Amérique du nord

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La Géorgie et Atlanta

publié le 9 janv. 2019 à 09:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 janv. 2019 à 01:36 ]


    L"élection du gouverneur de Géorgie, à l'occasion des mid-terms élections de novembre 2018, a failli défrayer la chronique car, pour la toute première fois dans l'histoire des États-Unis , une femme noire pouvait triompher. Il s'agit de Ms Stacey ABRAMS. Je me suis attaché à comprendre le phénomène, à suivre les résultats électoraux et cela m’amena à remonter très loin. Ce n'est qu'au quatrième article que j'aborde les chiffres de l'élection.

    j'ai d'abord étudié la géographie de l’État de Géorgie et les apports de l'histoire du temps long :


    puis j'ai étudié l'histoire récente : celle du combat des Noirs pour leurs droits civils et politiques :
    Les luttes pour l’égalité, la dé-ségrégation, les droits civils.

    Ensuite, j'ai abordé l'étude la de la vie économique contemporaine en ciblant le travail sur l'extraordinaire croissance de la métropole de Géorgie : Atlanta :
    ATLANTA, MÉTROPOLE D’UNE GÉORGIE MONDIALISÉE

    Enfin, l'analyse du résultat de l'élection
    LE COMBAT DE STACEY ABRAMS QUI A BOULEVERSÉ LA GÉORGIE

Georgie : études électorales (mid-term 2018) 4ème partie

publié le 9 janv. 2019 à 09:22 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 mai 2019 à 05:29 ]



LE COMBAT DE STACEY ABRAMS QUI A BOULEVERSÉ LA GÉORGIE



                                                                                            "La course au poste de gouverneur de ­Géorgie n’a jamais été aussi serrée. La réputation conservatrice de l’État sudiste d’Autant en emporte le vent est pourtant presque proverbiale. Le mérite en revient à Stacey Abrams, 45 ans, ancienne présidente du groupe démocrate à la chambre d’État, avocate, romancière et progressiste assumée. Soutien de Bernie Sanders lors des primaires 2016, sa stratégie est claire : pas de louvoiements centristes, un programme à gauche (avec notamment l’opposition à la peine de mort et la réforme du système de justice criminelle) ; pas de tentatives de récupérer des républicains modérés, mais la mobilisation des électeurs « naturels » du camp démocrate (jeunes, femmes et minorités). La Géorgie est un État en plein changement démographique avec l’arrivée de jeunes Africains-Américains en provenance des grandes villes du Nord-Est et du Midwest, où leurs aînés étaient allés chercher du boulot entre les années 1910 et 1950. Cette « nouvelle grande migration » favorisera-t-elle l’élection historique d’une gouverneure africaine-américaine au pays de Scarlett O’Hara ?",
                                                                    Christophe DEROUBAIX, grand reporter. 



"Stacey Abrams, the Democratic nominee, is hoping to become the first African-American woman to be elected governor anywhere in the United States. Brian Kemp, the Republican nominee and the secretary of state, wants to keep his party in power in the Capitol. The race has been among the country’s most expensive and vitriolic, and it is a test of whether sophisticated efforts to attract and mobilize new voters can help Democrats win in a fast-changing Georgia".

Voici comment le New York Times présentait les enjeux de l’élection du nouveau gouverneur de l’Etat de Géorgie lors des élections de milieu de mandat de novembre 2018. Les résultats officiels définitifs montrent que cet évènement qui eût été historique était d’abord réalisable :

Brian Kemp

Republican

1,978,408

50.2%

Stacey Abrams

Democrat

1,923,685

48.8%

Ted Metz

Libertarian

37,235

0.9%

         Il s’en est fallu de 54.723 voix soit 1,4% de différence. Et Mme Abrams a mis dix jours à reconnaître ces résultats, nous verrons pourquoi. Dans les travaux préparatoires précédents, nous avons vu ce que représente historiquement la Géorgie. Nous avons vu son formidable dynamisme, incarné par sa métropole Atlanta. Nous allons voir maintenant le comportement électoral des Géorgiens devant cette échéance dont le résultat, décevant pour les Démocrates et les démocrates[1], n’est, espérons-le, que partie remise. Après avoir présenté les aspects généraux de la confrontation, j’observerai les points forts des Démocrates puis… les autres. NB. la couleur traditionnelle des Démocrates est le bleu, rouge pour les Républicains.

    

I. UNE ÉLECTION AIGUISÉE

 

Généralement, la participation électorale est faible lors des élections de mi-mandat et sensiblement plus élevée pour la présidentielle. En 2018, elle fut exceptionnellement forte dans tous les Etats-Unis et notamment en Géorgie. Malheureusement, les chiffres dont nous disposons (tirés du New York Times, de Wikipédia, de publications internet) ne donnent jamais le chiffre des électeurs INSCRITS. Seules les comparaisons des élections, d’une convocation à l’autre, permettent de saisir les évolutions. Voici les résultats des trois dernières élections du gouverneur de Géorgie dont le mandat, renouvelable, est de 4 ans. Par rapport à 2014, il y eut 1.399.528 suffrages exprimés supplémentaires : plus 55% ! Stacey Abrams progresse de 785.209 suffrages mais les Républicains se sont aussi mobilisés progressant de 637.247 voix. Le candidat libertarien, extrême-droite, disparait devant le "danger" démocrate (et noir), votant pour le Républicain. carte n°1. (plus bas : carte de la densité de population).

 

 

2010

%

2014

%

2018

%

18/14

Républicains

1365800

53

1341600

53

1978408

50

+0,6m

Démocrates

1107000

43

1138476

45

1923685

49

+0,8m

Libertarien

103194

4

60151

2

37235

1

-

Exprimés

2576000

100

2539800

100

3939328

 

+1,4m

 Si l’on compare maintenant à l’élection présidentielle de 2016, on a le tableau suivant qui montre que les électeurs se sont mobilisés à hauteur égale pour les deux élections qui sont pourtant de nature différente :

 

2016

 

2018

18/16

Trump

2.068.623

Kemp

1.978.408

-90215

Clinton

1.837.300

Abrams

1.923.685

+86385

div.

123.641

 

37.235

 

 

4.029.564

 

3.939.328

-90236

 Trump et Clinton obtenaient respectivement 51,3% et 45,6% des suffrages géorgiens en 2016 mais Républicains et Démocrates obtenaient 50,2 et 48,8 en 2018. Mme Abrams gagne +3,2% et plus de 86.000 voix sur Clinton et Kemp ne fait pas le plein des voix du GOP. Stacey Abrams a donc fait une magnifique campagne. Les suffrages exprimés sont en nombre quasiment égal à celui de la présidentielle, ce qui, je le répète, est extrêmement rare.

Les résultats par comté – la Géorgie en compte 159, ils sont l’équivalent de nos départements – indiquent 29 comtés en faveur de Stacey Abrams dont 15 urbains. Le Républicain en a par conséquent gagné 130 ! Il y a donc eu une claire concentration géographique des voix Démocrates et c’est Atlanta lato sensu qui fut derrière Stacey Abrams.

Il y a une analyse encore plus fine : la carte des comtés selon la progression des votes par rapport à la présidentielle de 2016. Cette carte est délicate à lire : les comtés bleus ne sont pas ceux où Ms Abrams a battu M. Kemp mais ceux où elle a progressé par rapport au vote Clinton de 2016. C’est une carte pour les militants Démocrates : elle leur ouvre des perspectives pour 2020 [2] . carte n°2.

Les bastions Démocrates hors-Atlanta sont les vieilles villes noires cotonnières, fiefs de la NAACP : avec Albany, on a Columbus, Macon, Augusta et Savannah. Ces villes ont comme secrété leur doublet, leur doublet Blanc avec ghetto de riches (white flight ?), comme Columbia, Houston et Effingham qui figurent dans le top10 des comtés de Géorgie pour le revenu médian par ménage (Median Household Income). On y vote donc fortement Républicain. Cf. tableau ci-dessous. Le fait nouveau est que Ms Abrams a fait progresser sensiblement le parti Démocrate dans ces bastions Républicains (surlignés en jaune ; les chiffres romains renvoient à la carte). Ms Abrams fut donc une excellente candidate grignotant toujours plus l’électorat blanc.

 


1

2

3

4

5

Muskogee

39

61

46

42700

 

I.Chattahoochee

55

45

69

43900

+2%

Bibb

38

62

50

37100

 

II.Houston

58

42

63

55500

+3,6

Richmond

32

68

40

38600

 

III.Columbia

66

33

77

72000

+3,5

Chatham

40

60

53

49600

 

IV.Effingham

77

22

83

62800

+1,5

Géorgie

50

49

60

51000

+3,2%

1 = % Républicain en 2018 ; 2 = Dém. ; 3 = %White dans la population totale

4 =Median Household Income pour le comté (en $).

5 = gain Démocrate sur 2016

 

II. LES POINTS FORTS DES DÉMOCRATES

 La carte électorale de l’État de Géorgie n’a pas changé depuis des lustres.

A.  ATLANTA

    Le député de la ville d’Atlanta – 5°congressionnel district - n’est autre que John Lewis, l’un des six leaders historiques du Civils rights movement. Le vote Démocrate a toujours, à Atlanta en tout cas, un parfum militant. Comparée à celle des densités de population par comté on aperçoit immédiatement le rôle joué par l’agglomération d’Atlanta. J’ai dit la difficulté à circonscrire cette agglomération qui peut, selon certains, intégrer 30 comtés. Ce qui est sûr c’est que le noyau est constitué des 5 comtés suivants : Fulton – comté qui a pour chef-lieu Atlanta city -, Dekalb, Cobb, Gwinnett et Clayton. Avec 5 autres comtés, autour, nous avons une agglomération de dix comtés qui forment l’Atlanta Regional Commission (ARC). C’est le véritable cœur urbain. Plus périphériques les autres comtés sont rurbains voire ruraux. Pour les comtés de l’ARC les résultats sont les suivants : 

Comté

Democrates

Rép.

Blancs

Noirs

$ PIC

Âge

Fulton

306.589

112.991

46,4

44,3

37.211

34,2

Dekalb

259.045

048.700

33,3

54,3

28.412

34,3

Cobb

167.643

138.479

62,2

25

33.110

33

Gwinnett

176.234

132.137

53,3

23,6

26.909

33,7

Clayton

080.967

010.867

18,9

66,1

18.958

30

S/-total

990.478

443.174

 

 

 

 

Rockdale

024.725

011.703

40,9

45,8

22.300

35

Douglas

033.044

021.743

52,5

39,5

24.515

35

Henry

056.485

041.364

55,0

36,9

25.773

35,3

Fayette

024.796

032.497

71

20

35.076

42,4

Cherokee

028.047

076.700

86,6

05,7

30.217

36,6

S/-total

167.097

184.007

 

 

 

 

ARC*

1.157.575

627.181

 

 

 

 

Géorgie

1.923.685

1978408

56

30,5

27.740*

34,7

* Atlanta Regional Commission

* en 2011

Un simple calcul montre que Stacey Abrams obtient plus de 60% de ses voix dans ces 10 comtés ! devançant son adversaire de 530.000 voix. Kemp, lui, en obtient 31,7%. C’est donc dans les 149 autres comtés qu’il va remporter sa victoire. Les 5 comtés historiques sont nettement en faveur de Ms. Abrams alors que la "première couronne" est plus partagée, plus inégalitaire, plus âgée, plus blanche. On a déjà l’opposition classique avec Clayton vs Fayette. D’un côté, un comté noir, jeune et pauvre ; de l’autre, un comté blanc, vieux et riche. La "richesse" du comté de Fulton – il s’agit du PIC : per capita income, le revenu par tête –, au fort coefficient de Noirs, s’explique par la présence, en ses murs, de la ville de Sandy Springs, ghetto blanc au PIC de $70.000 pour près de 100.000 habitants (census de 2010). Cela influe nécessairement sur la moyenne générale de Fulton. Rajoutons qu’Atlanta a su générer une classe moyenne noire.

Observons que la première couronne ne donne pas la majorité à Stacey Abrams. Un comté comme Cherokee, très blanc, riche et âgé, et très Républicain – dans un rapport de 3 pour 1 - annonce les conditions que l’on trouvera dans les seconde et troisième couronnes.    

 B. LES AUTRES BASTIONS DEMOCRATES


"Beyond Atlanta, areas of Democratic strength in Georgia are limited to the state’s midsize cities, like Augusta and Athens, and the Black Belt, a stripe of majority African-American counties running from south of Columbus in western Georgia to Augusta in the east"[3] : en dehors d’Atlanta, les zones de force du parti Démocrate en Géorgie sont limitées aux villes de taille moyenne, comme Augusta et Athens, et à la Black Belt, cette bande de comtés de majorité Afro-américaine qui va du sud de Columbus, à l’ouest, jusqu’à Augusta à l’est de l’Etat. Cette citation serait excellente si elle n’omettait pas la place-forte Démocrate de Savannah dont les pages précédentes ont montré le rôle historique dans la lutte pour les droits civiques et le rôle économique tout à fait contemporain dans la maritimisation de l’économie géorgienne.

La bande de comtés carte n°1 qui va de Columbus à Augusta via Macon correspond à la région du Classic heartland, chaque ville étant un foyer de l’industrialisation textile, c’est un chapelet ininterrompu de peuplement noir –reliquat du Black Belt de Baulig -, les comtés qui votent Républicains sont roses davantage que rouges car la majorité y est faible. Mais le vote Démocrate est souvent majoritaire grâce à la vigueur et aux succès de la lutte des années 60’ qui empêchent beaucoup de Noirs d’aujourd’hui de sombrer dans l’obscurantisme évangélique. Athens est une antenne universitaire, intellectuelle et culturelle d’Atlanta. Le vote Démocrate y est ancré. La région environnant Albany est toujours majoritairement Démocrate. Malgré les efforts des charcutiers électoraux, la circonscription – les Américains disent district – de Columbus-Albany ne peut échapper au parti pour la représentation à Washington.

L’agglomération de Savannah

Savannah est en plein développement. Elle appartient à la Combined Statistical Areas de Savannah–Hinesville–Statesboro qui compte 544.000 hab. (estimations 2017). Je présente ici le tableau des cinq comtés qui encadre administrativement cette aire statistique avec les résultats de l’élection. 

 

Comté

1970

2010

Esti/2017

Dem.

Rep.

Chatham

188.000

265.000

290.000

61059

41425

Effigham

13.600

52.000

59.000

5145

17969

Liberty

17.500

63.000

61.000

9696

5557

Bulloch

31.500

70.200

75.000

8630

14848

Bryan

6.500

30.000

37.000

4313

10507

 

257.100

480.200

522.000

88843

90306

Les résultats électoraux sont bons : en 2010, le vote Démocrate représentait 71% du vote Républicain, même Chatham – le comté de Savannah – avait voté pour le GOP ! en 2016, le vote Démocrate représente 93,4% du vote adverse et, en 2018, 98,4. Progrès mais pas victoire. C’est que les Républicains sont très actifs ici aussi…

 

Gov2010

Prez16

Gov2018

Comté

Dem.

Rep.

Dem.

Rep.

Dem.

Rep.

Chatham

32111

34192

62290

45688

61059

41425

Effigham

2369

9854

4853

17874

5145

17969

Liberty

5251

4362

9556

6134

9696

5557

Bulloch

4171

9764

9261

15097

8630

14848

Bryan

1618

6022

4014

10529

4313

10507

Total

45520

64194

89974

95322

88843

90306

                                 71%                             93,4%                             98,4%

 

III. LES QUARTIERS RÉPUBLICAINS

Les Républicains sont électoralement puissants dans les villes et comtés riches de l’agglomération d’Atlanta ; dans le nord de l’Etat de Géorgie et dans le sud. Paradoxalement, ils sont puissants aussi dans des régions pauvres. La carte du vote Démocrate (© David Leip 2016 All Rights Reserved) indique, en creux, les zones de force du parti Républicain.

A.  LE NORD DE L’ÉTAT

Dans le nord de la Géorgie, M. Kemp a gagné chaque comté d’au moins 30 points de pourcentage et le plus souvent avec un écart de 50 à 60 points. Les lacs et les montagnes de la région en font une destination de choix pour les maisons de vacances et les collectivités de retraités. La région est majoritairement blanche. Les Hispaniques, et non les Noirs, forment le groupe minoritaire le plus important, attirés par les emplois du nord de la Géorgie dans les petites entreprises manufacturières et agro-industrielles[4]. NB. = PVI = partisan voting index.

 

Item

14°

Urbain

60

43

100

Rural

40

57

 

Blancs

84

87

32

Noirs

10

7

58

Hisp.

12

12

6

Blue c.

57

 

 

White c.

43

 

 

PVI

R+27

R+31

D+31

Aujourd’hui, le nord de l’Etat est représenté par les 9° et 10° circonscriptions qui délèguent un député à la Chambre des Représentants à Washington. Ces deux circonscriptions ont des caractéristiques communes[5] : elles sont très rurales et le pourcentage de Blancs est très élevé. Les Hispaniques sont à plus de 12%, cela est corrélé avec l’industrie de l’élevage avicole[6]. NB. Le PVI signifie "Partisan Voting Index" ce que je traduis par Indice de vote partisan. C’est un indice américain original calculé en fonction des résultats antérieurs du territoire, en fonction des résultats des territoires comparables ailleurs dans l’Union, etc… L'index est mis à jour après chaque cycle électoral [7]. Avec un PVI de R+27 et de R+31, ces deux circonscriptions sont des bastions Républicains. A contrario, le 5° district – Atlanta - est un bastion Démocrate avec D+31. Avec un pourcentage de cols bleus très élevé, la 14° circonscription de Géorgie est l’une des plus ouvrières de l’ État, la 9° la suit de près.

Ces districts appalachiens ont une population blanche européenne qui vient d’abord des tout premiers pionniers. Populations très fières de leurs racines récentes et très attachées au souvenir de leur participation à la Guerre de Sécession. Cela explique la longue fidélité au parti Démocrate anti-Yankees mais la direction nationale du parti de l’Âne basculant du côté des Noirs et de leur Civils Rights et penchant du côté des droits des LGBT – ce que le fondamentalisme religieux des pionniers (venus avec la Bible dans une main et l’épée dans l’autre) interdit dogmatiquement – a provoqué le passage de ces électeurs WASP dans les rangs Républicains avec armes et bagages. Le texte de Baulig (lien :Géorgie : études électorales (mid-term 2018) ) indique que la vie régionale fut vite obérée par les difficultés de communication et les Appalaches furent un isolat. Et ce fut une région aidée, subventionnée, chose rare aux Etats-Unis. Ce fut notamment le cas pour la mise en place des réseaux routier et autoroutier[8]. Une nouvelle population blanche se superpose : les upper class d’Atlanta qui viennent s’installer sur les versants des premières collines appalachiennes, boisées voire forestières. Là le vote Républicain est un vote de classe (cf. le comté évoqué de Cherokee). Nouvelle couche à partir des années 1990 surtout : celle liée à l’industrie de la volaille, la fameuse poultry belt. Cadres venus du Nord-Est des Etats-Unis, main-d’œuvre venue de l’étranger : les Hispaniques et Latinos[9].

