Amérique latine

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Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet

publié le 2 août 2017 à 14:15 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 août 2017 à 14:53 ]

    Malgré les cris des contre-révolutionnaires, le peuple venezuelien a répondu à 43% à l'élection de l'Assemblée constituante. C'est un succès. le monolithe médiatique des occidentaux nous avait tellement percé les oreilles que nombreux furent les surpris. En réalité face à la crise (chute des cours du pétrole, sécheresse exceptionnelle qui prive le pays d'énergie hydroélectrique, la bourgeoise possédante qui se déchaîne et déchaîne les voyous...), le président Maduro n'est pas resté les deux pieds dans le même sabot. Ignacio Ramonet nous présente ici (AVANT le vote du dimanche 2 août) les Les 10 victoires du Président Maduro.

    Depuis l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez, le pays a dû affronter une série d’obstacles politiques, sociaux et économiques aussi bien internes qu’externes, qui se sont accentués lors de la présidence de Nicolas Maduro. Ignacio Ramonet analyse ici l’année 2016, l’année la plus compliquée de la révolution bolivarienne.

    J.-P. R.

Début 2016, pour les autorités de Caracas, la situation était très compliquée. Pour principalement trois raisons : 1) L’opposition néo libérale avait gagné les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait l’Assemblée Nationale. 2) Le prix du pétrole, principale ressource du Venezuela,  était tombé à son niveau le plus bas depuis longtemps. 3) Le président des États-Unis, Barack Obama venait de signer un décret où le Venezuela était présenté comme une « menace non usuelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des États-Unis » (1). Autrement dit, la révolution bolivarienne semblait être à la défensive sur les trois champs décisifs que sont la politique, l’économique et la géopolitique, alors que la contrerévolution, aussi bien interne qu’externe pensait avoir, enfin, à portée de main le pouvoir au Venezuela. Tout cela dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas, qui avait commencé avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez en 1999 y qui s’est intensifiée à partir d’avril 2013, en atteignant des niveaux inédits de violence depuis l’élection de Maduro.

   

    L’atmosphère de harcèlement agressif et permanent par les media se traduit pas une désinformation insidieuse sur le Venezuela qui jette le trouble même chez de nombreux amis de la révolution bolivarienne. Dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle  et de la tromperie éhontée n’est pas sanctionnée par aucune conséquence négative, que ce soit en termes de crédibilité ou d’image.  Tout se vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel ». Même les faits et les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. On n’accepte pas non plus l’argument – si évident dans le cas du Venezuela – du complot, de la conjure, de la conspiration. Le nouveau discours médiatique dominant dénonce par avance et ridiculise le « prétendu complotisme » comme reprend un « récit éculé » qui ne peut qu’être rejeté avec mépris.


    Début 2016, tout donc semblait très difficile pour le président du Venezuela. Au point que l’opposant acharné, et néolibéral, Henry Ramos Allup, passablement enivré avec sa majorité parlementaire, s’est permis d’affirmer dans son premier discours, en janvier 2016, comme président de l’Assemblée Nationale, qu’il allait enlever Maduro du pouvoir dans « un délai ne dépassant pas six mois ». S’inspirant sans doute du coup d’État institutionnel contre Dilma Roussef au Brésil, il pariait sur une victoire à un éventuel référendum qui révoquerait le président.

    

    Les  choses étaient ainsi quand le président Maduro a surpris tout le monde, dans une série magistrale de coups d’échecs que personne n’a vu venir – et qui était parfaitement légale selon la Constitution. Il a rénové, comme celle-ci le lui autorise, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), organe supérieur du pouvoir judiciaire, dont la « Salle Constitutionnelle » a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

   

    l'Assemblée nationale se met hors-jeu

    Aveuglée par sa superbe, l’opposition a alors commis deux erreurs majeures : elle a décidé d’ignorer les avertissements du TSJ, en acceptant que siègent à l’assemblée trois députés de l État d’Amazonie dont l’élection, en décembre 2015, avait été suspendue pour cause d’irrégularités. Face à cet affront, le TSJ n’a pu que décréter que la présence de ces trois députés « non élus régulièrement » enlève toute validité aux décisions de l’assemblée. Le TSJ a en fait jugé que l’Assemblée était en état de désobéissance et que, par conséquent, « toutes ses décisions seront considérées comme étant nulles ».  En raison de ses propres erreurs, non seulement l’Assemblée Nationale n’a pas réussi à légiférer, ni à exercer son contrôle sur le gouvernement, mais, comme le reconnaissent de prestigieux spécialistes de droit constitutionnel, elle s’est elle-même annihilée, elle a dilapidé son pouvoir et s’est, en fait, auto dissoute (2). Telle fut la première grande victoria de Nicolas Maduro en 2016.

Obsédée par son désir de renverser le président, l’opposition a aussi décidé d’ignorer les conditions légales (article 72 de la Constitution) – en l’occurrence, les étapes à suivre, telles qu’elles sont consignées dans la règlementation – lorsqu’elle a voulu lancer, en 2016, un referendum demandant la révocation du président (3). Un autre fracassant échec pour elle. Et une autre victoire de Nicolas Maduro.

Éviter la crise énergétique

Même ainsi, il est arrivé un moment, en mars-avril 2016, où tout s’est énormément compliqué. Aux coups de boutoir habituels des forces hostiles à la révolution bolivarienne est venue s’ajouter une sécheresse exceptionnelle, la deuxième en importance depuis 1950, accompagnée de chaleurs extrêmes, dues au phénomène El Niño. Au Venezuela, 70% de l’énergie électrique est fournie par les barrages, la principale centrale hydroélectrique étant celle du Guri, dont le niveau a été réduit au minimum, faute de pluies.


La contrerévolution a essayé de tirer parti de la situation pour multiplier les sabotages électriques, en cherchant à créer le chaos énergétique, le mécontentement social et susciter des mouvements de protestation. Le danger était particulièrement grand, au problème électrique s’ajoutant, du fait de la sécheresse persistante, le manque d’eau potable.


Le président Maduro a toutefois agi à nouveau avec célérité, en adoptant des mesures drastiques : il décida de substituer des millions de lampes à incandescence par d’autres, beaucoup moins gourmandes en électricité ; il donna l’ordre de remplacer les vieux appareils d’air conditionné par de nouveaux, également moins gourmands ; il décréta la mi-journée de travail dans l’administration publique et un plan spécial de limitation de la consommation électrique et d’eau.


Il parvint ainsi, grâce à ces mesures audacieuses, à éviter une crise énergétique majeure (4), tout en obtenant une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.


Un changement de paradigme


Un autre problème important, peut-être le plus grave, auquel a dû faire face le gouvernement – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est celui de l’approvisionnement alimentaire. Il faut se rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient dans la pauvreté. I. CHAVEZ, le Vénezuela, « Le Monde » et la Révolution… Sur dix vénézuéliens, seulement trois consommaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du lait,… Pendant les seize dernières années, la consommation alimentaire a littéralement explosé, faisant un bond de 80%, grâce à l’investissement social massif par la révolution.


Ce changement structurel explique, à lui tout seul, pourquoi la production nationale d’aliments, bien plus importante de ce que l’on croit (5), s’est trouvée être insuffisante.


La demande ayant augmenté massivement, la spéculation s’est déchaînée. Face à une offre structurellement limitée, les prix ont augmenté de manière vertigineuse, le marché noir explosant littéralement. Beaucoup de personnes achetaient les produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre à des prix bien plus élevés (le « bachaqueo »). Certains allaient même jusqu’à les « exporter » dans les pays voisins (Colombie, Brésil) où ils les revendaient pour le double ou le triple de leur prix subventionné. Privant ainsi de ces produits les plus humbles, et le pays de ses dollars, devenus plus rares avec l’effondrement du prix du pétrole. Une telle situation scandaleuse ne pouvait durer.

éviter la crise alimentaire

Une fois de plus, le président Maduro a décidé d’agir avec fermeté. Il a d’abord – point très important – changé la philosophie de l’aide sociale. Il commença par corriger une erreur majeure qui se commettait au Venezuela depuis des lustres. Il décida que l’ État, au lieu de subventionner les produits, ne subventionnerait plus que les personnes, de sorte que les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, soient les seuls à avoir accès aux produits subventionnes. Pour tous les autres, les produits se vendent au prix du marché. Ce qui évite la spéculation et le « bachaqueo » (6).

relancer l'activité avec "quinze moteurs"

La seconde mesure décisive du président fut l’annonce que tout allait être fait pour changer le caractère économique du pays, pour qu’il passe d’un « modèle de rente » à un « modèle productif ». Il définit à cet effet « quinze moteurs » (7) pour réanimer l’activité économique, aussi bien du secteur privé que du secteur public et de l’économie communautaire.Ces deux décisions essentielles se sont matérialisées par la création des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production), une nouvelle forme d’organisation populaire. Les représentants des communautés organisées fournissent, à un prix réglementé, des colis de biens alimentaires. Beaucoup d’entre eux proviennent d’une nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner, dans les prochains mois de 2017, environ quatre millions de familles modestes. On peut voir là une autre grande victoire du président Maduro.


