle blanc) bilingue. Source : L'Huma du 30 juin, enquête (excellente) de Thomas LEMAHIEU.
    Avec l’Angleterre du milieu (Midlands) et celle du Nord (au sud du mur d'Hadrien) on a le vote lourd du Brexit. Ce sont ces régions qui ont fait pencher la balance. Ce que confirme ces deux cartes complémentaires l'une de l'autre :

     Ce qui est délicat pour le parti de M. Corbyn – lequel a appelé au Remain – c’est que son électorat majeur, massif, a voté Leave, on part ! Cette fracture, observée bien avant le vote, explique le titre de l’article du Monde diplomatique : malaise...  

    Le vote des ouvriers et employés en faveur du Labour puis du Brexit.

  

    Pour Emmanuel Maurel, député européen socialiste, " il y a une erreur d’interprétation sur le vote en faveur du Brexit : les Anglais ont voté contre l’Europe libérale. C’est un vote de classe : les personnes qui subissent la mondialisation ont souhaité la sortie de l’Union européenne".

     La carte des élections législatives de 2015 montre, au-delà de l’ample couleur bleue, des espaces travaillistes de couleur rouge. Je dis bien "espace" car les célèbres black countries étaient des surfaces vastes et peuplées, c’étaient des fiefs du Labour bien visibles, même après une victoire torie. La carte du "out" de 2016, ne montre plus ces espaces : les circonscriptions détenues par un député travailliste ont pour l’essentiel voté pour le Brexit, quoiqu’on ne puisse pas contrarier un observateur qui penserait que ces bases du Labour ont davantage voté contre le gouvernement Cameron que contre l’Europe…Je vous invite donc à comparer la carte générale des circonscriptions de 2016 (cf. supra, introduction à cet article) et la carte des élections générales de 2015 (source : Wiki).

 

Au côté droit de la carte générale du Royaume, il y a quatre "cartons" : de haut en bas, les Lowlands écossaises, l'espace de la Mersey au Yorkshire, Westmidlands avec Birmingham et le Greater London.

Le vote travailliste en 2015 ne concerne pas une ou deux circonscriptions isolées mais tout un espace englobant une voire des dizaines de circonscriptions groupées.

Le carte du résultat du referendum par circonscription en revanche ne montre plus cette cohérence spatiale, le vote Remain concerne une ville-centre mais sa banlieue a basculé dans le OUT...

Voici un extrait de la carte de la Mersey à York, à l'échelle agrandie, à comparer avec le carton correspond de la carte ci-contre  :

    Sur le même parallèle, on a Liverpool, Manchester et Sheffield ; sur le méridien de Sheffield, au nord, on a Leeds et sur le parallèle de Leeds on a York. Toutes les circonscriptions situées entre ces métropoles, aux députés travaillistes en 2015, ont voté Leave, ne respectant pas les consignes du parti travailliste de J. Corbyn. On retrouve comme partout ailleurs la même opposition entre villes et campagnes, en l'occurrence, ici, entre villes-mères et banlieues suburbaines et rurbaines. 

    Au Pays-de-Galles, l'arrière-pays de Cardiff, black country par excellence, zone de force du Labour en 2015, a voté OUT à l’exception de Swansea (université) et de Cardiff (métropole).

Un cas concret pour comprendre.

    Le journal La Croix du 28 juin construit un dossier sur La Fronde des oubliés. Avec en sous-titre "au Royaume-Uni, en France ou en Allemagne, les déçus du projet européen se vivent comme des oubliés de la mondialisation". En page intérieure,  le compte-rendu de l'entretien avec un "oublié", Jamie, réceptionniste au centre communautaire de Southmead, quartier situé à 30 mn de bus du cœur de Bristol, "qui se résume à des alignements de maisons de brique souvent rafistolées, égayés (sic) ici par un super-marché low cost (...).

"Les portes du monde du travail ne se sont jamais plus qu'entrouvertes pour ce père d'une fillette de 3 ans, qui a interrompu ses études à l'âge de 16 ans après que sa mère, sans emploi, l'a mis dehors - son père est mort quand il était enfant. Employé à temps partiel par la Ville, Jamie a bien répondu à une annonce pour un poste de caissier dans l'un des deux supermarchés low cost de Southmead. En vain. "Ils ont donné le boulot à un Polonais sans même me proposer un entretien", raconte-t-il. "Je ne vois pas comment il pouvait être plus compétent que moi, il n'y a pas moins qualifié comme boulot".

Comme beaucoup d'autres, Jamie considère qu'il a fait les frais de L'UE et de son principe de libre circulation des travailleurs, victimes d'incidents xénophobes condamnés, hier, par un porte-parole du premier ministre David Cameron. "Ici, les emplois reviennent en majorité à des migrants européens, et pas aux citoyens britanniques", regrette Jamie. Alors, s'il n'est pas raciste - "Regardez, à la réception, je travaille avec une collègue noire" - il pense que "les Britanniques devraient avoir la priorité pour les emplois". Jamie s'étonne de voir qu'une entreprise comme Virgin Media, dirigée par un Britannique, a établi ses centres d'appels en Inde. "Nous aidons tout le monde à avoir un emploi, mais nous ne nous aidons pas nous-mêmes" commente-t-il. Et d'avancer une autre preuve : "Il y a quelques années, l'UE (sic) a décidé, contre notre volonté, d’installer l'usine Ford qui était à Southampton en Turquie". Aux yeux de Jamie, la règle de la priorité nationale devrait aussi s'appliquer au logement. Avec son salaire mensuel de 600 livres (720 €), Jamie loue un deux-pièces qu'il partage avec sa compagne, sans emploi, et leur fille. "Une fois que j'ai payé toutes mes factures, dont mes 120 livres d'impôts (140 €), il me reste 100 livres (120€)", explique-t-il. Depuis plusieurs années, il attend un logement social, qui ne lui a jamais été attribué. "Ce n'est pas juste, si vous arrivez au Royaume-Uni avec votre famille pour demander le statut de réfugié, on vous loge immédiatement dans une maison", poursuit-il. "Je vis moins bien qu'un réfugié"." fin de citation.

    Rien n'est pire que la mise en concurrence des travailleurs par le patronat mondialisé.

         Un dernier mot sur l’Écosse. Pour nos amis écossais, l'Europe est un garde-fou contre les folies des ultra-libéraux de Westminster et de la City, le l'ai déjà dit. Cela est tellement vrai que même les Highlands du sud, frontalières de l'Angleterre et qui, de ce fait, votaient pour les Tories (cf la circonscription 208 de Dumfriesshire, Clydesdale & Tweeddale)  ont joint leur voix au Remain de (presque) tous leurs compatriotes. Va-t-on vers une nouvelle annus horribilis pour sa Gracieuse Majesté ?

 lire aussi : les élections britanniques (2015)

    Ci-dessous une photo montrant des Polonais manifestant en Angleterre après le meurtre xénophobe de l'un des leurs consécutif à la victoire du brexit.


[1] Monde diplomatique, juin 2016, page 1, article signé Renaud Lambert « Brexit, malaise chez les Travaillistes ».

[2] Idem.

[3] Anne De Tinguy et Catherine Wihtol de Wenden, « Les migrations polonaises en Grande-Bretagne et en Irlande », Hommes et migrations [En ligne], 1283 | 2010, mis en ligne le 29 mai 2013, consulté le 29 juin 2016. URL : http://hommesmigrations.revues.org/1014. Plus prosaïque mais plus réaliste : "Les Polonais en Angleterre face à la xénophobie post-Brexit" - L'Obs ; tempsreel.nouvelobs.com › Monde

[4] pour la lecture administrative du Royaume : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d6/Map_of_the_administrative_geography_of_the_United_Kingdom.png

2ème tour de la présidentielle autrichienne... le vent du boulet

publié le 24 mai 2016 à 09:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 déc. 2016 à 09:55 ]

   
    Pour lire le tableau ci-dessous du ministère de l’intérieur autrichien, il faut faire preuve d'un peu de jugeote (j'écris pour les non-germanistes). Ce sont les résultats nationaux avec comparaison d'un tour à l'autre.  Au 1er tour, 68,5% des inscrits se sont déplacés et 72,7% au second soit une augmentation de 271.329 votants. Mais, à cause de l'augmentation du nombre de bulletins nuls (de 2,1 à 3,6%) l'augmentation du nombre de suffrages exprimés n'est que de +72.557 v.. La participation monte à 72,7% ce qui exprime une mobilisation par rapport au 1er tour, mais on reste loin des participations de la période des Trente Glorieuses (cf. les chiffres donnés dans le 1ère partie).
    Contrairement à ce que des naïfs comme moi ont pu penser, Hofer (FPÖ) n'avait pas "fait le plein" de ses voix au premier tour. Au contraire, il passe de 23,5% des INSCRITS au 1er tour à 34,8% au second, soit une progression de +11,3% des INSCRITS entre les deux tours. Bien entendu, pour l'avoir emporté, le candidat Alexander Van der Bellen a fait mieux. Il gagne 21% des INSCRITS entre les deux tours, avec un gain supérieur à 1,3 millions de suffrages (29% des suffrages exprimés). Résultat d'autant plus remarquable que ce "front républicain" fut spontané, comprendre construit par les électeurs eux-mêmes sans mot d'ordre national : le PS autrichien n'ayant même pas appelé à voter pour Van der Bellen... La social-démocratie a perdu la tête.


Österreich, vorläufiges Endergebnis inklusive Briefwahlstimmen

2. WahlgangEndergebnis
1. Wahlgang
Vergleich
1. – 2. Wahlgang

Stimmen%Stimmen%Stimmen%
Wahlberechtigte 

6.382.507
6.382.507
Abgegebene4.643.15472,7 %4.371.825 68,5 % +271.329 +4,3 %
Ungültige165.2123,6 %92.6552,1 %+72.557+1,4 %
Gültige4.477.94296,4 %4.279.17097,9 %+198.772-1,4 %
Davon entfielen auf die einzelnen Wahlwerber
Ing. Norbert Hofer2.223.45849,7 %1.499.97135,1 %+723.487+14,6 %
Dr. Alexander Van der Bellen2.254.48450,3 %913.21821,3 %+1.341.266+29,0 %

    Voici la carte ci-dessous des résultats par land fédéré (l'Autriche a une constitution fédérale comme l'Allemagne ; voir la carte du pays avec ses länder dans le 1ère partie). Cette carte montre que le land de Vienne n'est pas isolé dans son océan FPÖ. Le land du Vorarlberg, à l'extrémité occidentale, qui - il y a quelques lustres - avait demandé un referendum pour proclamer son intégration à la Suisse, se proclame aujourd'hui "la seconde Vienne", comprendre aussi libéral et ouvert que la capitale du pays. Les deux autres länder : le Tyrol et la Haute-Autriche donnent à la carte une apparence trompeuse. En réalité, c'est le gros score obtenu par le candidat démocrate dans les villes-métropoles d'Innsbrück (ville universitaire, recherche et industries bio-chimiques) et de Linz (port sur le Danube, chantiers navals, concentration industrielle) qui explique la couleur jaune de chacun de leur land. L’espace montagnard et/ou rural est unanimement pour le FPÖ. A Vienne, Dr. Alexander Van der Bellen obtient plus de 63% des voix.

