Amérique du nord

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Floride : une élection, un jour....

publié le 15 nov. 2016 à 05:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 févr. 2017 à 08:44 ]


    Voici un article qui exploite un autre article publié dans LE PROGRÈS du 10 novembre après la catastrophe que vous savez. C’est un point sur la carte des immenses États-Unis mais il apporte des informations utiles. Après quoi je donnerai les résultats globaux de la Floride comparés à ceux de 2012. Je saute sur l’occasion pour vous inviter à lire l’article que j’avais écrit après cette réélection d’Obama,Quelques réflexions sur la présidentielle américaine de 2012... il n’y a rien à ajouter quant aux tendances fondamentales du scrutin. Sauf que cette fois c’est l’extrême-droite américaine qui a gagné. Je donne une citation prophétique (encore une...) d’André Siegfried qui écrit en 1928 : "On n'exagérera pas en disant que (...) deux civilisations s'affrontent pour la conquête du gouvernement : la nouvelle civilisation, industrielle et cosmopolite, des grandes cités de l'Est, et celle, plus ancienne, plus traditionnellement américaine, des campagnes et des villes moyennes".  Trump est l'élu de cette Amérique-là, alors que les États baignés par les océans ont largement voté pour le parti démocrate (81% pour l'ensemble de la Californie qui donne 19% à Trump...). J.-P. R.

Les "Villageois" de Floride qui ont choisi Donald

    Ce sont des immigrés intérieurs. Ils modifient la démographie d'un État : la Floride. Blancs et aisés pour la plupart, âgés de plus de 60 ans, ce sont les "Villageois" version 2016, ils ont élu domicile ces dernières années à The Villages (sic), 15 km2 aux hameaux bien gardés, 49 golfs et leurs centaines de voiturettes entre les palmiers, des commerces, des médecins, un Centre contre la perte de la mémoire et même... un McDonald's.

  

 "The place to be", le matin. Après les résultats de la nuit un seul sujet de discussion pour ces retraités encore actifs : la victoire de Trump. "On a besoin d'un vrai changement", dit Skip, entouré de trois amis aux cheveux gris sous les casquettes de base-ball, "je ne faisais plus du tout confiance à Hillary, même si j'ai déjà voté démocrate". Sur quels thèmes le discours de Trump l'a convaincu ? "il va nous ramener la stabilité, il est fort, il va soutenir les militaires !" Même sentiment chez Nancy, originaire du Kansas. "Le gouvernement est trop corrompu, il fallait le battre", soutient-elle fermement, "je suis très contente de ce qui s'est passé cette nuit, le peuple a parlé". Elle a voté Trump "Pour le business dont nous avons besoin pour remettre les gens au travail. Pas vraiment pour l'homme, qui manque vraiment de classe... ".

    6O% (69% en réalité, JPR) de voix pour Trump

    The Villages, né d’un projet fou à la fin des années 60, accueille 157 000 personnes. C'est l'endroit des États-Unis qui connaît la croissance démographique la plus folle, et ce n'est pas fini si l'on en juge les chantiers en cours. Les règles communautaires sont strictes : un membre de la famille à plus de 55 ans, et pas de familles avec des enfants de moins de 19 ans. Le comté de Sumter est ainsi devenu en très peu de temps le plus vieux (et l'un des plus riches) des États-Unis. Il a voté à 60 % pour Trump (69% selon le NYTimes). Shirley fait partie des exceptions démocrates. "J'ai peur pour mon pays, on est la risée du monde", regrette-t-elle. Steve, lui, originaire de l'Indiana, valide les départs du golf. "Politiquement, je suis un indépendant, c'est un peu une exception ici, au milieu des Républicains", glisse-t-il. Ce passionné de photo se dit inquiet "en partie à cause de Trump".

    La Floride, État-clé dans le résultat de mardi, balance entre deux âges, entre deux options démographiques, ce qui en fait un "swing state" : les jeunes, souvent hispaniques, qui viennent travailler dans le cadre de l'explosion des loisirs, les retraités qui choisissent l'État du soleil pour leurs vieux jours.

    "Réveiller le peuple américain"

    Ce golfeur, Ron Howard, vêtu d'un vert chic, assume : "Avec Trump, c'est un appel au réveil du peuple américain, je suis très heureux", souligne ce robuste vétéran de l'Air Force (l’armée de l’air des USA, JPR). "On ne peut plus intervenir dans le monde avec une armée faible" (sic, jpr), poursuit-il "on ne gagne plus les conflits dans lesquels on s'engage... ". L'ancien officier adhère aussi aux projets de Trump concernant les frontières : "Il faut qu'on soit plus ferme pour faire entrer des bons citoyens, et pas de terroristes".

Envoyé spécial en Floride, Xavier Frère

FIN DE L’ARTICLE DU PROGRÈS.

    L’auteur de l’article mêle trois niveaux d’analyse : le niveau de l’État fédéré de Floride, le niveau du comté de Sumter, et le niveau tout à fait local de The Villages. Pour ce qui concerne ce dernier, il s’agit selon toute vraisemblance d’un ghetto de riches, Wiki en donne la définition suivante :

Une résidence fermée ou un quartier fermé est un type de copropriété sécurisée ; on trouve également le terme de "gated community", désignant plus spécifiquement les résidences nord-américaines, disposant d'un statut spécifique. Elle se présente sous la forme d'un regroupement de demeures, entouré par un mur ou un grillage et disposant d'équipements de protection — vidéosurveillance, gardiennage — qui l'isolent du tissu urbain ou rural environnant. Son accès est réservé aux seules personnes autorisées, à savoir ses résidents, leurs invités et les services publics. Le fonctionnement des installations de sécurisation est financé par les redevances réglées par les copropriétaires.

    Ces copropriétés sont vendues à des retraités du nord des États-Unis –le journaliste cite seulement le Kansas et l’Indiana-. Des conditions sont posées pour y avoir accès : d’abord une pension de retraite élevée (condition non écrite mais implicite). Le prix de trois villas dépasse le million de dollars, l’échelon intermédiaire est placé à hauteur de 200.000/250.000 dollars. L’article de l’encyclopédie wiki – entrée "The Villages"[1] – nous donne plein d’informations, je vous y renvoie. Le revenu médian par famille est de $45.000. Il est de $57.000 per capita pour les hommes et de $26.000 pour les femmes. Ensuite il y a des conditions d’âge : pas de moins de 18 ans, au moins une personne de 55 ans dans la famille. Au total l’âge médian est de 66 ans. Plus de 80% des résidents sont des "couples mariés vivant ensemble"[2]. Tous ces éléments combinés font que 98,4% des habitants de The Villages sont des Blancs. 0,5% seulement sont des Noirs.

    Tout cela vote massivement républicain : en moyenne 2/3 vs 1/3 pour les Démocrates (alors qu’au niveau fédéral on est dans le 50/50...).  Il est fort dommage que le journaliste ne nous donne pas les résultats de The Villages intra-muros.

    Concernant les arguments avancés, on aura remarqué la place donnée au militaire. Il y a une demande de recours à la force, de renforcer l’interventionnisme américain. L’accusation de corruption est un peu surprenante, Obama n’a pas créé de scandales sur ce plan, alors que le républicain Bush-jr n’est pas très propre. Nancy demande une politique favorable au business censée créer des emplois. Cette politique, en France par exemple, ne donne aucun résultat si ce n’est l’enrichissement du grand patronat. L’ancien officier de l’Air force semble oublier que les massacres du type Colombine sont le fait d’Américains bien de chez eux et sont les symptômes d’une société bien malade. Nancy admet que Trump manque de classe mais vote quand même pour lui, signe que c’est la politique qu’il annonce qui l’a faite se décider et pas ses cheveux javellisés.  

        Voici maintenant les résultats pour la Floride et le comté de Sumter, comparés à ceux de 2012. Le parti Éléphant (R.) a la couleur ROUGE ; l'Âne (D.) a la couleur BLEUE. (sources : tableau établi à partir des statistiques du New-York times).

 

Année

Partis

État de FLORIDE

Comté de SUMTER

Exprimés

%

+/_

Exprimés

%

+/-

2012

D.

4.235.270

50

 

19519

32,3

 

R.

4.162.081

49,1

 

40644

67,2

 

2016

D.

4.485.745

47,8

 

22631

29,5

 

R.

4.605.515

49,1

 

52722

68,8

 

D.

+250.000

 

-2,2%

+ 3112

 

-2,8%

R.

+444.000

 

0

+12078

 

+1,6%

    Éléments d'analyse :    
-         
La Floride est un État de la "Sun belt", ceinture du soleil. Ses atouts lui permettent une florissante industrie touristique, la réception de nombreuses PME/PMI hors sol, c’est-à-dire indifférentes à la présence de matières premières ou de source d’énergie mais sensibles à l’environnement pour ses cadres et dirigeants), enfin l’accueil de nombreux retraités de tous les États-Unis. C’est donc un État en perpétuel accroissement démographique.
-         
Les statistiques américaines ne donnent pas le nombre d’électeurs inscrits et c’est fort regrettable mais ce croît démographique explique que les deux principaux candidats peuvent voir, chacun, le chiffre de leurs électeurs augmenter. Mais si l’âne gagne 250.000 voix, l’éléphant en gagne 444.000 ! Il faut donc réfléchir en termes de suffrages exprimés. (NB. Il y avait de petits candidats qui ont obtenu le pourcentage qui permet d’arriver à 100% des exprimés).
-         
Le parti Républicain garde le même pourcentage qu’en 2012. On ne peut en aucun cas parler de raz-de-marée trumpiste. Mais Clinton perd 2,2% par rapport à Obama-2012 et cela suffit pour passer en seconde place. C’est un recul de Clinton et de la machine démocrate qui explique le succès de Trump.
-         
Le comté de Sumter qui possède en son sein The Villages est un comté de riches retraités qui vote pour le parti du Business (même si Trump a su se rallier ailleurs  des voix d’électeurs plus pauvres) : avec presque 70%, il domine de façon éclatante la vie politique de ce coin de la Floride. Les nouveaux arrivants ont voté massivement PR (+12.000 v. par rapport à 2012) alors que peu ont rallié le parti Démocrate (+3.000 v. seulement). Le PD perd 2,8% et le PR gagne 1,6% par rapport à la présidentielle 2012. Ici est justifiée la vieille opposition entre l’éléphant, parti des Affaires et de ceux qui en profitent, et l’âne, parti des minorités : noirs, femmes, latinos, natives (descendants des Indiens), LGBT… On ne pourrait pas être aussi affirmatif dans d’autres États. 




[1] Voir le site http://www.thevillages.com/ ; édifiant.

[2] Si bien que, si les mots ont un sens et si j’ai bien compris, ces familles ont un revenu médian de (57.000 + 26.000 = ) $83.000 soit €77.000.






Etats-unis : la révolution Sanders (2ème partie)

publié le 21 oct. 2016 à 02:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 nov. 2016 à 06:24 ]


    je poursuis mon analyse de ce que j'ai appelé la "révolution Sanders". Le spectacle lamentable, honteux, effrayant pour la démocratie que donnent les "débats" entre Trump et Clinton, montre à quel point son absence au second tour est handicapant pour la politique américaine et pour la paix mondiale. lien 1ère partie : États-Unis : la révolution SANDERS (1ère partie)
   

    Voici donc la seconde partie de ce j’appelle la "révolution" Sanders. Pour la définition du mot "révolution", je vous renvoie à  Mais qu’est-ce que la "révolution" ? question à Zeev Sternhell Dans la première partie, j’ai distingué comme éléments de cette révolution : la participation individuelle/personnelle au financement de la campagne électorale en lieu et place des trusts et des one-million-dollars-donors, l’appel à la syndicalisation et à la combativité des syndicats, l’appel à une participation électorale massive qui irait bien au-delà des 50-55% des électeurs inscrits habituels.

