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Burkina faso. Thomas Sankara, la possibilité d’une Afrique émancipée

publié le 16 oct. 2017 à 06:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 oct. 2017 à 06:04 ]


Rosa Moussaoui
Jeudi, 12 Octobre, 2017
L'Humanité

    Le 15 octobre 1987, à Ouagadougou, une expérience révolutionnaire exaltante prenait fin dans le vacarme des kalachnikovs. Le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, était assassiné avec douze de ses compagnons.

    Il refusait de voir l’Afrique croupir dans la condition d’« arrière-monde d’un Occident repu ». Cet engagement lui a coûté la vie. Le 15 octobre 1987, lors du coup d’État perpétré par son « frère » Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, était assassiné par un commando de militaires du régiment de la sécurité présidentielle. Sur le certificat de décès officiel de cet homme de 37 ans qui redoutait, quelques semaines auparavant, « une mort violente », on peut lire cette invraisemblable mention : « mort naturelle ». Dans le fracas des kalachnikovs, un nom, encore un, venait s’ajouter à la longue liste des révolutionnaires d’Afrique éliminés avec la complicité des capitales occidentales : Patrice Lumumba au Congo, le combattant de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert Amilcar Cabral, Ruben Um Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié au Cameroun, l’opposant marocain Mehdi Ben Barka et tant d’autres… Thomas Sankara était lucide sur toutes ces possibilités anéanties. « Une fois qu’on l’a accepté, ce n’est plus qu’une question de temps. Cela viendra aujourd’hui ou demain », prédisait-il.

Le "Che africain" rêvait de devenir médecin

L’assassinat de ce dirigeant charismatique a bouleversé tout un continent, brisant l’espoir d’émancipation auquel il avait su donner corps au Burkina Faso, cette Haute-Volta rebaptisée par lui « Pays des hommes intègres ». Fils d’un combattant de la Seconde Guerre mondiale converti au catholicisme sous les drapeaux, Thomas Isidore Sankara était destiné par les siens au séminaire. Lui rêvait de devenir médecin. Il rejoint finalement, par un concours de circonstances, le PMK, le Prytanée militaire du Kadiogo, à Ouagadougou. Baccalauréat en poche, il intègre une formation d’officier à l’Académie militaire d’Antsirabe, à Madagascar. La Grande Île est alors en pleine effervescence révolutionnaire, une expérience déterminante pour le jeune Sankara. De retour au pays, il s’emploie à organiser politiquement cette jeune génération d’officiers formés à l’étranger, qui jugent étouffant le carcan d’une armée toujours encadrée par des anciens de la coloniale. Des officiers comme Henri Zongo, Boukary Kaboré, Jean-Baptiste Lingani prennent part à cet activisme clandestin au sein de l’armée. À l’occasion d’une formation militaire au Maroc, en 1976, Thomas Sankara se lie d’amitié avec Blaise Compaoré. Tous ensemble, ils forment le Regroupement des officiers communistes qui jouera un rôle de premier plan dans le déclenchement de la révolution démocratique et populaire, en 1983. Sankara, lui, prend la tête du Centre national d’entraînement commando à Pô, à 150 km au sud de la capitale.

