Le problème noir aux USA toujours pas résolu... (un article de M. Muller)

publié le 5 déc. 2014 à 05:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 déc. 2014 à 06:03 ]

    Voici un excellent article sur le problème noir aux Etats-Unis, excellent par sa véracité et sa concision et qui fait le point sur la question.

    Il est dramatique de constater que la présidence d’Obama n’a apporté aucune amélioration à la situation des Noirs aux Etats-Unis. On nous avait mis en garde lors de sa première campagne électorale. Sur son passage des militants -dont des Blancs - brandissaient de petites pancartes home made : "a white mind in a black skin". Obama a un cerveau de Blanc dans une peau de Noir. C’est bien vrai. Et il laisse courir la NSA qui surveille tout le monde. Quel désastre ! La correspondante permanente d'iTv aux Etats-Unis, Laurence Haïm "couvrant" la convention républicaine de Miami pour la présidentielle 2012 racontait que des délégués jetaient des bananes à une caméra-woman noire. Et c'étaient des délégués au niveau fédéral !!

    Mais cet article montre qu'il ne faut pas désespérer de l'humanité.

    J.-P. R.

ÉTATS-UNIS. LES ENFANTS DE MUMIA

 

    Michel Muller

    journaliste

 

LES ACTEURS DU MOUVEMENT "JUSTICE POUR MICHAEL BROWN" RENOUENT AVEC LA REVENDICATION HISTORIQUE D’ÉGALITÉ POUR TOUS.

    Interviewé par la chaîne ABC, la semaine dernière, Darren Wilson, le policier tueur de Michael Brown le 9 août dernier à Ferguson (Missouri), a proclamé : «J’ai la conscience propre parce que j’ai fait mon boulot correctement, le travail pour lequel je suis payé». Des paroles de tueur à gages. Le policier a d’ailleurs vendu l’exclusivité de son interview pour 500.000 dollars.

    Alors qu’il avait la même taille que Michael, il a prétendu que face à sa victime il était «comme un enfant de cinq ans agrippant le bras de Hulk Hogan», un catcheur «méchant» connu des médias US, qui tire son prénom du personnage de bande dessinée qui se transforme en monstre vert. Autrement dit, Michael Brown n’était pas vraiment humain. Une conception banale dans les milieux policiers US. Est-ce un hasard ou tout simplement une arrogance sans limites si une «enquête a été ouverte» contre le beau-père de Michael, Louis Head, pour avoir crié sa colère, comme tous ceux présents le 24 novembre lors de l’annonce de l’«innocence» du tueur Wilson ? On le suspecte d’avoir «incité aux émeutes» en criant «brûler ce fils de p…». L’enregistrement a été livré aux médias par la police, qui en a d’abord amplifié la voix de Louis Head au milieu des cris de révolte de la foule.

 Photo : Jeff Curry/ Today SportsUsa

Dimanche soir, cinq joueurs des Rams ont pénétré sur le stade de saint-Louis (Missouri) les mains en l'air, le geste de ralliement de Ferguson. Photo : Jeff Curry/ Today SportsUsa

UN APARTHEID A L’AMÉRICAINE

    L’assassinat de Michael, comme celui de dizaines de jeunes Noirs abattus chaque année par une police militarisée, se conjugue aujourd’hui avec la révolte contre les inégalités à l’image du mouvement Occupy Wall Street il y a peu.

    Historiquement, le combat des droits civiques qu’avait mené dans les années 1950 le pasteur Martin Luther King a libéré les Noirs de leur peur et de leur résignation. Je me souviens que, lors d’un séjour en Louisiane en 1955, après le coup de tonnerre qu’a été le refus de Rosa Parks de céder sa place à un Blanc (1955, Montgomery (Alabama - USA) : la lutte pour les droits civiques commence), la réaction la plus courante des Africains-Américains de mon village avait alors été : «Elle n’avait qu’à rester à sa place ; chacun de son côté, et c’est la paix ! ».

    Ce combat avait conduit à l’élimination de l’apartheid à l’américaine. Martin Luther King a été assassiné à l’instigation du FBI en septembre 1968, au moment même où il allait entamer une nouvelle étape de la lutte en allant apporter son soutien aux éboueurs de Memphis et à la revendication de logements décents. Il lançait alors un appel à tous pour combattre la misère, quelle que soit la couleur de la peau. C’en était de trop pour les maîtres du système : il se lançait dans la lutte des classes.

    Le même sort fut réservé à Malcolm X, assassiné en février 1965. Le charismatique leader des Black Muslim, se démarquant alors du nationalisme exclusivement noir, était en train de lancer un appel à l’union de tous – Blancs et Noirs – pour lutter pour l’émancipation.

    Le racisme, pour autant, a survécu. Il est, avec la peine de mort et la prison pour des millions de laissés-pour-compte, l’un des lieux géométriques fondateurs de la société états-unienne avec le génocide du peuple amérindien et l’esclavagisme. Avec les lois des droits civiques, le racisme est devenu « invisible », comme le dit Angela Davis. Une nouvelle bataille a eu lieu à partir du milieu des années 1960 avec les actions du Black Panthers Party. Pour ce mouvement, largement inspiré des courants révolutionnaires qui soufflaient alors sur le monde avec l’émancipation des peuples colonisés, il s’agissait dans un même geste de restaurer la fierté des Noirs – « Black is beautiful », lançait Angela Davis – et de combattre les injustices sociales. Les Panthères noires sont ainsi devenues l’ennemi n°1 à abattre. Ce qui fut fait par le FBI, aidé en cela par les médias dominants, avec la mise en œuvre d’un programme de délations, de corruption, de manipulations et de meurtres.

    Au milieu des années 1990, le combat du journaliste Mumia Abu Jamal, condamné à mort par un juge raciste en 1982, franchissait les frontières. Comme d’autres, il a fait connaître à l’opinion mondiale la réalité de classe de la ségrégation, une pratique intrinsèque au système capitaliste et particulièrement au néolibéralisme, qui s’alimente des inégalités. Dimanche soir, cinq joueurs de l’équipe locale des Rams ont pénétré sur le stade de football américain de Saint-Louis, les mains en l’air -le geste de ralliement de Ferguson-. Ils ont refusé de «s’excuser». Ils ne seront pas sanctionnés. Lundi, des citoyens ont manifesté, dans plus de 80 villes, dans 30 États, sur des dizaines de campus, revendiquant « La justice. Maintenant !». Une marche sur Jefferson City (capitale du Missouri) est en route. Certes, il ne s’agit encore que d’un mouvement prenant une certaine ampleur. Mais c’est le signe qu’une nouvelle vision du monde se cherche.

    Ce n’est plus la revendication identitaire d’une minorité «ethnique» qui est à l’ordre du jour, mais bien celle de l’égalité pour tous. Ces jeunes pour qui la couleur de la peau n’est pas un «marqueur» ressemblent à ceux qui, vendredi dernier, ont fait grève par milliers dans les magasins Wal-Mart pour un salaire minimum de 15dollars. On pourrait les appeler les enfants de Mumia.



 Paru dans l'Humanité du Jeudi, 4 Décembre, 2014

Comments