    Il faut donc analyser aussi les résultats par commune. A cet égard, l'Autriche montre une opposition ville-campagne qui est frappante mais non originale. En vérité, la mondialisation - qui, en Europe est menée par le Conseil européen et sa technocratie - joue à fond la carte des métropoles et délaisse les zones rurales.


  
    La carte des districts, échelon inférieur à celui des länder-fédérés, permet une analyse plus fine que la carte précédente.
les districts du Vorarlberg ont tous voté pour le candidat démocrate ainsi que le land-district de Vienne à l'exception du XI° arrondissement de la capitale. Vienne (Autriche) : urbanisme et comportement électoral .
le Tyrol occidental est largement favorable au candidat démocrate et pas seulement dans sa capitale - Innsbrück lui donne plus de 63% des voix - mais aussi dans les montagnes environnantes. En revanche le Tyrol  oriental est nettement sous la coupe du traditionalisme.
   
L'effet archipel - quelques iles et ilots dans la mer néo-fasciste - est visible dans les länder de Styrie et de Carinthie.
Seule la capitale du land est verte, tout le reste est d'un bleu unanime... Ci-contre le cas de la Styrie. Tous les districts ont massivement voté Hofer parfois avec des scores stupéfiants comme dans les districts frontaliers qui approchent les 70%. La capital du land, Graz, deuxième métropole autrichienne après Vienne,  a voté pour Van der Bellen à 73,3% et son district à 62%. La Styrie a néanmoins voté FPÖ à hauteur de 56,4%.  (source ministère de l'Intérieur autrichien).
    Mais les sondages "sortis des urnes" ont montré que les électeurs de Van der Bellen sont jeunes, étudiants, surtout féminins, haut niveau d'études, etc... alors que Hofer a obtenu les voix de 75% des ouvriers (sic), et des populations les moins diplômées, c'est-à-dire des populations les plus soumises à ce que le patronat du monde entier appelle "le libre accès au marché international du travail". Fameuse liberté qui nous conduit à la catastrophe.
    En réalité, il n'y a pas que la "liberté" du travail.
    Lors de l'entrée de l'Autriche dans "l'Europe" (1995), les observateurs ont fait le point sur les avantages et inconvénients de l'entrée en UE pour l’Autriche. Outre les aspects diplomatiques en rapport avec la neutralité du pays, les difficultés tournaient autour de la protection de la propriété du patrimoine et d'autre part de la protection de l'agriculture de montagne. Concernant la propriété, les Autrichiens exprimèrent des craintes quant à l'achat par les étrangers (et, ici, il s'agit des Allemands...) de terrains et résidences secondaires dans les régions touristiques des montagnes et des lacs. Quant à l'agriculture de moyenne montagne, elle était très protégée en Autriche, pour des raisons évidentes et la Commission de Bruxelles a une volonté uniformisatrice qui ne se dément pas. La libre concurrence fait fi des intérêts nationaux. La vive réaction des "montagnes" marchant dans le pas du FPÖ montre que ces problèmes n'ont pas été réglés.






 
 
 Le tableau ci-contre du vote des capitales (hauptstädten) des Länder montre que toutes les villes-métropoles ont voté pour le démocrate. Eisenstadt fut la plus réticente mais c'est la capitale du land de Burgenland, frontalier, où l'on parle allemand aussi bien que le hongrois ou le croate. Hofer obtint presque 43% dès le 1er tour dans ce land et presque 62 au second. Klagenfurt est dans le même cas de figure.



Vienne (Autriche) : urbanisme et comportement électoral

publié le 2 mai 2016 à 05:51 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 juil. 2016 à 07:06 ]



La ville doit son nom à un petit affluent de rive droite du grand fleuve : la Wien. Vienne n’est pas, à proprement parler, une ville du Danube. Le fleuve inondable, dangereux, l’a poussée vers le sud-ouest à l’assaut de la "forêt viennoise" avant-poste des Alpes. La vieille ville longe un vieux bras du fleuve. Elle connaît un développement semi-concentrique puisque la plaine du Danube est un repoussoir pendant des siècles. On a donc la vieille-ville, Innere Stadt, qui est aujourd’hui le 1er arrondissement, dont les remparts détruits ont laissé la place au ring, célébrissime boulevard. Elle est construite en rive droite du fleuve sur les premières terrasses. Puis les faubourgs cernés par d’autres remparts –Linienwall- ont été intégrés à la ville : ce sont les arrondissements numérotés de 2 à 9. Ces remparts sont à leur tour détruits et le boulevard aménagé est le "Gürtel" également célèbre. Au-delà du Gürtel s’étendent les banlieues de la grande période d’expansion de la capitale impériale (1840 à 1914 : le Gründerzeit). Des voies radiales relient ces espaces à l’hyper-centre qu’est la vieille-ville et l’on observera que les arrondissements ont une forme allongée structurés qu’ils sont par ces voies radiales (cas des arrondissements numérotés 12, 14, 16, 17, 18). Durant l’Entre-deux-guerres, la ville perd des habitants. Des logements sociaux sont construits à la périphérie et des logements de la période précédente sont réhabilités. Avec l’après-guerre et les Trente Glorieuses, il y a exurbanisation de la population et "citisation" du centre (rénovation du centre dont l'habitat est réservé aux catégories aisées et aménagement de bureaux qui provoquent les navettes "pendulaires" avec heures de pointe, matin et soir)[1].


Aujourd'hui

Le bouleversement urbanistique est provoqué par la maîtrise du Danube – canalisé et aménagé au grand gabarit (barrage à écluse avec centrale) – qui permet à Vienne de traverser le fleuve et d’y créer une sorte de seconde ville, de second centre (arrondissements 21 et 22 surtout). Il y a là des espaces de loisirs mais aussi un second centre-ville, la world-town. En effet, La grande nouveauté est la "descente" de Vienne sur les rives du Danube, appropriation de la rive gauche, des industries récentes sont installées dans les nouvelles Z.I.. Vienne a un port fluvial. La perte d'habitants dans les quartiers centraux se poursuit. A partir de 1987, il y a un boom dans la construction des bureaux (appel des pays de l'Est). S'installent alors des grandes firmes comme IBM, HEWLETT PACKARD et GENERAL MOTORS. La demande de bureaux provient de groupes internationaux qui voient en Vienne un pont vers les pays d'Europe centrale et orientale. Un second centre-ville est construit avec la cité ONU (A.I.E.A. et ONUDI) et il y a concentration spatiale de la demande en bureaux sur la cité ONU et au cœur de la vieille ville historique. Vienne tend vers le statut de world town. Également siège de l'O.P.E.P., ainsi que de l'O.S.C.E., ville de l'O.N.U., on y compte plus de 30.000 fonctionnaires internationaux. 3° ville mondiale de congrès, elle reste une capitale culturelle notamment dans le domaine musical.

La ville obtient ses 23 arrondissements actuels en 1954. Les arrondissements 1 à 9 et le 20e sont considérés comme arrondissements intérieurs (également qualifiés de situés à l'intérieur du Gürtel, quoique cela ne soit pas vrai pour le 2e, le 20e et une partie du 3e), tous les autres sont qualifiés d’arrondissements extérieurs.

    Cette carte est très intéressante en ce qu'elle montre les différence dans le bâti entre les arrondissements.
Les arrondissements intérieurs ont une densité très élevée. ici sont les vieux Viennois. Cette forte densité est valable pour les arrondissements extérieurs de l'Ouest de la ville dans leur partie la plus proche du Centre. Leur périphérie montre des espaces verts ou forestiers, protégés des constructions inopportunes. Les arrondissements 14 à 18 ont une forme allongée grossièrement ouest-est parce qu'ils sont dessinés autour d'une artère principale qui est une radiale menant à l'hyper-centre de Vienne. C'est particulièrement net pour le 14° et le 17°.     Les arrondissements 10 à 20 ainsi que le 23e, qui bordent Vienne à l'ouest et au sud, sont moins densément peuplés. Certains sont davantage des zones de bureaux, d'autres (comme les arrondissements 16 à 19) des zones résidentielles assez vertes. Le château de Schönbrunn occupe une grande partie du 13e arrondissement. Avec les hautes silhouettes de bureaux de Donaustadt, l'urbanisme municipal a découvert le Danube, tandis que les formes les plus banales du commerce suburbain s'étalent au milieu des parkings égrenés dans les communes périphériques. Vers le sud, Vösenhof (23° arr.) en est l'exemple le plus typique. Hongrois et Slovaques y viennent côtoyer la clientèle locale et régionale[2]. Simmering est le XIᵉ arrondissement de Vienne. Il a la particularité d'être le quartier aux loyers les plus bas de Vienne. On imagine qu’il est ainsi le plus accessible aux immigrants.

    Les arrondissements 21 et 22, plus récents, plus populaires historiquement et beaucoup moins denses, sont sur l'autre rive du Danube. La tendance actuelle (surtout depuis 2004) est au développement de ces zones ; de nombreuses habitations plus aérées, notamment de standing sur les rives du fleuve, sont en construction dans ces arrondissements. Mais loin du fleuve, les habitations sont moins luxueuses et plus accessibles, là aussi aux migrants.

Le comportement électoral
    Lors de la présidentielle 2016, les arrondissements de Vienne ont voté de la sorte :
    La légende est la suivante. Les arrondissements où les suffrages FPÖ sont supérieurs à la moyenne nationale (35,6%) de ce parti sont hachurés fins (10,11,21,22° arr.), les arrondissements où son score est supérieur à sa moyenne viennoise (29,3%) sont hachurés lâche. Évidemment, la superficie différenciée des arrondissements fausse un peu la lecture de la carte. Cerclés de vert sombre comme le forêt viennoise sont les arrondissements où le candidat écologiste est arrivé en tête avec un score supérieur à sa moyenne viennoise (32%) : les arrondissements intérieurs sont à la fête : 53% dans le 7°, 49 dans le 6°, 45,5 dans le 9°... Ceints de la couleur vert-clair sont les arrondissements où le candidat écologiste arrive en tête de tous les candidats, sans toutefois dépasser sa moyenne viennoise.

Vienne : le second tour :
   
Au second tour, les Républicains font bloc derrière le candidat démocrate. Celui-ci bat son adversaire d'extrême-droite dans tous les arrondissements du land, à l'exception de celui (XI°) de Simmering. Là encore, la sociologie parle : cet arrondissement est un des plus pauvres de Vienne, très ouvrier, or les ouvriers autrichiens, à 80%, ont voté pour le candidat du FPÖ.