L’investissement social


Une autre victoire, non des moindres, de cette année 2016, si difficile, est constituée par le record en matière d’investissement social, qui a atteint 71,4% du budget du pays. Un record mondial. Aucun autre pays de la planète consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.


soigner la population

La Misión Barrio Adentro (« mission au cœur des quartiers ») – qui a pour objectif de s’occuper des malades dans les aires urbaines les plus humbles – a réalisé presque 800 millions de consultations et sauvé la vie à un million et demi de personnes. Huit Etats ont ainsi été couverts à 100% en 2016, alors que l’objectif était de six. En ce qui concerne la santé, par exemple, le nombre d’établissements hospitaliers a été multiplié par 3,5 depuis 1999. Et l’investissement dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.


généraliser les pensions de retraite

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média, concerne les retraites. Avant la révolution, à peine 19% des retraités recevaient une pension, les autres subsistaient souvent dans la misère ou en étant à la charge de leurs familles. En 2016, le pourcentage de retraités qui reçoivent une pension, même s’ils n’ont pas cotisé pendant leur vie active, a atteint les 90%. Un record en Amérique du Sud.


multiplier le logement social

En 2016, elle a construit 359.000 logements – à titre de comparaison, un pays développé comme la France n’a construit, en 2015, que 109.000 logements sociaux. Se rajoutent à cela les 335.000 logements réhabilités dans le cadre de la Mision Barrio Nuevo  Tricolor , qui a attiré les éloges du célèbre architecte Frank Gehry, auteur entre autres du Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton de Paris. Au point qu’il a déclaré vouloir  s’y impliquer. Soit presque 700.000 logements sociaux construits ou rénovés  en 2016. Un nombre sans équivalent dans le monde.

Une autre victoire du même ordre – et que les grands média se gardent bien, aussi, de mentionner – est celle obtenue par la Mission Logement qui est chargé de  construire des logements sociaux, à un prix réglementé, pour les familles modestes.

Depuis le début de son mandat, en 2013, le président Maduro a déjà remis près d’un million et demi de logements à des familles modestes. Un record mondial passé sous silence par tous les médias hostiles à la révolution bolivarienne. Et que beaucoup de ses amis oublient parfois de mentionner.




Des liens internationaux


Rappelons, pour finir, quelques unes des brillantes victoires obtenues sur le plan géopolitique.  Avoir empêché,  par exemple, que l’Organisation des États Américains (OEA), dominée par Washington, condamne Caracas comme le prétendait son secrétaire général, Luis Almagro, qui invoquait la « Charte Démocratique » contre le Venezuela.


120 pays apportent leur soutien au Venezuela

Ou bien le succès du XVII° sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL) réalisé en septembre 2016 dans le Centre de Conventions Hugo Chavez de l’île Margarita, avec la présence de nombreux chefs d’État et de gouvernement, les représentants de cent vingt pays ayant manifesté leur solidarité avec le Venezuela.


maîtriser la production mondiale de pétrole pour relever les cours

Pour finir, rappelons le rôle important du président Maduro, qui a effectué de nombreuses tournée internationales dans ce cadre, dans la réussite inespérée d’un accord entre pays OPEP et non-OPEP pour la réduction concertée des exportations de pétrole. Accord qui, signé fin novembre 2016, a freiné la chute du prix du pétrole qui, de 24 dollars en janvier est passé au-dessus des  45 dollars fin décembre 2016.

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1. Voir Ignacio Ramonet, “Venezuela candente”, Le Monde diplomatique en español, janvier 2016. http://www.monde-diplomatique.es/?url=editorial/0000856412872168186811102294251000/editorial/?articulo=2ebf5b30-e930-4492-971c-2fb37aa6e443

2. Cf. BBC Mundo, 24 octobre 2016 : http://sumarium.com/se-ha-vuelto-irrelevante-la-asamblea-nacional-en-venezuela/

3. “L’article 72 de la Constitution du Venezuela stipule que le référendum révocatoire peut avoir lieu après la première moitié du mandat présidentiel. Dans le cas de Maduro, le mandat a commencé le  10 janvier 2013, et se finira le 10janvier 2019. La mi-mandat est donc au 10 janvier 2016. La confusion sur la date à laquelle la convocation au référendum peut avoir lieu tient à ce que Hugo Chavez est mort le 5 mars 2013, avant d’être remplacé par Maduro. Mais selon l’article 231 de la Constitution, l’actuelle période présidentielle a commencé le 10janvier 2013 et non le 19 avril. Cf. la déclaration de Tibisay Lucena, présidente du Consejo Nacional Electoral (CNE), le 9 aôut 2016. http://albaciudad.org/2016/08/cne-referendo-revocatorio-para-2017/

4. Avec l’arrivée progressive des pluies, fin mai, le niveau du barrage Guri a monté, et le président a décrété, le 4 juillet 2016, la fin du rationnement électrique.

5. Depuis 1999, le gouvernement bolivarien a investi comme aucun autre dans l’agriculture, avec la priorité d’augmenter la production locale. Le Venezuela est auto suffisant en pommes de terre, poivrons, tomates, oignons, ails, céleri, yuca, auyama, laitues, choux, coriandre, citron, melon, quayaba, bananes entre autres. 80% du riz est de provenance nationale. 85% pour le fromage et la  charcuterie. Concernant le poulet et la viande bovine, les importations ne sont que de 24%. Elles sont de l’ordre de 15% pour les carottes, les lentilles et les pois chiches.

6. Cf. Pasqualina Curcio Curcio, “La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela”, Editorial Nosotros Mismos, Caracas, 2016.

7. Los 15 moteurs sont 1. Agroalimentaire. 2 Pharmacie. 3 Industrie. 4 Exportations. 5 Economie communautaire, sociale et socialiste. 6 Hydrocarbures. 7 Petrochimie. 8 Produits miniers. 9 Tourisme national et international. 10 Construction. 11 Produits forestiers. 12 Industrie militaire. 13 Télécommunications et Informatique. 14 Banque publique et privée. 15 Industrie de base.

Ignacio Ramonet

Directeur de l’édition espagnole  du Monde Diplomatique

 

après le Venezuela, parlez-nous du Brésil, svp....

publié le 4 mai 2017 à 08:57 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 mai 2017 à 08:41 ]


    Vous avez tous observé que, durant la campagne du 1er tour de la présidentielle, le monolithe médiatique - c'est-à-dire l'ensemble des médias qui disent tous , peu ou prou, la même chose - nous parlait souvent des évènements -graves, il est vrai- qui se déroulent au Vénézuela. L'idée du pilonnage était simple : Maduro (président en exercice du pays)  est le successeur de Chavez, or Chavez fut un tyran (c'est Elkrief qui l'a dit sur les ondes de BFNtv), Mélenchon était ami de Chavez, DONC Mélenchon est un tyran. CQFD.
    au jour d'aujourd'hui, l’intérêt des patrons du CAC40 pour le Vénézuela a beaucoup baissé.
    Peut-être vont-ils nous parler du Brésil ? rêvé-je ?
    Pourquoi le Brésil ? parce qu'après le coup d’État qui a renversé la présidente Dilma Roussef du parti des Travailleurs, la politique foncière a pris un tour résolument contraire. En gros, les Indiens d'Amazonie sont chassés de leur terre à fin de déforestation et de mise en culture de colza et maïs pour le Big Business brésilien de l’agro-industrie et de l'exportation maritime. Il y a là la reprise d'une  politique génocidaire, appelons les choses par leur nom, les tribus indiennes vivent dans la forêt, pas ailleurs.
    Mais parler de cela reviendrait à parler de la mondialisation, de ses méfaits et de M.Macron qui en est un acteur diligent.
Le journal l'Humanité publie un article dont je publie une photo dramatique et quelques termes.

Brésil. Avec Temer*, le vol de terres explose

auteur : Marie-Noëlle BERTRAND

Mercredi, 3 Mai, 2017. L'Humanité

    Au Parlement, la droite et le parti des grands propriétaires relancent l’accaparement des terres indigènes et son lot de violences. Les Indiens organisent leur résistance. La semaine dernière, près de 3 000 Indiens ont convergé vers Brasilia pour défendre leur droit à la terre.

ci-dessus : les Indiens en costume folklorique manifestent pour leurs droits. à gauche, les forces de l’ordre, également en tenue folklorique. 
 

       Forcément, l’image a fait mouche. D’un côté, des casquettes fédérales, des gyrophares et des fusils armés. De l’autre, des arcs, des flèches et des hommes tout en plumes. Les uns face aux autres, s’affrontant devant le Congrès brésilien, joute urbaine effarante opposant, sur l’asphalte boucané aux gaz lacrymogènes, les forces de police aux peuples des forêts.

    Cela se passait la semaine dernière à Brasília, à l’occasion du 14e campement Terra Livre (« terre libre »). Chaque automne (on se trouve sous l’équateur), le rassemblement réunit les membres des tribus indiennes du pays – elles sont plus de 200 – devant ce haut lieu du pouvoir politique. Celui de cette année a été, dit-on, le plus important de l’histoire du Brésil. Les organisateurs, un temps, avaient compté sur la venue de 1 500 personnes. Elles ont été 3 000 à affluer de partout, au cri de « Demarcaçao jà ! » (démarcation maintenant !), pour exiger la reconnaissance du droit à leurs terres.

    Séculaire, leur bataille n’est pas neuve. Elle a vu les conquistadors portugais et les colons français, chercheurs d’or et autres bandits de grands chemins, tracer les cadastres à coups de pistolet. Le progrès ne fait jamais table rase de tout : ce sont les grands propriétaires terriens et les multinationales qui, depuis longtemps, s’occupent désormais de chasser manu militari les Indiens de leurs terres.

    Le putsch opéré, il y a huit mois, par le conservateur Michel Temer a redonné du mordant à ceux qui convoitent les contrées indigènes – 12 % du Brésil, la plupart dans les régions amazoniennes. Des dispositions législatives sont en discussion au Congrès visant à revigorer l’accaparement de terres indigènes.

