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III. Egypte : Solidarité au peuple laïque égyptien

publié le 6 déc. 2012 à 03:20 par Jean-Pierre Rissoan

Ce qui se passe en Egypte est grave. Derrière les masses obscurantistes qui se battent pour l'application de la charia se cache le néo-libéralisme le plus absolu, autrement dit le capitalisme financier. Des masses manipulées qui luttent pour la capitalisme : c'est une forme de fascisme qui menace. Vive la révolution égyptienne. Solidarité.



Egypte: pour Khaled Ali «Les Frères musulmans reproduisent la dictature»

 

Egypte Le Caire (Égypte), envoyé spécial (L’Humanité du 5 décembre). L’avocat et ancien candidat progressiste à la présidentielle, Khaled Ali, dénonce l’attitude du président Mohamed Morsi et des islamistes au pouvoir qui veulent imposer leur vision théocratique de la Constitution. Avocat, animateur du Centre des droits économiques et sociaux, Khaled Ali est connu en Égypte pour son engagement pour la défense des ouvriers, des paysans et du droit du travail. Candidat à l’élection présidentielle, il a porté ces valeurs aux quatre coins du pays. Il est membre de la Coalition populaire communiste, qui fait partie du front de l’opposition.


Ce qui se passe aujourd’hui vous étonne-t-il ?

Khaled Ali. Non ! D’abord il est normal que la période qui suit une révolution soit une période transitionnelle. Quel que soit le président, il est confronté à des difficultés. En revanche, la façon dont les Frères musulmans et le président Morsi se comportent est plus étonnante. Avant d’être élu, ­Mohamed Morsi avait fait un certain nombre de promesses, qu’il n’a pas tenues. Par ailleurs, les Frères musulmans refusent toute coopération avec les forces révolutionnaires. Or, le rôle du président n’est pas d’obtempérer aux volontés de la confrérie, mais au contraire de suivre ce que la société et les forces politiques veulent. Par exemple, Mohamed Morsi avait affirmé qu’il n’organiserait pas de référendum sur la Constitution s’il n’y avait pas de consensus. On voit qu’il fait le contraire. Sans parler de sa déclaration constitutionnelle qui lui donne des pouvoirs exceptionnels.


Que recherche Mohamed Morsi ? Cède-t-il à la pression de son aile la plus dure ?

Khaled Ali. Morsi est là pour mettre en application ce que veulent les Frères musulmans. Il y avait deux choix pour eux. Soit réaliser les objectifs de la révolution et donc coopérer avec les autres forces politiques. Soit ­reproduire la façon de faire de l’ancien régime, mais avec Morsi à la place de Moubarak. Ils ont choisi cette deuxième option. Ils reproduisent le même régime dictatorial. Sur la question de la justice, la demande n’était pas seulement le remplacement du procureur général, mais de faire en sorte que ce soit les juges eux-mêmes qui choisissent. Donc le nouveau pouvoir agit pour éliminer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les Frères musulmans.


Les islamistes disent qu’en réalité ces juges ont été nommés par l’ancien régime. Est-ce la réalité ?

Khaled Ali. C’est faux. Les Frères musulmans et Morsi veulent supprimer la Haute Cour constitutionnelle. Dans la nouvelle Constitution qu’ils proposent, ils veulent ramener leur nombre de 17 à 11. Ils vont éliminer six ou sept juges, et Morsi choisira ceux qui les remplaceront. L’objectif des Frères musulmans est de contrôler toutes les instances du pays. Jusqu’à maintenant la Cour constitutionnelle n’a pas rendu d’avis contre les lois. Dans les années 1990, cette même Cour a invalidé l’élection de l’Assemblée du peuple sans que personne n’émette une critique.


De quelle manière le projet des Frères musulmans apparaît-il dans le projet de Constitution ?

Khaled Ali. Si cette Constitution est approuvée, l’Égypte sera un État théocratique comme l’Iran. Les articles 2, 3, 4 et 219 stipulent que la loi islamique ne sera pas seulement la source des lois mais qu’il faudra demander l’avis d’Al-Azhar, l’assemblée des grands cheikhs, pour savoir si ces lois sont en accord avec la charia. L’article 219 précise même que la source est la charia sunnite. Ce qui signifie que le prochain Parlement va édicter de nouvelles lois concernant les droits humains, le droit des femmes à travailler ou non… dans le cadre de la charia. Il n’y a aucune garantie pour construire un État démocratique. C’est une Constitution qui fonde l’État d’un seul parti. Les pouvoirs du chef de l’État sont très importants. Lorsqu’on compare avec la Constitution de 1971, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de grandes différences en ce qui concerne les prérogatives du président. S’il y a quelques petits changements positifs, en revanche, le président pourrait nommer le procureur général et choisir les responsables à la tête de toutes les institutions gouvernementales. Enfin, dans cette Constitution on ne trouve nullement les obligations de l’État en matière sociale. Les formulations des articles stipulent que l’État «essaie». Aucun article ne mentionne l’obligation pour l’État de fournir du travail à tous.


On parle peu du programme économique et social des Frères musulmans. Ne s’inscrivent-ils pas en réalité dans une optique néolibérale ?

Khaled Ali. Les Frères musulmans sont en accord avec la politique néolibérale. Ils sont en train de supprimer tout le secteur public et signent des accords avec le Fonds monétaire international. Cette politique rencontre des résistances. Il y a de très nombreuses grèves depuis la révolution. En 2012, on a comptabilisé 2500 grèves et manifestations de salariés dans tous les secteurs de l’économie, secteur public ou secteur privé. Ces derniers jours, par exemple, les salariés de l’aéroport de Charm-el-Cheikh ont bloqué tout le trafic pour des revendications salariales.


Certains disent que la venue au pouvoir des islamistes, après les printemps arabes, est un «passage obligé». Est-ce votre avis ?

Khaled Ali. Non, je ne le pense pas. Avant la révolution, la force la plus organisée était le mouvement islamique. Mais maintenant, il y a des développements dans l’organisation de mouvements et de partis qui sont sur le terrain et gagnent en expérience. Ils ont réussi à organiser des manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes. Les choses s’inversent.

 

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