[1] Lire l’article Wiki « Arrondissements de Vienne » où l’on voit que l’Innere Stadt compte 17.000 habitants mais une population active de 100.000 !
[2] RIQUET Pierre, Europe du Nord, Europe médiane, Géographie Universelle, Belin/Reclus, RECLUS, 1996, page 399.







Géographie de l’élection présidentielle en Autriche (1er tour 2016)

publié le 27 avr. 2016 à 09:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 mai 2016 à 03:40 ]

L’élection présidentielle autrichienne vient d’avoir lieu (dimanche 24 avril 2016). Les résultats sont catastrophiques. Le parti d’extrême droite qui s’intitule avec provocation parti de la Liberté –FPÖ- est en tête partout sauf dans le land de Vienne.

Les résultats sont les suivants :

Résultats de l'élection présidentielle autrichienne de 2016 (1er tour)


Premier tour

Second tour

Inscrits

6 382 486




Abstentions

2 010 574

31,5 %



Votants

4 371 912

68,5 %








Bulletins enregistrés

4 371 912




Bulletins blancs ou nuls

92 742

2,12 %



Suffrages exprimés

4 279 170

97,88 %

0








Candidat

Parti

Suffrages

Pourcentage

  Suffrages

Pourcent.


Norbert Hofer

Parti de la liberté FPÖ

1 499 971

35,05 %




Alexander Van der Bellen

Les Verts - L'alternative verte

913 218

21,34 %




Irmgard Griss

Indépendante

810 641

18,94 %




Rudolf Hundstorfer

Parti social-démocrate SPÖ

482 790

11,28 %




Andreas Khol

Parti populaire autrichien ÖVP

475 767

11,12 %




Richard Lugner

Indépendant

96 783

2,26 %



Source : Wikipédia

                Pendant longtemps, comme un peu partout en Europe, le second tour opposait le candidat du mouvement – qu’il s’appelât socialiste, ou social-démocrate ou travailliste – et le candidat de la résistance –qu’il fût chrétien-démocrate, populiste, catholique, conservateur, paysan ou national. Ce fut le cas, en Autriche, en 1986, 1992, 2004… En 1998, le candidat schwartz ("noir" – couleur traditionnelle de la droite comme le rouge est celle de la social-démocratie -) avait été élu dès le premier tour. En 2010, la progression du FPÖ était déjà considérable et, sans doute pour isoler ce parti fascisant et le président sortant bénéficiant d’un large consensus, le parti noir ÖVP ne présenta pas de candidat et le candidat Fischer fut réélu triomphalement avec 79,33% des voix contre 15,2% à la candidate FPÖ.

Quel contraste, aujourd’hui, où ce parti brun (sa couleur officielle est le bleu) obtient plus de 35% des voix exprimées dès le premier tour ! On ne sait pas quel est le trait dominant de cette élection : le triomphe du parti FPÖ ou l’effondrement des noirs et rouges. Ces derniers n’obtiennent que 11% chacun : ils dirigeaient, eux deux, le pays depuis 1945. Illustration de la décadence de ces partis gestionnaires du court et moyen termes, incapables de trouver une issue aux conséquences d’une mondialisation ultra-libérale. On ne les regrettera pas.

Le parti néo-fascisant est en tête dans tous les Länder à l’exception de celui de Vienne. La carte électorale est donc d’une grande simplicité (extraite du Vorarlberger Nachrichten). (le noir indique les communes qui ont voté ÖVP ; le rouge : SPÖ ; le vert : écologistes. Le land de Vienne figure sur le carton en haut à gauche. J'en reparlerai.

 

Le document suivant montre les flux d’électeurs d’un parti à l’autre de 2013 à 2016. Sur la gauche, les résultats des partis lors des élections législatives générales de 2013, à droite, le score des candidats à la présidentielle de 2016. Entre les deux les flux ou transferts d’électeurs. On voit bien "l'explosion" des deux grands anciens partis dont les électeurs sont partis dans toutes les directions. . Heureusement, le candidat écologiste - Van der Bellen - avait les qualités d'un rassembleur.

   
    Le parti socialiste SPÖ obtint 26,7% en 2013. Les électeurs l’ont quitté pour Griss (centre-droit ?), plus encore pour Hofer (FPÖ) ; flux important également vers l’écologiste Van der Bellen et beaucoup se sont abstenus. Débâcle.

Le parti populiste ÖVP qui avait obtenu 24% en 2013 connaît la même dispersion. Une petite partie a voté pour le Vert Van der Bellen ; les flux en faveur de Griss et de Hofer sont plus importants. Beaucoup d’électeurs conservateurs ont alimenté l’abstention (nichtwähler). Le candidat Khol ne conserve que 11% du capital de 2013. Déroute.


Un autre grand vainqueur, pour parler comme les journalistes, est l’abstention. Elle passe de 25,6% des inscrits en 2013 à 32% en 2016. La baisse régulière de la participation électorale est un des meilleurs signes prouvant la crise politique autrichienne (qui n’est pas le seul pays dans ce cas). Les années 80' , début de la dérégulation mondiale et du désordre économique marquent une inflexion et la baisse de la participation (Wahlbeteiligung ci-contre) - indice du désarroi des électeurs devant des politiques qui changent pour que rien ne change - ne cesse pas pour tomber à 68% (le chiffre de la présidentielle 2010 s’explique par l'absence du candidat "noir" et la certitude que le président sortant allait être réélu).

Les neos ont annoncé qu’ils voteront pour le candidat Vert lors du second tour 2016.

L’élection a tourné autour d’un problème central : l’immigration. "L'Autriche a accueilli, proportionnellement, plus de réfugiés que presque tous les autres pays d'Europe" (Holz, p.35a). A quoi s'ajoutent l'immigration clandestine, et les travailleurs turcs, ces derniers représentant 60% des 750.000 étrangers. Dans ce pays profondément catholique, alors que l’on insiste lourdement sur « les racines chrétiennes de l’Europe », les étrangers ne sont pas les bienvenus. Cela n’empêche pas le patronat autrichien d’avoir recours, autant que faire se peut, à "la liberté d’accès au marché international du travail". Le problème plus conjoncturel des réfugiés du Proche-Orient est venu s’ajouter à celui des migrants des anciens pays du bloc soviétique à la recherche du veau d’or capitaliste.






C’est pourquoi je publie la carte ci-dessus (extraite du quotidien national KURIER) qui montre que les Länder ont une sensibilité différente. Ainsi le Burgenland, frontalier de la Hongrie, a voté FPÖ à hauteur de 42,8%... Dépassent aussi les 40%, les länder qui jouxtaient l’ancienne Yougoslavie (Styrie et Carinthie). C’est le Vorarlberg, tourné vers la Suisse et le Rhin allemand qui est le plus tolérant (11,5% de voix d'extrême-droite en moins que le Burgenland) avec le land de Vienne, ancienne capitale d'un empire multinational, à la tradition d’accueil bien établie.  

        pour les résultats (1er & second tours) à Vienne : Vienne (Autriche) : urbanisme et comportement électoral


sur les racines du fascisme en Autriche : lire mon article Autriche-Hongrie avant 1914 : aux sources du fascisme...

pour le second tour dans toute l'Autriche : 2ème tour de la présidentielle autrichienne... le vent du boulet


les élections britanniques (2015)

publié le 12 mai 2015 à 02:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 mai 2016 à 09:02 ]

    
     Les électeurs britanniques ont voté et voté conservateurs. Les Écossais se distinguant par un vote massif pour le Parti national écossais (SNP). je publie d'abord quelques cartes significatives puis une ITW d'un spécialiste, Keith Dixon, interrogé par le Grand reporter Pierre Barbancey.

    Les Conservateurs obtiennent presque 37% des suffrages (popular vote) et le parti populiste anti-européen presque 13%, ce qui signifie que la droite et l’extrême-droite représentent presque la majorité absolue des Britanniques. Avec 12,9% des voix, le UKIP (parti pour l'indépendance du RU) n'a qu'un seul (1) député à Westminster. C'est anti-démocratique mais les Anglais aiment bien ce mode de scrutin. Avec 37% des voix, les Conservateurs gagnent la majorité absolue des sièges (seats)  à Londres. Ils peuvent gouverner contre 63% de leurs concitoyens. Avec ce système qui avantage le parti arrivé en tête quel que soit son pourcentage, les nationalistes écossais obtiennent 4,7% des suffrages mais 8,6% des sièges à Westminster.

GÉOGRAPHIE DES RÉSULTATS.

 

 L'analyse est plus facile avec une comparaison entre 2015 et les élections de 2010. Ainsi qu'avec cette carte montrant le parti arrivé en seconde place dans chaque circonscription. 

On constate que le "phénomène" anti-européen, national-populiste concerne exclusivement l'Angleterre stricto sensu, cad ni l’Écosse, ni le Pays de Galles. En violet, les circonscription UKIP : c'est exclusivement l'Angleterre riche du sud, du sud-est et de Cornouaille qui vote pour le grand large...



    
    Concernant l’Écosse, on observe que les Nationaux du SNP sont vainqueurs partout (je rappelle qu'est élu le candidat arrivé en tête au 1er et unique tour de scrutin), le parti nationaliste écossais emporte 56 des 59 sièges de leur pays. L’opposition avec les Anglais est claire. Seule, la circonscription de Dumfries (Highlands du sud) a voté conservateur. La situation était beaucoup plus variée en 2010, où les quatre "grands" partis étaient représentés. Fief traditionnel du parti travailliste (qui avait 41 sortants), l’Écosse s'échappe. Le Labour garde 1 seul et unique siège à Edinbourg-sud.

    Le Pays de Galles garde sa représentation multicolore, avec travaillistes (rouge), conservateurs (bleu) libéraux (orange) et parti régionaliste (grisé). L'Irlande du nord envoie également des députés régionalistes au parlement de Londres.
L'Angleterre reste massivement bleue, c'est-à-dire conservatrice. Le sud - à l'exception de plusieurs circonscriptions londoniennes - est un bastion tory qui semble inexpugnable. Le parti Libéral y est balayé. Ont gardé un député travailliste Cambridge, Luton, Oxford-est, Bristol, Exeter, Leicester...

    Les travaillistes ramassent un échec prévisible. Ils restent dans la mouvance blairiste et n'ont pas grand-chose de différent avec les conservateurs. Les électeurs préfèrent donc garder l'original plutôt qu'une pâle photocopie. Le "Labour" -ou ce qu'il en reste- garde ses circonscriptions du nord de l'Angleterre (ne pas confondre Écosse et nord de l'Angle-terre...), nord qui commence avec Birmingham. Liverpool, Manchester ainsi que West- et South-Yorkshire reste au centre-gauche (sic). Plus au nord encore, la Combrie (littorale) et Durham et Tyne&Wear, versant Mer du Nord, restent fidèles mais, à quoi , my God !

 

LE POINT DE VUE DE KEITH DIXON, PROFESSEUR HONORAIRE DE CIVILISATION BRITANNIQUE (LYON II).