Faire du Parti Démocrate un vaste parti de masse

    Bernie Sanders a contesté l’organisation des primaires par le parti Démocrate actuel. Pourtant il s’est présenté aux primaires de ce parti. Je pense que ce comportement s’explique par l’histoire et la tradition électorales des États-Unis. André Siegfried dit à ce sujet : "En France nous avons, à droite et à gauche, des gens hostiles au régime. S'il y en a aux États-Unis, aucun droit ne leur est reconnu, ce qui limite singulièrement le champ de la discussion : on ne peut argumenter qu'à l'intérieur du système". On ne peut argumenter qu’à l’intérieur du système… voilà un élément important. Et, de fait, Sanders a pu se présenter devant des millions d’électeurs lors d’élections primaires qui sont entrées dans les mœurs politiques des Américains et qui sont organisées quasi officiellement. Lorsque on le pressait de se retirer, les dernières élections sur la côte Est ayant montré que son retard sur Clinton était irrattrapable, Sanders a maintenu le combat. Mais cela lui a permis de faire la démonstration éclatante que 2,3 millions de Californiens[1] étaient en sa faveur !! S’il s’était retiré, qui l’aurait su ?

    Mais cet argument peut s’étioler à l’avenir. Ces primaires étaient valables lorsqu’il n’y avait que l’âne et l’éléphant. Aujourd’hui, analystes et sondeurs s’accordent à dire que, grosso modo, un quart des Américains se reconnaissent dans le parti républicain (l’éléphant), un autre quart dans le parti démocrate (l’âne) et 44% se déclarent indépendants … 44% ! C’est pourquoi nombre d’amis de Bernie le pressèrent de se présenter, le 8 novembre, avec l’étiquette indépendant.

    Une chose est sûre, ces électeurs indépendants, particulièrement nombreux dans les métropoles n’ont pas toujours pu s’exprimer. A New York, par exemple, où Bernie a pu s’exprimer dans ses rallyes mais où seuls pouvaient voter les membres du parti démocrate inscrits depuis un certain délai (primaires dites fermées). C’était le priver de centaines de milliers de voix. New York est réputée cadenassée par la machine du parti démocrate.

"Les machines sont des organisations politiques spécialisées dans le clientélisme, (…). La machine politique est une organisation conçue pour gagner les élections en mobilisant des clientèles dans le cadre de relations personnelles et de solidarités ethniques. Les machines ne cherchent pas à mobiliser leur électorat en fonction de son intérêt, de ses valeurs ou d'une idéologie; la fidélisation des clientèles repose sur la distribution d'incitations matérielles, notamment des emplois publics (et le logement ? JPR) (…). La bureaucratie (l’auteur veut dire l’administration laquelle applique les lois et règlements du pouvoir central) fonctionne selon des règles, et refuse, par principe, toute dérogation au règlement et a fortiori toute faveur personnelle, toute exception pour les situations particulières. La relation de clientèle repose au contraire sur les faveurs, les recommandations personnelles, l'amitié, la corruption, la solidarité identitaire".[2]  

Dans l’État de NewYork, l’immense majorité des comtés ont voté pour Sanders mais Clinton obtient 58% des voix grâce à la ville de New York où elle obtient 63,4% (dont 70% dans le Bronx). http://www.nytimes.com/elections/results/new-york. J’ai cité dans la première partie, cette analyse mêlée d’ironie de B. Sanders qui observe qu’il a gagné dans le seul État de la Côte Est (Rhode Island) ayant des primaires ouvertes aux indépendants, tenues le 26 avril, alors qu’il a été devancé dans tous les autres (NY, Connecticut, Delaware, Maryland, Pennsylvanie) aux primaires fermées.

A cela s’ajoute le problème des "super-délégués" au nombre de 640 environ. Je pense que c’est une disposition prise par la nomenklatura du parti pour éviter la candidature d’un candidat comme B. Sanders précisément, trop à gauche, trop dangereux, et le jour de la Convention terminale, on jette ces 640 voix (non élues lors des primaires) dans le plateau du candidat préféré de l’Establishment … Grâce aux primaires fermées, on n’eut pas besoin de s’en servir. Mais durant la campagne on ne cessait de dire à Sanders "avec les super-délégués, Clinton est largement devant vous, laissez-donc tomber, etc... ". Tout fut fait pour décourager l’électorat de Bernie et jusqu’au soutien de la nomenklatura à la campagne de Clinton (on a retrouvé les @Mel envoyés aux États donnant quelques recettes pour faire barrage à Sanders)…

C’est pourquoi Bernie propose un nouveau parti démocrate, plus ouvert, notamment aux jeunes générations, un nouveau parti qui mériterait vraiment son nom. Il faut que les Américains apprennent à "faire de la politique", pas seulement au moment de l’élection présidentielle, comme ils ont commencé avec le mouvement spontané "Occupy Wall Street ".

Révolution dans l’enseignement supérieur

    Dans de nombreux États, les sondages indiquaient que 80% des électeurs de moins de 25 ans votaient pour Bernie Sanders. Affirmation vérifiable empiriquement : il suffisait d’observer les participants à ses meetings au début de la campagne des primaires (j’écris "au début" parce qu’ensuite, le succès aidant, des adultes plus mûrs les ont rejoints)… Il est incontestable de cette campagne a vu la mobilisation massive de la jeunesse américaine.

Sanders proposait ni plus ni moins que la gratuité de l’accès aux collèges et aux universités (Tuition free) et l’annulation progressive des dettes étudiantes (Debt Free).

Son argumentation est simple et connue : les connaissances évoluent, sciences et techniques s’améliorent quantitativement et qualitativement, l’avenir des États-Unis exige que la jeunesse maîtrise ses savoirs. Le coût d’entrée dans l’enseignement supérieur est un obstacle à cette exigence incontournable. Des études – hors campagne électorale - ont affirmé que de nombreux étudiants états-uniens étaient prêts à donner/vendre un de leurs organes pour financer la fin de leurs études (de l’ordre du quart des étudiants). C’est abominable. A ce comportement extrême il faut ajouter une plus grande banalité : le travail salarié des étudiants contraints à cela pour payer les coûts de scolarité.

Très intelligemment, B. Sanders a lancé cette mesure de son programme "It’s Time to Make College Tuition Free and Debt Free" –associée aux autres car l’ensemble forme un tout cohérent – comme un pas vers le retour au RÊVE AMÉRICAIN. Le rêve américain, aussi discutable soit-il, est un constituant de l’histoire de l’Union. La situation actuelle, faite au peuple américain, tourne au cauchemar. Le candidat Trump propose lui-aussi le retour du "rêve" mais avec lui, ce sera à nouveau "le renard libre dans le poulailler libre", ou "l’homme, un loup pour l’homme". Sanders fait appel à la justice qui profite à tous. Il y a Justice car les étudiants consciencieux et bosseurs seront les seuls concernés. (NB. Clinton a accepté cette mesure dans son programme avec plafond de ressources pour les parents).

Ouvrir une école, c’est fermer une prison (V. Hugo)

    Non, ce n’est pas une citation de Bernie Sanders, c’est moi qui ai fait le rapprochement.

    Bernie Sanders propose une réorientation complète de la politique pénale des États-Unis. Il dit carrément que son pays enferme plus de prisonniers que la Chine-Pékin ! Le nombre des détenus est de 2millions 300.000 soit 750 prisonniers pour 100.000 habitants. 23% de la population carcérale mondiale se trouvent aux États-Unis qui ne représentent que 5% environ de la population de la planète. En France le taux d’incarcération est de 102/100.000 et pour la Chine-Pékin 122/100.000. Pour compléter ce tableau sinistre par une note dégoûtante, sachons que nombre de prisons sont des entreprises privées[3]. (Voir l’article wiki : Liste des pays par population carcérale). De surcroît, 50% des détenus sont noirs alors que cette communauté représente 10% de la population états-unienne.

Si la France avait la même politique que les États-Unis, elle compterait 330.000 prisonniers au lieu de 67.000 actuellement.

Tout cela est condamné par Sanders lequel propose une vaste politique de prévention et le développement massif de l’éducation, la fin des prisons privées. L’emprisonnement de longue durée et la peine de mort – encore pratiquée dans 30 États sur 50 – reposent sur l’idée que l’homme est peccamineux et irrécupérable, sur un vieux fond calviniste qui a fait croire que le pécheur est victime d’un décret divin : il est donc inutile d’aller à rebours des voix du Seigneur.

Mettre en avant l’instruction, la rééducation, l’apprentissage relève d’une toute autre conception de l’homme, résolument optimiste et progressiste.  

Améliorer la condition féminine

    A écouter Bernie Sanders, on constate que, dans le domaine social, les "States" présentent des aspects de sous-développement. The Republican party (has) denying women control over their own bodies, preventing access to vital medical and social services, and blocking equal pay for equal work. Le parti de Sanders accuse nommément le parti Républicain – où, il est vrai, on rencontre des fondamentalistes chrétiens particulièrement obtus – pour éviter de s’en prendre à Obama lequel, en 8 ans de mandat n’a pas fait grand-chose. Mais Sanders ne veut pas être accusé d’affaiblir le camp démocrate…

Par rapport à un homme WASP, une salariée blanche perd presque 24% de différence de salaire à travail égal. Cela peut aller jusqu’à presque 50% pour une travailleuse américaine originaire d’Amérique latine. Les salaires féminins doivent être augmentés et doivent rattraper celui des hommes en quelques années.

Les femmes doivent avoir la libre disposition de leur corps ; le Planning familial doit être soutenu financièrement et développé, la santé des femmes doit être protégée tant en ce qui concerne la contraception que la pratique de l’avortement qui sera légalisée au niveau de toute l’Union et sera médicalement surveillée.

Il est inacceptable que le coût d'un programme de garde d'enfants et de protection de l'enfance de qualité soit hors de portée de millions d’Américains. Les femmes américaines doivent pouvoir bénéficier de 12 semaines de congé parental payé, de 2 semaines de congés payés et d’une semaine de jours de maladies payés - so that women can stay home to take care of a sick child, among other things -.

Le système de sécurité sociale doit être généralisé. "Women will benefit the most by expanding Social Security. More than twice as many elderly women lived in poverty than men in 2013. Without Social Security, nearly half of all elderly women would be living in poverty".

Bernie Sanders résumait tout cela en affirmant haut et fort que "les femmes doivent cesser d’être des Américains de seconde zone". Pour tout savoir : https://berniesanders.com/issues/fighting-for-womens-rights/   

Révolution dans l’accès aux soins

    "The epidemic of price gouging in the drug industry is obscene. Their greed is putting millions of lives at risk." (Tweet de B. Sanders du 6 septembre 2016) : l’augmentation des prix des médicaments par l’industrie pharmaceutique est aussi brutale qu’obscène. Leur avidité met des millions de vies en danger.

 

Préserver l’avenir de la planète

    Empowering Tribal Nations et suivre leur sens de l’écologie.