Berceau de l’ agro-business avicole.

La ville de Gainesville dans le comté de Hall est maintenant la "Poultry Capital of the World" après avoir été la Reine des cités des Appalaches… Elle est la ville de naissance de Jesse Jewell (1902-1975) qui est le créateur de l’industrie de la volaille. J. Jewell est un ancien du Georgia Institute of technology. C’est lui qui a eu l’idée de fournir des poussins aux fermiers alentour, ainsi que des aliments industriels et de récupérer le poulet à viande d’abattoir. L’abattoir et l’usine de conditionnement c’est Jewell qui les établit. "He pioneered vertical integration" écrit la New Georgia Encyclopedia[10]. Il innove en embauchant des travailleurs noirs, mal payés. D’ailleurs, il y eut un vif épisode social : la tentative de syndicalisation à l’AFL-CIO fut combattue, au sens propre, par une foule excitée au sein de laquelle on a signalé des membres de la direction de J. D. Jewell Incorporated (cf. l’article cité). C’était au début des années 50’, en pleine chasse aux sorcières. Patron de combat, il est à l’origine du syndicat professionnel de la volaille, aujourd’hui National Chicken Council, installé à Washington pour le lobbying et qui finance officiellement le parti Républicain à 88% et le parti Démocrate à 12%[11]. Comme dans un district industriel, l’initiative de Jewell a essaimé un peu partout et les entreprises de volailles industrielles pullulent.  Dans les années 1990, les entreprises de transformation de la volaille et des viandes ont commencé à beaucoup recruter dans les communautés hispaniques des États-Unis, ce qui a contribué à stimuler la migration vers les zones de transformation de la volaille[12]. En 10 ans, de 1990 à 2000, les comtés de Gilmer et de Gordon sont devenus les 4° et 10° comtés des Etats-Unis pour le nombre de population hispanique, avec des augmentations de 1500%. A Gainesville, Hispaniques et Latinos représentent 40% de la population (census de 2010) et 6 sur les 10 plus gros employeurs qui ont leur siège social dans la ville sont des volaillers intégrés. Le comté de Hall–Gainesville est connecté à Atlanta par l’Interstate Highway system, il vote Républicain à 72,7% en 2016 et à 73,3 en 2018. Les éléphants font de la résistance.  

 B.   LE SUD

Il faut distinguer l’intérieur rural et le littoral atlantique.(ci-dessous : carte des densités de population par comté).

a)   L’intérieur

    Le sud de la Géorgie, où sont cultivés des cacahuètes, du tabac et du coton, est principalement voué à l’agriculture et la popu-lation y est moins dense et aussi plus dispersée. Le sud-est est presque aussi solidement Républicain que le nord (Micha Cohen).

nom du comté

1

2

3

4

5

a.Jeff Davis

76

36,0

15730

10,5

83

b.Appling

75

38,1

18977

9,3

80

     c.Wayne

75

37,6

18400

5,7

80

     d.Bacon

79

36,9

17110

7,1

87

     e.Pierce

87

38,4

18283

4,7

89

     f.Brantley

94

38,0

18905

1,9

91

Géorgie

62,6%

36,4

22.600

8,8

50

1=%Blancs, 2=âge moyen, 3= PIC ($), 4=%hispaniques, 5=% Rép.

 

Le tableau ci-contre donne quelques statistiques qui permettent de brosser un portrait rapide de ces comtés (les lettres en début de noms renvoient à la carte n°2) : Blancs très majoritaires, plutôt âgés sauf Jeff-Davis – qui doit héberger une industrie de la volaille -, faibles revenus par tête. Et un vote Républicain quasi unanimiste.

Nous sommes ici dans le Deep South très profond. Je renvoie le lecteur à la carte qui figure dans l’article de Micha Cohen, que j’ai souvent cité, disponible sur le net, et qui donne la configuration des districts pour la Chambre des représentants à Washington. Il s’agit de l’ancien découpage mais le district n°1 de 2012 circonscrit assez bien cette partie de la Géorgie la plus obscure –sauf le littoral évidemment -. 

L'importance de l'agriculture "marginale" aux Etats-Unis est soulignée par G. Dorel dans son travail sur les régions des USA (GU Hachette-Belin). Il est amené à évoquer à la fois les Appalaches et le Vieux Sud.

"Sur les 2 327 000 exploitations officiellement recensées, presque 7 sur 10 sont considérées comme marginales : leur chiffre d'affaires annuel, inférieur à 40 000 dollars, ne permet guère de dégager une marge notable d'investissement ; il autorise un certain mode de vie, mais non une activité économique normale, dans un pays développé. Beaucoup de ces "exploitants" sont soit des retraités, vivotant dans quelque vallée reculée des Appalaches, soit encore les derniers représentants de ces métayers noirs qui, longtemps, ont constitué le fonds de population rurale du Vieux Sud. Tous ne sont pas misérables ; ce microfundium américain soutient une classe très hétérogène de retraités, d'anciens fermiers qui ont dû se résoudre à exercer une autre activité, ou de "rurbains", ces citadins qui ont découvert les avantages, notamment fiscaux, de la petite ferme".

Ce paragraphe est exploitable aussi bien pour le Nord de la Géorgie que pour son Sud où ont été transplantées les fermes d’élevage du poussin au poulet, travail effectué par le fermier rémunéré par l’industriel.

Au cœur de la Géorgie évangélique

Le tableau suivant (source wiki) montre que les Évangéliques sont devenus largement majoritaires, beaucoup plus encore qu’au plan de l’Union : 38% de soumis en Géorgie au lieu de 25,4% sur l’ensemble des États-Unis.

Composition religieuse en % en 2015

Religion

Géorgie

États-Unis

Protestantisme évangélique

38

25,4

Églises traditionnelles noires

17

6,5

Non affiliés

13

15,8

Protestantisme traditionnel

12

14,7

Catholicisme

9

20,8

Agnosticisme

2

4,0

Athéisme

2

3,1

Témoins de Jéhovah

2

0,8

Autres

5

8.9

Voici de larges extraits d’un article du Monde diplomatique, toujours bien renseigné, qui rapporte les constats d’un envoyé spécial dans le Sud lors de la campagne d’Obama, en 2012[13]. Les enseignements sont les mêmes aujourd’hui. L’auteur montre que la déferlante évangélique crée un monolithe politique définitivement républicain.

"(En) Géorgie — comme (en) Alabama, Caroline du Sud, Mississippi ou Arkansas (…) les démocrates ont peu de chances de s’imposer. "Mis à part Atlanta, c’est un Etat pauvre, rural, religieux", analyse M. Mitchell pour expliquer les défaites à répétition de son parti. "Les gens sont très conservateurs : il s’agit du cœur de la Bible Belt [la ceinture de la Bible] ". L’appellation n’est pas usurpée : à eux seuls, la Géorgie et ses dix millions d’habitants totalisent plus de douze mille églises (et plus de trois millions de membres actifs). Méthodistes, baptistes, presbytériens, pentecôtistes, épiscopaliens : le visiteur arpentant les villages de cet Etat n’est pas certain d’apercevoir un bâtiment public, mais il croisera à coup sûr une pléthore d’édifices religieux. Rien qu’à Darien[14], on en compte une dizaine. La plupart combattent le "péché" — l’avortement, la contraception, l’homosexualité, les paris — mais jouent aussi un rôle important dans la vie sociale, en distribuant de la nourriture aux pauvres, en s’occupant des personnes âgées, en assurant des cours de soutien scolaire pour les enfants, etc. Le tout à bas prix, grâce au travail de bénévoles et à l’argent donné par les paroissiens".

 b)   Le littoral

Le littoral océanique de la Géorgie semble maintenant bien aménagé. A bien des égards et mutatis mutandis, bien entendu, il fait penser au Languedoc : un littoral traversé – que l’on songe à l’I-95 - par un flux massif de transit : les snow birds qui vont de Nlle-Angleterre/NewYork en Floride et que l’on tâche d’arrêter par une offre touristique conséquente. Sea Island est une île de l'archipel des Sea Islands (cf. carte[15]). Île de Géorgie relevant administrativement du comté de Glynn, elle a accueilli en 2004 le 30e sommet du G8. On imagine les infrastructures de toutes sortes (hôtelleries, aéroports, internet, GPS, restaurations rapide et non rapide, services médicaux d’urgence, j’en oublie) indispensables pour recevoir une telle conférence d’importance mondiale.

A cela s’ajoutent les parcs naturels continentaux, la mise en valeur de l’histoire locale : Fort McAllister State Park (vestige intact de la Confédération), Savannah - Savannah fonde une partie de sa réputation sur ses parcs aménagés, ses calèches et son architecture Antebellum (cad d’avant la guerre de Sécession). Son quartier historique regorge de places pavées et de parcs comme le Forsyth Park, ombragé par des chênes couverts de mousse espagnole -, les parcs naturels maritimes (wildlife refuge).

Fort Stewart est une base de l’armée américaine (11.000 habitants recensés en 2000). La région regorge de militaires vétérans au pouvoir d’achat substantiel, qui ont leur propre hôpital militaire, et certains habitent les gated golf communities [16] alimentées en leur temps par les vols blancs : l’exode devant les majorités noires de Savannah (ou des villes du Nord-Est). Ces Blancs évangéliques pratiquent la compassion avec méthode :

La soupe populaire "Food for the Soul", basée à l'église méthodiste unie de Richmond Hill et gérée par dix églises séparées, se relayant toutes les semaines, distribue plus de 350 repas chauds aux familles dans le besoin à Richmond Hill. The "Way Station", un autre programme d’évangélisation dans de nombreuses églises, est en place depuis plus de vingt ans et fournit de la nourriture, des vêtements et d’autres objets qui améliorent la vie des familles de la communauté.(Wikipaédia).

 

Brunswick (comté de Glynn Hill) is located in southeastern Georgia, approximately halfway between Jacksonville and Savannah. The city is located at the apex of the bight of the Georgia coast, the westernmost point on the Atlantic seaboard, and is naturally sheltered by two barrier islands, Jekyll and St. Simons. Après un sommet à 21.000 hab. en 1960, la ville n’a cessé de perdre de la population. On note une reprise depuis 2010…Le comté de Glynn, en revanche, est passé de 19400 à 92.620 hab. en 2017.

 

 

La fraude :

    je l'ai dit, Ms ABRAMS a attendu 10 jours avant de reconnaître que son concurrent "sera déclaré élu". On pourra lire cet article du Monde, écrit le jour du vote :
https://www.lemonde.fr/elections-americaines-mi-mandat-2018/article/2018/11/06/midterms-2018-on-vit-en-georgie-pas-a-washington-on-se-preoccupe-de-ce-qui-est-bon-pour-notre-etat_5379778_5353298.html

    le New York times aborde plus franchement la question :   https://www.nytimes.com/2018/11/07/us/kemp-abrams-georgia-governor-elections.html

 la sénatrice E. Warren a carrément mis les pieds dans le plat : https://www.nytimes.com/2018/12/14/us/politics/elizabeth-warren-president.html : "Senator Elizabeth Warren, Democrat of Massachusetts and a possible contender for the 2020 presidential race, spoke to graduates of Morgan State University, a historically black college in Baltimore, about racial discrimination and wealth inequality".

    la seconde partie de ce travail a montré que le droit de vote pour les Noirs au Sud des États-Unis a été une vraie bataille et cela continue. à preuve cet article du Monde diplomatique écrit bien avant la bataille de 2018, en octobre 2014 :  https://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/MOCK/50886 (Retour feutré de la discrimination électorale : MD. octobre 2014).

    Tout cela avec des relents de racisme qui rappelle que la Géorgie demeure en convalescence... la performance de Ms Tracey ABRAMS est d'autant plus remarquable.

 

    Voici un document que j'ai reçu (16 mai 2019) de la part de Stacey ABRAMS qui a créé une association pour combattre les discriminations exercées à l'encontre du simple droit d'inscription sur ls listes électorales en Géorgie :
 

Friend – 

Discriminatory and unconstitutional voting restrictions work to tip the scales of our democracy further in favor of those who would silence the voices of the people.

When we filed our lawsuit nearly six months ago challenging voting barriers reminiscent of the Jim Crow era, we did so side by side with Care in Action, an organization backed by tens of thousands of nannies, house cleaners, and care workers across the country. 

In 2018, Care in Action worked to educate, organize, and turnout domestic workers across the state of Georgia so that they could have a voice in the issues that affect them. They understood that you don’t win elections by convincing the same people to do the same thing — you win elections by getting new people to say, I care too. That is how we will win back our democracy, and that is why voter suppression represents our greatest threat.  Because if you cannot have your voice heard, you are not going to participate in an election.

On Election Day last year, Georgia voters in low-income neighborhoods and communities of color faced lines of up to five hours. This wasn’t an accident. Decades-long neglect of the Georgia elections infrastructure left the voting system virtually guaranteed to fail. And when exercising your right to vote causes you to lose wages for a day or risk losing your job, that’s a modern day poll tax.

Now is the time to lead the way and to know that our democracy only works when we work for it. Chip in to join us and help give domestic workers and working families a fair fight.

Onward, 
Team Fair Fight


[1] Par cette coquetterie, je veux distinguer les membres et électeurs du parti Démocrate américain et les démocrates de tous pays qui partagent les valeurs universelles de la déclaration universelle des droits de l’homme.

[4] À part le nom de Kemp qui remplace celui de McCain, ce texte est un copier/coller de celui de Micha Cohen, extrait de  https://fivethirtyeight.com/features/presidential-geography-georgia/ "Presidential Geography : Georgia" [archive], sur fivethirtyeight.com, 29 juin 2012.

[5] Chacune des 14 circonscriptions actuelles (reconstruites en 2013) a sa page Wikipaédia ; lien : Congressional districts of Georgia (U.S. state)

[7] Voir la page en français de Wikipédia Cook Partisan Voting Index. Le district congressionnel le plus démocrate des États-Unis est le 15e district de l'État de New York, situé dans le Bronx, avec un PVI de D+44. Le district le plus républicain est le 13e district du Texas à R+33. Pour les États pris comme un ensemble,  le Wyoming et l'Utah sont les plus républicains à R+25 et Hawaï est le plus démocrate à D+18.

[9] Les Hispaniques, selon les Américains, descendent des Européens, ce sont donc des Blancs, alors que les Latinos ont du sang mêlé.

[12] D’après le site PROPUBLICA https://www.propublica.org/article/case-farms-chicken-industry-immigrant-workers-and-american-labor-law qui expose le phénomène en même temps qu’il dénonce les allures esclavagistes de ce transfert de population.

[13] « Géorgie et Caroline du Nord, les deux Sud », par B. Bréville, MD, n° Octobre 2012.

[14] Comté de McIntosh, littoral atlantique. 1800 habitants environ.

[16] Communautés fermées recrutées sur niveau de vie, emmurées (gated) donc protégées, pratiquant l’entre-soi (comme la pratique du golf).




























































Georgie : études électorales (mid-term 2018) -3ème partie-

publié le 8 janv. 2019 à 09:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 févr. 2019 à 15:49 ]

ATLANTA, MÉTROPOLE D’UNE GÉORGIE MONDIALISÉE


L’étudiant ou le jeune collègue qui veut étudier l’évolution récente d’Atlanta – et de la Géorgie - a tout à sa disposition. Les trois publications suivantes sont disponibles sur le net :

Atlanta, métropole du Vieux Sud, Jacques Soppelsa (Paris-Sorbonne), Bulletin de l'Association de Géographes Français, Année 1976, 437-438, pp. 239-245

Le boom économique d'Atlanta, Charles Gachelin (U. Lille I), Hommes et Terres du Nord, Année 1990, pp. 165-179

Une métropole de l'ère globale : Atlanta, Claude Manzagol (U. Montréal), Annales de géographie, 1996, 591, pp. 516-534.


On notera la logique de la titulature (non concertée) : on passe du Vieux Sud à la globalisation –vilain terme anglo-saxon pour ne pas dire mondialisation- en passant par le boom économique. On n’oubliera pas la G.U. Belin-Hachette. Sans oublier l’inépuisable Wikipédia pour le détail et les chiffres d’aujourd’hui… Ni les articles du Monde Diplomatique.

Face à ce qui fut désigné comme un isolat, les Noirs émancipés – pas toujours – doivent s’adapter, une fois aux responsabilités politiques, à ce qui leur est imposé : la mondialisation. Mais, comme le New York Times le fit remarquer un jour, les Blancs n’ont jamais cessé de garder la réalité du pouvoir économique. Et si la mairie d’Atlanta est passée aux Noirs, le reste des leviers de l’État fédéré est aux mains des Républicains, héritiers politiques des Démocrates d’extrême-droite, ségrégationnistes et racistes.

 

***

Rien de mieux que l’introduction de Claude Manzagol (U. Montréal) : "II y a peu, la Géorgie évoquait surtout des images du passé, les demeures à colonnade parmi les magnolias, les splendeurs et misères de l'économie du coton, les contes surannés d'Uncle Remus et de Sister Jane, ou les âpretés de la Route au Tabac. De sa capitale, Atlanta, on retenait surtout le grand incendie de septembre 1864 immortalisé par Autant en emporte le vent. Même le combat et l'assassinat du pasteur Martin Luther King, et l'élection de Jimmy Carter - le premier président issu du Sud profond depuis la Guerre de Sécession - malgré (ou par) leur charge de rupture, rappelaient encore le passé".

Peut-on dire que tout cela fut gone with the wind ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Pourtant en quelques décennies, il est vrai que, ainsi que l’écrit Gachelin, cette Géorgie rurale et industrielle fut transformée en un État où l’activité des services est devenue très largement dominante – une économie basée sur la transaction - confirme Manzagol -, une Géorgie où les innombrables friches agricoles, les clairières abandonnées dans la forêt, sont le témoin de l’effondrement (sic) agricole, une Géorgie où, sous l’effet de la concurrence étrangère, les fermetures d’usines se sont multipliées, déclin concernant l’ensemble des industries implantées en milieu rural. "Les images de la Guerre du Golfe (Celle de Bush sr, JPR) ont imposé l'image nouvelle d'Atlanta. Plus encore que Coca-Cola, C.N.N. symbolise, par la magie de la technique et l’illusion de l'ubiquité, la mondialisation en cours. Les Jeux Olympiques d'été de 1996 consacrent Atlanta dans un statut de métropole effervescente dont les liens économiques s'établissent avec le vaste monde".