Comment expliquer ce raz-de-marée conservateur auquel personne ne s’attendait ?

Keith Dixon Je suis un peu réticent à l’expression "raz-de-marée" parce qu’en réalité avant 2010, le parti qui gagnait les élections en Grande-Bretagne disposait d’une majorité absolue au Parlement. C’est "normal" dans le fonctionnement du système majoritaire à un seul tour. Ce qui est surprenant, c’est le résultat par rapport aux sondages. Le Parti conservateur a réussi à consolider son bloc de soutien, qui est assez clairement situé géographiquement. Il y a un bloc conservateur qui concerne le grand sud de l’Angleterre. On assiste aujourd’hui à ce qu’on pourrait appeler une forte fracture territoriale entre le conservatisme du sud et le reste de la Grande-Bretagne. Je mets de côté l’Irlande du Nord, qui est un cas spécifique. Que ce soit le pays de Galles, le nord et le nord-est de l’Angleterre et puis bien sûr l’Écosse, il y a là un abyme qui s’ouvre entre ces parties-là du Royaume-Uni et l’autre, la plus peuplée, qui a permis aux conservateurs de remporter la victoire. Mais, historiquement parlant, c’est une petite victoire en termes de sièges. Il faut souligner qu’on s’attendait à un taux de participation élevé en Écosse, à la suite du référendum de septembre qui avait réactivé une partie de l’électorat écossais. C’est ce qui s’est passé.

Comment les conservateurs ont-ils fait pour l’emporter de cette manière ?

Keith Dixon Pour être clair, je ne fais pas vraiment de distinction entre le vote conservateur et le vote UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, populiste – NDLR). C’est ce que j’appelle le bloc conservateur. UKIP est, en quelque sorte, un parti thatchérien canal historique, qui maintient la brutalité thatchérienne, qu’on trouve moins fortement exprimée chez Cameron. Mais ce dernier a mobilisé sur les thèmes traditionnels du conservatisme britannique depuis Thatcher. Une partie de la population britannique a profité des transformations thatchériennes. Cette population représente le socle du vote conservateur. Et puis il y a toujours cette histoire réanimée de la compétence économique des conservateurs par rapport aux travaillistes. Un mythe qui est largement repris et pas seulement en Grande-Bretagne. J’ai été atterré de voir dans Libération un article expliquant qu’une partie de la réussite économique de la Grande-Bretagne était due à la forte flexibilité du marché du travail, et en particulier aux fameux contrats "zéro heure".

Les travaillistes vont-ils s’en sortir après cette défaite ?

Keith Dixon On est vraiment à un tournant. Les travaillistes viennent de perdre ce qui était, au moins depuis la Seconde Guerre mondiale, un bastion : l’Écosse. Il y a évidemment déjà eu des moments où les travaillistes ont perdu les élections en Écosse, comme dans les années 1950. Mais on voit difficilement dans l’avenir, le Parti travailliste se reconstituer une majorité à la Chambre des communes sans l’apport écossais. Cet apport écossais a tout simplement été rayé de la carte. Personne ne s’attendait à cette ampleur.

Pour le Parti travailliste, c’est une crise dont il ne pourra pas sortir immédiatement. Ed. Miliband a démissionné. Mais, si on regarde les candidats potentiels à sa succession, on est toujours parmi cette même génération venue aux affaires au moment des "néotravaillistes". C’est le problème du Parti travailliste. Il ne se rend pas compte qu’une partie de la population, de l’électorat traditionnel travailliste, ne veut pas entendre parler de ces quadras ou quinquagénaires, qui ont porté le projet travailliste sous Blair et sous Brown.

Vous ne voyez pas les travaillistes se tourner vers une politique anti-austérité ?

Keith Dixon. Je le souhaite de tout mon cœur. Mais je suis suffisamment au courant de ce qui se passe dans les affaires politiques en Grande-Bretagne pour ne pas être optimiste de ce côté-là. Le Parti travailliste n’a pas mené jusqu’au bout l’analyse critique de cette dérive observée sous la direction de Blair, puis de Brown. Ed Miliband lui-même est un pur produit du néo-travaillisme.(1)

Immédiatement après sa victoire, David Cameron a annoncé un renforcement de la décentralisation et notamment en ce qui concerne les pouvoirs dévolus à l’Écosse. Qu’est-ce que cela signifie ?

Keith Dixon Il ne sait plus très bien comment faire. Cameron est suffisamment intelligent politiquement pour constater que le territoire britannique dans son ensemble est en situation de crise. Il y a une vraie fracture, portée en particulier par l’électorat écossais, qui refuse maintenant et totalement les partis britanniques, qu’il s’agisse des conservateurs, des libéraux-démocrates ou des travaillistes. Il y a un retournement de situation en Écosse depuis le référendum, qui est assez spectaculaire.

Historiquement, les partis britanniques qui se trouvent dans une situation de ce type considèrent – c’est notamment le cas des travaillistes – qu’en faisant quelques concessions à l’autonomie écossaise, ce serait suffisant pour couper l’herbe sous le pied au mouvement pour l’indépendance. Pour maintenir l’unité du territoire britannique, Cameron va continuer à transférer des pouvoirs au parlement d’Écosse.


(1) on sait que ce pronostic pessimiste de Keith Dixon  a été démenti par l'arrivée à la tête du Labour de Jeremy CORBIN (ci-contre).

Le Front de Gauche et la guerre en Irak (septembre 2014) F. Asensi, député du 93.

publié le 26 sept. 2014 à 07:22 par Jean-Pierre Rissoan

    “Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Mes chers collègues,

    Je voudrais tout d’abord exprimer la solidarité des députés Front de gauche envers les otages français, Hervé Gourdel et Serge Lazarevitch, envers leurs familles, qui vivent des heures terribles aux mains de fanatiques sans foi ni loi.

    Daech, cette créature monstrueuse qui sévit aujourd’hui de la Syrie à l’Irak, n’est pas un phénomène spontané. Daech a une histoire, dont les racines sont ancrées dans la situation de chaos provoquée par l’intervention américaine de 2003. Depuis la guerre en Afghanistan, les foyers du terrorisme se sont multipliés. Daech est le fruit de la politique occidentale néocolonialiste dans toute la région. Ruse de l’histoire, les tenants de l’actuelle intervention militaire contre Daech sont les principaux responsables de sa montée en puissance.

 

    Déjà une décennie s’est écoulée depuis l’opération « Liberté pour l’Irak », nom cynique de l’invasion anglo-américaine, justifiée par le mensonge d’État sur les supposées armes de destruction massive. Et pourtant, le peuple irakien n’a pas cessé de payer le prix de cette folle idée de refaçonner le Proche-Orient en imposant la pax americana par la force. Le bilan de cette croisade moderne est dramatique. Plus 250 000 civils irakiens ont péri, qui s’ajoutent au million d’enfants morts à cause de l’embargo. Sans parler des millions de réfugiés, et notamment le départ de plus des 3/5e des chrétiens irakiens présents sur cette terre depuis deux mille ans.

    La division de facto de l’Irak n’est pas uniquement liée à l’avancée des djihadistes. Les Etats-Unis ont soutenu l’émergence d’un système politique et institutionnel calqué sur ces fractures, avec l’exacerbation de la fitna entre sunnites et chiites, la montée des tensions entre Arabes et Kurdes.

    Le choix américain d’installer au pouvoir un premier ministre irakien, M. El Maliki, partisan de la marginalisation des sunnites, fut une décision désastreuse. En 1991, le secrétaire d’État américain promettait de ramener l’Irak à l’âge de pierre. Dix ans d’embargo, une deuxième guerre suivie de l’occupation américaine, ont fini de démanteler l’État irakien. L’hypothèse de la balkanisation de l’Irak n’a cessé de se renforcer. A croire qu’il s’agissait de l’un des objectifs de l’intervention américaine pour mieux contrôler les immenses ressources pétrolières de ce pays. Cette guerre justifiée par la « guerre globale contre le terrorisme » a finalement fait naître un nouveau foyer du terrorisme international. Al-Qaïda, « création américaine » selon les propres mots d’Hillary Clinton, est aujourd’hui supplantée par les forces armées de Daech. Ces assassins qui n’ont rien à voir avec l’Islam, qu’ils instrumentalisent, disposent d’une puissance de feu et des moyens financiers bien supérieurs. Jamais Al-Qaïda, même en Afghanistan sous le règne des talibans, à la fin des années 1990, n’avait contrôlé pareil territoire. Face aux avancées des forces djihadistes, le silence et l’inaction ne peuvent être de mises.

 

    La responsabilité de la communauté internationale est de protéger les civils et de conforter les États. Oui, il faut venir en aide au peuple irakien sous le joug du fanatisme ! Oui, il faut apporter une aide militaire à ceux qui résistent aux djihadistes, ainsi qu’un soutien politique, humanitaire, économique. Mais pas n’importe comment, et certainement pas sous un commandement américain et sous tutelle de l’OTAN. La lutte indispensable contre la barbarie des djihadistes aurait dû réunir l’ensemble de la communauté internationale, sous l’égide de l’ONU. Si ce mandat de l’ONU n’était pas impératif, l’Irak usant de son droit à la légitime défense, ce mandat onusien eut été préférable et possible. J’en veux pour preuve l’adoption, en août dernier, par l’ensemble des membres du Conseil de sécurité de la résolution 2170 contre le terrorisme djihadiste. En s’attaquant au nerf de la guerre, à savoir le financement des mouvements djihadistes, cette résolution a marqué une avancée importante. Au lieu de cela, la France se retrouve en première ligne, isolée aux côtés des Etats-Unis, alors que la Grande-Bretagne tergiverse et que beaucoup de pays de la coalition internationale trainent des pieds, quand  ils ne jouent pas un double jeu.

 

    En 2003, la France a refusé à juste titre de mettre ses pas dans ceux des faucons américains. L’Histoire nous a donné raison. Quel sens y a t-il aujourd’hui à s’engager dans une coalition menée par les responsables de ce chaos? Non, la France n’a pas à faire le service après-vente des Etats-Unis. Elle doit retrouver sa voix et, comme dans les pages fortes de son histoire, soutenir la liberté des peuples. Or, une dérive atlantiste ne cesse de s’affirmer dans la conduite de notre diplomatie. Le président Hollande poursuit la politique internationale du président Sarkozy. La prééminence accordée par la France à l’OTAN  affaiblie chaque jour un peu plus l’ONU et le multilatéralisme. Sans vision propre pour la paix au Moyen Orient, la diplomatie française prend le contrepied de la doctrine gaulliste, garante de notre indépendance nationale, et qui faisait consensus.

 

        Je ne donnerai que deux exemples :

1) Le gouvernement français a abandonné le peuple palestinien sous les bombes cet été, alors que pour la stabilité et la paix dans la région, nous devrions sans plus tarder reconnaître enfin l’Etat palestinien. Depuis deux ans, le peuple kurde résiste courageusement aux assauts djihadistes et appelle à l’aide. Sous la pression de la Turquie qui réprime les revendications nationales de ce peuple, notre  diplomatie lui a tourné le dos pendant des mois, avant de revenir à la raison.