En 1983, il devient président de la Haute-Volta

    Depuis l’indépendance, la Haute-Volta n’a jamais vraiment connu la stabilité politique. Civils ou militaires, les régimes se succèdent, tous plus ou moins autoritaires. Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d’État porte au pouvoir Jean-Baptiste Ouédraogo, un médecin militaire. Deux mois plus tard, à la faveur d’un rapport de forces favorable au camp progressiste au sein de l’armée et du fait de sa popularité grandissante, Thomas Sankara devient premier ministre. Sa faconde, ses ardeurs révolutionnaires, la visite que lui rend Mouammar Kadhafi ne sont pas du tout du goût de l’Élysée. Guy Penne, le « monsieur Afrique » de François Mitterrand, est dépêché à Ouagadougou. Le premier ministre est aussitôt limogé et mis aux arrêts. Début d’une insurrection populaire qui ouvre la voie aux militaires. Le 4 août 1983, les commandos de Pô, emmenés par Blaise Compaoré, prennent Ouagadougou, avec l’appui de civils. Thomas Sankara devient président de la Haute-Volta. Il appelle aussitôt la population à former des Comités de défense de la révolution (CDR). C’est le début d’une expérience révolutionnaire aussi éphémère qu’exaltante, nourrie par un profond désir d’indépendance. Sankara est épris de paix, de justice sociale, féministe convaincu, écologiste avant l’heure, anti-impérialiste. En quatre ans seulement, fait inédit, il a réussi à faire accéder un pays du Sahel à l’autosuffisance alimentaire. Très lié au monde rural, il n’hésitait pas à s’en prendre frontalement aux féodalités. Ses objectifs ? « Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. » Pourfendeur de la dette odieuse qui maintient les ex-colonies dans une position d’assujettissement aux ex-métropoles, Sankara veut guérir son pays de la dépendance aux « aides » extérieures. « La dette ne peut pas être remboursée parce que, d’abord, si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas, soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également ! » lance-t-il à la tribune de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à Addis-Abeba, le 29 juillet 1987, en appelant à « produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique ». Au Burkina Faso, de nouveaux circuits de distribution sont créés pour favoriser les productions locales et les fonctionnaires sont priés de se vêtir du Faso dan fani, l’habit traditionnel taillé dans des cotonnades burkinabées. Dès 1983, des tribunaux populaires révolutionnaires sont institués pour juger les responsables politiques accusés de détournement de fonds publics et de corruption. Les peines consistent le plus souvent dans le remboursement des sommes indûment perçues et les fonctionnaires encourent la suspension ou la radiation. Dans les domaines de l’éducation, de l’environnement, de l’agriculture, de la réforme de l’État, de la culture, de la libération des femmes, de la responsabilisation de la jeunesse, les programmes se succèdent à un rythme effréné, suscitant parfois des dissensions avec les syndicats et jusque dans le camp révolutionnaire. Sur la scène internationale, Sankara s’impose très vite comme une grande voix du continent africain et, au-delà, des peuples opprimés ou maintenus sous tutelle. Il est franc, convaincu, intransigeant. À l’automne 1986, lorsque François Mitterrand lui rend visite à Ouagadougou, il n’hésite pas, scène mémorable, à critiquer devant les caméras ses complaisances avec le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Le vieux socialiste français esquive en saluant « le tranchant d’une belle jeunesse ». L’implication des réseaux françafricains dans l’élimination de Thomas Sankara ne fait aucun doute. À l’époque, régnaient sur le « pré carré » des personnages aussi interlopes que Jacques Foccart, rappelé par Jacques Chirac après son retour à Matignon. La plaque tournante de ces manœuvres françafricaines ? La Côte d’Ivoire, sur laquelle règne encore le vieux Félix Houphouët-Boigny…

    Trente ans après l’assassinat de Thomas Sankara, à l’heure où les puissances impérialistes resserrent leur emprise politique, économique et militaire sur le continent pour perpétuer son pillage, le legs du dirigeant burkinabé reste plus précieux que jamais. « Il laisse en héritage un immense espoir pour l’Afrique. Celui de parachever la décolonisation pour permettre aux peuples de conquérir droits, progrès et liberté », résume Dominique Josse, responsable Afrique du PCF.

    Il y a un rêve que Thomas Sankara n’a pas accompli. Un an tout juste avant son assassinat, à l’occasion d’une visite officielle en Union soviétique, il est invité à la Cité des étoiles où sont formés et entraînés les cosmonautes. La découverte d’une capsule Soyouz, des stations Saliout et Mir lui font grande impression. Il s’incline devant la statue de Youri Gagarine, signe le livre d’or, puis, avant de partir, déviant du protocole, interpelle ses hôtes. Il raconte : « J’ai dit non, ce n’est pas tout camarade, attendez ! C’est très bien, nous sommes contents. Nous vous félicitons, c’est un progrès scientifique. Et quand tout cela sera au service des peuples, ce sera vraiment un bienfait. Mais moi, je voudrais vous demander une chose… Deux places. Il faut que vous prévoyiez deux places pour former des Burkinabés. Nous aussi, nous voulons aller sur la Lune… On veut aller là-bas ! Donc, la coopération doit commencer. Et nous sommes sérieux. Nous voulons envoyer des gens sur la Lune. Ainsi, il y aura les Américains, il y aura les Soviétiques, quelques autres pays… Mais il y aura aussi le Burkina. »