    We have a debt that we owe the Native American people that we can never fully repay. (12 Septembre 16) https://twitter.com/berniesanders?lang=fr

 

Reconstruire la « classe moyenne »

    C’est un lev-motif de l’argumentation de Sanders : la diminution, l’affaissement numérique de la classe moyenne, le célèbre middle class américaine. C’est une notion et, simultanément une conscience qui sont nées au terme des années 1932-1952 – vingt ans de gouvernement du parti démocrate, souligne Siegfried -. Le new deal de F. Roosevelt poursuivi par le keynésianisme de Truman ont fait entrer les États-Unis dans l’ère du welfare-state, à l’image des pays d’Europe occidentale (mais à un degré moindre). Notons que sous la présidence Nixon – Éléphant (1969-1974) – on entendait dans les couloirs de la Maison blanche "nous sommes tous des keynésiens"…

    Dans son manuel de géographie pour les classes terminales (Belin, 1961), Victor Prévot écrivait : "le revenu annuel moyen de chaque famille américaine est de $5.000. Sept millions de familles disposaient de $3.000 ou moins ; Cinq millions de famille disposaient de $10.000 ou plus." Ente ces deux extrémités, on a l’immense classe moyenne au sein de laquelle on trouvait les cols bleus qualifiés (c’est-à-dire des ouvriers). Reprenant les analyses de Siegfried, Prévot écrit "ouvriers et patrons ont sensiblement la même vie. Un portier d’hôtel s’en va le soir dans la rue dans une voiture analogue à celle qu’il a ouvertes toute la journée". Il s’agit vraisemblablement de patrons de TPE, et non pas du 1% dénoncé par Occupy Wall Street puis Bernie Sanders… Mais le ressenti – comme on dit en météo – est certainement exact : on ne voyait pas (trop) de différence de classe. D’ailleurs, écrit Siegfried, les ouvriers (américains) n’ont pas de conscience de classe… Prévot nous dit aussi, toujours en 1960, que 70 millions de voitures circulent dans l’Union (sur 110 millions dans le monde entier), toutes les familles, à peu près, disposent de la TV et d’un réfrigérateur, que 60% des Américains sont propriétaires de leur maison. D’où sa conclusion : l’essor des années 1932-1952 a généralisé la condition petite-bourgeoise (sic). Sachant que l’expérience de Roosevelt est à la base de la réflexion théorique de Keynes, on peut parler, a posteriori, d’État keynésien et dire avec Prévot "c’est de l’État que dépend désormais la condition de travailleur américain".

Cette étape rooseveltienne dans la vie sociale des Américains a été habilement exploitée par la campagne Sanders :


 

Et aujourd’hui ?

    Les trente dernières années ont été très dures pour les classes moyennes des deux côtés de l'Atlantique. C'est ce que révèle une étude de l'institut DIW de Berlin[4]. La part de la population adulte disposant d'un revenu compris entre 67 % et 200 % du revenu médian a ainsi reculé fortement en trente ans.

En 1981, cette classe moyenne représentait 59 % des adultes aux États-Unis. Cette proportion a reculé à 56 % en 1991, puis à 50 % en 2015. (…). Entre 1991 et les derniers chiffres disponibles, le recul de la classe moyenne s'élève à 6 points aux États-Unis et à 5 points en Allemagne. Depuis 2000, cette évolution s'accompagne d'un recul du revenu médian lui-même pour les classes moyennes. Aux États-Unis, ce revenu s'est abaissé de 4 % entre 2000 et 2014.

Parallèlement, les deux classes extrêmes, les plus pauvres et les plus riches ont donc progressé. Aux États-Unis, la proportion des personnes gagnant plus de 200 % que le revenu médian est passé de 15 % en 1981 à 17 % en 1991 et 21 % du total en 2015. Mais parallèlement, ceux gagnant moins de 67 % du revenu médian sont passés d'une proportion de 26 % en 1981 à 27 % en 1991 et 29 % en 2015. La réduction des classes moyennes outre-Atlantique s'explique donc majoritairement par un enrichissement que par un appauvrissement, même si la proportion des classes les plus pauvres demeure très importante.

Même le FMI de Mme Lagarde constate ce développement inégal.

Le Fonds monétaire international (FMI) a pressé les États-Unis de lutter "de façon urgente" contre la pauvreté et l'inégalité, selon l'examen annuel de la première économie mondiale publié ce mercredi 31 août 2016. Actuellement, un Américain sur sept vit dans la pauvreté et 40% d'entre eux travaillent. Le Fonds préconise des crédits d'impôts mieux ciblés et le relèvement du salaire minimum fédéral (actuellement de 7,25 dollars de l'heure). "Malgré leur expansion, les Etats-Unis font face à un ensemble de forces qui vont peser sur la poursuite d'un plus grand bien-être économique", relève l'institution internationale, citant le vieillissement de la population, celui des infrastructures, la diminution de la classe moyenne et la polarisation accrue des revenus. (Avec AFP).

Evidemment, dans ce désir de Bernie Sanders de restaurer la middle class on peut se demander "quid des pauvres ?" Je vous renvoie à l’intégralité de son programme. Mais de toute façon, il faut raisonner en termes de 1% et de 99%...

Conclusion : pourquoi s’est-il présenté avec le PD ? Quel avenir après ce désistement pour Clinton ? Réhabiliter la politique.

    "On ne peut être américain authentique si l'on croit que la force est nécessaire pour assurer la volonté populaire ; l'américanisme signifie sans équivoque que nous avons répudié les méthodes européennes, ayant édifié nous-mêmes un système dans lequel la révolution, considérée comme instrument de changement politique, est dépassée, abandonnée, mise hors la loi" (Siegfried).
Sanders propose une révolution toute pacifique... Cette citation de Siegfried montre toutefois que l'idée de révolution est mal implantée dans les esprits américains. Pourtant, il est clair pour tout observateur que le grand absent du second tour est Bernie Sanders. La "démocratie" américaine avec son système bi-partisan cadenassé par les hiérarques de chaque parti est totalement obsolète. Les USA étaient mûrs pour une expérience Sanders. Espérons que cette expérience ratée ne conduira pas à la catastrophe comme l'Histoire nous l'a souvent montré. Selon une formule de A. Gramsci "le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur surgissent les monstres". Trump ? sans doute, mais la décomposition du monde politique américain à tous les niveaux peut légitimement effrayer.
    Bernie, Bernie, pourquoi nous as-tu abandonnés ?

https://berniesanders.com/issues/ : la liste des propositions de B. Sanders

 hhttp://www.humanite.fr/tony-pecinovsky-il-faut-une-structuration-du-mouvement-sanders-609095  :   Les partisans de Sanders s'efforcent de perpétuer la "vague" Sanders. 



Le combat est partout le même : ...
      ***

[1] Clinton obtint 2,7 millions de suffrages. Sources : http://www.nytimes.com/elections/results/new-york.

[2] "LES MACHINES POLITIQUES AUX ÉTATS-UNIS. CLIENTÉLISME ET IMMIGRATION ENTRE 1870 ET 1950", par François Bonnet, Université d’Amsterdam, disponible sur le net, CAIRN info…

[3] "Hormis les fonctions régaliennes (direction, surveillance, greffe), le privé s’occupe de tout. Soit : la maintenance, l’entretien, la fourniture des fluides et des énergies, la restauration, l’hôtellerie, la buanderie, la « cantine », le transport, l’accueil des familles, la formation professionnelle et le travail des détenus". http://owni.fr/2010/11/23/interview-le-juteux-business-des-prisons/ 

Etats-Unis : la révolution SANDERS (1ère partie)

publié le 5 juil. 2016 à 07:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 10 sept. 2016 à 01:45 ]

                  Michael Moore@MMFlint 7 juin2016

                                                                                                           A democratic socialist, in the United States of America, has 46%                                                                                             of the pledged delegates. Just pause for a moment & feel the                                                                                                     wonder of that.   



C’est comme si j’avais passé trois semaines aux States. Pendant cette période j’ai suivi la campagne de Bernie Sanders pour les "primaires" contre Clinton et l’establishment du parti Démocrate. S’il parlait un jour pour deux rallies – nous dirions en français meeting (lol) - j’écoutais ses deux discours, s’il parlait pour trois rallies, j’écoutais ses trois discours ; chacun de ses discours "youtubé" était prolongé par des commentaires d’électeurs sympathisants voire très motivés, ou alors j’allais sur les tweets qui sont un moyen efficace de connaître ce que pense le commun des mortels sur les évènements de l’actualité. J’ai suivi les élections, les "caucus", les primaires fermées et les primaires semi-ouvertes, j’ai attendu les résultats sur CNN à partir de 1 heure du matin, je me suis levé à 4h Am pour suivre les résultats de Californie, je me suis inscrit dans les discussions tweetées – mais en français car mon anglais n’est vraiment pas sûr - j’ai tâché de comprendre le scandale du Nevada où les dirigeants locaux du parti Démocrate ont bidouillé les résultats qui n’étaient pas favorables à Clinton, j’ai vu à quel point celle-ci était détestée du peuple américain (68 % pensent qu’elle n’est pas honnête et digne de confiance), bref, j’ai vécu comme un Américain passionné qui voulait absolument assister à la victoire de "Bernie"…

    Je vous ai reproduit ces photos improbables où Bernie parle devant une foule de plusieurs milliers d’auditeurs, voire plusieurs dizaines

de milliers -ci-contre à Pittsburgh- : incontestablement, il a réussi sa campagne, tellement qu’en France personne n’en a parlé [1]. Il a battu Clinton dans 23 États de l’Union, recueillant environ 13 millions de voix… Mais que signifiait le vote Sanders ? En quoi ses propositions étaient-elles en phase avec les désirs, souhaits, exigences, nécessités du peuple américain ? Telle est la question. Être ou ne pas être l’homme de la Révolution. 

    Faute de mieux, pour connaître les problèmes posés aux États-Unis, j’ai revu et relu le livret du Monde diplomatique, dans la collection "Manière de voir", le numéro 16 d’octobre 1992, intitulé "États-Unis, fin de siècle". C’est un peu vieux certes, mais, hélas pour le peuple américain, c’est encore très actuel car ce pays se trouve toujours dans un état désastreux –ce que l’on nous cache, car le leader du monde libre a besoin d’être idolâtré, a besoin d’être le pays des success stories – et il n’est pas une des propositions de B. Sanders qui ne réponde à la nécessaire reconstruction d’un pays plus ou moins démoli par l’ultra-libéralisme. Ce numéro 16 recueille les articles des auteurs et journalistes du Monde diplomatique écrits autour de l’année 1990, c’est-à-dire après les huit années de présidence Reagan et au début de la présidence Bush senior. Ma sélection s’est portée sur les écrits de Marie-France Toinet, directeur de recherche à la F.N.S.P., "Cette superpuissance minée par son délabrement social", de Pierre Dommergues, (professeur Paris VIII), "Le rêve américain n’est plus ce qu’il était" et "La spirale du déclin" (compte-rendu de lecture d’un ouvrage collectif America, le rêve blessé) et enfin il s’agit de Norman Birnbaum, professeur à l’université Georgetown de Washington, "Démocrates et Républicains affrontent une vague de ressentiment populaire". Les exigences d’un travail rigoureux m’ont poussé cependant à aller voir ailleurs. Pour parler de révolution politique, il faut comprendre la situation ex-ante, celle d’avant, celle que l’on veut modifier/renverser. Je me suis donc attelé à la lecture du livre d’André Siegfried « Tableau des États-Unis » qui présente l’Union à l’apogée de sa puissance, au moment où son système politique fonctionne aussi bien que les chaînes de montage des usines Ford (2). Précédemment (1931), André Siegfried avait publié "Les États-Unis d’aujourd’hui", toujours utile (3).