2) Il est temps également de s’interroger sur le jeu plus qu’ambigu de certains de nos supposés alliés. Nous pensons en particulier aux monarchies saoudienne et qatarie qui sont impliquées dans le financement direct ou indirect des différents groupes djihadistes, ceux-là même qui ont assassiné les journalistes américains et britanniques. Monsieur le Premier ministre, comment comprendre que la France conserve des liens privilégiés avec ces personnages princiers qui attisent le chaos au Moyen-Orient et entretiennent des relations féodales avec leurs peuples ? La vente de quelques rafales et de quelques palaces parisiens suffit-elle à réduire au silence notre diplomatie ?

    Et que dire du double jeu de la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, qui a abrité sur son territoire les bases-arrières des djihadistes et par lequel transitent aujourd’hui les filières internationales de combattants ?

 

Outre le cadre insatisfaisant de l’actuelle intervention, beaucoup de questions restent sans réponses :

    Quels sont les objectifs réels de l’intervention ? Est-elle la réponse la plus efficace et combien de temps durera-t-elle ? Que se passera-t-il le jour d’après ? Comment assécher les sources de financement des groupes djihadistes et impliquer l’ensemble de la communauté internationale? Comment enrayer la partition de l’Irak et mettre fin aux conflits identitaires, véritable terreau du terrorisme ? Avec cette énième intervention en Irak, ne risquons-nous pas de renforcer le prétendu Etat Islamique en lui donnant la reconnaissance qu’il attend ? Ne nourrissons-nous pas le cercle vicieux de la haine et de la frustration qui animent les combattants de Daech, ces assassins qui n’ont rien à voir avec l’Islam qu’ils instrumentalisent ? De la désastreuse intervention en Libye au bourbier afghan, en passant par le fiasco irakien, les interventions occidentales ont fait l’étalage de leur inefficacité, en délitant plus encore des États fragiles et en armant nos ennemis de demain.

     Monsieur le premier ministre, vous comprendrez que ces réserves conduisent les députés Front de gauche à la plus grande prudence. Si nous avions soutenu l’intervention au Mali car le combat contre le terrorisme ne supporte pas l’inaction, nous sommes aujourd’hui troublés par les conditions de cette intervention et nous exprimons de fortes réserves sur la stratégie pour le moins vague de la coalition. Comment pourrions-nous approuver l’engagement militaire de la France dans une coalition sous bannière américaine dans laquelle manquent des acteurs régionaux et onusiens essentiels ? La réponse au défi lancé par Daech ne saurait se résumer à la seule solution militaire. Notre responsabilité est de travailler à des solutions politiques et diplomatiques durables pour isoler la bête immonde.

    Les députés Front de gauche souhaitent des initiatives audacieuses de la diplomatie française pour poursuivre la mobilisation contre le terrorisme amorcée dans le cadre onusien par la résolution 2170.

Cela passe également par la reconstruction de l’État irakien, que la France doit appuyer. C’est l’avenir de l’Irak comme État-nation qui est en jeu, dans le respect de ses composantes Chiites, sunnites, kurdes, chrétiens, yazidis,… Cela passe, enfin, évidemment, par la lutte sans faiblesse contre ceux qui, groupes ou États, financent les djihadistes et font le terreau de leurs violences. Voilà quels sont pour les députés Front de gauche les meilleurs moyens d’aider le peuple irakien sur le long terme, bien au-delà du seul volet militaire.”

 

source : francois asensi.com

 

 

Le scénario du crash du vol 17 évolue, par Robert Parry journaliste américain

publié le 6 août 2014 à 07:53 par Jean-Pierre Rissoan

Le 6 août. 2014

Voici un nouveau papier de Robert Parry, un des plus célèbres et respectés journalistes d’investigation américains. C’est lui qui a révélé l’affaire du financement des Contras en 1985…

 

par Robert Parry, Consortiumnews.com, 3 août 2014

 

Exclusif: Des unes des journaux aux déclarations de politiciens de premier plan, le tout-Washington a conclu hâtivement que les rebelles ukrainiens et la Russie étaient coupables d’avoir abattu un avion de ligne malaisien. Mais certains spécialistes US du renseignement pourraient avoir une vision différente des faits, selon Robert Parry.

Contrairement aux déclarations publiques de l’administration Obama accusant les rebelles ukrainiens et les Russes d’avoir abattu le vol 17 de la Malaysian Airlines, certains analystes des services de renseignement américains ont conclu que la faute n’incombait sans doute pas aux insurgés ni à la Russie et qu’il semble que les responsables soient les forces gouvernementales ukrainiennes, selon une source ayant eu accès à ces analyses. Ces conclusions — en contradiction avec ce que le Président Barack Obama et le Secrétaire d’État John Kerry ont exprimé publiquement — reposent principalement sur le manque de preuves du gouvernement américain indiquant que la Russie aurait fourni aux rebelles un système de missile anti-aérien Bouk, seul capable d’atteindre un appareil civil à une altitude de 33 000 pieds [env. 10 000 m], d’après la source, qui souhaite rester anonyme.

Le Président Barack Obama s’est exprimé sur la situation en Ukraine, depuis la Pelouse Sud de la Maison-Blanche, le 29 juillet 2014.

 

LE SCENARIO DU CRASH DU VOL 17 EVOLUE, PAR ROBERT PARRY

http://www.les-crises.fr/le-scenario-du-crash-du-vol-17-evolue-par-robert-parry/

1 sur 4 06/08/14 07:56

Malgré les satellites américains positionnés au-dessus de l’est de l’Ukraine, les agences de renseignement américaines n’ont publié aucune image d’un système Bouk qui aurait été remis par les Russes aux rebelles, expédié en Ukraine, déployé en position de tir puis rapatrié en Russie. Bien que l’administration Obama ait publié d’autres images de l’Ukraine prises par les satellites espions américains, l’absence de tout cliché d’une batterie de missiles Bouk sous contrôle rebelle a été la faille de l’acte d’accusation de Washington à l’encontre des rebelles et des Russes pour l’attaque aérienne du 17 juillet qui a tué 298 personnes.

Étant donné la taille de ces batteries, contenant quatre missiles de cinq mètres chacun, l’absence d’une telle preuve a suscité des réserves chez les analystes du renseignement américain, au moment même où les principaux responsables politiques et les médias américains se précipitaient pour accuser les rebelles et les Russes.

Pour étayer leurs affirmations, Kerry et d’autres hauts responsables se sont référés aux déclarations du gouvernement ukrainien, ainsi qu’aux informations issues des « réseaux sociaux ». Ces derniers fragments de «preuve » comportaient des répliques ambiguës attribuées à des rebelles pensant initialement qu’ils avaient réussi à abattre un autre avion ukrainien volant à une altitude plus basse, mais qui ont affirmé plus tard ne pas avoir tiré sur l’avion malaisien, et ne pas disposer des missiles Bouk nécessaires pour atteindre une cible au-dessus de 30 000 pieds (env. 9 000 m).

Si ces analystes américains ont raison — que ni les insurgés ni la Russie ne sont responsables — le principal suspect devient alors le gouvernement ukrainien, qui lui, dispose bien de missiles anti-aériens Bouk et avait apparemment deux avions de chasse à proximité du vol 17 de la Malaysia Airlines à l’heure où celui-ci a été

abattu. Certaines analyses réalisées indépendamment sur des éléments issus du site du crash suggèrent que l’appareil pourrait avoir été détruit par un missile air-air et non par un engin anti-aérien lancé depuis le sol. Dans cette optique, l’hypothèse de travail des analystes américains est qu’une batterie Bouk de l’armée ukrainienne en coordination avec ces chasseurs aurait pris pour cible ce qui semblait être un avion de ligne russe, peut-être même l’avion dans lequel le Président Vladimir Poutine rentrait d’un voyage en Amérique du Sud, selon la même source. Cette source a ajouté que l’analyse des renseignements américains n’incrimine pas les hauts responsables ukrainiens, comme le Président Petro Porochenko ou le Premier Ministre Arseniy Iatseniouk, ce qui laisse à penser que l’attaque pourrait avoir été l’oeuvre de factions extrémistes, peut-être même de l’un des oligarques ukrainiens ayant adopté une approche agressive dans la guerre menée contre les insurgés russes ethniques de l’Est. Bien évidemment, une attaque réussie contre un avion russe, surtout celui qui transportait Poutine, aurait pu constituer un excellent coup pour le régime de Kiev, qui a destitué et expulsé fin février, au début de la guerre civile, le Président Viktor Ianoukovich, allié des Russes. Certains politiciens ukrainiens, comme l’ex-Premier Ministre Ioulia Timochenko, ont exprimé le souhait de tuer Poutine. « Il est grand temps que nous prenions les armes pour aller tuer ces maudits Russes ainsi que leur dirigeant », a déclaré Timochenko lors d’un appel téléphonique intercepté en mars, selon une fuite publiée dans la presse russe et implicitement confirmée par Timochenko.

LA MYSTERIEUSE ATTAQUE

L’avion de la Malaysia Airlines, volant d’Amsterdam vers Kuala Lumpur, n’était pas sensé survoler la partie est de l’Ukraine l’après-midi du 17 juillet, mais a été dérouté pour éviter le mauvais temps. L’avion se rapprochait de l’espace aérien russe lorsqu’il a été abattu. Très tôt certains ont spéculé que l’armée ukrainienne aurait pu confondre l’avion de ligne avec un avion espion russe et l’attaquer selon un scénario semblable à celui de la destruction du Boeing 747 de la Korean Airlines, en 1983, identifié par erreur comme un avion espion américain.

Au cours des quelque deux semaines écoulées depuis le désastre aérien survenu en Ukraine, on a constaté des différences notables entre l’approche plutôt mesurée, adoptée par les analystes des services américains d’une part, et l’attitude des personnalités médiatiques et des hommes politiques américains, qui se sont empressés de condamner les insurgés et la Russie d’autre part. Trois jours seulement après le crash, le Secrétaire d’État Kerry faisait la tournée des émissions-débats dominicales pour y exposer une thèse qu’il jugeait «extraordinairement bien étayée », prouvant selon lui que les insurgés avaient provoqué le crash à l’aide de missiles fournis par la Russie. Il a admis que le gouvernement américain ne tirait pas de conclusion définitive, mais qu’ « il existait un faisceau d’éléments pointant en direction d’une responsabilité de la Russie ».