Mandela : quelques rappels fondamentaux...

publié le 6 déc. 2013 à 09:41 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 6 déc. 2013 à 09:47 ]

    Je publie un article de Christophe Deroubaix, grand reporter à l’Huma, qui remet les billes au centre ou l’église au milieu du village comme vous voulez. Aujourd’hui, tout le monde verse des larmes sur la dépouille de Mandela comme si tous avaient été le grand pote du grand combattant. J’ai à cet égard un souvenir très prégnant. Au début des années 80’, l’Humanité avait publié un sondage qui indiquait la popularité de tel ou tel grand personnage auprès des Français. Malheureusement, je ne me souviens pas des chiffres exacts mais l’ordre de grandeur suffit : près de 80% des Français disaient connaître Lech Walesa et 20% seulement connaissait le nom de Nelson Mandela. Oui 20%... C’est qu’au début des années 80’ on nous annonçait chaque jour, plusieurs fois par jour, l’arrivée des chars soviétiques à Varsovie, le monde tremblait, le cours du dollar montait à Wall-Street, mais l’ouvrier catholique des chantiers navals de Gdansk était prêt à offrir sa poitrine, etc, etc…  Alors que c’était silence-radio sur Mandela. Seuls l’Humanité et le PCF militaient pour la connaissance et la reconnaissance de son combat. Quelques autres organisations humanitaires aussi. Notamment, il y eut une campagne de boycottage des oranges Outspan et je n’ai plus acheté ces oranges sud-africaines cueillies par une main-d’œuvre esclave.

    Je rappelle une raison fondamentale à cet ostracisme : l’ANC de Mandela était alliée - elle l’est toujours - au parti communiste sud-africain et au syndicat COSATU et le passage maritime du Cap, la place de l’Union sud-africaine dans son continent étaient absolument stratégiques aussi les Américains ne voulaient pas laisser ça à un allié de l’URSS. La fin de la guerre froide et le combat quotidien des amis de Mandela ont permis l’issue heureuse que l’on sait. Par conséquent pour Thatcher et LePen, Mandela était un terroriste mais, hélas, pour le parti socialiste français il n’était pas, non plus, un ami fréquentable. La lutte contre le soviétisme tolérait la présence de Mandela dans sa prison. Aujourd’hui, tout le monde verse sa larme de crocodile. C’est si facile.

    C. Deroubaix nous rappelle quelques éléments politiques fondamentaux.

    J.-P. R.  

 

POUR ÉVITER LA "MICHAELJACKSONISATION" DE MANDELA

    Par C. Deroubaix, journaliste.

    L’Humanité du 6 décembre 2013

 

    Aussitôt décédé, aussitôt ressuscité. Nelson Mandela, l’homme d’État, n’est plus depuis jeudi soir. Il est aussitôt réapparu, sur nos écrans télés et dans les tombereaux de communiqués, comme une « icône pop ». Quelle œuvre ! Quel talent ! Et quelle simplicité, en plus ! Toute l’Afrique du Sud ne devait qu’à cet homme, lui seul, quasi-béni des Dieux, en mission sur Terre pour le Bien.

    On caricature un peu, car toutes les interventions ne furent pas de cette acabit mais la tonalité générale relevait presque de la béatification en mondovision. Ce ne serait finalement pas gênant si le fond du « bruit médiatique » n’était grandement construit sur de dangereuses approximations. Il en va des idées comme des fusées : un défaut de trajectoire d’un millimètre se solde à l’arrivée par un écart abyssal. Voici donc quelques phrases entendues, à contester en toutes occasions.

"Nelson Mandela, le premier président noir de l’Afrique du Sud".

    Personne ne peut contester que Mandela soit un homme noir. Pourtant, lorsqu’il prête serment le 10 mai 1994, ce n’est pas sa « qualité » première. Il est, ce jour-là, le premier président démocratiquement élu. Les autres présidents étaient blancs mais ce n’était, en définitive, qu’un élément accessoire : le principal problème était qu’ils furent élus par un corps électoral exclusivement blanc dans un pays où les Noirs, Métis et Indiens représentaient 90% de la population. La nature du système prime sur la couleur de la peau de son représentant. En revanche, on peut parler de Barack Obama comme du premier président noir de l’Histoire des États-Unis puisque le système politique repose sur le suffrage universel (même s’il n’a été réellement universel qu’à partir de la loi sur les droits civiques de 1964-65) depuis des décennies, voire des siècles.