Les monocultures de canne à sucre ou de maïs restent avides d’espace

    En 1988, le retour au régime démocratique avait si ce n’est clairement freiné, du moins contrarié le phénomène. La nouvelle Constitution octroyait aux Indiens des garanties quant à la reconnaissance de leurs cultures et de leurs terres. Une politique de démarcation avait été mise en place consistant à homologuer des territoires qui leur seraient propres. En vingt-cinq ans, près de 600 000 km² ont ainsi été démarqués.

    Mais le processus reste inachevé. Il s’est même ralenti depuis 10 ans sous des influences diverses. Les politiques de développement du pays en sont une. La construction d’infrastructures de transport (autoroutes ou aéroports) ou de grands barrages a mordu sur les territoires indigènes. Les lobbies de l’ agrobusiness et de l’extractivisme, surtout, ont repris de l’influence. Les monocultures de canne à sucre, de maïs ou d’eucalyptus restaient avides d’espace, les ressources minières et forestières demeuraient appétissantes… Mais bon an mal an, la « demarcaçao » se poursuivait. En 2013, Dilma Rousseff homologuait ainsi trois nouvelles terres indigènes couvrant 230 000 hectares.

    La droite a réagi. En 2014, Osmar Serraglio, député du parti libéral PMDB, présentait une proposition d’amendement à la Constitution, la PEC 215, visant à réformer le système. Alors que, jusqu’alors, seul le pouvoir exécutif avait l’autorité de décider de démarquer une terre indigène, la signature finale revenant à la présidence de la République, le texte propose de soumettre cette approbation au Congrès.

    D’apparence démocratique, le coup est bas, quand il permet de renforcer le pouvoir des ruralistes, porte-voix de l’ agrobusiness. Principal groupe représenté au Congrès, il en compose 40 % des bancs.

    La gauche tentera de faire barrage. En août 2015, députés du PT (Parti des travailleurs), du PCdoB (Parti communiste du Brésil), des Verts et autres socialistes unissaient leurs voix pour repousser le texte. Ceux de la droite votaient pour. « Si demain nous avons des morts, si demain nous avons une révolution, ce sera de votre responsabilité ! » prophétisait alors un des députés Verts. À la fin de cette année-là, les associations des droits humains et de l’environnement recensaient l’assassinat de 137 Indiens.

    Lui président, Michel Temer n’a pas cherché à éteindre l’incendie. Au contraire. Soit pour s’assurer que la PEC 215 fasse son œuvre, soit par simple mépris – soit les deux –, il a jeté de l’huile dessus. En février, il nommait Osmar Serraglio lui-même ministre de la Justice. Avec, sous sa tutelle, la Fondation nationale des Indiens (Funai), organe exécuteur des politiques indigènes du gouvernement fédéral.

    La résistance des Indiens et de leurs soutiens, elle, s’est organisée, prenant appui sur la force de l’image, du son et d’Internet. Peut-être certains s’en souviennent-ils. En 2014, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de foot, un adolescent indien, délégué par la Fifa pour représenter la diversité de la jeunesse brésilienne, se saisissait du podium mondial qui lui était offert pour brandir une bannière « Demarcaçao jà ! ». Les caméras ont eu vite fait de tourner de l’œil, mais la photo fut faite.

    Le mouvement, depuis, a grandi. La semaine dernière, vingt-cinq artistes brésiliens parmi les plus populaires ont mis en ligne une vidéo de quinze minutes pour dénoncer les violences faites aux peuples indigènes. Logiquement baptisé Demarcaçao jà !, le clip a, dès le lendemain, récolté plus de 600 000 vues. Quelques heures plus tôt, à Brasilia, quelques dizaines d’Indiens avaient tenté de déposer devant le Congrès des cercueils en carton figurant ceux des leurs tués dernièrement. C’est le moment qu’a choisi la police pour charger. Armes au poing.

   
* Michel Temer est le bénéficiaire du coup d’État.

Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

publié le 29 mars 2015 à 00:52 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 mars 2015 à 01:09 ]

Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

Respublica
Jeudi 19 mars 2015
Source externe

Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Venezuela le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.

Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “avec la pleine actualité du droit international, la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” et, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ont appelé tout gouvernement “à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international”. Les participants à la réunion de Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique “des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basée sur les principes de souveraineté des peuples« .

En outre, le porte-parole a rappelé que l’UNASUR poursuivra sa mission d’accompagnement du “plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit”. La semaine passée la délégation de l’UNASUR s’était rendue à Caracas pour enquêter sur la tentative de coup d’État du 12 février contre le gouvernement de Nicolas Maduro, avait invité les diverses forces politiques à un réunion et s’était entretenue avec les autorités du Centre National Électoral. Au terme de ces travaux, le président de l’UNASUR, l’ex–président colombien Ernesto Samper, avait rejeté l’ingérence extérieure et recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Une position réaffirmée ce samedi par le chancelier uruguayen : “L’Unasur considère que la situation intérieure du Venezuela doit être résolue par les mécanismes prévus dans la Constitution vénézuélienne” et offre son plein appui dans le cadre de l’observation des prochaines élections législatives prévues cette année au Venezuela,  “convaincue de l’importance de maintenir l’ordre constitutionnel, la démocratie et la plus totale permanence des droits humains fondamentaux de l’Unasur”.

Pour rappel, le lundi 9 mars 2015, le gouvernement des États-Unis avait franchi un nouveau seuil dans les menaces vis-à-vis du Venezuela lorsque le président Barack Obama avait signé un ordre exécutif décrétant “l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure” (sic). Ce document avait, en peu de jours, suscité une solidarité active avec le Venezuela de la part des mouvements sociaux latino-américains et de collectifs du monde entier qui ont défilé à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à Managua, à La Havane, etc. jusqu’à Madrid : collectifs citoyens, mouvements étudiants, syndicats de travailleurs, mouvements paysans comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil…

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré : “Comment ne pas rejeter avec indignation cette barbarie ! A l’époque des dictatures des années 70, c’était quelque chose de commun mais aujourd’hui, en plein XXIe siècle ! Le droit international existe ! Que l’on soit ou non d’accord avec le gouvernement de Nicolas Maduro, la plus élémentaire des dignités nous oblige, en tant que latino-américains, à rejeter tant d’arrogance, tant d’unilatéralisme, tant d’impérialisme. Nous en avons assez ! Quelle honte !”. Pour l’ex-Président Mujica, dire que « le Venezuela est une menace est une folie, nous en avons assez de l’intromission permanente des États-Unis ! » et  le président bolivien Evo Morales a exigé du président Obama de présenter ses excuses à l’Amérique Latine.

Des théologiens brésiliens de la Libération comme le père franciscain Leonardo Boff et l’évêque Pedro Casaldáliga, le Père nicaraguayen Miguel d’Escoto, ex-Président de l’Assemblée des Nations-Unies, ainsi que l’évêque Thomas Gumbleton et l’ex-Procureur Général des États-Unis Ramsey Clark, ont  écrit au président Obama pour lui demander de retirer son décret. “Nous qualifions de honteux et de profondément hypocrite votre décret. Il constitue également une violation flagrante du droit international en tant que menace d’usage de la force contre le Venezuela et en tant qu’encouragement à vos agents vénézuéliens pour qu’ils continuent à déstabiliser le pays”1.

T.D., Caracas, 14 mars 2015.

  1. Lire Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuélahttp://wp.me/p2ahp2-1NG []

ci-dessous :

Sans vergogne, les droite et extrême-droite brésiliennes, qui ont conservé une mentalité compradore de soumission à l'étranger, réclame ni plus ni moins une intervention militaire contre le gouvernement régulièrement élu au suffrage universel de Mme Dilma ROUSEFF; il en va de même au Venezuela... (note de JPR, photo HD des 19-25 mars 2015).


Venezuela: démantèlement d’une tentative de coup d’Etat (14-II-2015)

publié le 14 févr. 2015 à 05:20 par Jean-Pierre Rissoan



        Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l'Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...



Jean Ortiz
Samedi, 14 Février, 2015 - 13:55

    Des jeunes officiers des Forces armées nationales bolivariennes ont permis qu’avorte, en la dénonçant, une tentative de putsch impliquant de hauts gradés de l’aviation militaire, et des civils liés surtout à l’organisation d’extrême droite « Primero justicia ».

    Le Venezuela est confronté depuis le coup d’État d’avril 2002 à ce que l’on pourrait appeler, pour reprendre la célèbre formule : un « coup d’État permanent » ; une « guerre de basse intensité », implacable, menée sous la supervision et la planification nord-américaine, par une opposition haineuse, revancharde, putschiste.

    Il s’agit, pour cette coalition qui va de l’ultra-droite aux ex-sociaux-démocrates, de parvenir à battre le chavisme par la conjugaison déstabilisatrice de tous les moyens possibles :

  • 1/ guerre économique

    Accaparement et stockage illégal à des fins spéculatives d’aliments, de médicaments, de produits sanitaires... Spéculation tous azimuts, hausse des prix, contrebande. Tout cela afin de fatiguer la population par des pénuries organisées, de provoquer la colère, d’inciter aux pillages.

    Un embargo financier international se met également peu à peu en place...