 

Le premier aspect visible du changement est le croît démographique de l’État de Géorgie mais comme cela est contemporain de l’intense exode rural, ce sont donc les villes et, en réalité, Atlanta surtout, qui ont connu cette expansion incroyable. Et cela perdure. En ce début de XXI° siècle, sur 3 nouveaux habitants de Géorgie, 2 sont d’Atlanta.

Voici un tableau qui donne un aperçu du phénomène.

 

Circonscription

1970

1990

2010

City of Atlanta

496.973

394.017

420.000

Agglo. des 5 comtés*

1.387.000

2.178.000

3.365.000

Région urbaine

1.595.000

2.960.000

4.112.000

*Ce sont Fulton et Dekalb, Cobb et Gwinnett, Clayton.

 

    La région urbaine a sans cesse évolué dans sa définition. 12, 15 ou 20 comtés ? on ne sait plus très bien. En 1970, on comptait 15 comtés, en 2010, il y en a plus de 20. La carte ci-contre dessine une Atlanta metropolitan Area – dite metro Atlanta – de 28 comtés (mais, hélas, le texte de Wikipédia correspondant nous parle de 30 comtés).

 La structure de l’agglomération a changé, nous n’avons plus affaire à une agglomération unipolaire comme l’agglomération parisienne mais à un organisme qui évolue vers le multipolaire, quasiment une conurbation. Avec des Edge cities dont nous reparlerons. Notons qu’avec 6 millions d’habitants sur plus de 10 pour l’Etat, Atlanta lato sensuMetro Atlanta- constitue 60% de la Géorgie. Gachelin disait déjà que "pour certains, le risque est grand de voir se créer une agglomération ingérable, un nouveau Los Angeles ; la très rapide expansion spatiale de l’agglomération, le mitage de la forêt n’apparaissent pas contrôlés". NB. Ce mitage est le fait de l’expansion urbaine cossue, vers le Nord, à l’assaut des premières collines du High country (cf. carte de la 1ère partie), comtés de Dawson et Pickens, surtout Cherokee county.

Mais attention ! nous sommes aux Etats-Unis. Cette macrocéphalie au niveau géorgien n’en est plus une au niveau de l’Union…

Je vais reprendre en les modulant quelque peu, les trois tendances du développement distinguées par Gachelin, évolution dont la synergie a fait d’Atlanta un modèle de développement.


1. 

La réponse nodale à la multiplication des flux, l’emprise spatiale sur l’État fédéré.

Comme les ports maritimes, les nœuds ferroviaires et les complexes autoroutiers, les aéroports participent de la mécanique de la mondialisation. Atlanta est né du rail, a su géré la révolution du camion en prenant immédiatement (1933) l’avion. Le flux des informations télétransmises est maitrisé dès son apparition.

Voici une présentation par flux. Elle n’est pas satisfaisante, mais une présentation par mode ne le serait pas non plus. Car un mode peut véhiculer plusieurs types de flux

-   Le flux des personnes.

Il est consubstantiel à la croissance d’Atlanta et il est focalisé sur le joyau économique de la ville : l’aéroport Hartsfield et Jackson International. L’aéroport est situé à proximité du croisement de l’I-85 et de la rocade I-285.

- Atlanta ne serait pas si célèbre sans son aéroport international connu du monde entier (du monde qui prend l’avion, bien sûr). C’est le premier ! et notamment le premier pour les passagers en transit : c’est le hub le plus célèbre.

Hartsfield-Jackson Atlanta (Géorgie) reste sur la première place du podium pour l'année 2017 avec 104 millions de passagers, devant Pékin (96 millions) et Dubaï (88 millions). Malgré un recul de son trafic de 0,3 % par rapport à 2016, Hartsfield-Jackson doit à son atout "proximité" de conserver son titre pour la vingtième année d'affilée. Première pour les vols intérieurs, la plate-forme aéroportuaire géorgienne présente en effet la particularité d'être à moins de deux heures de vol pour 80 % de la population américaine.

Parmi ce total de 104 millions, figurent 93 millions de voyageurs empruntant des liaisons intérieures, et plus de 11 millions prenant des vols internationaux ; Delta Air Lines a transporté 76,4 millions de passagers à Atlanta, soit 73,35 du total toutes lignes confondues. Le nombre de mouvements d’avions - 898.356 - reste le plus élevé aux Etats-Unis.

- Le flux des marchandises 

-Au plan ferroviaire, historiquement le plus important, les trains partent d’Atlanta ou y accèdent grâce à la plaque tournante formée par le croisement des lignes fédérales Cincinnati (Ohio) – Jacksonville (Fl) / Washington (DC) – News-Orleans (Louisiane). La Géorgie est au cœur d’un réseau fortement maillé. (image)

- Les intégrateurs de fret express (FedEx, UPS à Atlanta, TNT, DHL) prennent en charge toute la chaîne d’acheminement : depuis le pré-acheminement par camion ou taxi jusqu’à la livraison terminale par camion ou taxi en passant par l’avion (qui peut être un long courrier prolongé par un petit appareil après passage par le hub aérien).

Gachelin nous donne la genèse du hub aéroportuaire géorgien (p.179) : "La présence du carrefour et la dynamique de l'économie géorgienne a provoqué partout le développement de la fonction logistique. Si elle est omniprésente une localisation spécifique doit retenir l'attention. Il s'agit de l'Atlanta Tradeport. Ce parc d'activités d'un type nouveau associe des investisseurs américain (Wilma Southeat) et japonais (Mitsui Company et Shimizu Land Corporation). II a comme objectif développement du fret aérien grâce à celui de l'inter-modalisme air-route et air-rail. Sa localisation est à l'intersection de la I-285 et de l'autoroute I-75 et le parc est directement relié avec les installations cargo de l'aéroport. L'Atlanta Tradeport est l'un des premiers exemples de «port intérieur» fondé sur l'intermodalisme air-terre".

- au plan routier. Pour en rester au niveau supérieur des INTERSTATE HIGHWAYS[2], Atlanta est au croisement de l’I-85 (Richmond (Vi) à Montgomery (Al) avec une bretelle vers Columbus (Ga) et de l’I-75 (Détroit (Mi) à Miami (Fl)). Ce croisement est renforcé par la I-20 qui va de Fort-Worth (Texas) à Florence (Caroline du sud). L’autoroute I-16 est un embranchement de l’I-75 qui part de Macon et se termine à Savannah. La seule INTERSTATE HIGHWAYS qui ne soit pas centralisée sur Atlanta est l’I-95 qui longe la plaine côtière atlantique du Maine à la Floride. Au sud, on peut longer la frontière géorgienne en empruntant l’I-10 qui va de Jacksonville (Fl) à Mobile (Alabama). L’encombrement eût été tel dans Atlanta que l’on a très tôt conçu et réalisé une vaste rocade qui croise toutes ces autoroutes et qui est la I-285.

Au total, écrivait déjà J. Soppelsa, "82 gares routières desservant directement 36 États avec 192 compagnies de transport" .

- Le flux d’informations

-Concernant les flux d’informations, Atlanta est un gigantesque téléport recevant et émettant les infos mondiales. Surtout avec CNN (Cable News Network) ! En 2007, Atlanta était dans le top30 des villes mondiales qui bloguaient le plus[3]. (Manzagol p.520). La Foire de l’informatique accueillait 100.000 personnes dès 1990 selon Manzagol.

- Le flux des capitaux

 31 banques internationales ont implanté des succursales dans la ville d'Atlanta. près du tiers d'entre elles (10) étaient japonaise à la date où Gachelin publie son article. Le Canada, le R.U., l'Allemagne avaient chacun 4 banques. Toutes les grandes banques américaines sont évidemment présentes.

 

-Mais il faut dire un mot sur une réalité qui a émergé depuis une décennie : la "maritimisation" de l’économie géorgienne. Manzagol donne un bref aperçu historique : "les villes importantes du Sud étaient les ports : Charleston, Memphis, New-Orleans. Avec l'effondrement du système commercial des plantations en 1865, Atlanta, carrefour intérieur, accapare les fonctions d'approvisionnement et de distribution et devient le plus important centre de transaction du Sud (p. 520). Avec la révolution de la massification et du conteneur, le transport maritime est le vecteur de la mondialisation matérielle contemporaine. La Géorgie n'y échappe pas grâce à Savannah.

Le port de Savannah et l’ouverture maritime de la Géorgie

Après une chute à 2,3 millions de TEU (ou EVP) transbordés en 2009, chute liée à la crise financière de 2008, le trafic de Savannah est remonté à 3,6 millions d’EVP en 2016. Savannah a dépassé les ports concurrents de Charleston et Hampton Roads pour devenir le port le plus important de la Côte Est après New York. Cependant, il convient de souligner que le port de New York est un port local qui dessert son aire métropolitaine, immense mais spatialement limitée. Au contraire, Savannah est un port avec un hinterland qui s’étend sur plusieurs États des Etats-Unis. Le port s’équipe pour satisfaire les besoins de son arrière-pays.

 Source de la carte : https://www.researchgate.net/figure/Charleston-Savannah-Gateways-Corridor_fig2_317423368

 

L’immédiat hinterland de Savannah comprend le Piedmont atlantique des Appalaches avec Atlanta, Charlotte (Caroline du Sud) soit une zone de chalandise de 15 millions d’habitants. https://transportgeography.org/?page_id=8490. Soit l’exemple des exportations de bois des forêts du Highland country de la Géorgie. Dans le comté de Murray, la Georgia port authority[4] a aménagé l’Appalachian Regional Port (août 2018) où des conteneurs remplis de grumes passent de camion sur wagon puis le train complet est acheminé directement sur Savannah via Atlanta. Ce "port appalachien" dessert des sites forestiers en Alabama et Tennessee. 

Les importations de Savannah.

Au cours de l'exercice financier 2017, le secteur des biens de consommation au détail était la principale source de marchandises importées via Savannah. Les importations de machines, d'appareils électroménagers/électroniques, de meubles, d'automobiles, de quincaillerie et d'articles ménagers viennent compléter ces importations. Dans son étude, Gachelin souligne le fort développement du marché de consommation d’Atlanta et sa région. Cela ne peut que croître avec sa population et l’élévation du niveau de vie moyen. Le port de Savannah a conçu des ports privatifs pour des clients particulièrement importants : IKEA et Heineken-USA.

Les exportations de Savannah.

Le port de Savannah traite près de 40 % des exportations américaines de volailles conteneurisées, l'une des principales marchandises d'exportation du port. Au cours de l'exercice financier 2017, les aliments, y compris la volaille fraîche et congelée, les aliments pour animaux de compagnie et les fruits à coque comestibles, étaient le principal groupe de produits d'exportation via Savannah. La pâte de bois, le papier/carton, les produits de consommation au détail et l'argile complètent les 5 premières exportations (par TEU). Les États-Unis sont le 1er producteur mondial de volailles avec 20,3 millions de tonnes en 2014, en progression constante depuis les années 2000 et + 1,5 % par rapport à 2013[5].

Dans les années 1990, les entreprises d’emballage de volaille et de viande ont commencé à recruter massivement dans les communautés hispaniques des États-Unis, contribuant ainsi à accélérer la migration vers les zones de transformation de la volaille. Les cartes ci-dessous comparent les pays à forte production de volaille - qui sont restés pratiquement inchangés au fil des ans - avec la part de la population hispanique, qui a considérablement augmenté.[6]

Sur la carte, les comtés où sont produits plus de 1 million de poulets vivants chaque année sont de couleur jaune. Les comtés appalachiens de Géorgie se sont unanimement tournés vers cette nouvelle spéculation. Pour ce qui concerne le Piedmont et la plaine côtière, c’est plus différencié. Columbus et Albany sont réfractaires. Ainsi que les comtés de la région de Savannah et de la frontière avec la Floride.

Conséquence de ce dynamisme – de l’économie géorgienne et de son port principal – la compagnie MAERSK Line[7] a décidé (avril 2017) de faire de

<= Major Poultry Producing Counties, 2012
Savannah un de ses ports principaux avec cinq services hebdomadaires. Les navires desserviront outre-Atlantique la Méditerranée et, après le canal de Suez, le Moyen-Orient et le monde indien.  .  

 

2.

La révolution informatique

Pour reprendre une terminologie connue, Atlanta est devenue une technopole avec moult technopôles.

Un technopôle unit un établissement d’enseignement supérieur, des laboratoires de recherches, des usines innovantes souvent appelées start-up. La technopole est une collectivité locale qui a une politique délibérée en faveur du développement des sites technopôlitains, elle fournit l’écrin dont les cadres ont besoin.

L'université Georgia School of Technology ouvrit ses portes à la rentrée 1888. Elle est née d’initiatives atlantiennes qui visaient à combler le retard de la Géorgie avec le Nord-Est victorieux. En 1948, l’école changea de nom pour devenir le Georgia Institute of Technology. En 1959, un rassemblement de 2741 étudiants vota avec une majorité écrasante que les candidats soient intégrés sans qu'il soit tenu compte de leur origine. L'un des points forts entretenu par l'université reste le coût accessible du diplôme. Elle obtient régulièrement la première place des classements comparant le coût des études à la valeur du diplôme (retour sur investissement). Le site principal de Georgia Tech se situe au cœur d'Atlanta, dans le quartier de Midtown.

Cet institut, écrit Gachelin, "est sans conteste l’initiateur de la poussée technologique et de la part grandissante qu’elle prend dans l’économie de la Géorgie." Il est à l’origine d’un incubateur d’entreprises : l’Advanced Technology Development Center.

L’institut possède d'autres installations en Géorgie dans la ville historique de Savannah. Ainsi trois bâtiments (un d'enseignement, un d'administration, et un de recherche) sont implantés à proximité de l'aéroport International de Savannah. Georgia Tech a essaimé également à Augusta et Macon.

Atlanta compte d’autres universités.

Cette "révolution" a créé de nouveaux emplois, ouverts aux Noirs puisque l’université n’est pas ségréguée ni trop chère, emplois qualifiés à l’origine d’une classe moyenne de couleur en même temps que blanche évidemment et emplois qui en génèrent d’autres (garde d’enfants, personnels de maison, secrétariat plus les achats de services culturels ou de loisirs…). C’est là un des points forts d’Atlanta et Gachelin conclut son travail en disant que "la force d’Atlanta se trouve dans la puissance de son carrefour et l’intensité des liens qu’elle a su créer avec ses universités" (souligné par moi).   

 

3. 

La fonction d’accueil.

C’est la troisième tendance de l’évolution de la ville qui se mêle aux autres pour en faire une world-town. 

Il y a d’abord l’accueil des fonctions administratives : Atlanta reçoit les fonctions déconcentrées de l’Union, mais aussi celles de capitale de l’Etat fédéré, de chef-lieu du comté de Fulton et bien sûr l’hôtel de ville de la cité. 

Ensuite, citons la fonction d’accueil touristique au sens banal mais surtout le tourisme d’affaires. Cela génère la construction d’hôtels de luxe avec l’avenant (restaurants, services divers – coiffure - loisirs, cinémas, etc…) et surtout le Georgia World Congress Center. Atlanta est une ville de congrès nationaux et internationaux. Snow birds est le surnom - ils arrivent par avion - qui a été donné aux états-uniens du Nord qui viennent passer l'hiver en Géorgie (et Floride aussi) quittant la neige pour davantage de soleil. 

Puis la fonction d’accueil des sièges sociaux des entreprises. Celles-ci – ce sont souvent les plus grandes – ont pu établir des sièges privés sur des emplacements immobiliers achetés. 85% environ des 500 entreprises du classement Fortune ont leur siège ou une représentation à Atlanta. Mais Atlanta a su développer l’immobilier de bureaux grâce à quoi les entreprises moins imposantes peuvent s’installer dans des espaces modulables. L’offre s’est faite par la création de parcs. Par ce mot, il faut entendre des espaces forestés bâtis parfois avec un espace d’eau. Les entreprises et leurs employés trouvent à peu près tout : depuis la connexion internet haut débit jusqu’au golf, la résidence cossue… tout. C’est pourquoi on parle d’Edge-city, de cités des lisières, qui concurrencent le centre-ville – CBD - avec lequel on n’a guère plus de contacts.

Ces parcs d’affaires immobiliers, véritables villes nouvelles, ont trouvé des localisations de prédilection. La carte montre qu’Atlanta est grosso modo au carrefour des autoroutes fédérales I-75, I-85 et I-20. Le CBD se trouve au centre géométrique. Mais pour éviter les encombrements inhérents à la notion de carrefour, a été construite une vaste rocade, la I-285, qui enserre un noyau de 35km nord-sud et 25km ouest-est. Les croisements de cette rocade avec les radiales sont stratégiques. Ainsi, le Cumberland-Galleria offrit 2,5 millions de m2 de bureaux au croisement de 285 et 75. Perimeter-Georgia 400 c’est 2,1 millions de m2 au croisement de 285 avec 400 (il s’agit d’une route de l’Etat de Géorgie, radiale). Ces deux ensembles offrent chacun plus de superficie que le CBD – Downtown – avec ses 1,6 million m2. Mais le Downtown a été doublé par le Midtown : la ville d’Atlanta n’entend pas tout abandonner aux edge-cities..

    Atlanta accueille des rencontres sportives qui réunissent des millions de spectateurs chaque année. Chaque année, Augusta accueille le Masters de golf. Sportifs de haut niveau et chercheurs qui viennent les applaudir/admirer pour se détendre génèrent des emplois secondaires que les victimes de l’exode rural évoqué plus haut étaient heureux de trouver.


[4] En charge des ports de Savannah et de Brunswick.

[5] https://www.paysan-breton.fr/2016/01/usa-2e-exportateur-mondial-de-volailles/  Lire aussi l'article suivant.  

[6] https://www.propublica.org/article/case-farms-chicken-industry-immigrant-workers-and-american-labor-law

[7] Une des toutes premières compagnies maritimes mondiales, née de la fusion de Maersk-Danemark et de APL-USA (American President Line). 







Georgie : études électorales (mid-term 2018) -2ème partie-

publié le 7 déc. 2018 à 07:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 févr. 2019 à 07:39 ]


Les luttes pour l’égalité, la dé-ségrégation, les droits civils.


La Géorgie est un ancien État esclavagiste qui compta jusqu’à 44% de Noirs, on disait "Nègres" jusqu’après la WWII. Après la Guerre de Sécession, l’esclavage a disparu mais le racisme est demeuré. Et de quelle manière ! Les Blancs, dans leur immense majorité, ont voulu adopter une stratégie : celle du "separate but equal", politique du développement séparé, apartheid officiel, racisme institutionnalisé : la vie des Noirs dans le Sud, en Géorgie comme partout, était rude et dure. Gare à celui qui allait se laver les mains dans un lavabo réservé aux Blancs !