"Mandela a été élu suite aux premières élections multiraciales de l’Histoire du pays".

    Si l’on prenait pour argent comptant cette assertion, cela signifierait : soit que des hommes, des légumes et bœufs ont voté le 27 avril 1994, soit, encore plus stupide, que l’on considère que, parmi les Hommes, il y a plusieurs races. Pour nous, l’unicité de la race humaine est un principe inattaquable et incontournable. Ces élections furent démocratiques et, selon l’expression désormais retenue, « non-raciales », dans le sens où elles ne reposaient pas sur le principe erroné d’une appartenance à la catégorie fantasmée des « races ». On vous l’assure, pour l’avoir vu de nos propres yeux : ce jour-là, seuls des citoyens de la race humaine ont voté.

"Nelson Mandela a libéré les Noirs".

Voici maintenant Mandela en Moïse des temps modernes. La reconnaissance du rôle de "Madiba" dans le statut d’égalité et de liberté devant la loi dont jouissent aujourd’hui tous les habitants du pays ne peut nous exonérer de deux remarques :

- Les Noirs se sont libérés eux-mêmes. Par leur lutte. Par leur résistance. Avec les organisations politiques (ANC, parti communiste) et syndicales (COSATU) dont ils se sont dotés et avec les dirigeants, dont Mandela, que celles-ci ont désigné

- Comme le faisait remarquer Mandela lui-même le soir de l’annonce de la victoire de l’ANC, la fin de l’apartheid et l’avènement d’une démocratie ont libéré « les blancs du poids de leur oppression ». Cette réflexion sur la double libération est essentielle dans la « pensée Mandela » : celui qui oppresse n’est pas libre. Ce qui signifie aussi : si nous oppressons ceux qui nous ont oppressés, nous ne serons pas libres. On ne peut comprendre la stratégie de l’ANC pendant la transition si l’on n’a pas à l’esprit

"Mandela dirigeait l’ANC, le parti des Noirs".

    L’ANC était le parti de la libération… Il était donc le mouvement dans lequel se reconnaissaient, en effet, l’écrasante majorité des Noirs mais également des Indiens et des Métis ainsi que des Blancs. Dès les années 50, responsables politiques, syndicaux ou religieux, Noirs, Indiens, Blancs, Métis élaborent la Charte de la Liberté qui proclame que « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent ». Préfiguration d’un pays où la couleur de peau n’est pas un statut juridique.

"Mandela, un adepte de la non-violence"

    Drôle d’affirmation concernant celui qui fut en charge de la mise en place de la branche armée de l’ANC, Umkhonto we Sizwe (la lance de la Nation). Mandela n’était pas un adepte en soi de la violence mais il a estimé, avec les autres membres du noyau dirigeant de mouvement anti-apartheid, que l’attitude du régime d’apartheid ne laissait d’autres solutions que le passage à la lutte armée devant prendre pour cible les attributs du pouvoir non des personnes civiles. Au moment de la transition entre la fin juridique de l’apartheid, en 1990, et le début de la démocratie, en 1993, la direction collective du mouvement, Mandela en premier lieu, ont estimé qu’une tactique de violence s’avérerait contre-productive.

Lire aussi :

Christophe Deroubaix


siège du PCF, place du colonel Fabien, Paris, XIX°.

RENDRE AU MALI SA SOUVERAINETE Arrêter l’engrenage d’une logique de guerrière. (FDG)

publié le 31 janv. 2013 à 05:44 par Jean-Pierre Rissoan

RENDRE AU MALI SA SOUVERAINETÉ

Arrêter l’engrenage d’une logique de guerrière.

 

Par le Collectif Afrique du Front de Gauche

 

    A nouveau, un pays d'Afrique est entraîné dans une logique de guerre.

Le Front de gauche partage l'inquiétude des Maliens face à l'offensive des groupes djihadistes, et comprend qu'ils se sentent soulagés par toute action pouvant empêcher leur progression. Depuis plusieurs mois, les exactions et exécutions sommaires pratiquées par ces groupes dans les zones qu'ils contrôlent au nord du pays illustrent le danger qu'ils représentent pour les libertés et la dignité du peuple malien et sa souveraineté.