  • 2/ guerre idéologique de tous les instants
    Désinformation, mensonges, manipulations, faux sondages, afin de créer un climat défaitiste à l’intérieur et de brouiller l’image internationale du pays, de l’isoler, en créant un effet-repoussoir (les « experts » en intox ont attribué au Venezuela le plus important « risque pays » !! Il faut oser !)
  • 3/ stratégie de la violence

    Sabotages, conspirations, infiltrations massives de groupes paramilitaires par la frontière colombienne (ils sont aujourd’hui disséminés partout dans le pays), assassinat de dirigeants chavistes, ingérences des diplomates nord-américains en poste à Caracas, de la CIA, des « fondations » made in USA ou Aznariennes, pour tenter de diviser le chavisme et l’armée. Et, au final, réussir la deuxième phase de l’opération « Salida (« sortie » du président légitime Nicolas Maduro)» par des « guarimbas » sanglantes, un soulèvement cette fois-ci réussi... Les Etats-Unis y « mettent le paquet » et sont décidés à aller jusqu’au bout afin d’abattre cette révolution populaire qui se prononce pour une « voie socialiste » et qui dispose de deux siècles de réserves pétrolières... au service du progrès social.

    Le plan putschiste « Jericho », révélé le 12 février 2015, prévoyait notamment le bombardement de centres stratégiques de la capitale par un avion étranger « Tucano », repeint aux couleurs du Venezuela. Le plan impliquait des conspirateurs qui avaient tenté déjà l’opération en mars 2014 ; trois généraux furent arrêtés à l’époque. Les conjurés ont été arrêtés et emprisonnés le 11 et le 12 février . Les officiers impliqués étaient en contact avec l’ambassade nord-américaine qui leur avait octroyé un visa de sortie, au cas où, et une quantité importante de dollars. Le général de brigade de l’aviation, Oswaldo Hernández Sánchez, et le député Julio Borges, du parti « Primero justicia » apparaissent comme les principaux instigateurs, soutenus par un réseau de militaires qui avaient été mis à l’écart, et des civils de l’opposition, dont le maire (Antonio Ledezma) de la capitale métropolitaine. Sont impliqués également le lieutenant Henry Javier Salazar Moncada, le capitaine Héctor José Noguera Figueroa (en fuite), et le lieutenant écarté Peter Alexander Moreno Guevara, ainsi que le lieutenant Ricardo José Antich Zapata.

    Le « golpe » devait avoir lieu, précisément ce 12 février, après publication d’un manifeste appelant à la constitution d’un gouvernement provisoire.

    Dans les dernières semaines de 2014, le gouvernement nord-américain avait fait adopter une provocatrice loi d’ingérence, dite « loi de sanctions » contre un groupe de dirigeants et d’officiers chavistes, leur refusant entre autres l’obtention d’un visa s’ils souhaitaient se rendre aux Etats-Unis. Il s’agit, pour les instigateurs, les marionnettes et leurs marionnettistes, de saper le moral des Forces armées et de la population, d’attiser la déstabilisation d’un pays cauchemar de l’ordre (le chaos) néolibéral. Avec tous les fers au feu. Au prix du sang.

    Rappelons-nous le Chili d’ Allende et de Neruda. Ne laissons pas faire !

 

Au Venezuela, la révolution continue… (un article de Jean ORTIZ)

publié le 29 déc. 2014 à 01:19 par Jean-Pierre Rissoan

    Un article de Jean ORTIZ,

    Universitaire français, spécialiste de la civilisation espagnole, hispanophone.Les intertitres sont de la rédaction (lol). 

    J.-P.R.

 

UN NOUVEAU VENEZUELA EST EN TRAIN DE NAITRE

    Le blog de Jean Ortiz. 

L’acteur de cet accouchement n’est autre que « le peuple président », sujet politique, orphelin de Chavez, mais devenu une sorte de « Chavez collectif ».

        Nous venons de séjourner plusieurs semaines au Venezuela, de sillonner le pays, des « llanos » (plaines) aux Andes, puis à la forêt amazonienne, de Caracas au delta de l’Orénoque, au contact des populations et communautés de base, en toute liberté de déplacement, dans un pays peu équipé pour recevoir le « tourisme international ». Un séjour en deux parties, la première plutôt brute , sans trop de médiations, à l’intérieur d’un pays-continent laboratoire, et la seconde à Caracas, plus protocolaire, afin de participer à la « Rencontre des intellectuels, artistes et mouvements sociaux, pour la défense de l’humanité ».

     LA BATAILLE POLITIQUE.

    Durant notre parcours, très politique, nous avons été accueillis par des paysans, des pêcheurs, des enseignants, des « afro-descendants », des « peuples indigènes », des « comuneros » qui s’investissent dans la mise en place des « communes socialistes » (loi organique du 21 décembre 2010) et d’un « Etat communal » afin de consolider un « pouvoir populaire » et une révolution qu’ils veulent « irréversibles ».

    Un premier constat s’impose : un nouveau Venezuela est en train de naître, le plus souvent dans l’invention, le tâtonnement, parfois même dans la douleur, aux forceps, dans le cadre d’une lutte des classes implacable. L’acteur de cet accouchement n’est autre que « le peuple président », sujet politique, orphelin de Chavez, mais devenu une sorte de « Chavez collectif ». La « vieille société », le système capitaliste encore dominant, l’Etat bourgeois, ne sont pas prêts à céder leur place démocratiquement, au nouveau né socialisant.

    Ils se préparent à « l’affrontement final ». Infiltrés de Colombie, des groupes paramilitaires vont et viennent, dans la plupart des États. « Lorsque l’on partage équitablement le gâteau, il y en a qui perdent un peu, et qui ne s’y résignent pas ». Tirso Cereno  préside  l’association des pêcheurs du village de Querepare. « Avant Chavez, nous étions abandonnés, oubliés ». Cette fierté de « désormais exister », de compter, nous la retrouverons majoritairement partout. Tout comme l’esprit et la présence de Chavez. Présence, plus que souvenir. Les « bases chavistes » parlent du « comandante » au présent, imprégnées de sa présence absente. « Beaucoup déifient  Chavez », nous confie un enseignant de l’école expérimentale de « Pueblo nuevo », à Mérida. La déification sert de ressort propulseur, mais reste sur une base essentiellement affective, insuffisante face aux nouveaux défis.

    Incontestablement, le chavisme, un corpus doctrinal intégrant le marxisme, le « nationalisme  révolutionnaire », la théologie de la libération et la pensée de Simon Bolivar, a survécu à Chavez, décédé le 2 mars 2013. L’opposition et son marionnettiste étatsunien escomptaient qu’une fois levé « l’obstacle Chavez », la révolution serait à cueillir comme un fruit mûr. D’où la tentative insurrectionnelle du printemps dernier (opération « Salida ») contre le président Maduro, mise en échec par le sang-froid du président, sa volonté pacificatrice, et le soutien populaire.

    Malgré l’accentuation des contradictions internes du chavisme, le "camarade président-ouvrier" a consolidé son assise et pris une stature étonnante. Moins charismatique que Chavez, celui que l’opposition méprise parce que "prolétaire" (donc incompétent !),  gouverne avec une assurance et une force tranquilles, compétentes, en délégant beaucoup à la base, aux autogouvernements locaux que sont les « communes socialistes », en tenant des "séances gouvernementales de rue". Le "camarade président -ouvrier" "se ha crecido" (« s’est affirmé »), nous dit-on souvent, et a pris une dimension qui n’a rien à envier aux médiocres politiciens occidentaux de marché. Il a annoncé une « offensive socialiste » pour le début de 2015, inspirée du « Plan Patrie, 2013-2019 », sorte de testament de Chavez. Ceux qui, de l’opposition ou à l’intérieur du chaviste PSUV, voudraient pactiser, freiner le cours des changements, en seront pour leurs frais. Maduro a opté pour une stratégie de réorganisation de l’Etat et de la société autour « d’espaces libérés » et de l’« empoderamiento » (transfert de pouvoir) aux acteurs sociaux et aux structures de base du « pouvoir populaire ». Un nouveau modèle politique et économique de développement s’esquisse, mais il reste pour l’essentiel à inventer, en cheminant.

 

    LA GUERRE ÉCONOMIQUE MENÉE PAR L’OPPOSITION

    La « guerre économique » que mènent l’opposition et l’oligarchie, prétend « user » la population afin qu’elle se retourne contre le gouvernement. Et tout fait ventre : sabotages, organisation de pénuries de produits de première nécessité (à Valencia, fin novembre, on ne trouvait ni antibiotiques pour enfants ni lait en poudre), stockage clandestin, marché noir, spéculation sur l’écart vertigineux entre le taux de change officiel de la monnaie, le bolivar, et celui « de la rue ».

    Depuis deux ans, le pays doit affronter une crise économique qui affecte la vie quotidienne et peut menacer la stabilité politique. Lors de la clôture du congrès des mouvements sociaux du « Grand pôle patriotique », le 8 décembre 2014, le président a annoncé la création de « sept conseils présidentiels de pouvoir populaire », dont un de « la classe ouvrière et des courants syndicaux », et la décision de s’investir principalement sur le « front économique ».

    Les cours du pétrole sont au plus bas depuis 2009. Les Etats-Unis et leurs relais au sein de l’OPEP, jouent de l’arme redoutable du pétrole. Ils inondent le marché du brut, provoquent la surabondance de l’offre afin de faire baisser le prix du baril et d’affecter les finances de pays comme le Venezuela et la Russie. Par ailleurs, le Venezuela reste prisonnier d’une politique intérieure, aberrante, des hydrocarbures, qui fait qu’un plein de cinquante litres d’essence nous a coûté 4 centimes d’euros. Le Venezuela a certes les plus grandes réserves pétrolières au monde mais il manque de moyens pour exploiter la riche « franja » (bande) de l’Orénoque. La « rente pétrolière » pousse à la facilité, à l’importation, au « court-termisme ». Mise désormais au service de la lutte contre la pauvreté, de la construction de milliers de logements sociaux (« Gran Mision Vivienda Venezuela »), elle ne parvient pas à générer pour l’instant un système économique diversifié et solide, moins dépendant d’un seul produit et d’un « monde globalisé ». L’inflation galope au-dessus de 70% et le gouvernement a dû augmenter les salaires de plus de 75%.

