après le Venezuela, parlez-nous du Brésil, svp....

publié le 4 mai 2017 à 08:57 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 mai 2017 à 08:41 ]

    Vous avez tous observé que, durant la campagne du 1er tour de la présidentielle, le monolithe médiatique - c'est-à-dire l'ensemble des médias qui disent tous , peu ou prou, la même chose - nous parlait souvent des évènements -graves, il est vrai- qui se déroulent au Vénézuela. L'idée du pilonnage était simple : Maduro (président en exercice du pays)  est le successeur de Chavez, or Chavez fut un tyran (c'est Elkrief qui l'a dit sur les ondes de BFNtv), Mélenchon était ami de Chavez, DONC Mélenchon est un tyran. CQFD.
    au jour d'aujourd'hui, l’intérêt des patrons du CAC40 pour le Vénézuela a beaucoup baissé.
    Peut-être vont-ils nous parler du Brésil ? rêvé-je ?
    Pourquoi le Brésil ? parce qu'après le coup d’État qui a renversé la présidente Dilma Roussef du parti des Travailleurs, la politique foncière a pris un tour résolument contraire. En gros, les Indiens d'Amazonie sont chassés de leur terre à fin de déforestation et de mise en culture de colza et maïs pour le Big Business brésilien de l’agro-industrie et de l'exportation maritime. Il y a là la reprise d'une  politique génocidaire, appelons les choses par leur nom, les tribus indiennes vivent dans la forêt, pas ailleurs.
    Mais parler de cela reviendrait à parler de la mondialisation, de ses méfaits et de M.Macron qui en est un acteur diligent.
Le journal l'Humanité publie un article dont je publie une photo dramatique et quelques termes.

Brésil. Avec Temer*, le vol de terres explose

auteur : Marie-Noëlle BERTRAND

Mercredi, 3 Mai, 2017. L'Humanité

    Au Parlement, la droite et le parti des grands propriétaires relancent l’accaparement des terres indigènes et son lot de violences. Les Indiens organisent leur résistance. La semaine dernière, près de 3 000 Indiens ont convergé vers Brasilia pour défendre leur droit à la terre.

ci-dessus : les Indiens en costume folklorique manifestent pour leurs droits. à gauche, les forces de l’ordre, également en tenue folklorique. 
 

       Forcément, l’image a fait mouche. D’un côté, des casquettes fédérales, des gyrophares et des fusils armés. De l’autre, des arcs, des flèches et des hommes tout en plumes. Les uns face aux autres, s’affrontant devant le Congrès brésilien, joute urbaine effarante opposant, sur l’asphalte boucané aux gaz lacrymogènes, les forces de police aux peuples des forêts.

    Cela se passait la semaine dernière à Brasília, à l’occasion du 14e campement Terra Livre (« terre libre »). Chaque automne (on se trouve sous l’équateur), le rassemblement réunit les membres des tribus indiennes du pays – elles sont plus de 200 – devant ce haut lieu du pouvoir politique. Celui de cette année a été, dit-on, le plus important de l’histoire du Brésil. Les organisateurs, un temps, avaient compté sur la venue de 1 500 personnes. Elles ont été 3 000 à affluer de partout, au cri de « Demarcaçao jà ! » (démarcation maintenant !), pour exiger la reconnaissance du droit à leurs terres.

    Séculaire, leur bataille n’est pas neuve. Elle a vu les conquistadors portugais et les colons français, chercheurs d’or et autres bandits de grands chemins, tracer les cadastres à coups de pistolet. Le progrès ne fait jamais table rase de tout : ce sont les grands propriétaires terriens et les multinationales qui, depuis longtemps, s’occupent désormais de chasser manu militari les Indiens de leurs terres.

    Le putsch opéré, il y a huit mois, par le conservateur Michel Temer a redonné du mordant à ceux qui convoitent les contrées indigènes – 12 % du Brésil, la plupart dans les régions amazoniennes. Des dispositions législatives sont en discussion au Congrès visant à revigorer l’accaparement de terres indigènes.