À ce moment-là, on me disait déjà que la communauté du renseignement américain ne disposait d’aucune image satellite justifiant les allégations de Kerry et que le seul système de missile Bouk localisé dans cette partie de l’Ukraine semblait être sous le contrôle de l’armée ukrainienne. (Voir Consortiumnews.com : « What Did US Spy Satellites See in Ukraine? », « Qu’est-ce que les satellites espions américains ont vu en Ukraine ? »). Le mardi suivant les déclarations dominicales de Kerry, les journalistes des principaux médias, dont le Los Angeles Times et le Washington Post, furent invités à une conférence de presse organisée au plus haut niveau et portant sur les données fournies par le renseignement américain censées prouver la culpabilité des rebelles et de la Russie. Mais une fois de plus, la plupart de ces « preuves » provenaient de messages postés sur les réseaux sociaux. L’article du Los Angeles Times concernant ces informations en a bien souligné les incertitudes : «Jusqu’à présent, les services de renseignement américains se sont révélés incapables de déterminer la nationalité ou l’identité de l’équipage qui a lancé le missile. Les responsables américains ont dit qu’il était même possible que le SA-11 (le missile sol-air Bouk) ait pu être lancé par un déserteur de l’armée ukrainienne, formé à l’utilisation de systèmes de missiles analogues ».

Cette référence à un possible «déserteur» était peut-être une tentative de rendre cohérent le récit du gouvernement américain avec des images satellitaires encore inédites, montrant la batterie de missiles sous le contrôle de soldats portant des uniformes apparemment ukrainiens. Mais j’entends dire à présent que les analystes des services américains ont largement rejeté l’hypothèse du «déserteur» et se concentrent sur le scénario d’un tir intentionnel sur l’avion par les militaires Ukrainiens, même s’ils en ignoraient peut-être l’identité réelle.

VERS UN CONSENSUS OFFICIEL

Néanmoins, bien que le mystère entourant l’origine de l’attaque s’épaississe, la position officielle des USA accusant Poutine et les rebelles se renforçait. Pour le New York Times, la culpabilité russe ne faisant aucun doute, et était présentée comme un fait établi. Le 29 juillet, Obama a précédé son annonce de sanctions encore plus dures envers la Russie en accusant implicitement Poutine de cette tragédie. Lisant une déclaration écrite, Obama a affirmé : « Aux Pays-Bas, en Malaisie, en Australie, et dans d’autres pays de par le monde, des familles sont encore sous le choc de la brutale et tragique perte de près de 300 personnes tuées sans raison, quand leur avion a été abattu au-dessus d’un territoire contrôlé par des séparatistes soutenus par les Russes en Ukraine.» « Cependant, depuis la destruction de l’avion, la Russie et ses agents ont refusé de coopérer avec les enquêteurs et de saisir cette occasion pour trouver une solution diplomatique au conflit en Ukraine. Ces séparatistes soutenus par les Russes [...] ont continué à abattre des avions ukrainiens dans la région. Et à cause de leurs actions, de nombreux civils ukrainiens continuent de mourir inutilement chaque jour. » (Emphase ajoutée.) On pourrait prétendre qu’Obama n’allait pas jusqu’à accuser directement les rebelles et la Russie de l’attaque de l’avion de la Malaysia Airlines, mais il était clair qu’il voulait donner cette impression. En d’autres termes, Obama s’est plié au consensus officiel sur la culpabilité de la Russie et a trompé le peuple américain à propos de ce que suggéraient les derniers renseignements des services américains.

Il est également grotesque et fallacieux d’accuser les Russes et les rebelles des bombardements effectués sans discernement par les forces gouvernementales, qui ont coûté des centaines de vies dans l’est de l’Ukraine. Les rebelles se battent contre ce qu’ils considèrent être un régime putschiste illégitime qui, avec l’aide de milices néo-nazies de l’ouest ukrainien, ont fait tomber en février le Président élu Ianoukovitch pour ensuite marginaliser et réprimer les populations russophones de l’est du pays. En présentant le conflit de manière unilatérale, Obama a non seulement induit en erreur les Américains sur les origines de la crise ukrainienne, mais il a de fait donné au régime de Kiev le feu vert pour massacrer davantage d’ukrainiens d’origine russe. En pointant d’un doigt accusateur Moscou comme l’origine de tous les problèmes de l’Ukraine, Obama a élargi l’espace géopolitique de Kiev, lui permettant de développer son attaque brutale qui maintenant inclut l’utilisation mal ciblée, selon certains rapports, de missiles balistiques contre les foyers de population.

La protection qu’Obama accorde au régime de Kiev est même plus scandaleuse encore si les analystes des renseignements américains sont fondés à soupçonner que des forces ukrainiennes étaient derrière l’attaque du Vol 17. Quant à savoir qui est responsable de la destruction des preuves sur la zone du crash, un assaut de l’armée ukrainienne a non seulement retardé l’accès des enquêteurs internationaux mais semble également avoir occasionné un incendie qui a consumé des débris qui auraient pu aider à identifier les causes du désastre.

Samedi, le dernier paragraphe d’un récit du New York Times rédigé par Andrew E. Kramer indiquait que « les combats ont déclenché un feu dans un champ de blé qui a brûlé des fragments de fuselage, notamment l’un d’entre eux potentiellement utile à l’enquête sur l’accident parce qu’il présentait ce qui semblait être des impacts d’obus ». Ces impacts d’obus ont été mentionnés par des analystes indépendants comme preuve possible d’une attaque par des avions de chasse ukrainiens.

Accepter la réalité

La classe politico-médiatique est allée tellement loin dans son jugement sur le vol MH-17, en s’en prenant aux rebelles et à la Russie avant même le début d’une enquête officielle qu’il est difficile de savoir de quelle façon ces leaders d’opinion réagiraient si l’analyse dénonçant les forces ukrainiennes se révélait juste. L’embarras dans lequel seraient jetés les hauts responsables américains et les médias officiels les plus en vue serait tellement grand qu’on a du mal à croire qu’ils accepteraient d’admettre la réalité. Bien entendu, on mettra certainement une pression intense sur les enquêteurs et les analystes du renseignement pour promouvoir la version selon laquelle « c’est la faute de Poutine ». Et si les enquêteurs et les analystes refusent d’aller jusque-là, il se pourrait tout au moins qu’ils évitent de contredire directement le consensus officiel, en suggérant que le mystère du vol 17 ne peut être résolu et qu’il appartiendra aux historiens de le démêler.

C’est ainsi que les choses se sont passées pour d’autres erreurs médiatiques majeures. L’an dernier par exemple, certains des mêmes acteurs, notamment le Secrétaire d’État Kerry et le New York Times, ont tiré des conclusions hâtives en accusant le gouvernement syrien d’être l’auteur d’une attaque au gaz sarin qui avait tué des centaines de personnes dans une banlieue de Damas le 21 août 2013. Le 30 août, Kerry prononça un discours belliqueux truffé de « nous savons » mais sans fournir aucune preuve vérifiable. Une campagne punitive de bombardements contre le gouvernement syrien fut évitée de justesse lorsque le président Obama décida de rechercher l’aval préalable du Congrès, puis d’accepter l’aide de Poutine afin d’arriver à un accord en vertu duquel le gouvernement syrien rendait toutes ses armes chimiques tout en continuant à nier toute implication dans l’incident du 21 août. Ce n’est que plus tard qu’une bonne partie de l’argumentaire de Kerry s’effondra, lorsque de nouvelles preuves pointèrent vers une autre explication, à savoir que des rebelles syriens avaient répandu du gaz sarin pour provoquer Obama en franchissant sa « ligne rouge » et impliquer l’armée américaine dans la guerre civile syrienne du côté des rebelles. Mais ni les sources officielles américaines ni la grande presse n’ont reconnu ce dangereux cas de « pensée de groupe » [NdT : « group think »] qui a manqué de faire entrer les États-Unis dans une nouvelle guerre superflue au Moyen-Orient. (Voir « The Collapsing Syria-Sarin Case » sur Consortiumnews.com).

Il peut sembler cynique de suggérer que les hauts responsables de Washington puissent être aveuglés par leur propre propagande au point de préférer voir les véritables assassins rester impunis, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, plutôt que de devoir reconnaître leurs erreurs. Mais c’est souvent ainsi que réagissent les puissants. Rien n’est plus important que leur réputation.

 

Le journaliste d’investigation Robert Parry a révélé un grand nombre d’informations sur l’affaire Iran-Contra pour le compte d’Associated Press et de Newsweek dans les années 80. Vous pouvez acheter son livre «l’histoire volée de l’Amérique» au format papier ou e-book (chez Amazon et barnesandnoble.com).

Traduction collective par les lecteurs du blog www.les-crises.fr

UKRAINE : Vers la guerre civile? [Jacques Sapir] 2 mai 2014

publié le 5 mai 2014 à 06:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 mai 2014 à 11:50 ]

    Les événements dramatiques qui se sont produits dans l’Est de l’Ukraine aujourd’hui, vendredi 2 mai, constituent une accélération indiscutable du processus conduisant à la guerre civile, et à terme à la partition du pays. Comme on le présageait, l’accord de Genève est en train de sombrer, et avec lui le futur d’une Ukraine indépendante[1].

    À côté du « front » de Slaviansk, où les forces du gouvernement provisoire ont tenté de réduire les insurgés, non sans pertes de part et d’autre (2 hélicoptères des forces de Kiev  détruit, et un total de 5 morts), c’est vers Odessa que tous les regards se tournent. Dans cette ville des affrontements entre partisans du gouvernement provisoire et insurgés pro-Russes ont fait au moins 3 morts, tandis qu’un meurtrier incendie, dont on ne sait encore qui l’a provoqué, aurait tué près d’une quarantaine de personnes[2]. D’ores et déjà chacun des deux camps rejette sur l’autre la responsabilité des victimes.

Il y a cependant des faits indiscutables, et qui sont reconnus par la plupart des observateurs :

1. L’est de l’Ukraine est bien en état d’insurrection. Aux militants partisans d’un rattachement à la Russie se joignent des Ukrainiens qui expriment leur profonde défiance envers le gouvernement de Kiev et ses soutiens. Une partie importante de la population a pris la défense des partisans d’un rattachement à la Russie, tandis qu’une fraction plus ou moins importante selon les endroits des forces de l’ordre (police et armée) a basculé en faveur de ces militants ou se refuse à intervenir contre eux. Le discours officiel que l’on entend que ce soit à Kiev ou dans les capitales européennes selon lequel il ne s’agirait que de quelques dizaines d’agitateurs payés par Moscou devient intenable. Il est moralement indigne.

2. Dans ces conditions, la volonté du gouvernement provisoire de continuer ce qu’il appelle une « opération anti-terroriste » est devenue la cause principale des violences meurtrières. Il est urgent que ce gouvernement rappelle ses forces car la violence non seulement ne règlera rien, mais elle fait empirer d’heures en heures la situation. Seul un retrait immédiat des forces du gouvernement provisoire est à même de ramener le calme.

3. Ce gouvernement de fait s’entête dans une attitude suicidaire : il prétend être le seul à pouvoir décider du compromis constitutionnel indispensable à un retour à la stabilité, mais se comporte de telle manière qu’il perd désormais rapidement son autorité et sa légitimité dans les régions de l’est de l’Ukraine. Qui voudra et acceptera de négocier avec un gouvernement qui a désormais du sang sur les mains ? Cela n’est possible que si le gouvernement provisoire change d’attitude. Mais, il sera contraint de faire des concessions importantes après ce qui s’est passé aujourd’hui.