 

    LA GUERRE IDÉOLOGIQUE

    La guerre économique se double d’une guerre idéologique de tous les instants. Le Venezuela, victime du « blocus financier » du FMI, de la Banque Mondiale, vient de se voir attribuer, par des mercenaires de Washington, le « risque pays » le plus élevé au monde. Ahurissant pour qui s’y est promené de long en large, mais nécessaire pour préparer le terrain à « la reconquête » d’un pays clé pour la géopolitique mondiale.

    A Caracas, faire la revue de presse consiste à acheter des quotidiens bien faits, mais rageusement et grossièrement antichavistes, comme « El Nacional », « El Universal », « Tal Cual » (qui intitule son éditorial du 24 novembre : « L’extermination de l’intelligence » -par le chavisme- ), et plus modérément : « Ultimas Noticias ». Le quotidien chaviste (gratuit) « Ciudad Caracas » n’est, lui, distribué qu’en centre ville.

    L’opposition s’est redéployée autour des secteurs les plus extrémistes, partisans de « chasser Maduro » à n’importe quel prix. Son leader, martyr préfabriqué, Leopoldo Lopez, est toujours emprisonné à la suite des violences meurtrières (« guarimbas ») du printemps 2014 (43 victimes, la plupart chavistes). Dans tous les pays démocratiques, la subversion, l’appel à la violence, à la sédition, tombent sous le coup de la loi. « Au Venezuela, il n’y a pas de prisonniers politiques, seulement des politiques mafieux et subversifs en prison », opine le jeune militant Jenny Pacheco. L’ex-candidat présidentiel de la MUD (Table de l’opposition, de « l’unité démocratique », allant des sociaux-démocrates aux groupes fascisants), Henrique Capriles, jugé trop mou, se retrouve marginalisé et sans doute hors course.

    La révolution doit « se révolutionner », lance le président Maduro le 15 décembre 2014, lors de la célébration du 15ième anniversaire du processus constituant et de la nouvelle constitution bolivarienne. L’avenue Bolivar de Caracas, bénie des dieux par un soleil complice, a revêtu, sur des kilomètres, le rouge, dégoulinant de sueur, du chavisme. Parmi les dizaines de milliers de manifestants, une majorité d’ouvriers et de jeunes, qui scandent : « C’est ainsi, c’est ainsi que l’on gouverne !!», « Vers le haut, vers le bas, que les gringos aillent se faire foutre !! », « Ils ne reviendront pas !!», « Maduro, cogne dur sur les gringos !!», « Maduro, ami, le peuple est avec toi ». Plus que des slogans : des professions de foi et un engagement à la vie-à la mort.

    Pour ce peuple des « ranchitos » (quartiers pauvres), des usines, des ateliers, pour ces jeunes étudiants des « universités bolivariennes », pour ces femmes libérées, ces militants de la « sexo-diversité », acteurs « visibles » d’une l’histoire qui s’écrit fièrement à chaque moment, « la révolution ne peut faire marche arrière », les « Missions sociales » « ne sont pas négociables ».

    « Palante ! », « En avant donc ! », même si le président vient d’annoncer « une réduction des dépenses publiques » et des « ajustements nécessaires » à la suite de la chute de plus de 50% des cours du pétrole ; mais pas question de toucher aux budgets sociaux. Le gouvernement va réduire les importations, les investissements superflus, les salaires des hauts fonctionnaires, prélever sur les riches... Les couches moyennes, tiraillées, attendent de voir... Pour les chavistes, il faut gagner significativement les élections législatives de 2015, la 19ième consultation électorale depuis 1998. Si le résultat s’avérait serré, l’opposition pourrait recourir au « référendum révocatoire ».

    Les Etats-Unis viennent de franchir un pas supplémentaire dans leur stratégie d’hostilité et d’agressions contre un Venezuela qu’ils veulent ramener sous leur coupe. Début décembre 2014, le congrès américain a voté un projet de loi (signé depuis par Obama), qui applique en fait des sanctions unilatérales à l’ensemble d’un peuple. Washington a décidé de s’ingérer toujours plus dans les affaires d’un pays souverain, en refusant tout visa à une liste de personnalités coupables, selon l’étalon autoproclamé états-unien,  de « violation des droits de l’homme ». La vieille ficelle, qui a beaucoup servi, relève désormais du câble attrape-nigauds. Avec « l’empire », les violeurs ne sont jamais ceux qui sont pointés du doigt. De lourds nuages s’amoncèlent sur le Venezuela, coupable de récuser tranquillement le néolibéralisme, de transformer une utopie égalitaire en réalité naissante.

Simon Bolivar disait : « on ne guérit pas les gangrènes politiques avec des palliatifs »

 

Jean ORTIZ,

Article paru dans l’Humanité du 24-XII-2014

 

« Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe » par Evo Morales

publié le 27 juil. 2013 à 07:24 par Jean-Pierre Rissoan


   

par Evo Morales, août 2013


   

Le 2 juillet dernier s’est produit l’un des événements les plus insolites de l’histoire du droit international : l’interdiction faite à l’avion présidentiel de l’Etat plurinational de Bolivie de survoler les territoires français, espagnol, italien et portugais, puis ma séquestration à l’aéroport de Vienne (Autriche) pendant quatorze heures.

Plusieurs semaines après, cet attentat contre la vie des membres d’une délégation officielle, commis par des Etats réputés démocratiques et respectueux des lois, continue de soulever l’indignation, cependant qu’abondent les condamnations de citoyens, d’organisations sociales, d’organismes internationaux et de gouvernements à travers le monde.

Que s’est-il passé ? J’étais à Moscou, quelques instants avant le début d’une réunion avec M.Vladimir Poutine, quand un assistant m’a alerté de difficultés techniques : impossible de nous rendre au Portugal comme prévu initialement. Toutefois, lorsque s’achève mon entretien avec le le président russe, il devient déjà clair que le problème n’a rien de technique…

Depuis La Paz, notre ministre des affaires étrangères, M. David Choquehuanca, parvient à organiser une escale à Las Palmas de Gran Canaria, en Espagne, et à faire valider un nouveau plan de vol. Tout semble en ordre… Pourtant, alors que nous sommes dans les airs, le colonel d’aviation Celiar Arispe, qui commande le groupe aérien présidentiel et pilote l’avion ce jour-là, vient me voir : « Paris nous retire son autorisation de survol ! Nous ne pouvons pas pénétrer dans l’espace aérien français. » Sa surprise n’avait d’égale que son inquiétude : nous étions sur le point de passer au-dessus de l’Hexagone.

Nous pouvions bien sûr tenter de retourner en Russie, mais nous courions le risque de manquer de kérosène. Le colonel Arispe a donc contacté la tour de contrôle de l’aéroport de Vienne pour solliciter l’autorisation d’effectuer un atterrissage d’urgence. Que les autorités autrichiennes soient ici remerciées pour leur feu vert.

Installé dans un petit bureau de l’aéroport que l’on avait mis à ma disposition, j’étais en pleine conversation avec mon vice-président, M. Alvaro García Linera, et avec M. Choquehuanca pour décider de la suite des événements et, surtout, tenter de comprendre les raisons de la décision française, lorsque le pilote m’a informé que l’Italie nous refusait également l’entrée dans son espace aérien.

C’est à ce moment que je reçois la visite de l’ambassadeur d’Espagne en Autriche, M. Alberto Carnero. Celui-ci m’annonce qu’un nouveau plan de vol vient d’être approuvé pour m’acheminer en Espagne.

Seulement, explique-t-il, il lui faudra au préalable inspecter l’avion présidentiel. Il s’agit même d’une condition sine qua non à notre départ pour Las Palmas de Gran Canaria.

Lorsque je l’interroge sur les raisons de cette exigence, M. Carnero évoque le nom de M. Edward Snowden, cet employé d’une société américaine auprès de laquelle Washington sous-traite certaines de ses activités d’espionnage. J’ai répondu que je ne le connaissais qu’à travers la lecture de la presse. J’ai également rappelé au diplomate espagnol que mon pays respectait les conventions internationales : en aucun cas je ne cherchais à extrader qui que ce soit vers la Bolivie.

M. Carnero était en contact permanent avec le sous-secrétaire aux affaires étrangères espagnol, M. Rafael Mendívil Peydro, qui, de toute évidence, lui demandait d’insister. « Vous n’inspecterez pas cet avion,ai-je dû marteler. Si vous ne croyez pas ce que je vous dis, c’est que vous traitez de menteur le président de l’Etat souverain de Bolivie. » Le diplomate ressort pour prendre les consignes de son supérieur, avant de revenir. Il me demande alors de l’inviter à « prendre un petit café »dans l’avion. « Mais vous me prenez pour un délinquant ? lui demandé-je. Si vous tenez à pénétrer dans cet avion, il vous faudra le faire par la force. Et je ne résisterai pas à une opération militaire ou policière : je n’en ai pas les moyens. »

Ayant certainement pris peur, l’ambassadeur écarte l’option de la force, non sans me préciser que, dans ces conditions, il ne pourra pas autoriser notre plan de vol : « A 9 heures du matin, nous vous indiquerons si vous pouvez ou non partir. D’ici là, nous allons discuter avec nos amis », m’explique-t-il. « Amis » ? « Mais qui donc sont ces “amis” de l’Espagne auxquels vous faites référence ? La France et l’Italie, sans doute ? » Il refuse de me répondre et se retire…

Je profite de ce moment pour discuter avec la présidente argentine Cristina Fernández, une excellente avocate qui me guide sur les questions juridiques, ainsi qu’avec les présidents vénézuélien et équatorien Nicolás Maduro et Rafael Correa, tous deux très inquiets à notre sujet. Le président Correa me rappellera d’ailleurs plusieurs fois dans la journée pour prendre de mes nouvelles. Cette solidarité me donne des forces : « Evo, ils n’ont aucun droit d’inspecter ton avion ! »,me répètent-ils. Je n’ignorais pas qu’un avion présidentiel jouit du même statut qu’une ambassade.