LA RÉVOLUTION DU FINANCEMENT

    Le premier coup de génie de Bernie et de son état-major a été de déclarer solennellement que sa campagne serait une campagne du peuple, "by the people, for the people", en foi de quoi, seules les personnes physiques pouvaient financer sa campagne avec leur argent propre hors entreprise (corporate). Bernie a reçu 229 millions de dollars dont zéro des super Pacs – cf. Wikipédia pour la définition - alors que Clinton a reçu presque 345 $millions dont 100 $ millions de super PACS. Bernie a reçu de l’argent de plus de 7 millions de souscripteurs dont le versement moyen fut de $27 puis de $30 en fin de campagne. Si les Républicains trustent les million-dollars-donors, Hillary est bien présente dans la liste (20 fois) alors que Bernie est absent (d’ailleurs il aurait refusé ce financement). Pour confirmation, lire http://www.nytimes.com/interactive/2016/us/elections/election-2016-campaign-money-race.html 

    Voici les conditions à remplir pour financer la campagne de Bernie Sanders :

  1. This contribution is made from my own funds, and funds are not being provided to me by another person or entity for the purpose of making this contribution.
  2. I am making this contribution with my own personal credit card and not with a corporate or business credit card or a card issued to another person.
  3. I am not a federal contractor.
  4. I am at least eighteen years old.
  5. I am a U.S. citizen or lawfully admitted permanent resident (i.e., green card holder).

    Cette blancheur virginale (lol) a été pour lui un atout incommensurable. Depuis longtemps, beaucoup d’Américains n’ignorent pas/plus que le Big business est aux commandes et que les présidents en sont plus ou moins les marionnettes. Je crois que c’est à l’occasion du duel Nixon-Kennedy, en 1960, qu’on a dit que l’un était le candidat de Pepsi cola et l’autre de Coca cola, à moins que ce ne soit l’inverse. Aux États-Unis, plus ça change et plus c’est la même chose. Même pour les Démocrates, on peut dire qu’ils appliquent "la loi des milieux d’affaires" (Norman Birnbaum). C’est une des raisons qui font que l’abstention est massive et que des millions d’électeurs potentiels ne sont même pas inscrits sur les listes électorales. Avec des abstentions à 50%, le candidat élu à la Maison blanche ne représente guère que 25% des inscrits [4]Mais jamais on n’a pu adresser ce reproche à Bernie d’être le candidat des Corporations, entendez des grosses entreprises. Sa campagne a été celle du peuple. Il faut dire que cette année 2016, année de la présidentielle, a été préparée par un mouvement d’opinion inouïe aux États-Unis, le mouvement Occupy Wall Street. Occupy-Wall-Street enfante dans l’Ohio… Ce dernier est né après le crash de 2008 où les manipulations des banques, leur responsabilité dans la crise est apparu avec une clarté cristalline aux yeux des plus lucides des Américains. Ce mouvement a ancré dans l’opinion l’idée – brute de décoffrage mais fondamentalement juste – que la politique de Wall Street, au pouvoir à la Maison blanche depuis des lustres, fait les affaires de 1% de la population de l’Union et laisse se dégrader la situation des autres 99%. On a pu assister à des manifestations où les porteurs de pancartes affichaient des "I am the 99%" (j’appartiens aux 99%). Bernie a repris l’ensemble de cette argumentation évoquant sans relâche le 1%. Cela peut paraître sommaire mais c’est très nouveau pour la masse du peuple américain. Là, on est très rassembleur, l’antienne perpétuelle qui conclut les discours officiels est "God bless America", Que Dieu bénisse l’Amérique, c’est-à-dire tout le monde, riches et pauvres, as a whole, car Dieu ne distingue pas entre nous qui sommes tous méritants. C’est la nation américaine que l’on met toujours en avant, derrière la bannière étoilée. Cette distinction 1% vs 99% introduit au contraire un début d’analyse en termes de classes sociales, en termes de luttes de classes. C’est révolutionnaire.

    Ci-dessous lutte contre la "billionaire class"...

L’APPEL A LA SYNDICALISATION

Unions are my family. Standing with workers on picket lines is something I've done my entire life-- that's what I do and what I believe.

B. Sanders, 5 septembre 2016

                                                                                                         

 Oui, vous avez bien lu. Bernie qui veut que le peuple américain s’empare de son projet de Political revolution appelle les salariés à créer des syndicats pour mieux se défendre depuis le salaire minimum à $15/heure jusqu’à la lutte contre les traités commerciaux destructeur d’emplois (sic). Le candidat à l’élection présidentielle est intervenu devant les instances dirigeantes de l’AFL-CIO, il est allé soutenir des grévistes et s’est fait prendre en photo avec le piquet de grève, il a obtenu le soutien moral et financier du syndicat des infirmières américaines. Il a dit et répété que les États de l’Union où a été voté le salaire horaire minimal de $15 ont connu des mouvements sociaux avec manifestations syndicales et grèves.

    Il faut remonter à 1935 et au Wagner Act, dans le cadre du New deal du président F.D. Roosevelt, pour trouver une vraie politique présidentielle de soutien au syndicalisme. Au contraire, l’entrée des États-Unis dans la mondialisation des années 80’ s’est faite avec Reagan qui a démantelé tout ce qu’il pouvait, qui a lutté contre le droit de syndicalisation et de grève, suivant sa commère Thatcher. Cette législation du New deal relativement progressive pour l’époque et pour les États-Unis a été démembrée par la seconde Red scare d’après 1946 et la Guerre froide  puis par la politique de Reagan.

"En transférant les responsabilités fiscales aux États, les Républicains ont cherché à placer les Démocrates qui contrôlent une majorité des exécutifs et des législatures locales dans l'embarras. Le déclin de l'influence politique de syndicats dénoncés par le patronat comme un groupe égoïste parmi d'autres contribue par ailleurs au renforcement des liens - déjà étroits - entre le Parti démocrate et les milieux d'affaires (dont les contributions financières sont ardemment sollicitées). Lorsque les présidents Reagan et Bush ont démantelé ou allégé la réglementation fédérale sur l'environnement, la finance, la santé, l'industrie pharmaceutique et la sécurité sur les lieux de travail, ils ont agi avec d'autant plus de liberté qu'ils savaient pouvoir compter sur le soutien ouvert ou tacite de nombreux élus démocrates. Les Américains se sont ainsi trouvés sans défense face à la baisse des salaires, au chômage, aux défaillances des services publics, à l'angoisse devant l'impossibilité de se soigner et de financer des études supérieures".[5]

 

L’APPEL A UNE PARTICIPATION ÉLECTORALE INÉGALÉE

 Je le répète, Bernie appelle à une political revolution.

Il a répété à chaque discours la différence entre oligarchie et démocratie. Pointant du doigt pédagogique tel ou tel participant : "you have a vote, you have a vote and you have a vote, that is democratie » mais quand les millionnaires du 1% achètent les campagnes électorales par leurs financements, "that is not democratie, that is oligarchy". L’oligarchie, on pouvait la photographier lors des réunions organisées par Clinton avec George Clooney –que, pourtant, l’on aime bien- avec droit d’entrée fixé à $300.000, oui trois cents mille dollars.

Mais cette vieille opposition entre l’âne et l’éléphant devient progressivement obsolète.



"Le fonctionnement des institutions rallient beaucoup moins de suffrages : les Américains votent moins que quiconque et de moins en moins au fur et à mesure que l’élection devient plus locale ; leur mépris pour le personnel politique va croissant" (M.-F. Toinet, article cité).

    Les choses ne se sont pas améliorées depuis cet article publié en juin 1992. Clinton est toujours (juillet 2016) sous le coup d’une enquête du F.B.I. au sujet de ses @mel envoyés par son matériel privé pour le compte du Secrétariat d’État à la Défense qu’elle dirigeait lors du premier mandat Obama. Et combien de fois Bernie lui a-t-il reproché le financement de sa campagne par les intérêts pétroliers et gaziers ce qui rendaient parfaitement vaines ses promesses de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre ? Près de la moitié des électeurs Sanders aux primaires démocrates refusent de voter pour elle. Pour eux, c’est Bernie or bust. Bernie ou rien.

  

 Le rejet des deux vieux partis est tel qu’aujourd’hui les Américains se déclarent, pour un quart Républicains, pour un autre quart Démocrates et à 44% ils se déclarent indépendants. Ces indépendants sont le cœur, la tête et les jambes de l’électorat Sanders. Bernie a été prié, supplié de se présenter comme candidat indépendant. Qui vivra verra. Dans l’État de New-York, gros fournisseur de délégués à la Convention finale du choix du candidat- les primaires étaient "fermées" entendez réservées aux seuls membres du parti Démocrate, inscrits depuis un certain temps. Les indépendants, massivement pro-Sanders, massivement exclus, n’ont pas pu voter. Depuis toujours le parti démocrate new-yorkais est une machine bien huilée, qui rappelle le fonctionnement des fédérations socialistes du Nord-Pas-de-Calais, si vous voyez ce que je veux dire. En 2008, Clinton obtint 67% des votes de l’ État-empire face à Obama, en 2016, elle a obtenu 67% des votes face à Bernie Sanders. Avec quelque malice, Bernie a publié ce communiqué dans lequel il constate que le seul État de la côte Est (entre la Nouvelle-Angleterre et la Virginie qui relève du sud) où il a gagné sur Clinton est le Rhode-Island où les indépendants avaient le droit de vote aux côtés des Démocrates (primaires ouvertes) :

"I am proud that we were able to win a resounding victory tonight in Rhode Island, the one state with an open primary where independents had a say in the outcome. Democrats should recognize that the ticket with the best chance of winning this November must attract support from independents as well as Democrats. I am proud of my campaign’s record in that regard".

Bernie n’a eu de cesse de répéter que "lorsque la participation électorale est faible, les Républicains – et il évoquait la menace Trump – gagnent, mais si la participation est élevée, ce sont les Démocrates". On ne peut que constater la similitude du constat avec la France, l’abstention et le vote FN. Il faut donc faire s’inscrire les électeurs potentiels. Concernant les abstentionnistes, Bernie a réussi à faire bouger les lignes. Voici quelques citations cueillies au gré de mes pérégrinations sur le web américain.

1) He restored my faith in a politician first time in my life.

2) I would never imagine in my life that one day I will go to polling station and cast my vote for anyone. Bernie, my 1st vote of my life is for you.

3) I am so grateful that I get to be a part of this revolution. I’be been waiting 45 years for this opportunity! Bernie Sanders is a miracle. Thanks for your passion and fire, John! Keep up the glow!

4) Bernie, you rock! Each of your speeches awakens and inspires a new seed within me. May the garden continue to grow! I'm over 50 and I've learned so much and understand so much more than I used to. You've reawakened the American Dream for me which encourages me to believe that all I have worked toward my entire life is FOR something again ... or more accurately, it CAN be for something again if we all pull together and elect you to lead the way. Today, I really understand "Not me. US." in an entirely new way. WE must stand up for what is right for ALL of us. Thank for helping us to understand the issues and what we can and must do to create real and positive change for ALL people. Knowledge is power and the knowledge that you're sharing with us gives us the inspiration and some of the tools we need to return the power to the people. Thank you!  Ce qui valut cette réponse :

5) Dan Allenil y a 5 jours, +Lisa Buckalew : Exactly the same for me. You took the words right out of my mouth. Thanks to Bernie, I'm wide awake, informed and part of the movement. Once we get the power back, we're going to hold on to it for life

Ce type de déclarations publiques sur les réseaux sociaux se chiffre en milliers.

 

 

 sera continué...

 



[1] Sauf l’Huma, of course… mais sa pagination est limitée. Le Monde n’a guère parlé que de Clinton, femme de l’establishment et de l’absence de changement, il a parlé de l’épouvantail Trump. Concernant Sanders, Le Monde n’a fait que le dénigrer ce qui ne surprend plus que les imbéciles. 

[2] Une édition électronique réalisée à partir du livre d'André Siegfried, Tableau des États-Unis. 6 cartes et graphiques Paris: Librairie Armand Colin, 1958, 3e édition, 347 pp. Collection: Sciences politiques. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine, Chicoutimi, Saguenay, Québec.