La situation s’est aggravée quand la Cour Suprême des Etats-Unis elle-même a déclaré conformes à la constitution de l’Union, les différentes constitutions racistes des États du Sud et les lois avenantes, les fameuses Jim-Crow laws dont je vais évoquer quelques aspects. Les Noirs ont réagi. Les Blancs ont furieusement contre-attaqué avec une acmé des lynchages au tournant du XX° siècle. Le grand tournant se situe en 1954 où la Cour suprême – à l’unanimité, ce qui avait une grande signification politique – a modifié toute la législation et où la présidence et le Congrès des Etats-Unis ont appliqué sans retour en arrière, ont fait appliquer doit-on dire par les Etats sudistes récalcitrants, ô combien ! la dé-ségrégation[1] raciale puis le droit des Noirs à être inscrits sur les listes électorales, à voter, à être élus.

Pourquoi ce retournement ? parce que la Guerre froide sévissait et les Communistes du monde entier avaient beau jeu de montrer le caractère fallacieux du discours/slogan de Liberté ! dans un pays où la plupart des Noirs n’avaient aucune liberté. Il fallait ôter cet argument de la bouche des "Rouges". L’enjeu était de taille et c’est pourquoi les pouvoirs États-uniens – judiciaire, législatif, exécutif – furent unanimes et persévérants.

Le but de cette page est de montrer la lutte des Noirs - aidés de Blancs courageux, quelques fois - en Géorgie, en détectant les localités où les actions ont été les plus fréquentes ce qui pourrait expliquer la force du vote démocrate ici ou là, aujourd'hui. Le but de cette série étant de montrer la force du courant qui a failli porter Stacey Abrams sur le fauteuil de gouverneur de la Géorgie. Ce que Scarlett O’Hara n’aurait jamais ni compris ni admis. 

NB. J’ai choisi le mode Chronologie parce que j’avais un solide point d’appui [2]. Mais j’ai largement augmenté cette donnée Wiki...[3]

NB. 2 : Pour un aperçu sur la réalité de la ségrégation raciale aux États-Unis aux débuts des années 60' : GREEN BOOK, oscar 2019

 ***

1881 : la grève des washerwomen d’Atlanta (lavandières) concerne jusqu’à 3.000 travailleuses, noires pour la plupart. Les hommes noirs s’arment contre le KuKluxKlan.

1883 : 15 octobre, la Cour suprême des États-Unis déclare que la loi sur les droits civils de 1875, interdisant la discrimination raciale dans les hôtels, les trains et autres lieux publics, est inconstitutionnelle. Fureur de Henry McNeal TURNER, noir, évêque de l’Église méthodiste noire, élu du comté de Bibb – chef-lieu : Macon – à l’assemblée législative de Géorgie. Il déclara :

Le monde n'a jamais été témoin de lois aussi barbares imposées à un peuple libre que la décision de la Cour suprême des États-Unis, rendue le 15 octobre 1883. Cette décision est la seule à autoriser et à perpétuer toutes les discriminations injustes, les proscriptions et les vols qualifiés perpétrés par des transporteurs publics sur des millions de défenseurs les plus fidèles de la nation. Il est le père de tous les "bus Jim-Crow" dans lesquelles les gens de couleur sont entassés et obligés de payer autant que les Blancs, à qui sont attribués les meilleurs places. Cela a rendu parodique le vote du Noir, nulle sa citoyenneté et burlesque sa liberté. Il a engendré le sentiment le plus amer entre les Blancs et les Noirs et a entraîné la mort de milliers de personnes qui auraient vécu et profité de la vie aujourd'hui.

Turner fait allusion aux lois Jim-Crow qui matérialisent à elles seules toutes les discriminations dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis. Deux exemples : 1877 : des écoles séparées doivent être prévues pour les enfants blancs et noirs. 1899 : Les passagers blancs et de couleur ne sont pas autorisés à occuper le même compartiment. Les entreprises ne sont pas obligées de transporter des Noirs dans des wagons-lits ou des voitures de salon… Au total, vingt-sept lois Jim-Crow ont été appliquées en Géorgie ! pour les détails cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_exemples_de_lois_Jim_Crow_par_%C3%89tat[4]

1887 : William Edward Burghardt Du Bois prend un poste de professeur d'histoire et d'économie à l'université "traditionnellement noire"[5] d'Atlanta, Clark Atlanta University. Noir, marxiste puis communiste, diplômé de Harvard, Du Bois fut le premier noir à obtenir le titre de Docteur (Ph.D.) (sociologie). Prix Lénine de la paix.

1895 : Booker T. Washington était l'architecte du compromis d'Atlanta, un accord tacite qu'il conclut en 1895 avec les chefs blancs du Sud. Les Noirs acceptent les lois Jim-Crow, en échange, ils peuvent s’éduquer, ester égalitairement en justice… Du Bois s’opposa énergiquement à ce "compromis" et créa le Niagara Movement.

1899 : lynchage de Sam HOSE, à Coweta, banlieue d’Atlanta. Hose fut torturé, brûlé et pendu par une foule de 2.000 Blancs.

Avant 1914 : c’est l’apogée du lynchage. En fait, cette période déborde jusqu’en 1920 environ. Extrait de l’encyclopédie Wikipédia :

"À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, un nombre significatif de lynchages ont lieu dans les États du sud-est des États-Unis principalement contre les Afro-Américains dans les États du Mississippi, de la Géorgie et du Texas. Entre 1890 et 1920, environ 3.000 Noirs sont tués par des foules, principalement en représailles de supposés crimes contre des Blancs. Les partisans du lynchage justifient la pratique comme un moyen d'assurer la domination sur les Afro-Américains, à qui ils attribuent une nature criminelle".

Howard ZINN, quant à lui, écrit (p. 395):

"Pendant ces toutes premières années du XX° siècle, que des générations d'universitaires blancs s'obstinent à appeler la "période progressiste", des lynchages avaient lieu toutes les semaines. Au Nord comme au Sud, la situation des Noirs était au plus bas, (…). Les gouvernements américains (dont les présidents successif, entre 1901 et 1921, furent Théodore Roosevelt, William Howard Taft et Woodrow Wilson), républicains ou démocrates, assistèrent aux lynchages de nègres, furent témoins d’émeutes meurtrières contre les Noirs à Statesboro (Bulloch county, Géorgie) Brownsville (Texas) ou Atlanta, et se turent".[6]

1910 : Création de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) dont Du Bois est le seul dirigeant noir. Les sections locales de cette NAACP sont la formation structurante des luttes d’émancipation.

1916 : Lynchage de Jesse Washington à Waco (Texas). Du Bois, horrifié, écrit : "tout discours sur le triomphe du christianisme ou les progrès de la civilisation ne sont que des fadaises vaines tant que le lynchage de Waco est possible aux États-Unis". C’est la fin du "compromis d'Atlanta" de B.T. Washington et l'avènement de la vision pour l'égalité des droits défendue par Du Bois.

1929 : 15 janvier : naissance à Atlanta de Martin Luther KING.

1932 : Angelo Herndon, mineur de fond, devient responsable communiste à Atlanta[7]. Il y organise les chômeurs. Cinq ans de prison. (cf. Zinn, page 507-508). Les Noirs de Géorgie ont fourni les premières troupes au parti communiste américain (d’après Stephen Tuck, Oxford, R.U.).

1942-1950 : From 1942 to 1950, Reverend Ralph Mark Gilbert served as president of the Savannah Branch of the NAACP.

1944 : Le Dr Brewer créateur de la section NAACP de Columbus, soutien politiquement et financièrement l’action du militant noir Primus E. King qui veut participer aux primaires du parti démocrate (et qui obtient gain de cause devant la Justice). Brewer est assassiné par un blanc qui est acquitté. Columbus s’est donné A. J. McClung comme maire, premier maire noir, leader du mouvement des droits civils, ami du Dr Brewer.[8]

LE TOURNANT DE 1954

1954 : 17 mai : avec l'arrêt Brown v. Board of Education, la Cour suprême des États-Unis prend une des plus importantes décisions de son histoire. Décidé à l'unanimité des neuf juges, l'arrêt invalide les lois instaurant la ségrégation raciale dans les écoles et établit que l'application de la loi revient au gouvernement fédéral et non plus aux États fédérés. Cette décision entraîne d'importantes réactions hostiles dans les États du Sud et de violentes critiques de la part des journaux conservateurs.  

1955 : 11 juillet, le Bureau de Géorgie pour l’éducation (équivalent du ministère pour un État fédéré) ordonne le licenciement de tout enseignant qui se prononce en faveur de l'intégration raciale et le même bureau ordonne le licenciement de tous les enseignants noirs de Géorgie membres de la NAACP.

-La Commission du commerce entre États fédérés (ICC) interdit la ségrégation dans les autobus lors des déplacements entre États (décret Sarah Keys contre Carolina Coach Company). Le même jour, la Cour suprême des États-Unis interdit la ségrégation dans les parcs et les terrains de jeux publics. Le gouverneur de la Géorgie déclare s’y opposer.

-Rosa Parks refuse de se lever au profit d’un passager blanc dans le bus qui la ramène du travail. Son arrestation marque le début du Montgomery Bus Boycott.[9] Dans son "Histoire populaire des États-Unis", l’historien américain Howard Zinn souligne que "Montgomery allait servir de modèle au vaste mouvement de protestation qui secouerait le Sud pendant les dix années suivantes : rassemblements religieux pleins de ferveur, hymnes chrétiens adaptés aux luttes, références à l’idéal américain trahi, engagement de non-violence, volonté farouche de lutter jusqu’au sacrifice" (p.512, chapitre XVII). Lien : 1955, Montgomery (Alabama - USA) : la lutte pour les droits civiques commence

1956 : Les gouverneurs de Géorgie, du Mississippi, de Caroline du Sud et de Virginie se mettent d’accord pour bloquer l’intégration raciale dans les écoles. Puis, le Southern Manifesto (Manifeste du Sud) est rédigé et signé par des membres du Congrès des États du Sud, dont 19 sénateurs et 81 membres de la Chambre des Représentants, notamment l'ensemble des délégations des États de l'Alabama, de l'Arkansas, de la Géorgie, de la Louisiane, du Mississippi, de la Caroline du Sud et de la Virginie. Le 12 mars, il est publié dans la presse.

1957 : -création de la SCLC, Southern Christian Leadership Conference, présidée par M.L. King.

-Le Sénat géorgien vote pour déclarer nuls et non avenus les 14ème et 15ème amendements à la Constitution des États-Unis relativement à l’État de Géorgie.

- En 1957, William Berry Hartsfield, Sr. gagne l’élection au poste de maire d’Atlanta contre Lester Maddox, un Démocrate ségrégationniste, raciste, anti-communiste qui sera néanmoins élu Gouverneur de la Géorgie ultérieurement (en 1967). Hartsfield aura son nom associé à celui de son successeur noir à la mairie pour la dénomination de l’aéroport international de la ville (Hartsfield-Jackson international airport).  

1958 : le ministère fédéral de la Justice intente une action en justice en vertu de la loi sur les droits civils pour contraindre le comté de Terrell, en Géorgie, à inscrire les Noirs sur les listes électorales.

1959 : Un juge fédéral condamne et annule la ségrégation raciale dans les bus d'Atlanta tandis qu'un autre juge ordonne aux bureaux d'enregistrement des électeurs de Montgomery de se conformer à la Commission des droits civiques.

1960 : M. Luther King et cinquante autres personnes sont arrêtés pour leur participation au sit-in du Rich’s Store d'Atlanta.

1961 : Les émeutes provoquées par l'admission - ordonnée par la justice - des deux premiers Afro-Américains (Hamilton E. Holmes et Charlayne Hunter-Gault) à l'Université de Géorgie entraînent leur radiation, mais ils sont réinscrits sur ordre.

-Le procureur général de l’Union, Robert F. Kennedy prononce un discours devant les étudiants de la faculté de droit de l'Université de Géorgie à Athens, comté de Clarke, dans lequel il promet d'appliquer la législation sur les droits civils. C'est la première fois que l'administration Kennedy approuve officiellement les droits civils

THE ALBANY MOVEMENT

Le mouvement d' Albany est une coalition de mouvements en lutte contre la ségrégation raciale formée le 17 novembre 1961 à Albany en Géorgie par des militants locaux, par le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) et la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). (D’après Wikipédia)

- 1er novembre : Tous les bus entre États sont tenus d'afficher un certificat portant la mention suivante: "Les sièges à bord de ce véhicule sont sans distinction de race, de couleur, de croyance ou d'origine nationale", sur ordre de la Commission de commerce inter-Etat (ICC). Immédiatement, ce même 1er novembre, les militants de la SNCC, Charles Sherrod et Cordell Reagon, ainsi que neuf membres du Conseil de la jeunesse Chatmon, testent les nouvelles règles de l’ICC à la gare routière de la compagnie Trailways à Albany, comté de Dougherty.

- 17 novembre: Les militants de SNCC entreprennent d’encourager et de coordonner le militantisme noir à Albany, aboutissant à la fondation du Mouvement d’Albany en tant qu’association officielle

22 novembre : Trois lycéens du Chatmon’s Youth Council sont arrêtés après avoir effectué des "actions positives" en marchant dans des sections réservées aux Blancs à la gare routière d'Albany.

22 novembre : Bertha Gober et Blanton Hall, étudiants à l’Albany State College sont arrêtés après être entrés dans la salle d'attente réservés aux Blancs à la gare routière d’Albany.

-10 décembre : Freedom Riders from Atlanta, Les Freedom Riders d’Atlanta, Charles Jones, dirigeant de la SNCC [10], et Bertha Gober, étudiante à Albany, sont arrêtés au terminal de la compagnie de chemin de fer Albany-Union, ce qui suscite de nombreuses manifestations. Des centaines de manifestants sont arrêtés au cours des cinq jours suivants : du 11 au 15 décembre, 500 manifestants sont arrêtés à Albany, en Géorgie. NB. Les Freedom Rides sont les actions de militants du mouvement des droits civiques aux États-Unis qui utilisaient des bus inter-États afin de tester l'arrêt de la Cour suprême Boynton v. Virginia qui rendait illégale la ségrégation dans les transports. Wikipédia

-15 décembre : M.L. King arrive à Albany en réponse à un appel du Dr W.G. Anderson, leader du Albany Movement, pour participer à la lutte contre la ségrégation raciale dans les établissements publics. Le 16 décembre, King est arrêté lors d'une manifestation à Albany. Il est accusé d'avoir obstrué le trottoir et d'avoir défilé sans autorisation.

18 décembre - Trêve d'Albany, y compris un report du procès de King de 60 jours; King quitte la ville.

LA LUTTE POUR LE DROIT DE VOTE

1962 : Juin - Les travailleurs du SNCC lancent un projet d'inscription des électeurs noirs sur les listes électorales dans la zone rurale du sud-ouest de la Géorgie, considérée comme particulièrement représentative du Deep South. Le 28 août, deux églises fréquentées par les Noirs sont incendiées (ville de Sasser, comté de Tarrell.

-Juillet - 28 août: Le SCLC renouvelle ses manifestations à Albany ; Martin Luther King est emprisonné du 10 au 12 juillet puis du 27 juillet au 10 août. (H. Zinn, 515)

– le FBI commence ses enquêtes visant à dévoiler les infiltrations communistes (COMINFIL) au sein de la SCLC, suspectant ML King.

1963 : printemps. Le jeune James Crawford, adhérent du SNCC accompagne une jeune femme noire pour qu’elle s’inscrive sur les listes électorales de la petite ville de Leesburg, comté de Lee, SW de la Géorgie. C’est le début d’une véritable épopée. Lisible sur le net.[11] ZINN, page 515.

-Savannah : le leader charismatique de la section locale de NAACP, W.W. Law est licencié de son poste de titulaire à l’US Postal. Le scandale est tel qu’il est réintégré sur intervention du président Kennedy et de la NAACP de l’Union. 

1964 : dans son message du nouvel an, ML King présente Savannah comme "la ville au sud de la Mason-Dixon line où la dé-ségrégation est la plus aboutie" : Hommage à W.W. Law.

-2 juillet : signature du Civil Rights Act par le président Lyndon B. Johnson, en présence de M.L. King.

-Barry Goldwater est le premier républicain à remporter la Géorgie (54,12 %) contre le président sortant Lyndon B. Johnson (45,87 %) à qui les électeurs blancs font payer les lois sur les droits civiques.

1965 : -7 mars 1965: Bloody Sunday : les militants des Droits civils de Selma, Alabama, organisent la "Selma To Montgomery Voting Rights Trail" que l’on peut traduire “la route du droit de vote de Selma à Montgomery”, celle-ci étant la capitale de l’État. La manifestation est stoppée par un imposant barrage de police montée et de miliciens de l’Etat fédéré. La police montée charge sans ménagement. De nombreux marcheurs sont blessés, 17 sont hospitalisés dont Amelia Boynton Robinson -native de Savannah (Géorgie)- initiatrice, avec son mari, des Marches de Selma à Montgomery. Les photos d’Amelia Robinson, gisant inconsciente et ensanglantée sur le pont ont fait le tour du monde. Le retentissement est considérable. La NAACP déclare : "si les troupes fédérales ne sont pas capables de protéger les droits des Nègres, alors le peuple américain est face à une terrible alternative : comme les citoyens de la France occupée par les Nazis, les Nègres devront soit se soumettre à l’oppression soit entrer en résistance clandestinement pour se protéger eux-mêmes de la répression du Gouverneur Wallace et de ses troupes sauvages".

-Stacey ABRAMS, notre candidate héroïque mais malheureuse, avait une seconde vie d’écrivaine. Elle avait adopté un pseudonyme littéraire : Selena Montgomery.

6 août, Le Voting Rights Act of 1965 est l'une des plus importantes lois du Congrès des États-Unis, interdisant les discriminations raciales dans le vote.

Novembre 1967 : King et autres leaders du SCLC engagent la "seconde phase dans le mouvement des droits civiques" : la lutte contre la pauvreté fût-elle le fardeau de Blancs. Au New York Times qui l’interroge sur cette croisade des pauvres, il confie sans fard qu’il s’est "engagé dans une forme de lutte des classes".

1968 : Présidentielle : George Wallace, le candidat indépendant – mais issu du parti démocrate - ségrégationniste et raciste, responsable des violences du Bloody Sunday en tant que gouverneur de l’Alabama, remporte la Géorgie face au républicain Richard Nixon (30,40 %) et face au démocrate Hubert Humphrey (26,75 %).

