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I. EGYPTE : Quelle révolution ?

publié le 28 août 2012 à 10:04 par Jean-Pierre Rissoan
 12/02/2011  

    Ce départ de Moubarak laisse place à un plaisir immense. De plus, il laisse penser que le peuple égyptien n’éprouvera pas un sentiment de frustration, voire de défaite, qui aurait pu mener soit à un bain de sang soit à un refuge dans les valeurs traditionnalistes que l’on sait.

L’Egypte vient de loin. Trente de dictature, quarante si l’on compte celle de Anouar el-Sadate. On a compris le rôle d’un dictateur, de sa garde prétorienne, de sa police y compris de sa police privée. On nous a dit l’imbrication de l’armée avec le pouvoir économique[1], ce qui -il faut bien le dire - amène une comparaison avec le régime fasciste. Le pouvoir d’information était aux mains de Moubarak, la justice était aux ordres. Le parti communiste était interdit depuis le régime de G.A. Nasser. Toute opposition était muselée. Les grèves étaient interdites et réprimées férocement si elles éclataient quand même. Bref, le tableau est bien sombre pour décrire la situation d’un pays dont le parti unique au pouvoir était, paraît-il membre de l’Internationale socialiste, ce que j’ai peine à croire.

Mais cela reste incomplet. L’Egypte n’avait pas à proprement parler de souveraineté externe. Sa diplomatie était surveillée. La politique de solidarité de Nasser à l’égard des Palestiniens a été mise au placard et les subventions en milliards de dollars venues de Washington étaient la contrepartie de cette neutralité bienveillante à l’égard d’Israël. Le pays était un pion dans le "grand jeu" américain au Proche-Orient. Tel-Aviv et Washington tenaient beaucoup à l’ami Moubarak.

Dans ces conditions, mener une révolution est une gageure. Ce peuple si nombreux dans la rue et sur la place Tahrir connaissait-il tous les tenants et les aboutissants ?

On voit là les conséquences d’une opposition décapitée, du manque d’un parti révolutionnaire apte à prendre immédiatement les commandes avec un projet travaillé et mis au point. Résultat : c’est l’armée qui prend le pouvoir transitoire.

Certes cette armée était enchevêtrée dans les mailles du pouvoir mais elle n’est peut pas aussi homogène qu’il n’y paraît. La royauté vassale de l’Angleterre a été abolie en 1952 par les officiers et colonels égyptiens et Nasser était issu de ses rangs. Les années Nasser furent une époque glorieuse pour l’Egypte, il n’est pas sûr que tous les militaires l’aient oublié. D’autres militaires sont en revanche certainement attachés aux subventions américaines et à leurs intérêts dans l’économie du pays.

Depuis Sadate, l’Egypte a renoncé à toute économie plus ou moins étatisée, plus ou moins socialiste, elle se soumet aux règles du F.M.I. (voir - pour un petit exemple- mon article du 02 décembre 2010 « Strauss-Kahn, le F.M.I., Belphégor reborn… »). Cette révolution est une révolution libérale en termes politiques, mais elle est soutenue par de multiples revendications économiques et sociales dont on se demande si les règles du F.M.I. pourront les satisfaire.

Bref, l’histoire est en marche et ce n’est pas à nous de l’écrire. Souhaitons que la politique reprenne - ou prenne - tous ses droits en confinant la religion dans son périmètre.

Vive la révolution d’Egypte. Gloire à son peuple. 



[1] Moubarak, lui-même militaire, aurait une fortune estimée de 30 à 70 milliards de dollars …

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