Mais ces conseils et l’arrivée des ambassadeurs de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) (1) décuplent ma détermination à me montrer ferme. Non, nous n’offrirons pas à l’Espagne ou à tout autre pays — les Etats-Unis encore moins que les autres — la satisfaction d’inspecter notre avion. Nous défendrons notre dignité, notre souveraineté et l’honneur de notre patrie, notre grande patrie. Jamais nous n’accepterons ce chantage.

L’ambassadeur d’Espagne réapparaît. Préoccupé, inquiet et nerveux, il m’indique que je dispose finalement de toutes les autorisations et que je peux m’en aller. Enfin, nous décollons…

Cette interdiction de survol, décrétée de façon simultanée par quatre pays et coordonnée par la Central Intelligence Agency (CIA) contre un pays souverain au seul prétexte que nous transportions peut-être M. Snowden, met au jour le poids politique de la principale puissance impériale : les États-Unis.

Jusqu’au 2 juillet (date de notre séquestration), chacun comprenait que les Etats se dotent d’agences de sécurité afin de protéger leur territoire et leur population. Mais Washington a dépassé les limites du concevable. Violant tous les principes de la bonne foi et les conventions internationales, il a transformé une partie du continent européen en territoire colonisé. Une injure aux droits de l’homme, l’une des conquêtes de la Révolution française.

L’esprit colonial qui a conduit à soumettre de la sorte plusieurs pays démontre une fois de plus que l’empire ne tolère aucune limite — ni légale, ni morale, ni territoriale. Désormais, il est clair aux yeux du monde entier que, pour une telle puissance, toute loi peut être transgressée, toute souveraineté violée, tout droit humain ignoré.

La puissance des États-Unis, ce sont bien sûr leurs forces armées, impliquées dans diverses guerres d’invasion et soutenues par un complexe militaro-industriel hors du commun. Les étapes de leurs interventions sont bien connues : après les conquêtes militaires, l’imposition du libre-échange, d’une conception singulière de la démocratie et, enfin, la soumission des populations à la voracité des multinationales. Les marques indélébiles de l’impérialisme — fût-il militaire ou économique — défigurent l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie. Des pays dont certains ont été envahis parce qu’on les soupçonnait de détenir des armes de destruction massive ou d’abriter des organisations terroristes. Des pays où des milliers d’êtres humains ont été tués, sans que la Cour pénale internationale intente le moindre procès.

Mais la puissance américaine provient également de dispositifs souterrains destinés à propager la peur, le chantage et l’intimidation. Au nombre des recettes qu’utilise volontiers Washington pour maintenir son statut : la « punition exemplaire », dans le plus pur style colonial qui avait conduit à la répression des Indiens d’Abya Yala (2). Celle-ci s’abat désormais sur les peuples ayant décidé de se libérer et sur les dirigeants politiques qui ont choisi de gouverner pour les humbles. La mémoire de cette politique de la punition exemplaire est encore vive en Amérique latine : que l’on pense aux coups d’Etat contre Hugo Chávez au Venezuela en 2002, contre le président hondurien Manuel Zelaya en 2009, contre M. Correa en 2010, contre le président paraguayen Fernando Lugo en 2012 et, bien sûr, contre notre gouvernement en 2008, sous la houlette de l’ambassadeur américain en Bolivie, M. Philip Goldberg (3). L’« exemple », pour que les indigènes, les ouvriers, les paysans, les mouvements sociaux n’osent pas relever la tête contre les classes dominantes. L’« exemple », pour faire plier ceux qui résistent et terroriser les autres. Mais un « exemple » qui conduit désormais les humbles du continent et du monde entier à redoubler leurs efforts d’unité pour renforcer leurs luttes.

L’attentat dont nous avons été victimes dévoile les deux visages d’une même oppression, contre laquelle les peuples ont décidé de se révolter : l’impérialisme et son jumeau politique et idéologique, le colonialisme. La séquestration d’un avion présidentiel et de son équipage — que l’on était en droit d’estimer impensable au XXIe siècle — illustre la survivance d’une forme de racisme au sein de certains gouvernements européens. Pour eux, les Indiens et les processus démocratiques ou révolutionnaires dans lesquels ils sont engagés représentent des obstacles sur la voie de la civilisation. Ce racisme se réfugie désormais dans l’arrogance et les explications « techniques » les plus ridicules pour maquiller une décision politique née dans un bureau de Washington. Voici donc des gouvernements qui ont perdu jusqu’à la capacité de se reconnaître comme colonisés, et qui tentent de protéger la réputation de leur maître…

Qui dit empire dit colonies. Ayant opté pour l’obéissance aux ordres qu’on leur donnait, certains pays européens ont confirmé leur statut de pays soumis. La nature coloniale de la relation entre les Etats-Unis et l’Europe s’est renforcée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et a été dévoilée à tous en 2004, lorsque l’on a appris l’existence de vols illicites d’avions militaires américains transportant de supposés prisonniers de guerre vers Guantánamo ou vers des prisons européennes. On sait aujourd’hui que ces « terroristes » présumés étaient soumis à la torture ; une réalité que même les organisations de défense des droits humains taisent bien souvent.

La « guerre contre le terrorisme » aura réduit la vieille Europe au rang de colonie ; un acte inamical, voire hostile, que l’on peut analyser comme une forme de terrorisme d’Etat, en ce qu’il livre la vie privée de millions de citoyens aux caprices de l’empire.

Mais le camouflet au droit international que représente notre séquestration constituera peut-être un point de rupture. L’Europe a donné naissance aux idées les plus nobles : liberté, égalité, fraternité. Elle a largement contribué au progrès scientifique, à l’émergence de la démocratie. Elle n’est plus qu’une pâle figure d’elle-même : un néo-obscurantisme menace les peuples d’un continent qui, il y a quelques siècles, illuminait le monde de ses idées révolutionnaires et suscitait l’espoir.

Notre séquestration pourrait offrir à tous les peuples et gouvernements d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Nord l’occasion unique de constituer un bloc solidaire condamnant l’attitude indigne des États impliqués dans cette violation du droit international. Il s’agit également d’une occasion idéale de renforcer les mobilisations des mouvements sociaux en vue de construire un autre monde, de fraternité et de complémentarité. Il revient aux peuples de le construire.

Nous sommes certains que les peuples du monde, notamment ceux d’Europe, ressentent l’agression dont nous avons été victimes comme les affectant également, eux et les leurs. Et nous interprétons leur indignation comme une façon indirecte de nous présenter les excuses que nous refusent toujours certains des gouvernements responsables (4).

Evo Morales

Président de l’Etat plurinational de Bolivie.

 

 (1) Dont sont membres Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, le Nicaragua, la République dominicaine, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Venezuela. (Toutes les notes sont de la rédaction.)

(2) Nom donné par les ethnies kunas de Panamá et de Colombie au continent américain avant l’arrivée de Christophe Colomb. En 1992, ce nom a été choisi par les nations indigènes d’Amérique pour désigner le continent.

(3) Sur ces différents événements, consulter la page «  Honduras  » sur le site du MD et lire Maurice Lemoine, «  État d’exception en Équateur  », La valise diplomatique, 1er octobre 2010, et Gustavo Zaracho, «  Le Paraguay repris en main par l’oligarchie  », La valise diplomatique, 19 juillet 2012  ; Hernando Calvo Ospina, «  Petit précis de déstabilisation en Bolivie  », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(4) Depuis, Lisbonne, Madrid, Paris et Rome ont présenté des excuses officielles à La Paz.

 

La faim à Cuba ? les médecins cubains en Afrique...

publié le 18 janv. 2013 à 11:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 déc. 2014 à 02:22 ]


Pour lire, utiliser la loupe en haut à gauche !

https://docs.google.com/file/d/0B4Fe2vnvqlt8SWxlb05mTkltMHM/edit


CUBA SI !

    Pendant que d'autres s'empiffrent, on apprend qu'un médecin a été contaminé par le virus Ebola, en Sierra Leone. Il s'appelle Felix Baez Sarria, il est Cubain comme 250 autres professionnels de santé présents en Afrique de l'ouest pour lutter contre l’épidémie. Voici ce que nous dit Maité Pinero; journaliste spécialiste de l'Amérique latine.
 