1970 : Augusta (comté de Richmond), mois de mai, six Noirs sont tués au cours d’émeutes accompagnées de pillages. Les policiers tirent dans le dos, sans sommation. (Zinn, 524).

1974 : Maynard Holbrook Jackson Jr. (1938-2003) homme politique américain, membre du parti démocrate, est le 54e et premier maire afro-américain d'Atlanta. L’aéroport international d’Atlanta Hartsfield-Jackson, porte son nom avec celui du maire précédent (cf. l’an 1957).

1977 : à Tifton (comté de Tift) et Milledgeville (comté de Baldwin), Blancs et Noirs participent ensemble aux comités syndicaux de leurs usines textiles.  



[1] Je préfère écrire le mot dé-ségrégation avec ce tiret sinon on lit désagrégation 

[4] Lire aussi : https://www.nofi.media/2017/02/jim-crow-segregation-raciale-sud-usa/35768

[5] Cette expression a son entrée dans l’encyclopédie WIKIPEDIA

[6] « Entre 1882 et 1968, 4 742 Noirs ont connu un sort semblable, dont la moitié dans le Mississippi, la Géorgie, le Texas, l’Alabama et la Louisiane (statistiques établies par l’université de Tuskegee, Alabama) ».MD. n° de juin 2000.

[7] Howard ZINN, page 507.

[8] In 1989 the Mayor of Columbus along with the Governor issued a Proclamation making November 19, 1989, as “Dr. Thomas H. Brewer Senior Day”.

[9] Montgomery n’est pas situé en Géorgie mais l’importance de l’évènement est telle qu’il a eu un impact en Géorgie et les luttes qui suivent sont incompréhensibles dans l’ignorance de Montgomery.

[10] Le Student Non-violent Coordinating Committee ou SNCC (littéralement « Comité de coordination non-violent des étudiants ») est l'un des principaux organismes du mouvement afro-américain des droits civiques dans les années 1960.

Georgie : études électorales (mid-term 2018)

publié le 25 nov. 2018 à 01:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 mars 2019 à 04:32 ]


LA GEORGIE DES ANNÉES TRENTE


Ceci est un tableau de la Géorgie tel qu’on peut l’établir à partir du texte de la GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, dirigée par VIDAL DE LA BLACHE, écrit par Henri BAULIG, professeur à Strasbourg. Ce dernier utilise les données du recensement (census) décennal de 1930 et n’évoque presque jamais le New Deal de F.D. ROOSEVELT. Ce tableau a donc une valeur historique mais comme disait un collègue de Lyon, "un bon livre de Géographie devient un bon livre d’histoire". Si la Géorgie a beaucoup changé avec Atlanta comme figure de proue, elle a gardé des enclaves, des reliques (du latin reliquiae, "restes") que le texte qui suit – dont H. BAULIG a fourni la totalité des matériaux – aide à localiser.

 

I

Le "sud" et sa cohérence.

 D'abord un texte de votre serviteur. Sur la carte ci-dessous (H. Baulig), la Géorgie est limitée au Nord par les 35° parallèle (c'est donc, pour partie, un État appalachien), à l'Est par la rivière Savannah, à l'Ouest par une rivière au nom imprononçable qui arrose Columbus (la Chattahoochee) et qui, après Atlanta, correspond grosso modo au 85° méridien W, au Sud le parallèle 30°31'N passe au nord de Jacksonville.

Du sud au nord (sens des vents porteurs des pluies tropicales) on a la plaine sédimentaire côtière qui monte lentement 30m puis 80m puis 130 aux Pine Hills. Cette limite avec le piémont (n°7 sur la légende : plaine côtière avec revers de cuestas) est un site privilégié pour la localisation des villes : d'ouest en est : Columbus, Macon, Augusta. Le Piedmont va de 200 à 300m, il porte Atlanta, c'est un morceau du socle (n°1 sur la légende). En Géorgie, les Appalaches (n°5) culminent à 1458m. Il y a là un château d'eau. J.-P. R.


    
  




















 
    
    L'image d'ensemble du "Sud" est à peu près celle-ci. Un climat chaud, presque tropical dans quelques régions, permettant la culture du coton, du riz, de la canne à sucre, des agrumes. Une topographie variée : plaines basses, avec de vastes étendues de marécages et de forêts, de cultures aussi ; vallées alluviales, fertiles et fiévreuses ; montagnes restées forestières en partie, recélant des genres de vie anciens. Une population blanche aux trois quarts ou presque, rurale aux deux tiers, agricole à concurrence de 57 p. 100, pauvre, ignorante, féconde, à peu près pure de mélanges extérieurs, mais comprenant un fort contingent de couleur, Nègres, Indiens et depuis peu Mexicains. Une agriculture généralement arriérée et peu productive  [qui a créé le black belt, jadis fameux…] asservie au coton et au tabac, bien que susceptible de prendre par places des formes spéciales et intensives. Une industrie textile jeune, puissante, rivale heureuse des usines de la Nouvelle-Angleterre ; (…) des industries locales travaillant le bois et le tabac. (…). Malgré des transformations locales, une économie plutôt archaïque dans l'ensemble, et le plus souvent une structure sociale fortement hiérarchisée : au sommet, les propriétaires fonciers, survivants de l'aristocratie de planteurs, auxquels se sont joints les hommes de loi, les financiers, les commerçants de gros et les industriels ; puis une catégorie intermédiaire de petits propriétaires exploitants, yeomanry besogneuse[1], et de boutiquiers ruraux; ensuite une plèbe de plus en plus nombreuse de tenanciers de rangs divers et de travailleurs industriels ; enfin, tout en bas, parqués derrière une ligne de couleur infranchissable, les Nègres et depuis peu les Mexicains. Tout cela lié non seulement par les relations de la vie quotidienne, mais encore par des traits de caractère hérités soit de la plantation, soit de la "frontière" : dans la classe dominante, un vif sentiment de l'honneur personnel, une disposition chevaleresque et hospitalière, le goût des choses de l'esprit, une attitude de supériorité distante ; dans la masse, quelque chose de primitif, de rude et parfois de brutal. Lié surtout par un fort sentiment particulariste qui s'exprime dans une résistance inflexible aux prétentions des Nègres, dans une défiance ombrageuse à l'endroit de l'"étranger", c'est-à-dire, en pratique, du Yankee et de ses interventions souvent malencontreuses dans les affaires du Sud ; dans une fidélité plus sentimentale que raisonnée au parti démocrate (c'est moi qui souligne, JPR, mais aujourd’hui cette fidélité est rompue et les WASP de Géorgie votent en rangs serrés pour les Républicains).

Tout compte fait, l'unité du solid South est un produit de l'histoire encore plus que de la nature. Et l'on peut dire que c'est, avec sa pauvreté, le poids de son héritage historique qui a, jusqu'ici, empêché le Sud de développer toutes les possibilités contenues dans la riche diversité de sa nature physique.

 

II.

L’économie des régions "naturelles".

 Cette partie du texte de Baulig peut être accompagnée par une belle carte du site internet de la Géorgie. La carte est élaborée au XXI° siècle mais elle reprend une terminologie plus ancienne.

1. La Plaine Côtière a toujours été la principale région agricole du Sud-Est[2]. Les staples, tabac en Virginie, coton un peu partout, riz dans les marais littoraux de la Caroline du Sud et de la Géorgie, ont été longtemps essentiels. Malgré l'abandon du riz, malgré le déclin relatif du coton, les cultures commerciales dominent encore l'économie rurale. Les grands domaines ont été morcelés, tantôt vendus, tantôt affermés par parcelles ; mais les nègres sont restés : ils forment 30 p. 100 de la population dans l'ensemble de la région, et, dans les pays d'anciennes plantations (plantation Midlands), ils sont souvent en majorité. Le système agricole traditionnel subsiste d'ordinaire sans grandes modifications : dans quelques districts seulement, il fait place à des productions nouvelles, notamment aux fruits et aux légumes. D'ailleurs, l'agriculture n'occupe effectivement qu'une assez petite partie de la surface : les bois ou les landes qui trop souvent les ont remplacés, les marécages - surtout dans la zone littorale - couvrant de grandes étendues. Les villes sont petites : celles qui dépassent 10 000 habitants sont ou des ports, ou des nœuds de communication, rarement des centres industriels. Cependant cette image d'ensemble présente, d'une région à l'autre, des nuances sensibles, [tenant soit au milieu physique, soit à l'évolution historique].

Plus au sud, la zone maritime se réduit aux îles et marais littoraux (Coastal Georgia). La pêche même languit et la navigation se concentre dans quelques ports : Charleston (SC) (62 000 hab.), Savannah (85 000 hab.)[3] et Brunswick (14.000 hab. en 1930)[4]. Ces villes ont connu, au temps de l'esclavage, une prospérité dont témoignent les résidences déchues et les jardins profonds aux grilles rouillées[5]. Mais elles ont souffert de la Guerre Civile, et plus encore de la décadence du coton et de la concurrence des voies intérieures : Savannah recevait 1.089 000 balles de coton en 1900 et 527 000 en 1930 ; Charleston (SC), 266 000 et 253 000 ; Brunswick, 94000 et zéro. Le mouvement des ports - 2020000 tonnes métriques à Charleston, 2068000 t. à Savannah, 889.000 à Brunswick) comprend surtout des sorties de bois et de naval stores[6] et des arrivages, beaucoup plus importants, de phosphates et de nitrates, de pétrole brut et raffiné. Les industries caractéristiques sont le travail du bois, la préparation de l'huile de coton et des engrais ; en outre, le raffinage du pétrole à Charleston et Brunswick, le raffinage du sucre à Savannah. Depuis l'abandon de la culture du riz et du coton des îles (de la mer Caraïbes, JPR)  en Caroline du Sud et en Géorgie, on a vu se constituer aux dépens des grands domaines une paysannerie de petits propriétaires nègres. D'autre part, la culture des primeurs est en progrès. Néanmoins, la zone littorale est très peu habitée ; même les banlieues de Charleston et de Savannah sont presque désertes.

La zone intérieure de la Plaine Côtière reste vouée aux staple crops, coton et tabac ; les autres cultures, pommes de terre, patates, soja, arachides même demeurent accessoires. Les deux tiers des cultivateurs sont des tenanciers et les nègres dominent dans les campagnes, surtout dans la Caroline du Sud et la Géorgie : c'est déjà l'image du deep South, atténuée dans le sud de la Géorgie par la culture des primeurs.

2. LE PIEDMONT.

Séparé de la Plaine Côtière par la fall-line et plus encore par la zone ingrate des sand hills (n°7 sur la légende de la première carte), le Piedmont appalachien en diffère profondément à la fois par son peuplement et par son économie.

NB. la fall-line? c'est une appellation des géographes. Elle s'observe sur toute la façade orientale des Appalaches, plus exactement à son piémont. Les fleuves dévalent une pente homogène, régulière, mais sur des terrains différenciés : le Piedmont cristallin, donc dur et la plaine côtière, sédimentaire, sols tendres. Progressivement, l'érosion a déblayé les terrains tendres et un dénivelé a été créé, une chute, des rapides, "fall" en anglais, là où l'on passe du Piedmont à la plaine côtière. Ces chutes ou rapides ont été exploités pour la production d'énergie, moulins, centrales. Puis usines puis villes, etc... Regardez la ligne Columbus, Macon, Augusta (1ère carte). .

Occupé au cours du XVIII° siècle et au début du XIX° par des colons du Nord venus par la Grande Vallée, il a une population en grande majorité blanche, toutefois les nègres sont nombreux là où les plantations avaient envahi le Piedmont (cas de la Géorgie). L'économie rurale, restée longtemps fidèle au type demi-fermé de la frontière, a fait une place de plus en plus grande aux cultures commerciales, coton et tabac : d'où une extension de la tenancy. Néanmoins, les grands domaines ont toujours été rares et le faire-valoir direct domine (…). La principale innovation agricole, depuis le milieu du XIXe siècle, a été la culture du tabac blond et doux, destiné à la fabrication des cigarettes. (…). Dans le centre de la Géorgie, les ravages du weevil (ver parasite dévorant la fleur du coton) ont favorisé l'extension des cultures de fruits. Cependant, à tout prendre, le Piedmont rural n'est pas prospère : les campagnes se vident, et l'on constate que les petits propriétaires émigrent plus facilement encore que les tenanciers. Il faut en chercher la cause dans la crise agricole, qui sévit presque continuellement depuis une vingtaine d'années, et surtout dans le développement récent de l'industrie.

L'industrie trouve dans le Piedmont des conditions favorables, tant physiques qu'humaines. Les forces hydrauliques ne manquent pas : les pluies copieuses et les pentes fortes des montagnes déterminent un débit fluvial abondant, mais irrégulier et qui ne peut être pleinement utilisé sans réservoirs de grande capacité. Les sites favorables à l'établissement des barrages sont nombreux, tant à la fall-line, où ils ont été construits d'abord, que dans les montagnes, où l'on exploite depuis peu des chutes de 200 mètres et plus -…). Ajoutons : un réseau de chemins de fer suffisamment dense, des exemptions fiscales au profit des industries nouvelles, un outillage moderne, la proximité, au moins relative, des grands marchés de consommation. Mais le facteur décisif est la présence dans les campagnes d'une main-d’œuvre surabondante, accoutumée à un niveau de vie bas, disposée à travailler de longues heures pour peu d'argent. Les salaires industriels du Sud se révèlent, toutes choses égales d'ailleurs, inférieurs d'un tiers au moins à ceux du Nord, et la différence n'est pas compensée, à beaucoup près, par le moindre coût de la vie, ni par les avantages en nature assurés par les patrons. La durée légale du travail, naguère encore, était, dans tous les États du Sud, supérieure à 54 heures par semaine ; les femmes et les enfants employés dans l'industrie étaient insuffisamment protégés. Mais, si le travail est peu coûteux dans le Sud, il est aussi peu productif : en d'autres termes, l'industrie du Sud, bien que disposant d'un outillage moderne, s'en tient jusqu'ici à des formes assez élémentaires de production. Encore, pour les réaliser, lui manquait-il les capitaux, le Sud dut, au début du XXe, accepter l'aide financière et technique du Nord. Ce concours lui vint des banques et des fournisseurs de matériel; puis, devant le succès, des entreprises similaires du Nord, dans le textile surtout, établirent des succursales dans le Sud, et finalement quelques-unes s'y transportèrent en bloc.

Jusqu'ici, cette industrie est peu diversifiée. La fabrication des meubles, le travail du tabac et surtout le textile. Ici comme en Europe au début du XIXe siècle, c'est l'industrie cotonnière qui a frayé la route, justifiant son nom d'industrie pionnière. Petite ou moyenne, l’entreprise bénéficie d'une surveillance plus directe, du contact personnel entre patron et ouvriers ; et surtout elle est mieux placée pour drainer la main-d’œuvre rurale. D'où l'aspect ordinaire des centres textiles du Piedmont : l'usine, de dimensions plutôt modestes, se place de préférence dans les petites villes  ou les villages, voire en pleine campagne ; à côté se trouve la cité ouvrière, dont les maisons, ordinairement pourvues d'électricité et d'eau courante, beaucoup plus confortables que les fermes des environs ou que les tenements du Nord, se louent à raison d'un dollar par pièce et par mois, puis l'école, les églises (sic), l'économat, les terrains de jeux, le cinéma..., tout cela groupé, sous la tutelle plus moins paternelle, plus ou moins despotique du patron, en une commune presque fermée où les bourgeois de la ville évitent de se commettre. Au total, la population des centres textiles est un prolétariat de poor whites, inférieur au physique et au moral, mal adapté à la régularité du travail quotidien, instable et pourtant résigné, sujet à des révoltes soudaines, mais jusqu'ici peu organisé et apparemment peu organisable.

L’industrie cotonnière du Sud a fini par dépasser celle de la Nouvelle-Angleterre. Grâce à ses bas prix de revient, elle a pu, mieux que le Nord, résister à la crise. (…). Et voici qu'après avoir triomphé du Nord, le Sud est devenu son propre concurrent. Installée d'abord dans la zone moyenne du Piedmont, l'industrie textile a gagné la fall-line de la Géorgie (Augusta, 60 000 hab., Macon, 54000, Columbus, 43000, Athens 18000,  Atlanta 270 000, Lagrange, 20 000).

C’est le Classic Hearland de l’État de Géorgie (JPR).

 3. Dans les montagnes et plateaux – le High Country -  comme plus au Nord, la vie rurale a conservé certains traits archaïques hérités de l'âge des pionniers.   La population, presque exclusivement blanche et de vieille souche américaine, prolifique et ignorante, est restée fidèle à l'esprit de la famille patriarcale. De petits propriétaires pratiquent sur un sol accidenté une agriculture peu commerciale - blé, maïs, pommes de terre, fruits, un peu de tabac -, élèvent un bétail non sélectionné, et demandent un supplément de ressources à la pêche, à la chasse, à l'exploitation des bois, d'ailleurs en décadence, à la cueillette des plantes médicinales, à la distillation clandestine de l'alcool[7]. On constate pourtant des innovations : l'élevage s'oriente davantage vers la production du lait, l'industrie textile a pris pied dans la région, la beauté du pays et la construction récente de bonnes routes ont fait naître un centre de tourisme réputé (Nashville, TE). Cela n'empêche pas les campagnes de se dépeupler rapidement au profit des villes industrielles du Piedmont et de la Grande Vallée, au profit même des plantations du bas pays, où l'on voit les montagnards prendre la place des nègres partis pour le Nord.

Les Appalaches -comme le laisse entendre ce texte- sont assez vite devenues un isolat, un problème régional au cœur des USA. en 1965, une commission des Appalaches (ARC) a été créée pour venir en aide aux habitants des comtés appalachiens des États.

The Appalachian Region includes all of West Virginia and parts of Alabama, Georgia, Kentucky, Maryland, Mississippi, New York, North Carolina, Ohio, Pennsylvania, South Carolina, Tennessee, and Virginia. The Region is home to more than 25 million people and covers 420 counties and almost 205,000 square miles.

Le nord de la Géorgie, descendant jusqu'aux limites de Metro Atlanta, est éligible aux aides de l'ARC.


ci-dessous : un aspect de la Géorgie que l'on n'imaginait pas =


High Falls et Lover's Leap à Rock City sur Lookout Mountain, Géorgie

Ouvert au public depuis 1932, Rock City est une attraction touristique située au sommet de Lookout Mountain en Géorgie. Bien que cela ne soit pas vérifié officiellement, des promoteurs immobiliers ont longtemps revendiqué que les touristes pouvaient distinguer sept états depuis le promontoire au sommet de la colline visible sur cette photo. (Vous pouvez vraiment voir le Tennessee de cet endroit : le centre ville de Chattanooga n'est qu'à 10 kilomètres). Rock City est aussi célèbre pour ses campagnes publicitaires emblématiques que pour son parc : entre 1935 et 1969, le fabricant d'enseignes Clark Byers a peint des slogans pour l'attraction sur plus de 900 granges dans le sud-est et le mid-ouest des États-Unis. (source, texte et photo : Wikipédia)


[1] De l’anglais yeoman : paysan propriétaire de la terre qu'il cultive.