4. Les gouvernements des pays de l’Union Européenne, mais aussi les Etats-Unis et le FMI sont enfermés dans un déni de réalité qui devient de plus en plus préoccupant. Ils concentrent leur attention sur la Russie, ce qui ne correspond pas à la situation. Redisons-le : on n’est pas en présence de « quelques agitateurs » mais d’un mouvement insurrectionnel. Cette réalité doit être acceptée. Par ailleurs, on tire des plans sur la comète avec un plan de stabilisation financière, alors que le pays est en train de glisser de plus en plus rapidement vers la guerre civile.

            Il importe donc, si l’on veut éviter le pire, et en admettant qu’il en soit encore temps, ce dont on peut douter après les événements d’aujourd’hui, de comprendre qu’il n’y a de solution à la situation dramatique de l’Ukraine qu’à trois conditions :

    1. Une déclaration commune des Etats-Unis, des principaux pays de l’Union Européenne et de la Russie sur une future Ukraine indépendante doit stipuler que ce pays n’a pas vocation à rejoindre, ni de près ni de loin l’UE ou l’OTAN. Le corollaire d’une telle déclaration est qu’il convient de cesser le plus rapidement possible la parade des sanctions prises contre la Russie.

    2. Le futur institutionnel de l’Ukraine doit reconnaître la dualité entre Ouest et est du pays. La forme précise, fédéralisme ou confédération, doit être décidée par les seuls Ukrainiens, dans le cadre d’une assemblée constituante ou d’une commission de réconciliation nationale.

    3. Mais, avant tout, il importe de faire cesser les violences et pour cela il faut impérativement que le gouvernement provisoire rappelle toutes les forces, armée et garde nationale, qui sont pour l’heure déployée dans l’est du pays. De son côté, la Russie doit s’engager à ne pas intervenir, directement ou indirectement.

    Il est peut être possible d’arrêter l’engrenage infernal de la guerre civile. C’est désormais la responsabilité des pays de l’Union Européenne, que d’agir pour qu’il en soit ainsi. La responsabilité devant l’Histoire de l’UE et de certains des pays qui en sont membres dans la déstabilisation de l’Ukraine leur impose moralement d’agir pour éviter la catastrophe. Mais, il faut agir vite. Il est peut être déjà trop tard.


Le 2 mai 2014
Jacques Sapir

[1] Sapir J.,« Ukraine, après Genève »,note publiée sur Russeurope, le 19 avril 2014, URL :http://russeurope.hypotheses.org/2199

[2] http://www.romandie.com/news/Operation-a-Slaviansk-et-incendie-meurtrier-a/474028.rom

La crise ukrainienne point par point, par B. Frederick, ancien correspondant permanent de L'Humanité à Moscou (1ère partie)

publié le 9 mars 2014 à 13:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 9 mars 2014 à 13:01 ]

    Voici un article de fond, très attendu pour ce qui me concerne, sur la question ukrainienne. Il est signé par Bernard Frederick qui fut correspondant permanent du journal L’Humanité à Moscou et qui, à ce titre, est russophone et spécialiste des questions de l’espace post-soviétique. Compte-tenu de sa longueur, je découpe cet article en deux parties. Le troisième paragraphe apporte beaucoup d’éléments sur le rôle nazi des Galiciens dont l’avatar est aujourd’hui un parti qui s’intitule, par anti-phrase- SVOBODA. Tout ce qui est souligné par un jeu de couleurs et une alternance gras et italique l’a été par moi-même. J.-P. R.

Mots-clés :Svoboda, Lviv, Crimée, révolution orange, Accords d'Association, Mer Noire, Bandera, OUN, antisémitisme, Yeshiva Chabad, 1941, accords du 21 février 2014, Maïdan, Pravy Sektor, "mafia judéo-moscovite", Oleg Tianybok, Galicie, BNB, Rus', Sébastopol, OTAN, Kosovo.

PLAN DE L’ARTICLE

1) LES ORIGINES DE LA CRISE EN UKRAINE

2) CE QUE PROPOSAIT L’UNION EUROPÉENNE

3) QUEL A ÉTÉ LE RÔLE DES ULTRA-NATIONALISTES ?

4) IL N’Y AURA PAS DE GUERRE ENTRE LA RUSSIE ET L’UKRAINE  La crise ukrainienne point par point, par B. Frederick, ancien correspondant permanent de L'Humanité à Moscou (2ème partie)

5) LA CRIMÉE

6) Y A –T-IL UN RISQUE DE DÉMEMBREMENT DE L’UKRAINE ?

7) QUELLES SOLUTIONS POUR SORTIR DE LA CRISE ?

 

LA CRISE UKRAINIENNE POINT PAR POINT

 

 

    par Bernard FREDERICK

    journaliste,

    ancien correspondant permanent de l’Humanité à Moscou.

 

1) LES ORIGINES DE LA CRISE EN UKRAINE

On a fait en Occident des manifestations qui ont débuté à Kiev, en novembre 2013, une riposte à l’annonce par le président Ianoukovitch de son refus de signer l’Accord d’association proposé par l’Union européenne. En fait, comme l’indique l’économiste et spécialiste du monde russe Jacques Sapir, la base du mouvement de contestation "était une révolte contre la corruption bien plus qu’une volonté d’adhésion à l’Union européenne"[1]. Révolte qui court depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991.

Aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis – que ce soit celui des pro-européens, Ioulia Timochenko en tête, de 2005 à 2010, que ce soit celui de Ianoukovitch – n’a réussi à juguler la crise sociale et économique. Tout au contraire, chacun s’est évertué à suivre les "recommandations" du FMI, de la Banque mondiale et de la Commission européenne : privatisations, déréglementations, liquidation des services publics, austérité. L’Ukraine est d’ailleurs à ce jour le second débiteur du FMI dans le monde.

De 1991 à 2012, la production d’électricité a chuté de 35 %, celle de certains produits sidérurgiques de plus de moitié. En 2012, la production de tracteurs ne représentait qu’environ 5 % de ce qu’elle était en 1990, dans un pays où un tiers de la population vit en milieu rural et détient 20 % des sols de terre noire de la planète. L’Ukraine comptait 16 grandes usines de machines-outils qui produisaient 37 000 unités en 1990, seuls trois d’entre elles tentent, aujourd’hui, de fonctionner tant bien que mal, produisant à peine 40 machines par an. Les privatisations ont touché plus de 50 000 entreprises et 45 % d’entre elles sont depuis fermées.

L’économiste Natalia Vitrenko, présidente du Parti progressiste socialiste d’Ukraine, était de passage à Paris, il y a quelques jours. Lors d’une conférence, elle affirmait : "L’Ukraine était auparavant l’un des premiers pays en matière de PIB par habitant, nous étions 11 % au-dessus du PIB mondial moyen par tête. Mais notre PIB a chuté d’un tiers et dès 2012 il n’était plus que de deux tiers de ce qu’il était en 1989. Nous sommes aujourd’hui 40 % en dessous du PIB mondial moyen par tête, en dessous de la Namibie". Pour Natalia Vitrenko, "Ce que l’Ukraine a gagné au cours de ces années, c’est de la dette extérieure. Nous avons maintenant une dette extérieure qui équivaut au double de nos réserves monétaires en or. Notre dette extérieure brute s’approche des 80 % du PIB. La pire des choses est que cet effondrement a appauvri la population. Le salaire minimum en Ukraine est de 118 euros par mois ; la retraite minimum est de 86 euros par mois".

Cette situation touche presque autant l’Ouest du pays, plutôt agraire, que l’Est industriel. La détresse sociale est d’autant mal vécue que tous les gouvernements ont usé des recettes néolibérales et tous ont été marqués par une gigantesque et scandaleuse corruption. Dans ces conditions, l’association à l’Union européenne pouvait apparaître à beaucoup, tant à l’Est qu’à l’Ouest, comme un espoir. Aussi les ukrainiens sont-ils descendus en nombre manifester à Kiev comme à Kharkov, à Lviv comme à Donetsk.

Cependant, dans la nuit du 29 au 30 novembre 2013, les forces de l’ordre donnèrent l’assaut à la place de l’Indépendance à Kiev – le Maïdan – où les manifestants s’étaient rassemblés. La répression fut violente et disproportionnée. Parallèlement, des groupes néonazis, pour l’essentiel venus de l’Ouest du pays, notamment de Galicie, s’installèrent à Kiev et constituèrent un soi-disant "service d’ordre" sur le Maïdan. Ils agressèrent la police. Ce fut l’escalade. La propagande de ces groupes, dont ceux affiliés au parti d’extrême droite Svoboda (Liberté) qui dispose, au plan national, d’une assise électorale de 10 % mais de plus de 30 % à l’Ouest, ou celle des fascistes de Pravy Sektor (Secteur droit), encore plus violents, domine depuis tous les discours. Social et éthique à l’origine, le mouvement a ainsi pris un caractère nationaliste, antirusse, voire antisémite. Ainsi, Dmitri Iaroch, le chef de Pravy Sektor, ne cesse-t-il pas de dénoncer "la mafia judéo moscovite".

2) CE QUE PROPOSAIT L’UNION EUROPÉENNE

Le "partenariat oriental" proposé par l’UE avait été initié en décembre 2008 par Carl Bildt et Radek Sikorski, les ministres des Affaires étrangères suédois et polonais, à la veille de l’affrontement militaire géorgien avec la Russie en Ossétie du sud. Cette initiative concerne six anciennes républiques soviétiques : trois dans le Caucase (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie) et trois dans la partie orientale de l’Europe centrale (Biélorussie, Moldavie et Ukraine). L’idée n’est pas d’en faire des membres à part entière de l’UE, mais de les attirer dans son giron par de prétendus Accords d’association (AA), fondés sur un libre-échange complet et approfondi (Deep and comprehensive Free Trade Agreement). À cause de son importance géopolitique, l’Ukraine est la cible privilégiée.