    "Cuba est une île pauvre (...), à plus de 7 000 kilomètres des pays africains où Ebola se répand. Cependant, en envoyant des centaines de médecins et d’infirmiers en première ligne, Cuba occupe le premier rôle des États qui luttent contre la propagation du virus". Cet hommage est paru le 19 octobre, dans le New York Times, une semaine avant le vote de l’ONU qui, pour la 
23ème fois, a condamné (par 188 voix) l’embargo contre Cuba, isolant les États-Unis et Israël qui, lui, bloque Gaza. Des signes multiples indiquent pourtant que l’administration Obama étudie comment infléchir sa politique. Les raisons : Cuba crée une économie mixte qui attire les investisseurs étrangers. Et, comme le prouve la déclaration commune des États latino-américains qui ont fait savoir que le sommet des Amériques (avril 2015, au Panama) n’aurait pas lieu sans Cuba, il n’y a pas d’Amérique sans Cuba. Battu aux élections au Congrès, qui peut seul défaire les lois sur l’embargo, Obama va-t-il décider les réformes (retrait de Cuba de la liste des États terroristes, voyages et envoi d’argent facilités, investissements autorisés, rétablissement des relations diplomatiques) qui videraient ce dernier de son contenu ? La question est posée. Le fait manifeste, éclatant, demeure. L’embargo a échoué car Cuba a résisté. Au plus long, au plus rigoureux, au plus injuste des blocus qui visait à affamer son peuple après la chute de l’URSS. Aux campagnes de diffamation menées en Europe "au nom des droits de l’homme". Au même moment, incroyable affront et symbole du rapport de forces de l’époque, l’île voyait Guantánamo, occupé par l’empire, devenir centre de torture. Aujourd’hui, Cuba fait la différence, seul pays à envoyer – au nom de l’État et des valeurs qu’il défend – ce dont les pays les plus touchés ont besoin, des médecins, au lieu d’organiser une expédition militaire (les États-Unis), de promettre de l’argent qui n’arrive pas (la France). La directrice de l’OMS la cite en exemple. Toute la presse a découvert un scoop : la médecine solidaire de Cuba. Avant l’envoi des missions contre Ebola, les Cubains travaillaient déjà en Sierra Leone 
et Guinée-Conakry. Comme 50.000 autres "internationalistes" qui soignent les plus pauvres dans 66 pays. Le blocus de l’info se mesure à cette aune : il a fallu un virus et des milliers de morts pour que la vérité éclate. Les bonnes nouvelles sont rares, mais celle-ci continue à faire les unes internationales : l’étoile solitaire du drapeau cubain est reconnue comme l’étoile solidaire.




IV. Pourquoi Chavez ? par J.-L. Mélenchon et Ignacio Ramonet

publié le 8 oct. 2012 à 02:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 oct. 2012 à 02:38 ]

article écrit AVANT le dimanche 7 octobre qui a vu la réélection brillante de Hugo Chavez.

Dans ses pages « Débats », Le Monde daté du 5 octobre dernier, a publié une tribune intitulée « Hugo Chavez, un homme diffamé ». Il s’agit en fait d’une version tronquée. Nous publions ci-dessous la version intégrale du texte signé par Jean-Luc Mélenchon et Ignacio Ramonet, en signalant en rouge les parties manquantes.

Sur son site web, en revanche, Le Monde en a publié la version intégrale, amputée toutefois des notes de pied de page. Elles sont ici rétablies.

 

    Hugo Chavez est sans doute le chef d’Etat le plus diffamé du monde. À l’approche de l’élection présidentielle au Venezuela, le 7 octobre, ces diffamations redoublent d’ignominie. Tant à Caracas qu’en France. Elles témoignent du désespoir des adversaires de la révolution bolivarienne devant la perspective (que les sondages semblent confirmer) d’une nouvelle victoire électorale de Chavez. Un dirigeant politique doit être jugé sur ses actes, et non sur les rumeurs colportées contre lui. Les candidats font des promesses pour se faire élire ; rares sont ceux qui, une fois élus, les tiennent. Dès le début, la promesse électorale de Chavez a été claire : travailler au profit de ceux, majoritaires dans son pays, qui vivaient dans la pauvreté. Et il a tenu parole.

    C’est le moment de rappeler ce qui est vraiment en jeu dans cette élection au moment où le peuple vénézuélien va voter. Le Venezuela est un pays très riche en raison des fabuleux trésors de son sous-sol, en particulier les hydrocarbures. Mais presque toutes ces richesses étaient accaparées par les élites dirigeantes et des entreprises multinationales. Jusqu’en 1999, le peuple n’en recevait que des miettes. Les gouvernements successifs, démocrates-chrétiens ou sociaux-démocrates, corrompus et soumis aux marchés, privatisaient à tout va. Plus de la moitié des Vénézuéliens vivait sous le seuil de pauvreté (70,8% en 1996). Chavez a placé la volonté politique au poste de commande. Il a mis les marchés au pas et stoppé l’offensive néolibérale puis, grâce à l’implication populaire, il a permis à l’Etat de se réapproprier les secteurs stratégiques de l’économie. Il a recouvré la souveraineté nationale. Et a ensuite procédé à une redistribution de la richesse au profit des services publics et des laissés pour compte.

UN ÎLOT DE RÉSISTANCE DE GAUCHE AU NÉOLIBÉRALISME

    Politiques sociales, investissements publics, nationalisations, réforme agraire, plein emploi, salaire minimum, impératifs écologiques, accès au logement, droit à la santé, à l’éducation, à la retraite... Chavez s’est également attaché à la construction d’un État moderne. Il a mis sur pied une ambitieuse politique d’aménagement du territoire  : routes, chemins de fer, ports, barrages, gazoducs, oléoducs. En matière de politique étrangère, il a misé sur l’intégration latino-américaine et privilégié les axes Sud-Sud, tout en imposant aux Etats-Unis des relations fondées sur le respect mutuel... L’élan du Venezuela a entraîné une véritable vague de révolutions progressistes en Amérique latine, faisant désormais de ce continent un exemplaire îlot de résistance de gauche contre les ravages du néolibéralisme. Un tel ouragan de changements a complètement chamboulé les structures traditionnelles de pouvoir au Venezuela et entraîné la refondation d’une société jusqu’alors hiérarchique, verticale, élitaire. Cela ne pouvait lui valoir que la haine des classes dominantes, convaincues d’être les propriétaires légitimes du pays. Avec leurs amis protecteurs de Washington, ce sont elles qui financent les grandes campagnes de diffamation contre Chavez. Elles sont allé jusqu’à - en alliance avec les grands médias qu’elles possèdent - un coup d’État le 11 avril 2002. Ces campagnes se poursuivent aujourd’hui et certains secteurs politiques et médiatiques européens les reprennent en chœur. La répétition étant - hélas - considérée comme une démonstration, des esprits simples en viennent à croire que Hugo Chavez incarnerait « un régime dictatorial où il n’y a pas de liberté d’expression ».

    Mais les faits sont têtus. A-t-on déjà vu un « régime dictatorial » élargir le périmètre de la démocratie au lieu de le restreindre ? Et donner le droit de vote à des millions de personnes dépourvues jusque là de carte d’électeur ? Les élections au Venezuela n’avaient lieu que tous les quatre ans, Chavez en organise plus d’une par an (14 en 13 ans). Dans des conditions de légalité démocratique reconnues par l’ONU, l’Union européenne, l’Organisation des Etats américains, le Centre Carter, etc. Chavez démontre qu’on peut construire le socialisme dans la liberté et la démocratie. Il en fait même une condition du processus de transformation sociale. Il a prouvé son respect du verdict populaire en renonçant à une réforme constitutionnelle refusée par les électeurs lors d’un référendum en 2007. Ce n’est pas un hasard si la Foundation for Democratic Advancement (FDA), du Canada, dans une étude publiée en 2011, situe désormais le Venezuela en tête du classement des pays qui respectent la justice électorale [1]. Le gouvernement d’Hugo Chavez consacre 43,2% du budget aux politiques sociales. Résultat : le taux de mortalité infantile a été divisé par deux. L’analphabétisme éradiqué. Le nombre de professeurs des écoles multiplié par cinq (de 65 000 à 350 000). Le pays détient le coefficient de Gini (qui mesure les inégalités) le plus performant d’Amérique latine. Dans son rapport de janvier 2012, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC, un organisme de l’ONU) établit que le Venezuela est le pays sud-américain - avec l'Équateur -, qui, entre 1996 et 2010, a le plus réduit le taux de pauvreté. Enfin l’institut américain de sondages Gallup classe le pays d’Hugo Chavez, 6e nation « la plus heureuse du monde » [2].

    Le plus scandaleux, dans l’actuelle campagne de diffamation, c’est de prétendre que la liberté d’expression serait bridée au Venezuela. La vérité c’est que le secteur privé, hostile à Chavez, y contrôle largement les médias. Chacun peut le vérifier. Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et 13 publiques. Avec cette particularité que la part d’audience des chaînes publiques n’est que de 5,4%, celle des privées dépassant les 61% [3] ... Même chose pour la radio. Et 80% de la presse écrite sont contrôlés par l’opposition ; les deux quotidiens les plus influents - El UniversalEl Nacional - étant hostiles au gouvernement. Tout est, certes, loin d’être parfait dans le Venezuela bolivarien. Où existe-t-il un régime parfait ? Mais rien ne justifie ces campagnes de mensonges et de haine. Le nouveau Venezuela est la pointe avancée de la vague démocratique qui a balayé les régimes oligarchique de neuf pays dès le lendemain de la chute du mur de Berlin quand d’aucuns annonçait « la fin de l’histoire » et « le choc des civilisations » comme seuls horizons pour l’humanité. Le Venezuela bolivarien est une source d’inspiration où nous puisons sans aveuglement ni naïveté. Mais avec la fierté d’être du bon côté de la barricade et de réserver nos coups à l’empire malfaisant des Etats Unis et de ses vitrines si chèrement protégées au Proche-Orient et partout où règnent l’argent et les privilèges. Pourquoi ses adversaires en veulent-ils tant à Chavez ? Sans doute parce que, tel Bolivar, il a su arracher son peuple à la résignation. Et lui donner l’appétit de l’impossible.