[2] Par-là, l’auteur entend la partie orientale du Sud, située à l’Est du Mississippi = sud-est

[3] Census de 1930. Une estimation en 2017 indique 147.000 habitants. Aux mêmes dates de référence, le comté de Chatham (celui de Savannah) passe de 105.431 habitants à 290.500.

[4] Brunswick (comté de Glynn Hill) is located in southeastern Georgia, approximately halfway between Jacksonville and Savannah. The city is located at the apex of the bight of the Georgia coast, the westernmost point on the Atlantic seaboard, and is naturally sheltered by two barrier islands, Jekyll and St. Simons. Après un sommet à 21.000 hab. en 1960, la ville n’a cessé de perdre de la population. On note une reprise depuis 2010…Le comté de Glynn, en revanche, est passé de 19400 à 92.620 hab. en 2017. Sea Island est une île de l'archipel des Sea Islands, sur la côte atlantique des États-Unis d'Amérique. Île de Géorgie relevant administrativement du comté de Glynn, elle a accueilli en 2004 le 30e sommet du G8. https://roadtripusa.com/atlantic-coast/georgia/

[5] Cependant Savannah fonde une partie de sa réputation sur ses parcs aménagés, ses calèches et son architecture Antebellum (cad d’avant la guerre de Sécession). Son quartier historique regorge de places pavées et de parcs comme le Forsyth Park, ombragé par des chênes couverts de mousse espagnole. Au centre de ce pittoresque quartier se trouve la célèbre cathédrale de style néogothique Saint-Jean-Baptiste. (Wikipédia).

[6] Résine, poix, goudron…

[7] Texte écrit à l’époque de la prohibition !!

Floride : une élection, un jour....

publié le 15 nov. 2016 à 05:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 févr. 2017 à 08:44 ]


    Voici un article qui exploite un autre article publié dans LE PROGRÈS du 10 novembre après la catastrophe que vous savez. C’est un point sur la carte des immenses États-Unis mais il apporte des informations utiles. Après quoi je donnerai les résultats globaux de la Floride comparés à ceux de 2012. Je saute sur l’occasion pour vous inviter à lire l’article que j’avais écrit après cette réélection d’Obama,Quelques réflexions sur la présidentielle américaine de 2012... il n’y a rien à ajouter quant aux tendances fondamentales du scrutin. Sauf que cette fois c’est l’extrême-droite américaine qui a gagné. Je donne une citation prophétique (encore une...) d’André Siegfried qui écrit en 1928 : "On n'exagérera pas en disant que (...) deux civilisations s'affrontent pour la conquête du gouvernement : la nouvelle civilisation, industrielle et cosmopolite, des grandes cités de l'Est, et celle, plus ancienne, plus traditionnellement américaine, des campagnes et des villes moyennes".  Trump est l'élu de cette Amérique-là, alors que les États baignés par les océans ont largement voté pour le parti démocrate (81% pour l'ensemble de la Californie qui donne 19% à Trump...). J.-P. R.

Les "Villageois" de Floride qui ont choisi Donald

    Ce sont des immigrés intérieurs. Ils modifient la démographie d'un État : la Floride. Blancs et aisés pour la plupart, âgés de plus de 60 ans, ce sont les "Villageois" version 2016, ils ont élu domicile ces dernières années à The Villages (sic), 15 km2 aux hameaux bien gardés, 49 golfs et leurs centaines de voiturettes entre les palmiers, des commerces, des médecins, un Centre contre la perte de la mémoire et même... un McDonald's.

  

 "The place to be", le matin. Après les résultats de la nuit un seul sujet de discussion pour ces retraités encore actifs : la victoire de Trump. "On a besoin d'un vrai changement", dit Skip, entouré de trois amis aux cheveux gris sous les casquettes de base-ball, "je ne faisais plus du tout confiance à Hillary, même si j'ai déjà voté démocrate". Sur quels thèmes le discours de Trump l'a convaincu ? "il va nous ramener la stabilité, il est fort, il va soutenir les militaires !" Même sentiment chez Nancy, originaire du Kansas. "Le gouvernement est trop corrompu, il fallait le battre", soutient-elle fermement, "je suis très contente de ce qui s'est passé cette nuit, le peuple a parlé". Elle a voté Trump "Pour le business dont nous avons besoin pour remettre les gens au travail. Pas vraiment pour l'homme, qui manque vraiment de classe... ".

    6O% (69% en réalité, JPR) de voix pour Trump

    The Villages, né d’un projet fou à la fin des années 60, accueille 157 000 personnes. C'est l'endroit des États-Unis qui connaît la croissance démographique la plus folle, et ce n'est pas fini si l'on en juge les chantiers en cours. Les règles communautaires sont strictes : un membre de la famille à plus de 55 ans, et pas de familles avec des enfants de moins de 19 ans. Le comté de Sumter est ainsi devenu en très peu de temps le plus vieux (et l'un des plus riches) des États-Unis. Il a voté à 60 % pour Trump (69% selon le NYTimes). Shirley fait partie des exceptions démocrates. "J'ai peur pour mon pays, on est la risée du monde", regrette-t-elle. Steve, lui, originaire de l'Indiana, valide les départs du golf. "Politiquement, je suis un indépendant, c'est un peu une exception ici, au milieu des Républicains", glisse-t-il. Ce passionné de photo se dit inquiet "en partie à cause de Trump".

    La Floride, État-clé dans le résultat de mardi, balance entre deux âges, entre deux options démographiques, ce qui en fait un "swing state" : les jeunes, souvent hispaniques, qui viennent travailler dans le cadre de l'explosion des loisirs, les retraités qui choisissent l'État du soleil pour leurs vieux jours.

    "Réveiller le peuple américain"

    Ce golfeur, Ron Howard, vêtu d'un vert chic, assume : "Avec Trump, c'est un appel au réveil du peuple américain, je suis très heureux", souligne ce robuste vétéran de l'Air Force (l’armée de l’air des USA, JPR). "On ne peut plus intervenir dans le monde avec une armée faible" (sic, jpr), poursuit-il "on ne gagne plus les conflits dans lesquels on s'engage... ". L'ancien officier adhère aussi aux projets de Trump concernant les frontières : "Il faut qu'on soit plus ferme pour faire entrer des bons citoyens, et pas de terroristes".

Envoyé spécial en Floride, Xavier Frère

FIN DE L’ARTICLE DU PROGRÈS.

    L’auteur de l’article mêle trois niveaux d’analyse : le niveau de l’État fédéré de Floride, le niveau du comté de Sumter, et le niveau tout à fait local de The Villages. Pour ce qui concerne ce dernier, il s’agit selon toute vraisemblance d’un ghetto de riches, Wiki en donne la définition suivante :

Une résidence fermée ou un quartier fermé est un type de copropriété sécurisée ; on trouve également le terme de "gated community", désignant plus spécifiquement les résidences nord-américaines, disposant d'un statut spécifique. Elle se présente sous la forme d'un regroupement de demeures, entouré par un mur ou un grillage et disposant d'équipements de protection — vidéosurveillance, gardiennage — qui l'isolent du tissu urbain ou rural environnant. Son accès est réservé aux seules personnes autorisées, à savoir ses résidents, leurs invités et les services publics. Le fonctionnement des installations de sécurisation est financé par les redevances réglées par les copropriétaires.

    Ces copropriétés sont vendues à des retraités du nord des États-Unis –le journaliste cite seulement le Kansas et l’Indiana-. Des conditions sont posées pour y avoir accès : d’abord une pension de retraite élevée (condition non écrite mais implicite). Le prix de trois villas dépasse le million de dollars, l’échelon intermédiaire est placé à hauteur de 200.000/250.000 dollars. L’article de l’encyclopédie wiki – entrée "The Villages"[1] – nous donne plein d’informations, je vous y renvoie. Le revenu médian par famille est de $45.000. Il est de $57.000 per capita pour les hommes et de $26.000 pour les femmes. Ensuite il y a des conditions d’âge : pas de moins de 18 ans, au moins une personne de 55 ans dans la famille. Au total l’âge médian est de 66 ans. Plus de 80% des résidents sont des "couples mariés vivant ensemble"[2]. Tous ces éléments combinés font que 98,4% des habitants de The Villages sont des Blancs. 0,5% seulement sont des Noirs.

    Tout cela vote massivement républicain : en moyenne 2/3 vs 1/3 pour les Démocrates (alors qu’au niveau fédéral on est dans le 50/50...).  Il est fort dommage que le journaliste ne nous donne pas les résultats de The Villages intra-muros.

    Concernant les arguments avancés, on aura remarqué la place donnée au militaire. Il y a une demande de recours à la force, de renforcer l’interventionnisme américain. L’accusation de corruption est un peu surprenante, Obama n’a pas créé de scandales sur ce plan, alors que le républicain Bush-jr n’est pas très propre. Nancy demande une politique favorable au business censée créer des emplois. Cette politique, en France par exemple, ne donne aucun résultat si ce n’est l’enrichissement du grand patronat. L’ancien officier de l’Air force semble oublier que les massacres du type Colombine sont le fait d’Américains bien de chez eux et sont les symptômes d’une société bien malade. Nancy admet que Trump manque de classe mais vote quand même pour lui, signe que c’est la politique qu’il annonce qui l’a faite se décider et pas ses cheveux javellisés.  

        Voici maintenant les résultats pour la Floride et le comté de Sumter, comparés à ceux de 2012. Le parti Éléphant (R.) a la couleur ROUGE ; l'Âne (D.) a la couleur BLEUE. (sources : tableau établi à partir des statistiques du New-York times).

 

Année

Partis

État de FLORIDE

Comté de SUMTER

Exprimés

%

+/_

Exprimés

%

+/-

2012

D.

4.235.270

50

 

19519

32,3

 

R.

4.162.081

49,1

 

40644

67,2

 

2016

D.

4.485.745

47,8

 

22631

29,5

 

R.

4.605.515

49,1

 

52722

68,8

 

D.

+250.000

 

-2,2%

+ 3112

 

-2,8%

R.

+444.000

 

0

+12078

 

+1,6%

    Éléments d'analyse :    
-         
La Floride est un État de la "Sun belt", ceinture du soleil. Ses atouts lui permettent une florissante industrie touristique, la réception de nombreuses PME/PMI hors sol, c’est-à-dire indifférentes à la présence de matières premières ou de source d’énergie mais sensibles à l’environnement pour ses cadres et dirigeants), enfin l’accueil de nombreux retraités de tous les États-Unis. C’est donc un État en perpétuel accroissement démographique.
-         
Les statistiques américaines ne donnent pas le nombre d’électeurs inscrits et c’est fort regrettable mais ce croît démographique explique que les deux principaux candidats peuvent voir, chacun, le chiffre de leurs électeurs augmenter. Mais si l’âne gagne 250.000 voix, l’éléphant en gagne 444.000 ! Il faut donc réfléchir en termes de suffrages exprimés. (NB. Il y avait de petits candidats qui ont obtenu le pourcentage qui permet d’arriver à 100% des exprimés).
-         
Le parti Républicain garde le même pourcentage qu’en 2012. On ne peut en aucun cas parler de raz-de-marée trumpiste. Mais Clinton perd 2,2% par rapport à Obama-2012 et cela suffit pour passer en seconde place. C’est un recul de Clinton et de la machine démocrate qui explique le succès de Trump.
-         
Le comté de Sumter qui possède en son sein The Villages est un comté de riches retraités qui vote pour le parti du Business (même si Trump a su se rallier ailleurs  des voix d’électeurs plus pauvres) : avec presque 70%, il domine de façon éclatante la vie politique de ce coin de la Floride. Les nouveaux arrivants ont voté massivement PR (+12.000 v. par rapport à 2012) alors que peu ont rallié le parti Démocrate (+3.000 v. seulement). Le PD perd 2,8% et le PR gagne 1,6% par rapport à la présidentielle 2012. Ici est justifiée la vieille opposition entre l’éléphant, parti des Affaires et de ceux qui en profitent, et l’âne, parti des minorités : noirs, femmes, latinos, natives (descendants des Indiens), LGBT… On ne pourrait pas être aussi affirmatif dans d’autres États. 




[1] Voir le site http://www.thevillages.com/ ; édifiant.

[2] Si bien que, si les mots ont un sens et si j’ai bien compris, ces familles ont un revenu médian de (57.000 + 26.000 = ) $83.000 soit €77.000.






Etats-unis : la révolution Sanders (2ème partie)

publié le 21 oct. 2016 à 02:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 mars 2019 à 15:18 ]


    je poursuis mon analyse de ce que j'ai appelé la "révolution Sanders". Le spectacle lamentable, honteux, effrayant pour la démocratie que donnent les "débats" entre Trump et Clinton, montre à quel point son absence au second tour est handicapant pour la politique américaine et pour la paix mondiale. lien 1ère partie : États-Unis : la révolution SANDERS (1ère partie)
   

    Voici donc la seconde partie de ce j’appelle la "révolution" Sanders. Pour la définition du mot "révolution", je vous renvoie à  Mais qu’est-ce que la "révolution" ? question à Zeev Sternhell Dans la première partie, j’ai distingué comme éléments de cette révolution : la participation individuelle/personnelle au financement de la campagne électorale en lieu et place des trusts et des one-million-dollars-donors, l’appel à la syndicalisation et à la combativité des syndicats, l’appel à une participation électorale massive qui irait bien au-delà des 50-55% des électeurs inscrits habituels.

Faire du Parti Démocrate un vaste parti de masse

    Bernie Sanders a contesté l’organisation des primaires par le parti Démocrate actuel. Pourtant il s’est présenté aux primaires de ce parti. Je pense que ce comportement s’explique par l’histoire et la tradition électorales des États-Unis. André Siegfried dit à ce sujet : "En France nous avons, à droite et à gauche, des gens hostiles au régime. S'il y en a aux États-Unis, aucun droit ne leur est reconnu, ce qui limite singulièrement le champ de la discussion : on ne peut argumenter qu'à l'intérieur du système". On ne peut argumenter qu’à l’intérieur du système… voilà un élément important. Et, de fait, Sanders a pu se présenter devant des millions d’électeurs lors d’élections primaires qui sont entrées dans les mœurs politiques des Américains et qui sont organisées quasi officiellement. Lorsque on le pressait de se retirer, les dernières élections sur la côte Est ayant montré que son retard sur Clinton était irrattrapable, Sanders a maintenu le combat. Mais cela lui a permis de faire la démonstration éclatante que 2,3 millions de Californiens[1] étaient en sa faveur !! S’il s’était retiré, qui l’aurait su ?

    Mais cet argument peut s’étioler à l’avenir. Ces primaires étaient valables lorsqu’il n’y avait que l’âne et l’éléphant. Aujourd’hui, analystes et sondeurs s’accordent à dire que, grosso modo, un quart des Américains se reconnaissent dans le parti républicain (l’éléphant), un autre quart dans le parti démocrate (l’âne) et 44% se déclarent indépendants … 44% ! C’est pourquoi nombre d’amis de Bernie le pressèrent de se présenter, le 8 novembre, avec l’étiquette indépendant.

    Une chose est sûre, ces électeurs indépendants, particulièrement nombreux dans les métropoles n’ont pas toujours pu s’exprimer. A New York, par exemple, où Bernie a pu s’exprimer dans ses rallyes (nous dirions en français "meetings" lol) mais où seuls pouvaient voter les membres du parti démocrate inscrits depuis un certain délai (primaires dites fermées). C’était le priver de centaines de milliers de voix. New York est réputée cadenassée par la machine du parti démocrate.

"Les machines sont des organisations politiques spécialisées dans le clientélisme, (…). La machine politique est une organisation conçue pour gagner les élections en mobilisant des clientèles dans le cadre de relations personnelles et de solidarités ethniques. Les machines ne cherchent pas à mobiliser leur électorat en fonction de son intérêt, de ses valeurs ou d'une idéologie; la fidélisation des clientèles repose sur la distribution d'incitations matérielles, notamment des emplois publics (et le logement ? JPR) (…). La bureaucratie (l’auteur veut dire l’administration laquelle applique les lois et règlements du pouvoir central) fonctionne selon des règles, et refuse, par principe, toute dérogation au règlement et a fortiori toute faveur personnelle, toute exception pour les situations particulières. La relation de clientèle repose au contraire sur les faveurs, les recommandations personnelles, l'amitié, la corruption, la solidarité identitaire".[2]  

Dans l’État de New York, l’immense majorité des comtés ont voté pour Sanders mais Clinton obtient 58% des voix grâce à la ville de New York où elle obtient 63,4% (dont 70% dans le Bronx). http://www.nytimes.com/elections/results/new-york. J’ai cité dans la première partie, cette analyse mêlée d’ironie de B. Sanders qui observe qu’il a gagné dans le seul État de la Côte Est (Rhode Island) ayant des primaires ouvertes aux indépendants, tenues le 26 avril, alors qu’il a été devancé dans tous les autres (NY, Connecticut, Delaware, Maryland, Pennsylvanie) aux primaires fermées.

A cela s’ajoute le problème des "super-délégués" au nombre de 640 environ. Je pense que c’est une disposition prise par la nomenklatura du parti pour éviter la candidature d’un candidat comme B. Sanders précisément, trop à gauche, trop dangereux, et le jour de la Convention terminale, on jette ces 640 voix (non élues lors des primaires) dans le plateau du candidat préféré de l’Establishment … Grâce aux primaires fermées, on n’eut pas besoin de s’en servir. Mais durant la campagne on ne cessait de dire à Sanders "avec les super-délégués, Clinton est largement devant vous, laissez-donc tomber, etc... ". Tout fut fait pour décourager l’électorat de Bernie et jusqu’au soutien de la nomenklatura à la campagne de Clinton (on a retrouvé les @Mel envoyés aux États donnant quelques recettes pour faire barrage à Sanders)…

C’est pourquoi Bernie propose un nouveau parti démocrate, plus ouvert, notamment aux jeunes générations, un nouveau parti qui mériterait vraiment son nom. Il faut que les Américains apprennent à "faire de la politique", pas seulement au moment de l’élection présidentielle, comme ils ont commencé avec le mouvement spontané "Occupy Wall Street ".