Le projet d’Accord d’association avec l’UE envisageait donc de placer Kiev sous la tutelle d’agences supranationales (le Conseil d’association et le Comité sur le commerce) se plaçant au-dessus de la Constitution et des lois du pays, en tant qu’autorités décisionnelles. Selon Natalia Vitrenko, comme selon plusieurs spécialistes, "La mise en œuvre de l’Accord d’association avec l’UE aurait conduit indiscutablement à la destruction de l’économie du pays, de son industrie, de son agriculture, de ses services et de son secteur scientifique". De plus, l’UE exigeait de l’Ukraine qu’elle s’inscrive dans la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), ce qui signifiait une rupture totale avec la Russie que Bruxelles voulait voir symbolisée par l’expulsion de la flotte russe de ses bases de Crimée et, sans doute, leur mise à disposition de l’OTAN dans un futur proche. L’UE et les États-Unis se sont installés en Ukraine dès 1991, par le biais de dizaines d’ONG. Les cercles de l’immigration ukrainienne au Canada et aux USA (souvent les héritiers d’anciens combattants des troupes nationalistes alliées à l’Allemagne nazie, récupérés par les services occidentaux en 1945 et recyclés comme agents antisoviétiques) ont été mis à contribution pour envoyer sur place des "instructeurs". La "révolution orange" (2004-2005) - elle-même produit de "l’aide" occidentale - s’étant enlisée dans le marais néolibéral et ses protagonistes ayant perdu les élections de 2010 et 2012, les occidentaux sont repartis à la charge. Objectif : pour les Américains, affaiblir la Russie, empêcher Vladimir Poutine de réaliser son projet d’association eurasiatique d’anciennes républiques de l’URSS et continuer l’encerclement du pays par l’OTAN. Pour les Européens, essentiellement pour les Allemands qui ont toujours rêvé de ces confins (La paix de Brest-Litovsk, 3 mars 1918 JPR ), il s’agit d’organiser le pillage de l’Ukraine et de s’y ouvrir des marchés sans concurrence intérieure.

Les principaux partis libéraux - Batkivshchyna (Patrie) de Ioulia Timochenko et du nouveau Premier ministre, Arseni Iatseniouk, et l’UdAR (Coup de poing – sic !) de Vitali Klitschko – ont pu être créés grâce aux Américains (Timochenko) ou aux Allemands (Klitchko). Quant à Svoboda (Liberté), son chef néofasciste Oleg Tianybok a non seulement été, lui aussi, généreusement arrosé par les Occidentaux, mais il a eu le droit, comme les autres, à de solides poignées de mains de la part de Catherine Ashton, haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE, du sénateur John Mc Cain, de bien d’autres, y compris … Laurent Fabius. Celui-ci, qui a tant souffert par le passé d’allusions antisémites, ne sait-il pas qui est ce Tianybok? Il est vrai que notre ministre des Affaires étrangères s’est empressé, comme ses collègues allemands ou polonais, de saluer le nouveau gouvernement "démocratique" de Kiev que les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont qualifié de "clé pour la sécurité euro-atlantique"... Là encore, Laurent Fabius en connaît-il la composition ? Outre les libéraux connus, font partie de ce gouvernement : Oleksandr Sich (Svoboda), vice-premier ministre ; Ihor Chvaika et Andriy Mokhnik, respectivement ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie (Svoboda) ; Serhiy Kvit, ministre de l’Education (ancien membre du groupe néonazi Trizub ) ; Andriy Parubiy, chef du Conseil national de défense et de sécurité (commandant du contingent d’« autodéfense » du Maïdan) ; Dmitro Iarosh, adjoint de Parubiy (Pravy Sektor, milice néonazie) ; le nouveau Procureur général, Oleg Makhnitsky (Svoboda). (Mauvaises nouvelles venues d'ailleurs : Ukraine (le point de vue du PCF)lienJPR ),

Ce que le dirigeant de l’extrême droite autrichienne, Heider, n’avait pu obtenir à l’entrée au gouvernement de son parti en 2000, les néonazis ukrainiens l’ont obtenu : être reconnus par l’Europe. Pour Heider, la Waffen-SS était une "partie de l’armée allemande à laquelle il faut rendre honneur". À l’ouest de l’Ukraine, les nationalistes élèvent des monuments à la gloire de la division SS "Galicie". Avec le fric des européens et des américains ?

3) QUEL A ÉTÉ LE RÔLE DES ULTRA-NATIONALISTES ?

Depuis 1991, avec le soutien ou le silence des autorités qui se sont succédé à Kiev et avec l’aide des Occidentaux, on assiste à la réhabilitation de ceux qui ont collaboré avec les nazis : l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et sa branche armée (UPA – Armée insurrectionnelle ukrainienne). Des monuments leur sont dédiés, des cérémonies commémoratives ont lieu, avec drapeaux d’époque, uniformes nazis, etc. Stepan Bandera, le principal chef de l’OUN a été fait "héros" national par les amis de Ioulia Timochenko (future candidate à la présidentielle ?) avant que Ianoukovitch revienne sur cette décision. Depuis novembre, on a vu partout fleurir des portraits de ce Bandera (condamné par contumace en 1944 et exécuté à la fin des années cinquante en RFA par un officier du KGB). Armées, grâce au pillage de postes de police et de casernes, constituées en groupes de choc, les troupes nationalistes venues de l’Ouest du pays, ont réussi à faire basculer des manifestations pacifiques de "pro-européens", et surtout de gens déboussolés, en émeutes sanglantes, ouvrant ainsi un cycle provocations-répressions dont l’aboutissement provisoire a été le coup d’État des 22 et 23 février.

Ces mêmes groupes ont commis à l’Ouest toutes sortes d’exactions contre des églises orthodoxes et des synagogues. Les intimidations et humiliations à l’égard de fonctionnaires ou de dirigeants politiques (le Premier secrétaire du Comité de la ville de Lviv du Parti communiste d’Ukraine, Rostislav Vasilko, a été torturé et se trouve hospitalisé) n’ont cessé, et ne cessent encore, de se multiplier.

La situation est telle que la presse israélienne s’est fait écho de l’appel d’un des grands rabbins d’Ukraine, Moshe Reuven Asman, dans lequel il exhorte les Juifs à quitter la capitale Kiev, à la suite de l’agression sur deux étudiants de la Yeshiva Chabad dans la ville le mois dernier : "J’ai dit à ma communauté de sortir de la ville et si possible de l’État… il y a beaucoup de mises en garde sur des attaques prévues contre des institutions juives"[2].

La collaboration avec les nazis des nationalistes ukrainiens, dont se réclament aujourd’hui Svoboda et les autres, a commencé dans les années trente. L’ouest du pays était alors sous administration polonaise depuis 1920, après avoir fait partie intégrante de l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Les membres de l’OUN et de l’UPA étaient formés par les SA d’Ernst Röhm en Allemagne. En 1938, au lac de Chiem, près de Berlin-Tegel, et à Quenzgut au bord du lac Quenz, près de Brandebourg, sont créés, par l’Abwehr, le service de renseignement de la Wehrmacht, des centres d’entraînement, en vue de la création d’une cinquième colonne en Pologne et en Union soviétique. Des émigrants politiques ukrainiens y sont instruits.

En mars 1940, avec l’aide de l’ Abwehr, la direction de l’OUN organise des groupes de sabotage et d’intoxication des populations à Lviv et en Volhynie soviétiques. D’autres groupes de saboteurs opèrent en Biélorussie et Ukraine. En 1941, l’OUN et son dirigeant, Stepan Bandera, sont fin prêts à participer à l’agression du Reich contre l’URSS. En uniforme de l’Armée rouge, ils commettent nombre d’assassinats ciblés contre les officiers du NKVD [3], cherchent à désorganiser la circulation et à dynamiter des objectifs stratégiques.

En juin-juillet et août 1941, quelque fois avant même l’arrivée des Allemands, comme à Lviv, les nationalistes de l’OUN massacrent sauvagement les Juifs à tel point que les nazis eux-mêmes, effrayés par le côté anarchique de ce début de génocide, interdisent les opérations séparées des nationalistes et en font des supplétifs des Einsatzgruppen. La police ukrainienne alliée des nazis comptera jusqu’à 250 000 hommes. Des milliers d’autres serviront comme gardiens dans les camps d’Auschwitz, Treblinka et Belzec. L’OUN participe activement à l’exécution de prisonniers de guerre soviétiques, notamment des commissaires politiques, à la chasse aux communistes. Elle sera un précieux secours pour les nazis dans la guerre contre les partisans.

Mais pressé de proclamer un État ukrainien indépendant, Bandera déçoit les Allemands qui l’envoient en résidence surveillée en Allemagne, d’où il continue cependant à diriger ses troupes. Il reviendra en grâce en 1943, après le désastre de Stalingrad.

En mars de cette même année, est constituée la division SS "Galicie". Elle comptera 26.000 hommes mais 80 000 se portèrent volontaires ! Les SS ukrainiens, non contents de se battre contre leurs frères qui servaient dans l’Armée rouge, appuyèrent en 1944 la garde fasciste slovaque contre les partisans après l’échec du soulèvement du 29 août 1942.

A la fin de la guerre, l’OUN et l’UPA, dans laquelle seront reversés les effectifs rescapés de la SS "Galicie" continuèrent de semer la terreur, jusque dans les années cinquante à l’ouest de l’Ukraine désormais soviétique. Bandera, pour sa part, fut recruté par les Services secrets britanniques [4]. Puis, en 1956, Bandera intégra les services de renseignements de RFA, la BND, alors dirigée par le général Reinhardt Gehlen, le chef des services de renseignement militaire pour le front oriental pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des retrouvailles en somme. Un rapport du MI-6 de 1954 fait l’éloge de Bandera en tant qu’"agent professionnel muni d’une expérience terroriste et de notions impitoyables concernant les règles du jeu". Après ça, Svoboda peut dormir tranquille !

Les Occidentaux savent tout cela. Ils n’en ont cure. Et les médias ? Rien chez nous ou presque. C’est un peu mieux en Grande-Bretagne : sous le titre : "Des nervis d’extrême-droite détournent l’insurrection pour la liberté en Ukraine", le Time Magazine du 28 janvier faisait un gros plan sur le groupuscule Spilna Sprava -"Cause commune", dont les initiales en ukrainien sont « SS »- qui fait partie de la nébuleuse du Maïdan. Le lendemain, le Guardian titrait : "En Ukraine, les fascistes, les oligarques et l’élargissement occidental sont au cœur de la crise", avec en sous-titre : "L’histoire qu’on nous raconte sur les manifestations paralysant Kiev n’a qu’un lointain rapport avec la réalité"… Seumas Milne, un des journalistes du titre, précisait : "Vous n’auriez jamais pu apprendre par la grande presse que des nationalistes d’extrême-droite et des fascistes sont au cœur des protestations et des attaques contre les bâtiments officiels. Un des trois principaux partis d’opposition menant la campagne est le parti antisémite de la droite dure, Svoboda, dont le dirigeant Oleh Tyahnybok affirme que l’Ukraine est contrôlée par une "mafia judéo-moscovite". Svoboda, actuellement au pouvoir dans la ville de Lviv, a dirigé au début du mois une marche aux flambeaux de 15 000 personnes à la mémoire du dirigeant fasciste ukrainien Stepan Bandera, dont les troupes ont combattu avec les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale et ont participé au massacre des Juifs".

Alors, en France, on s’y met ?



[1] Mediapart 2 mars 2014.

[2] Ma’ariv du 21 février 2014.

[3] Service de renseignements soviétiques ancêtre du KGB.

[4] Cf. Stephen Dorrill, M16 : Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service, Simon and Schuster, 2002.

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