NOTES

[1] Le Venezuela obtient 85 points ; les Etats-Unis 30 ; le Canada 26 … http://venezuelanalysis.com/news/6336

[2] Étude publiée le 29 avril 2011. http://www.gallup.com/.../Masses-Countries-Worldwide

[3] Mark Weisbrot et Tara Ruttenberg, « Television in Venezuela : Who Dominates the Media ? » (pdf),Center for Economic and Policy Research, Washington, D.C., décembre 2010.


Amazonie, pétrole et autres biens communs de l’Humanité… (Cristovao Buarque et atlas "Avança Brasil"))

publié le 28 août 2012 à 09:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 août 2015 à 08:57 ]

23/04/2011  

    Comme on dit que l’Himalaya est le "toit du monde", on dit que la forêt amazonienne est "le poumon de la planète". Il y a comme cela d’autres clichés. Mais les Brésiliens ne sont-ils pas en train de détériorer ce poumon avec leurs autoroutes transamazoniennes, leurs exploitations de minerais qui trouent la belle couverture forestière, etc…

    Avec l’arrogance yankee, faite d’absence d’humilité et de naïveté candide, un étudiant américain, lors d’un débat dans une université aux États-Unis, interpella le ministre de l'Éducation du Brésil en visite dans son pays, Cristovao Buarque. Mr Buarque fut interrogé sur ce qu'il pensait de l'internationalisation de l'Amazonie. Ni plus, ni moins. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.

    Voici la réponse de M. Cristovao Buarque, suivie de deux cartes montrant deux scénarios possibles de l'avenir amazonien (programme Avança Brasil) publiées par Le Monde du mercredi 31 janvier 2001.

        J.-P. R.

 

    "En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre. En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité.

    Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix. De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation. Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles œuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau. 

    Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-Unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier. Si les États-Unis veulent internationaliser l'Amazonie à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-Unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes. Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-Unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie. Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre. En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous! ". Fin de citation.

 

    Je ne veux pas faire parler le philosophe Alain Badiou, mais je suis presque sûr qu’il verrait dans cette magnifique réponse le désir et le besoin de mettre en place les biens communs de l’humanité. Comme dit l’écrivain cubain Alejo Carpentier : « Selon le contenu des siècles, le mythe changeait de caractère, répondant à des désirs toujours renouvelés, mais il restait toujours le même : il y avait, il devait y avoir, il fallait qu’il y eût, à l’époque présente, à n’importe quelle époque présente, un monde meilleur »[1].

 

P.S. On me dit que les journaux américains n’ont pas publié cette réponse. Pourquoi ?

P.S. 2 : je ne sais pas faire fonctionner les "messages" , je réponds donc, ici, à un lecteur :

  Jean1938 me demande -comme une lectrice sur mon précédent blog du MONDE- me demande préciser que ce débat eut lieu en l'an 2000. Moi-même je l'ignorais. c'est un internaute qui m'en a transmis le texte et je l'ai trouvé si frais, si actuel, si pertinent que je l'ai publié avec quelques commentaires. franchement qu'est-ce que cela change que ce texte date de 2000 ou de 2010 ? sa philosophie générale reste intacte.
Sachons aller à l'essentiel.





[1] Cité par MAZAURIC, Vive la Révolution ! Antoine CASANOVA (Besançon) et Claude MAZAURIC, Messidor – Editions sociales, Paris, 1989, 222 pages, « Vive la révolution… ».


I. CHAVEZ, le Vénezuela, « Le Monde » et la Révolution…

publié le 28 août 2012 à 09:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 10 sept. 2016 à 00:42 ]

06/02/2011  

    Cet article pourrait s’intituler « de l’utilité de la révolution » en réponse à l’article du monde du 3 février intitulé « de l’inutilité d’un parlement ».

    "Le Monde" a publié un article fort intéressant sur la situation économique et sociale du Venezuela en même temps que sur la situation morale de sa classe dirigeante.

    On y apprend que ce pays –surnommé "Koweït" de l’Amérique latine- est un pays riche. Il dispose de 6% des réserves mondiales prouvées de pétrole. La rente pétrolière s’élève chaque année à plus de 10 milliards de dollars. La Société des pétroles du Venezuela (PVD SA) est une multinationale qui possède des réseaux de raffineries et de distribution d’essence aux Etats-Unis et en Europe. Tout cela est connu. Mais le pays possède en mêmes proportions des réserves d’or et de bauxite. Il produit de 60 à 80 tonnes d’or chaque année. Le PIB/hab. est conséquemment un des plus élevés, sinon le plus élevé d’Amérique latine. Etc.…

    Pourtant "le tableau social, encore et toujours (sic), n’est en revanche pas très rose" écrit l’auteur de l’article, un des meilleurs connaisseurs français de l’Amérique latine. 43% de la population survit en état de "pauvreté critique". La malnutrition touche 20% des enfants, l’analphabétisme est élevé et 45% des Vénézuéliens n’ont pas d’instruction primaire selon un document officiel. Pire, un économiste interrogé par Le Monde affirme que "le salaire réel est inférieur à celui d’il y a quarante ans". Les services publics de l’eau et du téléphone sont défaillants. Il est vrai que le pays a dû subir une cure d’austérité imposée par l’incontournable F.M.I.. Remèdes éternels et universels de l’institution de Washington : libération des prix et des taux de change, austérités budgétaire et salariale, libéralisation du commerce extérieur. L’opération "vérité des prix" -c’est-à-dire suppression des subventions pour les plus pauvres- par la hausse des tarifs des transports a provoqué des émeutes qui ont fait de 300 à 1000 morts selon les évaluations. Le F.M.I. a encore frappé.

    Mais, dira-t-on fort légitimement, où passent l’argent, les richesses produites par ce Koweït hispanophone ? Ils sont bien évidemment accaparés par une couche étroite de la population dont l’auteur de l’article, de façon regrettable, ne dessine pas les contours. Il nous indique toutefois que "vue du cinquantième étage des tours verre et acier du Parc central (…) Caracas, symphonie de gratte-ciel au pied de la montagne de l’Avila, a belle allure. (…). Son réseau géant de voies express est encombré de belles américaines".

    Cette fracture sociale abyssale et immorale a généré une délinquance élevée. Dans les quartiers huppés où sont garées le soir les belles américaines on peut voir "grilles, gardiens, et système d’alarme sophistiqués". C’est que "la crainte du voleur tourne à l’obsession car les truands ont le couteau facile. Et 52% des habitants de Caracas affirment avoir été victimes de la délinquance qui fait en moyenne vingt morts chaque fin de semaine".

    Mais que fait le gouvernement est-on en droit, tout aussi légitimement, de s’interroger ? Hélas, le rapport annuel du procureur général est accablant. On y apprend que la corruption est "le trait le plus caractéristique de la société" ; que le pouvoir judiciaire est "soumis aux pressions des partis" ; que, pour redresser la situation, il y a un "manque de volonté politique" ! La classe dirigeante est pourrie jusqu’à l’os. Une série de scandales a ému l’opinion : "des militaires de haut rang et civils proches du pouvoir (ont été) compromis dans des affaires de pots-de-vin pour des contrats d’armement", "des personnalités de l’establishment (ont été) impliquées dans le trafic de drogue et les relations avec les cartels colombiens"…

    Les partis politiques se renvoient les accusations les uns sur les autres. "En fait" écrit le journaliste du Monde "c’est l’ensemble de la classe politique qui est éclaboussé par les scandales". Même le parti socialiste "MAS de Teodoro Petkoff, l’ancien guérillero devenu membre à part entière du club des notables". Bref, la population marque son mépris par une abstention électorale record : 70% !

    Que voilà un magnifique article (et encore l’ai-je diablement réduit) qui dresse un tableau magistral d’un pays sous-développé, source documentaire précieuse pour tous les professeurs d’histoire-géographie de classes terminales.

    Mais…mais… et Chavez dans tout cela ?

    Et bien figurez-vous, face à une situation pareille, Hugo Chavez a décidé de faire la révolution. Pas seul, pour sûr, sinon ce n’eût pas été une vraie révolution et il s’appuie benoîtement sur le suffrage universel. Hélas ! Le Monde ne le lui pardonne toujours pas. Il est vrai que M. Nierdergang –l’auteur- est totalement à court de solutions et son article n’en propose aucune, d’autant qu’en 1991, c’est un bon social-démocrate, membre de l’Internationale socialiste qui dirige le Venezuela, l’ami Carlos Andres Perez. Que fallait-il faire ? Pleurer et subir ? Sans doute. Le Monde est plutôt traditionaliste.

    L’article que j’ai résumé et qui a maintenant valeur historique –je le souhaite en tout cas pour le peuple vénézuélien- a été publié le 13 septembre 1991, cela va faire vingt ans. Nonobstant, il donne une bonne idée de la situation dont a hérité Chavez. Et tout homme de bien admettra que la corruption n’a pu disparaître d’un seul claquement de doigts ou que la démocratie est difficile à installer quand on a un tel pourcentage d’illettrés.

    Mais cette authentique révolution heurte les intérêts des propriétaires des "belles américaines". Et Le Monde du 3 février 2011 publie un article vipérin anti-Chavez dans lequel il est fait une bonne part aux manifs de casseroles des bourgeoises de Caracas qui se remémorent, bien sûr, leurs copines de Santiago du Chili qui effectuaient le même tintamarre et qui appelaient de leurs vœux le criminel Pinochet.

    Ce n’est que dans ces situations historiques que ces bourgeoises manipulent des casseroles. 

    Le même Monde qui n’a de cesse de fustiger le "populisme" de J.-L. Mélenchon conclut sur le coût de la garde-robe civile et militaire de H. Chavez. On sait aller à l’essentiel.

    Lecture à compléter par celle-ci : II. CHAVEZ : l'expérience vénezuelienne sans concession

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