Révolution dans l’enseignement supérieur

    Dans de nombreux États, les sondages indiquaient que 80% des électeurs de moins de 25 ans votaient pour Bernie Sanders. Affirmation vérifiable empiriquement : il suffisait d’observer les participants à ses meetings au début de la campagne des primaires (j’écris "au début" parce qu’ensuite, le succès aidant, des adultes plus mûrs les ont rejoints)… Il est incontestable que cette campagne a vu la mobilisation massive de la jeunesse américaine.

    Sanders proposait ni plus ni moins que la gratuité de l’accès aux collèges et aux universités (Tuition free) et l’annulation progressive des dettes étudiantes (Debt Free).

    Son argumentation est simple et connue : les connaissances évoluent, sciences et techniques s’améliorent quantitativement et qualitativement, l’avenir des États-Unis exige que la jeunesse maîtrise ces/ses savoirs. Le coût d’entrée dans l’enseignement supérieur est un obstacle à cette exigence incontournable. Des études – hors campagne électorale - ont affirmé que de nombreux étudiants états-uniens étaient prêts à donner/vendre un de leurs organes pour financer la fin de leurs études (de l’ordre du quart des étudiants). C’est abominable. A ce comportement extrême il faut ajouter une plus grande banalité : le travail salarié des étudiants contraints à cela pour payer les coûts de scolarité.

    Très intelligemment, B. Sanders a lancé cette mesure de son programme "It’s Time to Make College Tuition Free and Debt Free" –associée aux autres car l’ensemble forme un tout cohérent – comme un pas vers le retour au RÊVE AMÉRICAIN. Le rêve américain, aussi discutable soit-il, est un constituant de l’histoire de l’Union. La situation actuelle, faite au peuple américain, tourne au cauchemar. Le candidat Trump propose lui-aussi le retour du "rêve" mais avec lui, ce sera à nouveau "le renard libre dans le poulailler libre", ou "l’homme, un loup pour l’homme". Sanders fait appel à la justice qui profite à tous. Il y a Justice car les étudiants consciencieux et bosseurs seront les seuls concernés. (NB. Clinton a accepté cette mesure dans son programme avec plafond de ressources pour les parents).

Ouvrir une école, c’est fermer une prison (V. Hugo)

    Non, ce n’est pas une citation de Bernie Sanders, c’est moi qui ai fait le rapprochement.

    Bernie Sanders propose une réorientation complète de la politique pénale des États-Unis. Il dit carrément que son pays enferme plus de prisonniers que la Chine-Pékin ! Le nombre des détenus est de 2millions 300.000 soit 750 prisonniers pour 100.000 habitants. 23% de la population carcérale mondiale se trouvent aux États-Unis qui ne représentent que 5% environ de la population de la planète. En France le taux d’incarcération est de 102/100.000 et pour la Chine-Pékin 122/100.000. Pour compléter ce tableau sinistre par une note dégoûtante, sachons que nombre de prisons sont des entreprises privées[3]. (Voir l’article wiki : Liste des pays par population carcérale). De surcroît, 50% des détenus sont noirs alors que cette communauté représente 10% de la population états-unienne.

    Si la France avait la même politique que les États-Unis, elle compterait 330.000 prisonniers au lieu de 67.000 actuellement.

    Tout cela est condamné par Sanders lequel propose une vaste politique de prévention et le développement massif de l’éducation, la fin des prisons privées. L’emprisonnement de longue durée et la peine de mort – encore pratiquée dans 30 États sur 50 – reposent sur l’idée que l’homme est peccamineux et irrécupérable, sur un vieux fond calviniste qui a fait croire que le pécheur est victime d’un décret divin : il est donc inutile d’aller à rebours des voix du Seigneur.

    Mettre en avant l’instruction, la rééducation, l’apprentissage relève d’une toute autre conception de l’homme, résolument optimiste et progressiste.  

Améliorer la condition féminine

    A écouter Bernie Sanders, on constate que, dans le domaine social, les "States" présentent des aspects de sous-développement. The Republican party (has) denying women control over their own bodies, preventing access to vital medical and social services, and blocking equal pay for equal work. Le parti de Sanders accuse nommément le parti Républicain – où, il est vrai, on rencontre des fondamentalistes chrétiens particulièrement obtus – pour éviter de s’en prendre à Obama lequel, en 8 ans de mandat n’a pas fait grand-chose. Mais Sanders ne veut pas être accusé d’affaiblir le camp démocrate…

    Par rapport à un homme WASP, une salariée blanche perd presque 24% de différence de salaire à travail égal. Cela peut aller jusqu’à presque 50% pour une travailleuse américaine originaire d’Amérique latine. Les salaires féminins doivent être augmentés et doivent rattraper celui des hommes en quelques années.

    Les femmes doivent avoir la libre disposition de leur corps ; le Planning familial doit être soutenu financièrement et développé, la santé des femmes doit être protégée tant en ce qui concerne la contraception que la pratique de l’avortement qui sera légalisée au niveau de toute l’Union et sera médicalement surveillée.

    Il est inacceptable que le coût d'un programme de garde d'enfants et de protection de l'enfance de qualité soit hors de portée de millions d’Américains. Les femmes américaines doivent pouvoir bénéficier de 12 semaines de congé parental payé, de 2 semaines de congés payés et d’une semaine de jours de maladies payés - so that women can stay home to take care of a sick child, among other things -.

    Le système de sécurité sociale doit être généralisé. "Women will benefit the most by expanding Social Security. More than twice as many elderly women lived in poverty than men in 2013. Without Social Security, nearly half of all elderly women would be living in poverty".

    Bernie Sanders résumait tout cela en affirmant haut et fort que "les femmes doivent cesser d’être des Américains de seconde zone". Pour tout savoir : https://berniesanders.com/issues/fighting-for-womens-rights/   

Révolution dans l’accès aux soins

    "The epidemic of price gouging in the drug industry is obscene. Their greed is putting millions of lives at risk." (Tweet de B. Sanders du 6 septembre 2016) : l’augmentation des prix des médicaments par l’industrie pharmaceutique est aussi brutale qu’obscène. Leur avidité met des millions de vies en danger.

 

Préserver l’avenir de la planète

    Empowering Tribal Nations et suivre leur sens de l’écologie.

    We have a debt that we owe the Native American people that we can never fully repay. (12 Septembre 16) https://twitter.com/berniesanders?lang=fr

 

Reconstruire la « classe moyenne »

    C’est un lev-motif de l’argumentation de Sanders : la diminution, l’affaissement numérique de la classe moyenne, la célèbre middle class américaine. C’est une notion et, simultanément une conscience qui sont nées au terme des années 1932-1952 – vingt ans de gouvernement du parti démocrate, souligne Siegfried -. Le new deal de F. Roosevelt poursuivi par le keynésianisme de Truman ont fait entrer les États-Unis dans l’ère du welfare-state, à l’image des pays d’Europe occidentale (mais à un degré moindre). Notons que sous la présidence Nixon – Éléphant (1969-1974) – on entendait dans les couloirs de la Maison blanche "nous sommes tous des keynésiens"…

    Dans son manuel de géographie pour les classes terminales (Belin, 1961), Victor Prévot écrivait : "le revenu annuel moyen de chaque famille américaine est de $5.000. Sept millions de familles disposaient de $3.000 ou moins ; Cinq millions de famille disposaient de $10.000 ou plus." Ente ces deux extrémités, on a l’immense classe moyenne au sein de laquelle on trouvait les cols bleus qualifiés (c’est-à-dire des ouvriers). Reprenant les analyses de Siegfried, Prévot écrit "ouvriers et patrons ont sensiblement la même vie. Un portier d’hôtel s’en va le soir dans la rue dans une voiture analogue à celle qu’il a ouvertes toute la journée". Il s’agit vraisemblablement de patrons de TPE, et non pas du 1% dénoncé par Occupy Wall Street puis par Bernie Sanders… Mais le ressenti – comme on dit en météo – est certainement exact : on ne voyait pas (trop) de différence de classe. D’ailleurs, écrit Siegfried, les ouvriers (américains) n’ont pas de conscience de classe… Prévot nous dit aussi, toujours en 1960, que 70 millions de voitures circulent dans l’Union (sur 110 millions dans le monde entier), toutes les familles, à peu près, disposent de la TV et d’un réfrigérateur, que 60% des Américains sont propriétaires de leur maison. D’où sa conclusion : l’essor des années 1932-1952 a généralisé la condition petite-bourgeoise (sic). Sachant que l’expérience de Roosevelt est à la base de la réflexion théorique de Keynes, on peut parler, a posteriori, d’État keynésien et dire avec Prévot "c’est de l’État que dépend désormais la condition du travailleur américain".

    Cette étape rooseveltienne dans la vie sociale des Américains a été habilement exploitée par la campagne Sanders :


 

Et aujourd’hui ?

    Les trente dernières années ont été très dures pour les classes moyennes des deux côtés de l'Atlantique. C'est ce que révèle une étude de l'institut DIW de Berlin[4]. La part de la population adulte disposant d'un revenu compris entre 67 % et 200 % du revenu médian a ainsi reculé fortement en trente ans.

En 1981, cette classe moyenne représentait 59 % des adultes aux États-Unis. Cette proportion a reculé à 56 % en 1991, puis à 50 % en 2015. (…). Entre 1991 et les derniers chiffres disponibles, le recul de la classe moyenne s'élève à 6 points aux États-Unis et à 5 points en Allemagne. Depuis 2000, cette évolution s'accompagne d'un recul du revenu médian lui-même pour les classes moyennes. Aux États-Unis, ce revenu s'est abaissé de 4 % entre 2000 et 2014.

    Parallèlement, les deux classes extrêmes, les plus pauvres et les plus riches ont donc progressé. Aux États-Unis, la proportion des personnes gagnant plus de 200 % que le revenu médian est passé de 15 % en 1981 à 17 % en 1991 et 21 % du total en 2015. Mais parallèlement, ceux gagnant moins de 67 % du revenu médian sont passés d'une proportion de 26 % en 1981 à 27 % en 1991 et 29 % en 2015. La réduction des classes moyennes outre-Atlantique s'explique donc majoritairement par un enrichissement plus que par un appauvrissement, même si la proportion des classes les plus pauvres demeure très importante.

    Même le FMI de Mme Lagarde constate ce développement inégal.

Le Fonds monétaire international (FMI) a pressé les États-Unis de lutter "de façon urgente" contre la pauvreté et l'inégalité, selon l'examen annuel de la première économie mondiale publié ce mercredi 31 août 2016. Actuellement, un Américain sur sept vit dans la pauvreté et 40% d'entre eux travaillent. Le Fonds préconise des crédits d'impôts mieux ciblés et le relèvement du salaire minimum fédéral (actuellement de 7,25 dollars de l'heure). "Malgré leur expansion, les Etats-Unis font face à un ensemble de forces qui vont peser sur la poursuite d'un plus grand bien-être économique", relève l'institution internationale, citant le vieillissement de la population, celui des infrastructures, la diminution de la classe moyenne et la polarisation accrue des revenus. (Avec AFP).

    Évidemment, dans ce désir de Bernie Sanders de restaurer la middle class on peut se demander "quid des pauvres ?" Je vous renvoie à l’intégralité de son programme. Mais de toute façon, il faut raisonner en termes de 1% et de 99%...

Conclusion : pourquoi s’est-il présenté avec le PD ? Quel avenir après ce désistement pour Clinton ? Réhabiliter la politique.

    "On ne peut être américain authentique si l'on croit que la force est nécessaire pour assurer la volonté populaire ; l'américanisme signifie sans équivoque que nous avons répudié les méthodes européennes, ayant édifié nous-mêmes un système dans lequel la révolution, considérée comme instrument de changement politique, est dépassée, abandonnée, mise hors la loi" (Siegfried).
Sanders propose une révolution toute pacifique... Cette citation de Siegfried montre toutefois que l'idée de révolution est mal implantée dans les esprits américains. Pourtant, il est clair pour tout observateur que le grand absent du second tour est Bernie Sanders. La "démocratie" américaine avec son système bi-partisan cadenassé par les hiérarques de chaque parti est totalement obsolète. Les USA étaient mûrs pour une expérience Sanders. Espérons que cette expérience ratée ne conduira pas à la catastrophe comme l'Histoire nous l'a souvent montré. Selon une formule de A. Gramsci "le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur surgissent les monstres". Trump ? sans doute, mais la décomposition du monde politique américain à tous les niveaux peut légitimement effrayer.
    Bernie, Bernie, pourquoi nous as-tu abandonnés ?

https://berniesanders.com/issues/ : la liste des propositions de B. Sanders

 hhttp://www.humanite.fr/tony-pecinovsky-il-faut-une-structuration-du-mouvement-sanders-609095  :   Les partisans de Sanders s'efforcent de perpétuer la "vague" Sanders. 



Le combat est partout le même : ...
      ***

[1] Clinton obtint 2,7 millions de suffrages. Sources : http://www.nytimes.com/elections/results/new-york.

[2] "LES MACHINES POLITIQUES AUX ÉTATS-UNIS. CLIENTÉLISME ET IMMIGRATION ENTRE 1870 ET 1950", par François Bonnet, Université d’Amsterdam, disponible sur le net, CAIRN info…

[3] "Hormis les fonctions régaliennes (direction, surveillance, greffe), le privé s’occupe de tout. Soit : la maintenance, l’entretien, la fourniture des fluides et des énergies, la restauration, l’hôtellerie, la buanderie, la « cantine », le transport, l’accueil des familles, la formation professionnelle et le travail des détenus". http://owni.fr/2010/11/23/interview-le-juteux-business-des-prisons/ 

Etats-Unis : la révolution SANDERS (1ère partie)

publié le 5 juil. 2016 à 07:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 avr. 2019 à 08:56 ]

http://www.regards.fr/monde/article/alexandria-ocasio-cortez-du-degagisme-a-l-americaine                  Michael Moore@MMFlint 7 juin2016

                                                                                                           A democratic socialist, in the United States of America, has 46%                                                                                             of the pledged delegates. Just pause for a moment & feel the                                                                                                     wonder of that.   



C’est comme si j’avais passé trois semaines aux States. Pendant cette période j’ai suivi la campagne de Bernie Sanders pour les "primaires" contre Clinton et l’establishment du parti Démocrate. S’il parlait un jour pour deux rallies – nous dirions en français meeting (lol) - j’écoutais ses deux discours, s’il parlait pour trois rallies, j’écoutais ses trois discours ; chacun de ses discours "youtubé" était prolongé par des commentaires d’électeurs sympathisants voire très motivés, ou alors j’allais sur les tweets qui sont un moyen efficace de connaître ce que pense le commun des mortels sur les évènements de l’actualité. J’ai suivi les élections, les "caucus", les primaires fermées et les primaires semi-ouvertes, j’ai attendu les résultats sur CNN à partir de 1 heure du matin, je me suis levé à 4h Am pour suivre les résultats de Californie, je me suis inscrit dans les discussions tweetées – mais en français car mon anglais n’est vraiment pas sûr - j’ai tâché de comprendre le scandale du Nevada où les dirigeants locaux du parti Démocrate ont bidouillé les résultats qui n’étaient pas favorables à Clinton, j’ai vu à quel point celle-ci était détestée du peuple américain (68 % pensent qu’elle n’est pas honnête et digne de confiance), bref, j’ai vécu comme un Américain passionné qui voulait absolument assister à la victoire de "Bernie"…

    Je vous ai reproduit ces photos improbables où Bernie parle devant une foule de plusieurs milliers d’auditeurs, voire plusieurs dizaines

de milliers -ci-contre à Pittsburgh- : incontestablement, il a réussi sa campagne, tellement qu’en France personne n’en a parlé [1]. Il a battu Clinton dans 23 États de l’Union, recueillant environ 13 millions de voix… Mais que signifiait le vote Sanders ? En quoi ses propositions étaient-elles en phase avec les désirs, souhaits, exigences, nécessités du peuple américain ? Telle est la question. Être ou ne pas être l’homme de la Révolution. 

    Faute de mieux, pour connaître les problèmes posés aux États-Unis, j’ai revu et relu le livret du Monde diplomatique, dans la collection "Manière de voir", le numéro 16 d’octobre 1992, intitulé "États-Unis, fin de siècle". C’est un peu vieux certes, mais, hélas pour le peuple américain, c’est encore très actuel car ce pays se trouve toujours dans un état désastreux –ce que l’on nous cache, car le leader du monde libre a besoin d’être idolâtré, a besoin d’être le pays des success stories – et il n’est pas une des propositions de B. Sanders qui ne réponde à la nécessaire reconstruction d’un pays plus ou moins démoli par l’ultra-libéralisme. Ce numéro 16 recueille les articles des auteurs et journalistes du Monde diplomatique écrits autour de l’année 1990, c’est-à-dire après les huit années de présidence Reagan et au début de la présidence Bush senior. Ma sélection s’est portée sur les écrits de Marie-France Toinet, directeur de recherche à la F.N.S.P., "Cette superpuissance minée par son délabrement social", de Pierre Dommergues, (professeur Paris VIII), "Le rêve américain n’est plus ce qu’il était" et "La spirale du déclin" (compte-rendu de lecture d’un ouvrage collectif America, le rêve blessé) et enfin il s’agit de Norman Birnbaum, professeur à l’université Georgetown de Washington, "Démocrates et Républicains affrontent une vague de ressentiment populaire". Les exigences d’un travail rigoureux m’ont poussé cependant à aller voir ailleurs. Pour parler de révolution politique, il faut comprendre la situation ex-ante, celle d’avant, celle que l’on veut modifier/renverser. Je me suis donc attelé à la lecture du livre d’André Siegfried « Tableau des États-Unis » qui présente l’Union à l’apogée de sa puissance, au moment où son système politique fonctionne aussi bien que les chaînes de montage des usines Ford (2). Précédemment (1931), André Siegfried avait publié "Les États-Unis d’aujourd’hui", toujours utile (3).

LA RÉVOLUTION DU FINANCEMENT

    Le premier coup de génie de Bernie et de son état-major a été de déclarer solennellement que sa campagne serait une campagne du peuple, "by the people, for the people", en foi de quoi, seules les personnes physiques pouvaient financer sa campagne avec leur argent propre hors entreprise (corporate). Bernie a reçu 229 millions de dollars dont zéro des super Pacs – cf. Wikipédia pour la définition - alors que Clinton a reçu presque 345 $millions dont 100 $ millions de super PACS. Bernie a reçu de l’argent de plus de 7 millions de souscripteurs dont le versement moyen fut de $27 puis de $30 en fin de campagne. Si les Républicains trustent les million-dollars-donors, Hillary est bien présente dans la liste (20 fois) alors que Bernie est absent (d’ailleurs il aurait refusé ce financement). Pour confirmation, lire http://www.nytimes.com/interactive/2016/us/elections/election-2016-campaign-money-race.html 

    Voici les conditions à remplir pour financer la campagne de Bernie Sanders :

  1. This contribution is made from my own funds, and funds are not being provided to me by another person or entity for the purpose of making this contribution.
  2. I am making this contribution with my own personal credit card and not with a corporate or business credit card or a card issued to another person.
  3. I am not a federal contractor.
  4. I am at least eighteen years old.
  5. I am a U.S. citizen or lawfully admitted permanent resident (i.e., green card holder).