[3] "Les États-Unis d’aujourd’hui", A. Colin éditeur, Paris, 1931, 362 pages.

[4] "50% seulement des électeurs votent lors d’une consultation de ce type (présidentielle, JPR) ; ils sont à peine 40% lors des autres élections", Birnbaum, article cité.

[5] Norman BIRNBAUM, article cité.

Etats-Unis : un phénomène nommé Bernie

publié le 1 sept. 2015 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 avr. 2016 à 07:59 ]


Bruno Odent
Mardi, 1 Septembre 2015
L'Humanité
Photo : Wim Mcnamee/Getty Images North America/AFP
De meeting en meeting, Bernie Sanders remplit les salles. Les enquêtes lui accordent désormais 28% des intentions de vote. Photo : Wim Mcnamee/Getty Images North America/AFP


    Le candidat «socialiste» à l’investiture démocrate pour la présidentielle émerge en s’appuyant sur un mouvement de fond dans la société.

    De sondage en sondage, de meeting en meeting, il crée la surprise. Quand Bernie Sanders s’est porté candidat à la présidentielle de 2016 dans les primaires démocrates, pas un des grands médias nationaux ne lui avait pourtant accordé la moindre attention. Soutenu par les « démocrates progressistes », il était promis à plafonner au mieux sous la barre des 5 % face à la grandissime favorite, Hillary Clinton. Et voilà que, quelques semaines plus tard, le vieux routard socialiste remplit les salles (28 000 personnes à Portland, 15 000 à Seattle ces derniers jours) et affole les compteurs des enquêtes d’opinion. L’une d’elles le place même en tête des intentions de vote devant Clinton pour la première joute officielle de l’an prochain, celle du New Hampshire, organisée le 9 février. Et au plan national, des enquêtes lui accordent désormais jusqu’à 28 % des intentions de vote (contre 48 % à une Hillary Clinton en perte de vitesse).

    Il suscite l’intérêt des syndicats

    S’il a décidé de participer à la primaire démocrate, Bernie Sanders le fait en « indépendant ». Car il a pris ses distances depuis longtemps avec un parti qu’il juge pour le moins trop recentré, lui qui a le courage depuis des lustres de s’affirmer « socialiste », l’équivalent d’une injure dans un pays où les traditions héritées du maccarthysme ont conservé quelque vigueur. Le sénateur du Vermont, aujourd’hui âgé de 73 ans, n’a pas dévié de ce credo depuis qu’il est entré en politique au milieu des années 1960. Que ce soit sur le front intérieur ou sur celui de la politique étrangère, quand il s’opposa à la guerre du Vietnam ou quand il soutint, un peu plus tard, le mouvement sandiniste du Nicaragua. Et c’est sur une étiquette « socialiste » qu’il se fera élire maire de Burlington dans le Vermont en 1981. Son socialisme s’inspire beaucoup du modèle suédois, tout au moins ce qu’il fut à l’origine, avec un État-providence et des services publics extrêmement développés. C’est encore avec ces références que Sanders devint sénateur du Vermont en 2006 et fut réélu haut la main en 2012. Le célèbre linguiste Noam Chomsky dit de lui qu’il est « un démocrate version New Deal ». Soit, précise-t-il, « très à gauche dans le contexte politique actuel ».

    La fidélité à ses engagements et son image intègre sont bien entendu pour beaucoup dans le niveau de popularité atteint par le candidat Sanders ces derniers jours. Mais le vent du phénomène Sanders – « Feel The Bern » est devenu le slogan de sa campagne –, Bernie le doit bien davantage à sa rencontre avec un vrai mouvement de fond dans la société contre l’explosion des inégalités et à la plongée concomitante dans la précarité d’une grande partie des salariés et des couches moyennes. À contre-courant du néolibéralisme ambiant, il propose d’étendre comme jamais l’État-providence en le libérant de la férule des assurances privées. Un moyen, dit-il, de trouver « la voie de l’efficacité économique ». « Des dizaines de millions de nos citoyens » pourraient ainsi, précise-t-il, « accéder aux soins de qualité ou à la véritable couverture vieillesse dont ils sont aujourd’hui exclus ». Il réclame une réforme fiscale taxant Wall Street et les plus riches, l’instauration d’un congé maternité payé par l’entreprise, ou encore la gratuité des premières années de l’enseignement universitaire pour échapper à une sélection par l’argent toujours plus impitoyable à l’entrée des facs.

    Avec Show Me 15, un groupe d’associations et de syndicats qui luttent pour l’instauration d’un salaire minimum à 15 dollars, le candidat à la primaire démocrate plaide pour une hausse conséquente du SMIC (toujours un peu plus de 7 dollars aujourd’hui au plan fédéral). De quoi susciter l’intérêt de nombreux syndicalistes, qui n’ont pas hésité à lui proclamer leur soutien. Et ce mouvement-là est d’une telle ampleur que Richard Trumka, le président de l’ AFL-CIO, proche de la direction du Parti démocrate, a cru bon de sortir de sa réserve en juillet pour affirmer que les dirigeants des fédérations syndicales nationales ne sauraient « en aucun cas » manifester « de préférence pour l’un des candidats en lice » dans la primaire démocrate. Ce rappel à l’ordre qui constitue une première dans l’histoire du syndicat en dit long sur les craintes de l’élargissement d’un ralliement syndical à Sanders dans l’état-major démocrate. D’autant qu’au moins un syndicat, celui des infirmières, n’a pas craint à la mi-août de transgresser les consignes de Trumka pour lui apporter explicitement un soutien… national.

    Le phénomène Sanders se nourrit de la montée de la défiance des citoyens pour le monde politique traditionnel. Le sénateur du Vermont ne perd pas une occasion pour en pointer l’origine : « Les milliardaires, lance-t-il, ont plus d’influence sur la campagne présidentielle que les candidats eux mêmes ! » Seul adversaire crédible des « logiques Trump » – du nom du milliardaire new-yorkais d’extrême droite qui fait aujourd’hui la course en tête de la primaire républicaine –, Bernie Sanders a réussi à financer sa propre campagne grâce à des dizaines de milliers de dons d’électeurs anonymes. Leur montant moyen ne dépasse pas 31,30 dollars. Somme avec laquelle « on ne peut pas acheter un homme politique », fait-il savoir avec ironie.

    Si Hillary Clinton, qui dispose d’un appui ostentatoire de Wall Street et possède donc d’immenses réserves en matière de communication, n’apparaît en aucun cas, à ce stade, déchue de son statut de grandissime favorite du scrutin, Bernie n’en a pas moins déjà dépassé ses objectifs. En faisant émerger comme jamais ses idées « socialistes » dans le débat public.

 

QUEBEC : le printemps érable...

publié le 6 janv. 2015 à 10:05 par Jean-Pierre Rissoan


QUEBEC : le printemps érable...

publié le 28 août 2012 19:17 par Jean-Pierre Rissoan
   
        Je vous invite à regarder cette vidéo bouleversante sur la lutte des étudiants du Québec qui luttent contre le doublement des droits d'entrée à l'université. Un tarif qui ferme la porte à la majorité des enfants du peuple.
La gauche renaît au Québec.


Vive le Québec libre !

http://www.youtube.com/watch?v=NtY6S6TpyDw&feature=email



Occupy-Wall-Street enfante dans l’Ohio…

publié le 6 janv. 2015 à 10:02 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 28 août 2012 19:19 par Jean-Pierre Rissoan
     Le mouvement Occupy-Wall-Street est un des plus réconfortants pour les gens de ma génération. Après l’effondrement de l’Urss et la fin des illusions, nous avons pensé, parfois, lors de nos découragements, à la "Fin de l’Histoire", comme l’a écrit fort imprudemment l’universitaire américain Fukuyama : le capitalisme avait définitivement gagné.

    Et puis, alors qu’elle fut longtemps, trop longtemps, la chasse gardée des Etats-Unis, leur "back yard" comme ils disent (arrière-cour) avec ses dictateurs galonnés, l’Amérique latine est en train de se lever, de se construire comme jamais nous l’aurions imaginé. Même les populations arabes se soulèvent, et obtiennent/obtiendront la démocratie comme en Tunisie et Égypte.

    Mais voici qu’aux États-Unis même, un mouvement populaire se bat contre la citadelle du capitalisme mondial : la bourse de Wall Street. « Nos vies valent mieux que vos profits »[1] semblent dire tous ces -souvent - jeunes manifestants. Qui l’eût dit ? Qui l’eût cru ? et ce mouvement qui se poursuit n’est pas qu’un rêve de gosses : il a des prolongements bien concrets. Ainsi dans l’Ohio, le nouveau gouverneur, Républicain, c’est-à-dire droite extrême selon non canons franco-français, les électeurs viennent de repousser par referendum une loi antisociale et antisyndicale. Infliger une défaite aussi cinglante à un gouverneur élu l’année précédente, cela montre une capacité d’effronterie qui va dans le bon sens, le sens de la Révolution. Voici une analyse de ce qui s’est passé par Scott Hiley, universitaire à Chicago.

    JPR.

    

"POUR LE PEUPLE D’OHIO, SOLIDARITÉ ET VICTOIRE"

 


    par Scott Hiley,

    professeur à la Chicago Western University

 

    A l’occasion de son élection (très récente, 2010 seulement, JPR), le gouverneur de l’Ohio John Kasich a offert aux syndicats un choix : « montez dans le bus » de son programme, a-t-il dit, « ou faites-vous écraser ».  Le bus n’a pas tardé, car les citoyens de l’Ohio ont vu, quelque mois plus tard, le passage de la loi SB5 [2], qui donne à l’État-fédéré le pouvoir de fixer la couverture sociale des employés du public quasiment sans négociation avec les syndicats. De l’austérité la plus classique : faire payer aux travailleurs le prix d’une crise budgétaire créée par les banques spéculatrices. La loi inclut également un paquet de réformes destinées à casser les syndicats des fonctionnaires, des policiers, des pompiers, et des enseignants, notamment une interdiction des grèves et une restriction du droit des syndicats d’imposer des cotisations à leurs membres. 

    Cette attaque contre les travailleurs a été soldée par un échec. Les syndicats, solidaires dans la lutte, ont mené une mobilisation de masse.  D’abord, en mars 2011, la campagne de rappel, où 1,3 millions des citoyens de l’Ohio ont signé des pétitions pour mettre sur le scrutin de novembre un référendum sur SB5; ensuite, une série de manifestations, de conférences, de pétitions, de coups de téléphone, de barbecues militantes et de piqueniques solidaires, pour aboutir à la victoire électorale du 8 novembre (2011).

    Quelles sont donc les leçons de cette solidarité, de cette mobilisation et de cette victoire ? Tout d’abord, Kasich est devenu l’emblème de ce que l’on appelle parfois « la surextension républicaine », où la droite, rendue hardie par l’ascendance des Tea Parties, se croit capable d’éliminer d’un coup tous les acquis sociaux. « Ils veulent rayer le vingtième siècle », estime Sam Webb, chef du Parti Communiste des Etats-Unis (CPUSA), dont les membres ont participé pleinement à la campagne contre SB5.

    Ensuite, la campagne contre SB5, comme le soulèvement de Wisconsin en février-mars 2011, montre que les partisans de l’austérité ne peuvent plus compter sur leur vieille stratégie, qui consiste à persuader les électeurs que les employés du public se paient des vies de luxe aux frais des contribuables.  Le public a vu le ridicule de peindre un prof de lycée ou un pompier en Sardanapale[3] et a reconnu qu’un salaire correct, une retraite, et une couverture médicale constituent non pas un vol, mais un droit.