Les monocultures de canne à sucre ou de maïs restent avides d’espace

    En 1988, le retour au régime démocratique avait si ce n’est clairement freiné, du moins contrarié le phénomène. La nouvelle Constitution octroyait aux Indiens des garanties quant à la reconnaissance de leurs cultures et de leurs terres. Une politique de démarcation avait été mise en place consistant à homologuer des territoires qui leur seraient propres. En vingt-cinq ans, près de 600 000 km² ont ainsi été démarqués.

    Mais le processus reste inachevé. Il s’est même ralenti depuis 10 ans sous des influences diverses. Les politiques de développement du pays en sont une. La construction d’infrastructures de transport (autoroutes ou aéroports) ou de grands barrages a mordu sur les territoires indigènes. Les lobbies de l’ agrobusiness et de l’extractivisme, surtout, ont repris de l’influence. Les monocultures de canne à sucre, de maïs ou d’eucalyptus restaient avides d’espace, les ressources minières et forestières demeuraient appétissantes… Mais bon an mal an, la « demarcaçao » se poursuivait. En 2013, Dilma Rousseff homologuait ainsi trois nouvelles terres indigènes couvrant 230 000 hectares.

    La droite a réagi. En 2014, Osmar Serraglio, député du parti libéral PMDB, présentait une proposition d’amendement à la Constitution, la PEC 215, visant à réformer le système. Alors que, jusqu’alors, seul le pouvoir exécutif avait l’autorité de décider de démarquer une terre indigène, la signature finale revenant à la présidence de la République, le texte propose de soumettre cette approbation au Congrès.

    D’apparence démocratique, le coup est bas, quand il permet de renforcer le pouvoir des ruralistes, porte-voix de l’ agrobusiness. Principal groupe représenté au Congrès, il en compose 40 % des bancs.

    La gauche tentera de faire barrage. En août 2015, députés du PT (Parti des travailleurs), du PCdoB (Parti communiste du Brésil), des Verts et autres socialistes unissaient leurs voix pour repousser le texte. Ceux de la droite votaient pour. « Si demain nous avons des morts, si demain nous avons une révolution, ce sera de votre responsabilité ! » prophétisait alors un des députés Verts. À la fin de cette année-là, les associations des droits humains et de l’environnement recensaient l’assassinat de 137 Indiens.

    Lui président, Michel Temer n’a pas cherché à éteindre l’incendie. Au contraire. Soit pour s’assurer que la PEC 215 fasse son œuvre, soit par simple mépris – soit les deux –, il a jeté de l’huile dessus. En février, il nommait Osmar Serraglio lui-même ministre de la Justice. Avec, sous sa tutelle, la Fondation nationale des Indiens (Funai), organe exécuteur des politiques indigènes du gouvernement fédéral.

    La résistance des Indiens et de leurs soutiens, elle, s’est organisée, prenant appui sur la force de l’image, du son et d’Internet. Peut-être certains s’en souviennent-ils. En 2014, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de foot, un adolescent indien, délégué par la Fifa pour représenter la diversité de la jeunesse brésilienne, se saisissait du podium mondial qui lui était offert pour brandir une bannière « Demarcaçao jà ! ». Les caméras ont eu vite fait de tourner de l’œil, mais la photo fut faite.

    Le mouvement, depuis, a grandi. La semaine dernière, vingt-cinq artistes brésiliens parmi les plus populaires ont mis en ligne une vidéo de quinze minutes pour dénoncer les violences faites aux peuples indigènes. Logiquement baptisé Demarcaçao jà !, le clip a, dès le lendemain, récolté plus de 600 000 vues. Quelques heures plus tôt, à Brasilia, quelques dizaines d’Indiens avaient tenté de déposer devant le Congrès des cercueils en carton figurant ceux des leurs tués dernièrement. C’est le moment qu’a choisi la police pour charger. Armes au poing.

   
* Michel Temer est le bénéficiaire du coup d’État.
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