    Cette blancheur virginale (lol) a été pour lui un atout incommensurable. Depuis longtemps, beaucoup d’Américains n’ignorent pas/plus que le Big business est aux commandes et que les présidents en sont plus ou moins les marionnettes. Je crois que c’est à l’occasion du duel Nixon-Kennedy, en 1960, qu’on a dit que l’un était le candidat de Pepsi cola et l’autre de Coca cola, à moins que ce ne soit l’inverse. Aux États-Unis, plus ça change et plus c’est la même chose. Même pour les Démocrates, on peut dire qu’ils appliquent "la loi des milieux d’affaires" (Norman Birnbaum). C’est une des raisons qui font que l’abstention est massive et que des millions d’électeurs potentiels ne sont même pas inscrits sur les listes électorales. Avec des abstentions à 50%, le candidat élu à la Maison blanche ne représente guère que 25% des inscrits [4]Mais jamais on n’a pu adresser ce reproche à Bernie d’être le candidat des Corporations, entendez des grosses entreprises. Sa campagne a été celle du peuple. Il faut dire que cette année 2016, année de la présidentielle, a été préparée par un mouvement d’opinion inouïe aux États-Unis, le mouvement Occupy Wall Street. Occupy-Wall-Street enfante dans l’Ohio… Ce dernier est né après le crash de 2008 où les manipulations des banques, leur responsabilité dans la crise est apparu avec une clarté cristalline aux yeux des plus lucides des Américains. Ce mouvement a ancré dans l’opinion l’idée – brute de décoffrage mais fondamentalement juste – que la politique de Wall Street, au pouvoir à la Maison blanche depuis des lustres, fait les affaires de 1% de la population de l’Union et laisse se dégrader la situation des autres 99%. On a pu assister à des manifestations où les porteurs de pancartes affichaient des "I am the 99%" (j’appartiens aux 99%). Bernie a repris l’ensemble de cette argumentation évoquant sans relâche le 1%. Cela peut paraître sommaire mais c’est très nouveau pour la masse du peuple américain. Là, on est très rassembleur, l’antienne perpétuelle qui conclut les discours officiels est "God bless America", Que Dieu bénisse l’Amérique, c’est-à-dire tout le monde, riches et pauvres, as a whole, car Dieu ne distingue pas entre nous qui sommes tous méritants. C’est la nation américaine que l’on met toujours en avant, derrière la bannière étoilée. Cette distinction 1% vs 99% introduit au contraire un début d’analyse en termes de classes sociales, en termes de luttes de classes. C’est révolutionnaire.

    Ci-dessous lutte contre la "billionaire class"...

L’APPEL A LA SYNDICALISATION

Unions are my family. Standing with workers on picket lines is something I've done my entire life-- that's what I do and what I believe.

B. Sanders, 5 septembre 2016

                                                                                                         

 Oui, vous avez bien lu. Bernie qui veut que le peuple américain s’empare de son projet de Political revolution appelle les salariés à créer des syndicats pour mieux se défendre depuis le salaire minimum à $15/heure jusqu’à la lutte contre les traités commerciaux destructeur d’emplois (sic). Le candidat à l’élection présidentielle est intervenu devant les instances dirigeantes de l’AFL-CIO, il est allé soutenir des grévistes et s’est fait prendre en photo avec le piquet de grève, il a obtenu le soutien moral et financier du syndicat des infirmières américaines. Il a dit et répété que les États de l’Union où a été voté le salaire horaire minimal de $15 ont connu des mouvements sociaux avec manifestations syndicales et grèves.

    Il faut remonter à 1935 et au Wagner Act, dans le cadre du New deal du président F.D. Roosevelt, pour trouver une vraie politique présidentielle de soutien au syndicalisme. Au contraire, l’entrée des États-Unis dans la mondialisation des années 80’ s’est faite avec Reagan qui a démantelé tout ce qu’il pouvait, qui a lutté contre le droit de syndicalisation et de grève, suivant sa commère Thatcher. Cette législation du New deal relativement progressive pour l’époque et pour les États-Unis a été démembrée par la seconde Red scare d’après 1946 et la Guerre froide  puis par la politique de Reagan.

"En transférant les responsabilités fiscales aux États, les Républicains ont cherché à placer les Démocrates qui contrôlent une majorité des exécutifs et des législatures locales dans l'embarras. Le déclin de l'influence politique de syndicats dénoncés par le patronat comme un groupe égoïste parmi d'autres contribue par ailleurs au renforcement des liens - déjà étroits - entre le Parti démocrate et les milieux d'affaires (dont les contributions financières sont ardemment sollicitées). Lorsque les présidents Reagan et Bush ont démantelé ou allégé la réglementation fédérale sur l'environnement, la finance, la santé, l'industrie pharmaceutique et la sécurité sur les lieux de travail, ils ont agi avec d'autant plus de liberté qu'ils savaient pouvoir compter sur le soutien ouvert ou tacite de nombreux élus démocrates. Les Américains se sont ainsi trouvés sans défense face à la baisse des salaires, au chômage, aux défaillances des services publics, à l'angoisse devant l'impossibilité de se soigner et de financer des études supérieures".[5]

ci-contre : B. Sanders - candidat officiel à l'investiture démocrate en 2019- soutient les grévistes de l'UCLA !








L’APPEL A UNE PARTICIPATION ÉLECTORALE INÉGALÉE

 Je le répète, Bernie appelle à une political revolution.

Il a répété à chaque discours la différence entre oligarchie et démocratie. Pointant du doigt pédagogique tel ou tel participant : "you have a vote, you have a vote and you have a vote, that is democratie » mais quand les millionnaires du 1% achètent les campagnes électorales par leurs financements, "that is not democratie, that is oligarchy". L’oligarchie, on pouvait la photographier lors des réunions organisées par Clinton avec George Clooney –que, pourtant, l’on aime bien- avec droit d’entrée fixé à $300.000, oui trois cents mille dollars.

Mais cette vieille opposition entre l’âne et l’éléphant devient progressivement obsolète.



"Le fonctionnement des institutions rallient beaucoup moins de suffrages : les Américains votent moins que quiconque et de moins en moins au fur et à mesure que l’élection devient plus locale ; leur mépris pour le personnel politique va croissant" (M.-F. Toinet, article cité).

    Les choses ne se sont pas améliorées depuis cet article publié en juin 1992. Clinton est toujours (juillet 2016) sous le coup d’une enquête du F.B.I. au sujet de ses @mel envoyés par son matériel privé pour le compte du Secrétariat d’État à la Défense qu’elle dirigeait lors du premier mandat Obama. Et combien de fois Bernie lui a-t-il reproché le financement de sa campagne par les intérêts pétroliers et gaziers ce qui rendaient parfaitement vaines ses promesses de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre ? Près de la moitié des électeurs Sanders aux primaires démocrates refusent de voter pour elle. Pour eux, c’est Bernie or bust. Bernie ou rien.

  

 Le rejet des deux vieux partis est tel qu’aujourd’hui les Américains se déclarent, pour un quart Républicains, pour un autre quart Démocrates et à 44% ils se déclarent indépendants. Ces indépendants sont le cœur, la tête et les jambes de l’électorat Sanders. Bernie a été prié, supplié de se présenter comme candidat indépendant. Qui vivra verra. Dans l’État de New-York, gros fournisseur de délégués à la Convention finale du choix du candidat- les primaires étaient "fermées" entendez réservées aux seuls membres du parti Démocrate, inscrits depuis un certain temps. Les indépendants, massivement pro-Sanders, massivement exclus, n’ont pas pu voter. Depuis toujours le parti démocrate new-yorkais est une machine bien huilée, qui rappelle le fonctionnement des fédérations socialistes du Nord-Pas-de-Calais, si vous voyez ce que je veux dire. En 2008, Clinton obtint 67% des votes de l’ État-empire face à Obama, en 2016, elle a obtenu 67% des votes face à Bernie Sanders. Avec quelque malice, Bernie a publié ce communiqué dans lequel il constate que le seul État de la côte Est (entre la Nouvelle-Angleterre et la Virginie qui relève du sud) où il a gagné sur Clinton est le Rhode-Island où les indépendants avaient le droit de vote aux côtés des Démocrates (primaires ouvertes) :

"I am proud that we were able to win a resounding victory tonight in Rhode Island, the one state with an open primary where independents had a say in the outcome. Democrats should recognize that the ticket with the best chance of winning this November must attract support from independents as well as Democrats. I am proud of my campaign’s record in that regard".

Bernie n’a eu de cesse de répéter que "lorsque la participation électorale est faible, les Républicains – et il évoquait la menace Trump – gagnent, mais si la participation est élevée, ce sont les Démocrates". On ne peut que constater la similitude du constat avec la France, l’abstention et le vote FN. Il faut donc faire s’inscrire les électeurs potentiels. Concernant les abstentionnistes, Bernie a réussi à faire bouger les lignes. Voici quelques citations cueillies au gré de mes pérégrinations sur le web américain.

1) He restored my faith in a politician first time in my life.

2) I would never imagine in my life that one day I will go to polling station and cast my vote for anyone. Bernie, my 1st vote of my life is for you.

3) I am so grateful that I get to be a part of this revolution. I’be been waiting 45 years for this opportunity! Bernie Sanders is a miracle. Thanks for your passion and fire, John! Keep up the glow!

4) Bernie, you rock! Each of your speeches awakens and inspires a new seed within me. May the garden continue to grow! I'm over 50 and I've learned so much and understand so much more than I used to. You've reawakened the American Dream for me which encourages me to believe that all I have worked toward my entire life is FOR something again ... or more accurately, it CAN be for something again if we all pull together and elect you to lead the way. Today, I really understand "Not me. US." in an entirely new way. WE must stand up for what is right for ALL of us. Thank for helping us to understand the issues and what we can and must do to create real and positive change for ALL people. Knowledge is power and the knowledge that you're sharing with us gives us the inspiration and some of the tools we need to return the power to the people. Thank you!  Ce qui valut cette réponse :

5) Dan Allenil y a 5 jours, +Lisa Buckalew : Exactly the same for me. You took the words right out of my mouth. Thanks to Bernie, I'm wide awake, informed and part of the movement. Once we get the power back, we're going to hold on to it for life

Ce type de déclarations publiques sur les réseaux sociaux se chiffre en milliers.

 

 

 sera continué...

Etats-unis : la révolution Sanders (2ème partie)

 ajout pour la campagne 2020 :
- In 2016, Bernie inspired me & in 2018 I signed up to run for school board & won. There are many reasons why I endorse @BernieSanders but the biggest reason is that I wouldn't have run for local office if it wasn't for him asking all of us to get involved - I'm all in. @voteelizabethp



[1] Sauf l’Huma, of course… mais sa pagination est limitée. Le Monde n’a guère parlé que de Clinton, femme de l’establishment et de l’absence de changement, il a parlé de l’épouvantail Trump. Concernant Sanders, Le Monde n’a fait que le dénigrer ce qui ne surprend plus que les imbéciles. 

[2] Une édition électronique réalisée à partir du livre d'André Siegfried, Tableau des États-Unis. 6 cartes et graphiques Paris: Librairie Armand Colin, 1958, 3e édition, 347 pp. Collection: Sciences politiques. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine, Chicoutimi, Saguenay, Québec.

[3] "Les États-Unis d’aujourd’hui", A. Colin éditeur, Paris, 1931, 362 pages.

[4] "50% seulement des électeurs votent lors d’une consultation de ce type (présidentielle, JPR) ; ils sont à peine 40% lors des autres élections", Birnbaum, article cité.

[5] Norman BIRNBAUM, article cité.

Etats-Unis : un phénomène nommé Bernie

publié le 1 sept. 2015 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 avr. 2016 à 07:59 ]


Bruno Odent
Mardi, 1 Septembre 2015
L'Humanité
Photo : Wim Mcnamee/Getty Images North America/AFP
De meeting en meeting, Bernie Sanders remplit les salles. Les enquêtes lui accordent désormais 28% des intentions de vote. Photo : Wim Mcnamee/Getty Images North America/AFP


    Le candidat «socialiste» à l’investiture démocrate pour la présidentielle émerge en s’appuyant sur un mouvement de fond dans la société.

    De sondage en sondage, de meeting en meeting, il crée la surprise. Quand Bernie Sanders s’est porté candidat à la présidentielle de 2016 dans les primaires démocrates, pas un des grands médias nationaux ne lui avait pourtant accordé la moindre attention. Soutenu par les « démocrates progressistes », il était promis à plafonner au mieux sous la barre des 5 % face à la grandissime favorite, Hillary Clinton. Et voilà que, quelques semaines plus tard, le vieux routard socialiste remplit les salles (28 000 personnes à Portland, 15 000 à Seattle ces derniers jours) et affole les compteurs des enquêtes d’opinion. L’une d’elles le place même en tête des intentions de vote devant Clinton pour la première joute officielle de l’an prochain, celle du New Hampshire, organisée le 9 février. Et au plan national, des enquêtes lui accordent désormais jusqu’à 28 % des intentions de vote (contre 48 % à une Hillary Clinton en perte de vitesse).

    Il suscite l’intérêt des syndicats

    S’il a décidé de participer à la primaire démocrate, Bernie Sanders le fait en « indépendant ». Car il a pris ses distances depuis longtemps avec un parti qu’il juge pour le moins trop recentré, lui qui a le courage depuis des lustres de s’affirmer « socialiste », l’équivalent d’une injure dans un pays où les traditions héritées du maccarthysme ont conservé quelque vigueur. Le sénateur du Vermont, aujourd’hui âgé de 73 ans, n’a pas dévié de ce credo depuis qu’il est entré en politique au milieu des années 1960. Que ce soit sur le front intérieur ou sur celui de la politique étrangère, quand il s’opposa à la guerre du Vietnam ou quand il soutint, un peu plus tard, le mouvement sandiniste du Nicaragua. Et c’est sur une étiquette « socialiste » qu’il se fera élire maire de Burlington dans le Vermont en 1981. Son socialisme s’inspire beaucoup du modèle suédois, tout au moins ce qu’il fut à l’origine, avec un État-providence et des services publics extrêmement développés. C’est encore avec ces références que Sanders devint sénateur du Vermont en 2006 et fut réélu haut la main en 2012. Le célèbre linguiste Noam Chomsky dit de lui qu’il est « un démocrate version New Deal ». Soit, précise-t-il, « très à gauche dans le contexte politique actuel ».

    La fidélité à ses engagements et son image intègre sont bien entendu pour beaucoup dans le niveau de popularité atteint par le candidat Sanders ces derniers jours. Mais le vent du phénomène Sanders – « Feel The Bern » est devenu le slogan de sa campagne –, Bernie le doit bien davantage à sa rencontre avec un vrai mouvement de fond dans la société contre l’explosion des inégalités et à la plongée concomitante dans la précarité d’une grande partie des salariés et des couches moyennes. À contre-courant du néolibéralisme ambiant, il propose d’étendre comme jamais l’État-providence en le libérant de la férule des assurances privées. Un moyen, dit-il, de trouver « la voie de l’efficacité économique ». « Des dizaines de millions de nos citoyens » pourraient ainsi, précise-t-il, « accéder aux soins de qualité ou à la véritable couverture vieillesse dont ils sont aujourd’hui exclus ». Il réclame une réforme fiscale taxant Wall Street et les plus riches, l’instauration d’un congé maternité payé par l’entreprise, ou encore la gratuité des premières années de l’enseignement universitaire pour échapper à une sélection par l’argent toujours plus impitoyable à l’entrée des facs.

    Avec Show Me 15, un groupe d’associations et de syndicats qui luttent pour l’instauration d’un salaire minimum à 15 dollars, le candidat à la primaire démocrate plaide pour une hausse conséquente du SMIC (toujours un peu plus de 7 dollars aujourd’hui au plan fédéral). De quoi susciter l’intérêt de nombreux syndicalistes, qui n’ont pas hésité à lui proclamer leur soutien. Et ce mouvement-là est d’une telle ampleur que Richard Trumka, le président de l’ AFL-CIO, proche de la direction du Parti démocrate, a cru bon de sortir de sa réserve en juillet pour affirmer que les dirigeants des fédérations syndicales nationales ne sauraient « en aucun cas » manifester « de préférence pour l’un des candidats en lice » dans la primaire démocrate. Ce rappel à l’ordre qui constitue une première dans l’histoire du syndicat en dit long sur les craintes de l’élargissement d’un ralliement syndical à Sanders dans l’état-major démocrate. D’autant qu’au moins un syndicat, celui des infirmières, n’a pas craint à la mi-août de transgresser les consignes de Trumka pour lui apporter explicitement un soutien… national.

    Le phénomène Sanders se nourrit de la montée de la défiance des citoyens pour le monde politique traditionnel. Le sénateur du Vermont ne perd pas une occasion pour en pointer l’origine : « Les milliardaires, lance-t-il, ont plus d’influence sur la campagne présidentielle que les candidats eux mêmes ! » Seul adversaire crédible des « logiques Trump » – du nom du milliardaire new-yorkais d’extrême droite qui fait aujourd’hui la course en tête de la primaire républicaine –, Bernie Sanders a réussi à financer sa propre campagne grâce à des dizaines de milliers de dons d’électeurs anonymes. Leur montant moyen ne dépasse pas 31,30 dollars. Somme avec laquelle « on ne peut pas acheter un homme politique », fait-il savoir avec ironie.

    Si Hillary Clinton, qui dispose d’un appui ostentatoire de Wall Street et possède donc d’immenses réserves en matière de communication, n’apparaît en aucun cas, à ce stade, déchue de son statut de grandissime favorite du scrutin, Bernie n’en a pas moins déjà dépassé ses objectifs. En faisant émerger comme jamais ses idées « socialistes » dans le débat public.

 

QUEBEC : le printemps érable...

publié le 6 janv. 2015 à 10:05 par Jean-Pierre Rissoan


QUEBEC : le printemps érable...

publié le 28 août 2012 19:17 par Jean-Pierre Rissoan
   
        Je vous invite à regarder cette vidéo bouleversante sur la lutte des étudiants du Québec qui luttent contre le doublement des droits d'entrée à l'université. Un tarif qui ferme la porte à la majorité des enfants du peuple.
La gauche renaît au Québec.


Vive le Québec libre !

http://www.youtube.com/watch?v=NtY6S6TpyDw&feature=email



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