    Il s’agit donc d’une fissure dans l’unité de la droite derrière les programmes d’austérité dictés par les intérêts des grandes entreprises.  Sur les 88 comtés de l’Ohio, dont beaucoup sont traditionnellement républicains, 82 ont livré des majorités contre une loi promulguée par un gouverneur républicain.  Dans de nombreuses circonscriptions, le taux d’opposition a dépassé 60% du vote[4].

    De façon plus large, les leviers politiques commencent à changer de mains. Les intérêts de classe prennent le dessus[5] sur les allégeances de parti, et une résistance cossue, active, et visible à la politique d’austérité se met en place. Reste à savoir quel sera l’impact en 2012 de la victoire en Ohio - un état crucial pour Obama, gagné de peu en 2008 et susceptible de basculer à droite-.  Les syndicats ont su mobiliser les masses contre une loi répressive et un gouverneur d’extrême-droite. Pourront-ils le faire pour un président qui souffre d’une opposition de droite comme d’un manque de confiance de gauche ? La présidentielle de 2012 sera un référendum sur l’orientation idéologique du pays.  Obama s’est défini en 2008 comme le candidat du peuple ; s’il veut le redevenir, ses alliés, notamment les syndicats, auront à faire à l’échelle nationale le travail qu’ils ont fait en Ohio.

Scott Hiley,

Northwestern University (Illinois, Etats-Unis).

Traduction : Jacques Coubard (L’Humanité).

 



[1] Slogan du NPA à la présidentielle 2002.

[2] Pour Senate Bill 5 (SB5) loi du Sénat n°5. (JPR)

[3] Roi d'Assyrie de 669 av. J.-C. à 627 av. J.-C., réputé pour ses excès. Sa capitale -Ninive- est pour les Puritains une autre Babylone-la-prostituée. (JPR).

[4] Le résultat final du referendum sur la loi SB5 est de 61% de non et 39% de oui.

[5] Et c’est bien là le sens profond d’OWS… (Occupy Wall Street), inouï aux Etats-Unis à une telle échelle (JPR).


Č

OBAMA ...Pschitttttt ? yes, we can...

publié le 6 janv. 2015 à 09:58 par Jean-Pierre Rissoan


publié le 5 août 2011 11:25 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 sept. 2011 08:39 ]

5.08.2011

    "Yes, We can !" Qui ne se souvient de ce slogan mobilisateur et enthousiasmant du candidat Obama lors de la campagne 2008 de la présidentielle des Etats-Unis. Aujourd’hui, avec la crise de la dette -liée pour l’essentiel aux Républicains qui depuis Ronald REAGAN ont laissé filer les déficits, réduits sans honte les impôts des plus riches -richissimes- citoyens des Etats-Unis et maintenu leur budget militaire à des sommets improbables. Mais, "oui, on le pouvait ", on pouvait penser que Barak Obama allait sinon inverser la tendance, en tout cas infléchir légèrement vers la gauche la politique irresponsable des Américains. Il n’en a rien été. Au contraire, on n’entend parler que du Tea party, cette espèce de Droite populaire américaine ultra-réactionnaire qui veut encore faire baisser les impôts des plus riches et réduire les budgets sociaux ! Comme si les États-Unis étaient le temple de l'État-Providence ! et à gauche ? combien de manifestations ? Voici le texte d’un universitaire américain qui fait le point sur la situation sociale et politique des États-Unis.  

Jean-Pierre RISSOAN



BANQUEROUTE FISCALE ET FAILLITE IDÉOLOGIQUE


                

        Scott HILEY,

        Professeur

        NORTHWESTERN UNIVERSITY de CHICAGO.


 "La crise budgétaire américaine semble grave. Dix ans de guerre, le sauvetage à pelletées d'or des banques spéculatrices, et surtout le cumul depuis trente ans de cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus riches ont laissé en désordre les finances publiques. L’impasse sur le plafond de la dette vient d'amener le pays au bord de la banqueroute ; même résolue, elle fera peser la menace d'une dégradation du crédit américain. Cette crise en masque pourtant une autre, celle d'une réponse mal gérée à la crise financière de 2008. Bien que les entreprises affichent des gains record, et que la Bourse ait plus que rebondi, le bilan du peuple reste inchangé : chômage massif, précarité de plus en plus répandue, services publics sous le couperet, austérité et sacrifice en mots d'ordre. Cette autre crise, la lente agonie du peuple américain, rend d'autant plus scandaleuse la faillite morale et idéologique des leaders des deux camps.

Chez les républicains : outre le sempiternel désir d'éviscérer les programmes sociaux et de mettre les grandes fortunes à l'abri du fisc, volonté de bloquer toute issue d'une crise que Barack Obama aura à endosser lors des prochaines élections. Chez les démocrates : fausse sagesse d'un discours conciliateur, vantant tous les compromis pour montrer que ce parti n'est pas l'appareil stalinien dénoncé par les commentateurs d'extrême droite. Qu'en est-il alors de la gauche, la vraie gauche, celle des syndicats, des chômeurs, des précaires et des laissés-pour-compte ? L’on peut citer des exemples d'opposition organisée, notamment le Rassemblement législatif progressiste - Congressional Progressive Caucus, CPC - regroupant nombre de sénateurs et de députés, et son Budget populaire (People's Budget), un projet de réforme fiscale où priment la réduction du chômage et la protection des acquis sociaux. En outre, Richard Trumka, président du plus grand rassemblement syndical du pays, vient de proclamer que le soutien des syndicats aux candidats démocrates, longtemps considéré comme acquis, dépendra désormais de leurs engagements politiques.

Derrière ses remarques se profile le trou noir de la politique américaine : la présidentielle de 2012. Obama se rapproche de la droite pour attirer les indécis, aux dépens d'un électorat de gauche de plus en plus indigné et dont l'abstention dégoûtée en 2010 a permis aux républicains de reprendre la Chambre des représentants. Pour empêcher une deuxième victoire de l'extrême droite, la vraie gauche s'apprête à avaler une potion bien amère : se réunir et se battre pour Obama, devenu au terme d'une farouche opposition républicaine le candidat des élans dissipés, des allégeances reniées et des promesses non tenues. Le suivre ? Il n'en est plus question. Si les forces de gauche se regroupent derrière lui, ce sera pour l'empêcher de reculer, ou même, soyons réalistes, demandons l'impossible, pour le pousser dans la bonne voie".

 

 PS. lecture complémentaire : Articles‎ > ‎6. Histoire d'ailleurs‎ > ‎États-Unis‎ > OBAMA, Clémentine AUBRY et la LUTTE DES CLASSES



Le problème noir aux USA toujours pas résolu... (un article de M. Muller)

publié le 5 déc. 2014 à 05:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 déc. 2014 à 06:03 ]

    Voici un excellent article sur le problème noir aux Etats-Unis, excellent par sa véracité et sa concision et qui fait le point sur la question.

    Il est dramatique de constater que la présidence d’Obama n’a apporté aucune amélioration à la situation des Noirs aux Etats-Unis. On nous avait mis en garde lors de sa première campagne électorale. Sur son passage des militants -dont des Blancs - brandissaient de petites pancartes home made : "a white mind in a black skin". Obama a un cerveau de Blanc dans une peau de Noir. C’est bien vrai. Et il laisse courir la NSA qui surveille tout le monde. Quel désastre ! La correspondante permanente d'iTv aux Etats-Unis, Laurence Haïm "couvrant" la convention républicaine de Miami pour la présidentielle 2012 racontait que des délégués jetaient des bananes à une caméra-woman noire. Et c'étaient des délégués au niveau fédéral !!

    Mais cet article montre qu'il ne faut pas désespérer de l'humanité.

    J.-P. R.

ÉTATS-UNIS. LES ENFANTS DE MUMIA

 

    Michel Muller

    journaliste

 

LES ACTEURS DU MOUVEMENT "JUSTICE POUR MICHAEL BROWN" RENOUENT AVEC LA REVENDICATION HISTORIQUE D’ÉGALITÉ POUR TOUS.

    Interviewé par la chaîne ABC, la semaine dernière, Darren Wilson, le policier tueur de Michael Brown le 9 août dernier à Ferguson (Missouri), a proclamé : «J’ai la conscience propre parce que j’ai fait mon boulot correctement, le travail pour lequel je suis payé». Des paroles de tueur à gages. Le policier a d’ailleurs vendu l’exclusivité de son interview pour 500.000 dollars.

    Alors qu’il avait la même taille que Michael, il a prétendu que face à sa victime il était «comme un enfant de cinq ans agrippant le bras de Hulk Hogan», un catcheur «méchant» connu des médias US, qui tire son prénom du personnage de bande dessinée qui se transforme en monstre vert. Autrement dit, Michael Brown n’était pas vraiment humain. Une conception banale dans les milieux policiers US. Est-ce un hasard ou tout simplement une arrogance sans limites si une «enquête a été ouverte» contre le beau-père de Michael, Louis Head, pour avoir crié sa colère, comme tous ceux présents le 24 novembre lors de l’annonce de l’«innocence» du tueur Wilson ? On le suspecte d’avoir «incité aux émeutes» en criant «brûler ce fils de p…». L’enregistrement a été livré aux médias par la police, qui en a d’abord amplifié la voix de Louis Head au milieu des cris de révolte de la foule.

 Photo : Jeff Curry/ Today SportsUsa

Dimanche soir, cinq joueurs des Rams ont pénétré sur le stade de saint-Louis (Missouri) les mains en l'air, le geste de ralliement de Ferguson. Photo : Jeff Curry/ Today SportsUsa

UN APARTHEID A L’AMÉRICAINE

    L’assassinat de Michael, comme celui de dizaines de jeunes Noirs abattus chaque année par une police militarisée, se conjugue aujourd’hui avec la révolte contre les inégalités à l’image du mouvement Occupy Wall Street il y a peu.

    Historiquement, le combat des droits civiques qu’avait mené dans les années 1950 le pasteur Martin Luther King a libéré les Noirs de leur peur et de leur résignation. Je me souviens que, lors d’un séjour en Louisiane en 1955, après le coup de tonnerre qu’a été le refus de Rosa Parks de céder sa place à un Blanc (1955, Montgomery (Alabama - USA) : la lutte pour les droits civiques commence), la réaction la plus courante des Africains-Américains de mon village avait alors été : «Elle n’avait qu’à rester à sa place ; chacun de son côté, et c’est la paix ! ».

    Ce combat avait conduit à l’élimination de l’apartheid à l’américaine. Martin Luther King a été assassiné à l’instigation du FBI en septembre 1968, au moment même où il allait entamer une nouvelle étape de la lutte en allant apporter son soutien aux éboueurs de Memphis et à la revendication de logements décents. Il lançait alors un appel à tous pour combattre la misère, quelle que soit la couleur de la peau. C’en était de trop pour les maîtres du système : il se lançait dans la lutte des classes.

    Le même sort fut réservé à Malcolm X, assassiné en février 1965. Le charismatique leader des Black Muslim, se démarquant alors du nationalisme exclusivement noir, était en train de lancer un appel à l’union de tous – Blancs et Noirs – pour lutter pour l’émancipation.

    Le racisme, pour autant, a survécu. Il est, avec la peine de mort et la prison pour des millions de laissés-pour-compte, l’un des lieux géométriques fondateurs de la société états-unienne avec le génocide du peuple amérindien et l’esclavagisme. Avec les lois des droits civiques, le racisme est devenu « invisible », comme le dit Angela Davis. Une nouvelle bataille a eu lieu à partir du milieu des années 1960 avec les actions du Black Panthers Party. Pour ce mouvement, largement inspiré des courants révolutionnaires qui soufflaient alors sur le monde avec l’émancipation des peuples colonisés, il s’agissait dans un même geste de restaurer la fierté des Noirs – « Black is beautiful », lançait Angela Davis – et de combattre les injustices sociales. Les Panthères noires sont ainsi devenues l’ennemi n°1 à abattre. Ce qui fut fait par le FBI, aidé en cela par les médias dominants, avec la mise en œuvre d’un programme de délations, de corruption, de manipulations et de meurtres.

