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LA REVOLTE LIBYENNE NE RELEVE PAS DU "PRINTEMPS ARABE"

publié le 28 août 2012 à 09:58 par Jean-Pierre Rissoan

Voici un article -dont j’ai emprunté le titre- paru dans le journal LA CROIX du 14 juin 2011 :

Dans son rapport "Libye : un avenir incertain", rendu public samedi 11 juin, une mission d’évaluation indépendante[1] conteste le caractère démocratique et spontané de la révolte libyenne.

Quelles différences entre le contexte révolutionnaire libyen et les révoltes en Tunisie et Égypte ?

Une jeunesse diplômée sans travail ni logement a constitué le ferment des révolutions en Tunisie et en Égypte. À l’inverse, dans la Libye du colonel Kadhafi, le chômage était quasi inexistant. 

Les six millions de Libyens jouissaient d’"un des plus hauts niveaux de vie du monde arabe" et faisaient massivement appel à une population immigrée de trois millions de travailleurs pour des travaux peu qualifiés.

Les six membres de la mission d’évaluation qui se sont rendus sur place au mois d’avril réfutent donc l’origine sociale du conflit, même s’ils ne contestent pas le caractère de dictature de la Libye, dirigée par un chef d’État "tyrannique, imprévisible, fantasque, mégalomane"

Le soulèvement libyen ne saurait non plus être qualifié de "révolte pacifique", car il s’est accompagné de nombreuses exactions, notamment à l’encontre d’Africains rapidement taxés de mercenaires, et a sombré dans la guerre civile.

Que reproche la mission au CNT ?

Le Conseil national de transition (CNT), organe de représentation des insurgés dorénavant reconnu par 13 États dans le monde, dont l’Allemagne depuis hier, reflète l’hétérogénéité de la population rebelle. 

Le mouvement de contestation qui est né mi-février dans la région Cyrénaïque de l’est – qui n’a jamais accepté la domination de la région Tripolitaine de l’ouest ni l’autorité du colonel Kadhafi – est un conglomérat disparate. 

Au noyau revendiquant l’avènement d’une démocratie, sont associés de puissants réseaux islamistes, y compris des franges extrémistes d’Al-Qaida, et des tenants d’une restauration monarchique intégriste, sans oublier des mafias locales promptes à financer la rébellion ou d’anciens dignitaires du régime qui ont dernièrement fait défection.

La mission d’évaluation juge suspecte la volonté du CNT de garder secrets les noms de la plupart de ses représentants pour, officiellement, des raisons de sécurité. Elle estime qu’« il existe aujourd’hui trop de zones d’ombre pour lui accorder un chèque en blanc ». 

Elle déplore "l’aventurisme coupable" des puissances occidentales en partie mues par une désinformation savamment distillée par les chaînes Al-Jazira et Al-Arabia, évoquant une intervention qui finit "par créer plus de problèmes qu’elle n’en résout".

Article signé Marie Verdier

 

Cet article est, en tous points, conforme à celui paru dans TTU[2] intitulé "Libye : un rapport discordant" et signé de William Lacourneuve, Analyste Militaire.

En voici les principaux paragraphes :

Alors que la France, suivie par la Royaume-Uni, a décidé de déployer ses hélicoptères de combat pour accentuer la pression sur le régime de Kadhafi, un rapport indépendant dénonce les "illusions" de cet engagement en Libye et "l’aventurisme coupable, voire le machiavélisme cynique" des puissances occidentales qui soutiennent une insurrection aux faux airs de "révolution". Ce rapport d’une cinquantaine de pages, qui doit être rendu public dans les prochains jours et que TTU a pu parcourir, est le compte rendu d’une mission organisée par une délégation internationale d’experts pour évaluer, sans parti pris, la situation libyenne.

Composée de membres appartenant au Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) — dont son président est le préfet Yves Bonnet, ancien directeur de la DST —, au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et de personnalités indépendantes, comme l’ancienne ministre algérienne Saïda Ben Habyles, la délégation s’est rendue durant trois semaines, en avril, à Tripoli et dans la région ouest du pays, ainsi qu’à Benghazi et en Cyrénaïque pour y rencontrer les représentants des deux parties. Fruit de ces entretiens et observations sur le terrain, le rapport de mission, sans formuler de recommandations, livre des conclusions très critiques à l’égard de la résolution 1973 des Nations unies et la "très excessive interprétation" de cette résolution faite par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, qui ouvre implicitement la voie à une intervention terrestre, voire à l’assassinat politique. La présence de services de renseignements aux côtés des insurgés et le recours aux unités de forces spéciales seraient un contournement manifeste des dispositions de cette résolution et relèveraient de l’ingérence. Les auteurs de ce rapport s’interrogent, par ailleurs, sur les motivations de cette intervention militaire. Selon eux, le contrôle des ressources énergétiques est au cœur des stratégies à l’œuvre. Les Etats-Unis voudraient ainsi renverser Kadhafi pour bouter la Chine hors du pays. L’Egypte ne verrait que des avantages à une partition du pays, qui n’a jamais accepté le rattachement de la Cyrénaïque et des réserves pétrolières à Tripoli. La France a, quant à elle, vu dans la crise libyenne l’occasion de reprendre l’initiative diplomatique. Le départ de l’Elysée de deux des proches conseillers de Nicolas Sarkozy et fins connaisseurs du dossier libyen – Claude Guéant au ministère de l’Intérieur et Bernard Bajolet, le coordonnateur national du renseignement, comme ambassadeur en Afghanistan – a ouvert une brèche à l’influence de Bernard-Henri Lévy et de l’émir du Qatar pour obtenir la reconnaissance et le soutien du Conseil national de transition (CNT).

Le rapport s’alarme de cet engagement "irréfléchi" de Paris, qui fait le jeu de l’administration américaine, laquelle s’est bien gardée d’afficher ses objectifs et a laissé la France prendre tous les risques. D’autant que le CNT, du fait de sa composition hétéroclite (« une coalition d’éléments disparates aux intérêts divergents ») n’offre, selon les auteurs du rapport, aucune garantie quant à la mise en œuvre d’un projet politique national, de nature démocratique et à même de préserver les intérêts des puissances engagées. Si les auteurs se gardent bien de défendre le Guide, rappelant la nature dictatoriale du régime de Kadhafi, ils s’inquiètent de la présence au sein du CNT de représentants des courants prônant l’instauration d’un islam radical, de nostalgiques de la monarchie et de nouveaux convertis de l’ancien régime, qui ne laissent aucune marge de manœuvre aux « vrais démocrates ». Et de prévenir : "l’Occident doit prendre garde qu’il ne soit pas remplacé par un régime plus radicalement antioccidental et tout aussi peu démocratique".

(…°).



[1] Menée par le Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (Ciret-AVT) et le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

[2] Lettre d'informations stratégiques et de défense, Directeur: Guy Perrimond.

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