    Au milieu des années 1990, le combat du journaliste Mumia Abu Jamal, condamné à mort par un juge raciste en 1982, franchissait les frontières. Comme d’autres, il a fait connaître à l’opinion mondiale la réalité de classe de la ségrégation, une pratique intrinsèque au système capitaliste et particulièrement au néolibéralisme, qui s’alimente des inégalités. Dimanche soir, cinq joueurs de l’équipe locale des Rams ont pénétré sur le stade de football américain de Saint-Louis, les mains en l’air -le geste de ralliement de Ferguson-. Ils ont refusé de «s’excuser». Ils ne seront pas sanctionnés. Lundi, des citoyens ont manifesté, dans plus de 80 villes, dans 30 États, sur des dizaines de campus, revendiquant « La justice. Maintenant !». Une marche sur Jefferson City (capitale du Missouri) est en route. Certes, il ne s’agit encore que d’un mouvement prenant une certaine ampleur. Mais c’est le signe qu’une nouvelle vision du monde se cherche.

    Ce n’est plus la revendication identitaire d’une minorité «ethnique» qui est à l’ordre du jour, mais bien celle de l’égalité pour tous. Ces jeunes pour qui la couleur de la peau n’est pas un «marqueur» ressemblent à ceux qui, vendredi dernier, ont fait grève par milliers dans les magasins Wal-Mart pour un salaire minimum de 15dollars. On pourrait les appeler les enfants de Mumia.



 Paru dans l'Humanité du Jeudi, 4 Décembre, 2014

Quelques réflexions sur la présidentielle américaine de 2012...

publié le 9 nov. 2012 à 06:49 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 oct. 2017 à 05:50 ]

SOMMAIRE

 

La participation en 2012

Le score de Barak Obama, ce 6 novembre 2012.

Le score du candidat républicain.

« Les pays de l’Ohio ».

Le président des villes.

Le vote de la Bible Belt

La république où le dollar est roi

Elisabeth Warren, my love : Vers la naissance d’une vraie gauche ?

 

Il est très difficile de trouver le nombre exact d’électeurs inscrits appelés à élire le président des Etats-Unis. Aucun journal n’est capable de le faire. Il n’est pas obligatoire d’être inscrit sur une liste électorale aux Etats-Unis et les municipalités ne se sentent pas obligées de le faire lorsque un natif de leur commune atteint l’âge légal de 18 ans. On trouvera des éléments d’explications sur ce site :

http://geoelections.free.fr/EU/thema/particip.htm.


Ce site présente l’évolution d’une donnée essentielle : la participation électorale aux Etats-Unis. Que représente le président du plus puissant Etat militaire du monde ? Depuis les lendemains de la 1ère guerre mondiale, le taux de participation est particulièrement bas. En 1920 et 1924, il n’est guère compris qu’entre 48 et 49 ! C’est l’époque où les présidents se font photographier en train de jouer au golf : cela a une signification politique. On ne leur demande rien d’autre si ce n’est de veiller à la sécurité du pays, pour le reste c’est aux businessmen de faire tourner la machine. L’Etat ne doit pas intervenir. Le taux de participation électorale remonte avec les élections de Roosevelt puis durant la Guerre froide. Il atteint un sommet -tout relatif- avec le duel Nixon-Kennedy en novembre 1959. Puis, avec la crise, la participation s’effondre à nouveau : à peine 50% en 1988 et 1996. Les 62% de 2008 font figure de record. Alors, B. Obama représente un tiers du corps électoral américain.

 

 

inscrits

Exp.

Dém.

Rép.

%Insc.

2004

 

 

59 028 109

62 040 606

60,5

2008

212877000

131326000

69 456 897

59 934 814

61,7

exp.

 

 

52,9%

45,7%

 

insc.

 

 

32,6%

 

 

mandats

 

 

365

173

 

2012

215000000

118500000

60173256

57448086

54,7

exp.

 

 

50,3%

48,1%

 

insc.

 

 

27,9%

 

 

mandats

 

 

303

206

 

 

La participation en 2012

    Les deux candidats obtiennent plus de 117 millions de voix, ce qui, ajouté aux bulletins obtenus par des candidats isolés dans quelques Etats de l’Union, donne un total de plus de 118,5 millions. Le journal Le Monde du mardi 6 novembre donne le chiffre de « environ, 215 millions d’électeurs », ce qui me semble sous-évalué car avec un taux d’accroissement naturel de 5,7%o par an, c’est une génération de 1,7 million de personnes qui arrive chaque année. Soit 6,8M. A quoi s’ajoutent les naturalisations. Mais, encore une fois, tout le monde ne s’inscrit pas ! On devrait plutôt estimer la population concernée à 219 millions de personnes. Et, dans ce cas, le taux de participation tomberait à 54%. Le score de B. Obama se monterait dès lors à 27% du corps électoral. Ce n’est plus Monsieur Tiers comme en 2008 mais Monsieur Quart.

    Le journaliste du Monde qui s’ébaubit devant son idole écrit -NB. il parle de la campagne de 2008- : « (Obama) qui a passé de longs après-midi à faire du porte-à-porte électoral n'a finalement jamais changé d'objectif : augmenter la taille de l'électorat, donner une meilleure représentation aux laissés-pour-compte de la démocratie qui pensent que ce n'est même pas la peine de voter ». Eh bien ! en 2012, beaucoup ont pensé que ce n’était pas la peine de voter. Mais le lecteur du Monde ne le saura pas.

 

Le score de Barak Obama, ce 6 novembre 2012.

    Il faut être journaliste au Monde et avoir passé trop de temps au buffet mis sur pied par les militants démocrates de Chicago pour arroser la victoire de leur leader, pour oser écrire : « B. Obama a été triomphalement réélu ». Elle parle aussi de « l’ampleur de (sa) victoire ». Mais que disent les chiffres ? Obama perd presque 10 millions de voix par rapport à 2008. Il ne représente plus que 27,9% de l’électorat au lieu de 32,6 et, en termes de suffrages exprimés, il baisse de 52,9 à 50,3. Conséquence de tout cela : il n’a plus « que » 303 grands électeurs au lieu de 365. Où est l’ampleur ? où est le triomphe ? Obama a déçu et ses électeurs le lui ont dit à leur façon. Le Monde, une nouvelle fois, s’égare.


 

Le score du candidat républicain.

    Le parti républicain présentait un candidat épouvantable[1], très WASP, très dents blanches-haleine fraiche, mormon-chef d’entreprise, autrement dit l’association éternelle du pognon et de la bigoterie. A l’heure de la clôture, le 6 novembre, Wall Street donnait 6% de plus aux valeurs de l’industrie de l’armement et les valeurs de l’industrie du médicament baisaient… petite manœuvre pour faire croire à l’électorat que les jeux sont faits et que la Bourse sait reconnaître son maître et indiquer le chemin aux brebis éventuellement égarées.

    Contrairement au matraquage dont le monde entier a été l’objet, ce candidat n’a pas fait du tout une bonne campagne avec de bons arguments. Le candidat républicain perd 2,5 millions de voix par rapport à son alter ego de 2008… C’est un échec gravissime et c’est tant mieux. Du fait du recul d’Obama, le candidat Romney gagne quelques points en termes de suffrages exprimés (+2,4%). Mais, l’influence du parti républicain (calculable par rapport au nombre d’électeurs INSCRITS) recule… La déception Obama n’a pas fait se jeter les Américains dans les bras de l’ultra-réaction religieuse, militaire et financière. Peut-être, saluons-les en tous cas, des mouvements comme Occupy Wall Street ont aidé à cette prise de conscience.

 

« Les pays de l’Ohio ».

    Ce comportement de l’électorat conservateur est lisible dans ce que l’on appelle les pays de l’Ohio. De l’Ohio river. C’est-à-dire les Etats fédérés de l’Ohio, de l’Indiana, de la Virginie Occidentale et du Kentucky. Historiquement, nous sommes ici de l’autre côté des Appalaches, on tourne le dos à la côté atlantique, rive de l’ouverture. L’Ohio river appartient au bassin du Mississippi, c’est la voie de la conquête de l’Ouest, du front pionnier, du massacre des Indiens, de la spéculation foncière, c’est l’Amérique de « la Bible et du fusil ». La Géographie Universelle écrit : « nous sommes ici au centre de l’Amérique profonde, blanche et protestante, patriote et volontiers réactionnaire. (…). Ici est née l’American Legion »[2]. En 2012, le comportement électoral de ces pays est très lisible sur cette carte du New York times.


    Presque tous les comtés donnent une progression en pourcentage au Républicain, parfois même en voix. L’Indiana a basculé du côté républicain. Une exception cependant : les comtés de l’Etat d’Ohio ont plutôt évolué vers Obama. Il y a là des raisons locales en rapport avec les solutions données ou à donner aux problèmes de l’industrie automobile.

    Exemple local, ces pays de l’Ohio disent bien qui a voté pour Romney.

 

Le président des villes.

sur ce point, je renvoie à un lien : à propos du concept de métropolisation.

    Autre belle conception graphique du NYTimes, Cette carte montre la très forte opposition -presque systématique n’étaient le Texas et la Géorgie- entre les villes et les espaces ruraux. Chaque comté a un cercle de couleur bleue si Obama a gagné et de couleur rouge pour Romney. La taille du cercle est proportionnelle à l’ampleur de la différence de nombre de bulletins entre les deux candidats.


    On peut voir une espèce de roséole de points rouges minuscules, des Appalaches au littoral du Pacifique mais surtout à l’Est du Mississippi : dans ces innombrables comtés ruraux, Romney est en tête mais la modestie du corps électoral explique que le gain par comté est faible.

    Obama triomphe en ville. Le comté de Los Angeles lui donne 1 million de voix d’avance. Le comté de San Francisco, 180.000 (83% des exprimés). Seattle (69%) donne 237.000 voix d’avance, 162.000 pour le comté de Multnomah (76%) où se trouve Portland dans l’Oregon. Le comté de Denver (Colorado) 74% des exprimés pour Obama soit 140.000 voix de plus que Romney. Dans le comté du Bronx à New York (91% pour le candidat démocrate), Obama récupère 202.000 voix sur son concurrent. La carte du NYTimes est interactive, vous pouvez vous amusez.   

    A l’inverse, les agglomérations d’Atlanta et de Dallas ne sont pas favorables à Obama. Notons cependant que le comté de Dallas donne 57% des exprimés à ce dernier. En Arizona, dans le comté de Maricopa où se trouve l’oasis de Phoenix, on a voté Romney à 56%. Ici, on arrose des greens pour les golfs à 18 trous qui reçoivent des joueurs du monde entier. Avions et arrosage artificiel en plein désert : on baigne dans l’écologie. Mais après nous le déluge ! surtout dans le désert de l’Arizona.

    De façon générale, Obama a obtenu les suffrages des jeunes de 18 à 29 ans, des minorités ethniques, des femmes (particulièrement choquées par les déclarations moyenâgeuses des anti-IVG du parti républicain), ainsi que des bas revenus et des plus diplômés. De plus en plus nombreux sont les « sans-religion » aux Etats-Unis : ils votent massivement démocrate (plus des deux-tiers).

    La carte électorale des Etats-Unis montre une large domination spatiale des Républicains. Si l’on fait une anamorphose, c’est-à-dire si l’on donne à chaque État une dimension cartographique qui correspond non pas à sa superficie mais à sa population, on obtient une visions déformée mais plus juste des résultats électoraux. 


     service cartographique du Monde, (8 novembre).

    L'anamorphose ramène à leur juste place les grands Etats plus ou moins vides l'Ouest (Wyoming, Idaho, Montana, les deux Dakota, etc...) et il montre l'importance éternellement décisive de la Nouvelle-Angleterre, des "Etats du centre" de la côté atlantique (New York et New Jersey, Delaware et Maryland...) ainsi que de la Manufacturing Belt (la ceinture industrielle) autour des Grands Lacs fût-elle devenue Rust Belt (ceinture rouillée) à cause des déprises industrielles.

 

Le vote de la Bible Belt

    Les protestants en général ont voté Romney à 55% -contre 48 au plan fédéral. (lire : Article Bible Belt de Wikipaedia).

      Cette région est aux mains des républicains depuis plusieurs décennies maintenant. Elle fut un fief démocrate depuis qu’existent les Etats-Unis puisque les démocrates étaient esclavagistes ! la grande cassure eut lieu en 1968 où le gouverneur de l’Alabama Wallace fit sécession d’avec le parti démocrate pour s’opposer à la politique des droits civiques mise en place par ce parti sous la direction du président Johnson. Sa politique raciste fut approuvée dans cinq Etats plus de nombreux comtés alentour.

    On sait que les racistes s’appuient sur la Bible pour « justifier » l’apartheid, depuis la damnation de Cham jusqu’à des considérations rustiques - « Tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne ensemble » ou vestimentaires « Tu ne porteras pas de vêtement tissé mi-laine, mi-lin » (Dt 22, 9-11) - qui deviennent paroles de Dieu exigeant la séparation des Blancs et des Noirs.

    C’est là que l’on trouve les chrétiens-sionistes, c’est-à-dire des chrétiens qui partagent le point de vue que lorsque tous les juifs du monde entier seront rassemblés en Israël, alors le retour du Christ sera possible pour mille ans et plus si affinités. En attendant cette heureuse perspective, soutien total et irraisonné à la politique sioniste. La terre de Palestine est juive, c’est écrit dans la Bible et Dieu a aidé le peuple d’Israël à détruire les Cananéens. Donc pas d’état d’âme.

    Ces deux éléments (les Petits blancs du Ku Klux Klan ne supportent pas un président noir à la Maison blanche) ont rapproché les Blancs du Sud du parti républicain (après la victoire d'Obama des incidents ont opposé étudiants blancs et étudiants noirs dans des universités du Sud). En 1976, l’élection présidentielle est la dernière qui montre le Sud voter pour le candidat démocrate (J. Carter, vendeur d’arachides, lui-même sudiste). En 1992, W. Clinton fait deux incursions, puis plus rien : le Sud est décidément républicain.

    Un bémol : la carte de l’évolution des votes depuis 2008  (cf. Change in share of vote) montre que les comtés où les Noirs -on dit maintenant Africains-Américains- sont les plus nombreux ont davantage voté Obama en 2012. Le candidat démocrate est même majoritaire dans de nombreux comtés de l’ancienne Cotton Belt.

 

La république où le dollar est roi

    Je publie d’abord un article de Bruno Odent, paru dans l’Humanité du Lundi 5 novembre.

   " Plus de 6 milliards de dollars (4,8 milliards d’euros). Tous les records précédents sont enfoncés[3]. C’est un véritable déferlement de dollars qui s’est abattu sur la campagne de la présidentielle comme sur les scrutins «stratégiques» dans les batailles pour la Chambre des représentants et le Sénat. L’estimation a été rendue publique mercredi dernier par le Centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics, CRP).

    Les dons divers autorisés, venus de personnes ou d’entreprises privées, étaient déjà considérables dans le passé. Mais la Cour suprême a levé les dernières digues en janvier 2010 en supprimant leur plafonnement au nom du premier amendement de la Constitution sur la liberté d’expression[4]. La présidente du CRP, Sheila Krumholz, relève que la «transparence» des dons qui devait être la contrepartie de cette libéralisation totale n’est même pas au rendez-vous. À l’Institut national pour les droits de vote (National Voting Rights Institute), on est plus inquiet encore. Son fondateur, John Bonifaz, avait déclaré, au lendemain de la décision de la Cour, que Wall Street et les grands groupes pouvaient ainsi user de leur force de frappe financière pour «devenir les propriétaires effectifs de notre démocratie».

    La nouvelle règle a démultiplié les moyens des super-comités d’action politique, ou PACs, qui recueillent des fonds pour les deux camps. En centaines de millions de dollars, démocrates et républicains sont quasiment à égalité, Romney et son parti conservant une légère avance sur Obama et les démocrates. Ce mode de fonctionnement accroît encore certains des travers du système électoral. Ainsi, par exemple, la dizaine d’États clés (Swing States[5]) pouvant basculer dans un camp ou dans l’autre fut l’objet de toutes les sollicitudes des stratèges des deux camps. Et les super-PACs pro Obama comme Americans for Prosperity (Américains pour la prospérité) ou pro Romney comme American Crossroads (Carrefours américains), animé par un certain Karl Rove, l’ex-éminence grise de Bush, inondent les téléspectateurs de ces régions-cibles de publicités politiques au message aussi choc que rudimentaire. La seule vente de ces pubs dans ces États devrait rapporter plus de 1 milliard de dollars (810 millions d’euros) aux chaînes de télévision.

    La capacité de l’un ou l’autre camp à prendre l’avantage dans la bataille des gros donateurs privés est considérée comme un enjeu-clé. Au point que tous les médias lui consacrent une rubrique régulière. Ainsi apprenait-on par exemple, dans le New York Times du 1er novembre que, cinq jours avant l’élection, Joseph A. DiMenna junior avait déversé 40 000 dollars supplémentaires sur neuf scrutins législatifs importants. «Auparavant, souligne le journal, DiMenna, dirigeant d’un hedge fund (fonds à vocation ouvertement spéculative – NDLR) avait donné plus de 70.000 dollars» à l’une des structures dévouées au financement de la campagne de Romney. Mais les démocrates ne se laissent pas distancer, puisqu’on apprend dans la même rubrique qu’un richissime promoteur immobilier du Michigan vient d’investir 33 000 dollars dans leurs campagnes législatives. «Citoyens, hurle le CRP, ouvrez les yeux, nous sommes passés en dollarocratie».

 Envoyé spécial : Bruno Odent." Fin de citation.

    Parlons plus simplement de ploutocratie. Mot plus connu. La ploutocratie, c’est le gouvernement des riches. Même le Monde admirateur immodéré des Américains est obligé de signaler qu’il faut vraiment beaucoup d’argent pour se présenter aux élections aux Etats-Unis. Dans le Connecticut, une candidate s’est présentée aux sénatoriales en 2010 et en 2012. Pour ces deux élections, elle a dépensé 100 millions de dollars de fonds personnels. Elle a été battue. On peut faire des dons : Le Monde transmettra.

    Le poste de sénateur de l’État du Massachusetts « aura été le plus cher de l’histoire sénatoriale américaine : 70 millions de dollars ont été dépensés » par l’ensemble des candidats (Le Monde, édition du 8 novembre).

    Dans ce pays où l’économie politique est primée par l’académie du Nobel, je parle de la micro-économie, comment peut-on se satisfaire de tels résultats ? Comment justifier l’investissement de 6 milliards de dollars pour obtenir une baisse des résultats ? en effet, ces 6 milliards ont fait fuir les électeurs puisque le taux de participation a baisé de 7 points ce qui représente entre 12 et 14 millions d’électeurs. Quelle gabegie ! Quel gaspillage ! Mais que représentent 6 milliards de dollars quand on frôle les dix-sept mille milliards de dollars de dettes ? ($ 17.000 milliards)... peanuts.

 

Elisabeth Warren, my love : Vers la naissance d’une vraie gauche ?

Terminons sur un peu d’optimisme

    1) D’abord, l’électorat d’Obama (jeune, féminin, ouvrier, intello ) lui permet d’aller de l’avant dans les réformes. A lui de saisir cette seconde chance. Mais aux peuple américain de se bouger aussi.

    2) des tendances progressistes sont apparues un peu partout. Ainsi, en Floride, dont tous les indicateurs invitaient à penser à un vote Romney, non seulement Obama est élu mais, lors d’un referendum concomitant organisé par des activistes Pro-vie, les électeurs ont rejeté l’idée d’interdire tout financement public d’une IVG. Mais surtout, je voudrais présenter le cas de Mme Elisabeth Warren, élue avant-hier sénatrice du Massachusetts. J’utilise pour cela l’article de Sylvain Cypel (édition du 8 novembre). Cette femme de 63 ans, ex-professeure de droit à Harvard, démocrate, est partie en guerre contre  les "capitalistes" et leurs travers - surtout lorsqu'ils œuvrent dans le secteur financier. Mme Warren a relevé que la propension des employeurs à se présenter aux yeux de la société comme étant les "créateurs de richesse" représentait une forme d'usurpation. Elle n'en "connaissait aucun" qui a créé des richesses "tout seul", sans les salariés pour travailler et sans l'Etat pour les éduquer et faire les routes et autres infrastructures qui servent si bien les entreprises... il ne manque qu’une allusion à l’hôpital public (il est vrai qu’aux Etats-Unis…) lequel permet aux entreprises d’avoir une main-d’œuvre en bonne santé et donc compétitive pour employer un mot à la mode, il ne manque que cette allusion donc pour obtenir un discours du Front de Gauche français. Mais, pour Le Monde, c’est bien plus intéressant quand c’est une américaine qui le dit. Si c’est J.-L. Mélenchon : black out. L’auteur de l’article poursuit : « Mme Warren n'est pas tant une gauchiste qu'une représentante typique des militants de la restauration de la morale dans les mœurs économiques (…) ». Mais où est la morale ici ? c’est d’analyse économique stricte qu’il s’agit ici ! Dernière citation : « Ce discours sur le retour du rôle de l'Etat a plu dans un Etat, le Massachusetts, à la fois de tradition ouvrière mais qui détient aussi le plus haut taux de diplômés universitaires des Etats-Unis ». J’ai la faiblesse de penser qu’il a plu aussi aux quatre millions de Français, tant ouvriers qualifiés et syndiqués que diplômés des centres-villes, qui ont voté front de gauche. Mais chut… faut pas le dire.

    Bref, Vive madame Warren au Sénat ! et surtout, ne nous décevez pas…

 lire aussi : Etats-Unis : la révolution SANDERS (1ère partie) suivie de la deuxième (lol)

 

1. Carte des résultats des présidentielles américaines depuis les origines :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_r%C3%A9sultats_des_%C3%A9lections_pr%C3%A9sidentielles_am%C3%A9ricaines

2. Signalées par LeMonde.fr, deux « immanquables » cartes interactives avec le comptage des résultats :

le New York Times http://elections.nytimes.com/2012/results/president 

et le Huffington Post http://elections.huffingtonpost.com/2012/results

 



[2] BELIN - RECLUS, volume « Etats-Unis-Canada ». 1994.

[3] À titre d’indication, les prévisions de dépenses 
pour les élections 2013 dans un pays pauvre comme Madagascar portent sur 30 millions de dollars…

[4] JPR : Les Américains sont très fiers de dire que tout citoyen peut devenir président de l’Union. Certes, mais s’il faut des milliards de dollars pour entrer dans la Maison blanche, on admettra que cela limite les possibilités. En fait, la Cour suprême réhabilite la notion de « libertés bourgeoises ».

[5] JPR. Le swing était le nom d’une danse dans les années Trente. Elle est revenue à la mode, bien transformée.      

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