    Le président de la République a décidé d'engager l'armée française.

    Mais cette intervention montre désormais le risque d'un engrenage dans une guerre sans fin prévisible, et sans véritable solution durable pour le peuple malien et la reconstruction du pays. Le risque est grand d'une déstabilisation de toute la région, comme on l'a vu en Algérie avec la prise d'otages et son dénouement tragiques. (Cette intervention) a été décidée unilatéralement, sans respect des règles fixées par l'ONU qui établissaient qu'elle devait obtenir par avance l'approbation du Conseil de Sécurité de l'ONU, et être menées par des troupes de l'Union Africaine, dans les limites imposée par l'exigence de la souveraineté malienne.

    Elle a été décidée par la Présidence française sans consultation du Parlement, et ses objectifs stratégiques n'ont pas été définis, contrairement aux engagements pris par le candidat François Hollande. Elle ne se limite pas à des frappes aériennes, mais engage au sol des milliers de soldats de l'armée française, qui visent désormais à reconquérir et à occuper le Nord du Mali, outrepassant tout mandat.

    Elle est engagée alors que le gouvernement assume une politique d'austérité, qui réduit les dépenses dans tous les secteurs, mais n'hésite pas devant les coûts extraordinaires d'une guerre qui va s'installer dans la durée. Un argent qui serait plus utile dans l'aide à la coopération en Afrique, alors que celle-ci est sans cesse en diminution.

    Elle se déroule dans une région riche en pétrole, en minerais stratégiques, en uranium, que les grandes puissances cherchent à obtenir à bas coûts, privant les pays de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. C'est notamment le cas de la France qui, dans la région du Sahel, vise à contrôler l'extraction de l'uranium avec AREVA.

    Elle se tient dans une ancienne colonie française, et suscitera une réaction contre elle car elle rappelle les pratiques dominatrices de la Françafrique qui ont amenées à affaiblir les Etats et la démocratie dans la région. Et elle redonne un soutien aux régimes des pays voisins pourtant rejetés par leurs peuples et leurs oppositions démocratiques.

    François Hollande, lors de sa première visite en Afrique en novembre dernier, répétait: «En aucun cas, la France n'interviendra elle même au Mali».

    Le Front de Gauche exige une clarification des objectifs stratégiques, avec un débat public transparent et un vote au Parlement, maintenant et non «dans quatre mois» comme l'a annoncé Français Hollande. Le Front de Gauche demande que soit mis fin à l'envoi de troupes françaises au sol visant la reconquête du Nord du Mali. Toute interposition africaine doit être placée sous mandat de l'ONU La question de l'intégrité du territoire malien doit être du ressort des forces maliennes. Sa reconquête ne doit pas pour autant entraîner des exactions en retour contre les populations du nord du pays, Arabes ou Touaregs, abusivement amalgamées aux «terroristes» [1].

    Les solutions politiques doivent primer sur les logiques guerrières. La restauration de la souveraineté territoriale du pays doit aller de pair avec la reconstruction d'un État, d'une démocratie, d'une souveraineté sur les ressources naturelles, une renégociation des droits du peuple Touareg, un processus national constituant impliquant le peuple malien lui-même.

    Le Front de Gauche défend et appelle à une autre politique de la France avec l'Afrique, rompant avec les politiques de domination et d'interventions militaires répétées, qui n'ont abouti qu'à alourdir sur le dos des peuples africains le fardeau de la mondialisation libérale et des politiques d'ajustement structurels imposées par le FMI [2] et les grandes puissances.

    Le Front de Gauche apporte son soutien au peuple malien, et appelle à La solidarité des peuples face aux épreuves qu'il traverse.

 

Le 29 janvier 2013

Collectif Afrique du Front de Gauche

MALI : "Il faut distinguer les terroristes des indépendantistes touaregs" par Pierre BOILLEY

publié le 15 janv. 2013 à 11:45 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 janv. 2013 à 05:24 ]

Entretien de Gaël de Santis avec

Pierre Boilley, directeur du Centre d'étude des mondes africains

 

D’où provient le Mouvement national de libération l’Azawad (MNLA), le groupe touareg qui a lancé l'offensive au nord du Mali, en janvier 2012, avant d'être évincé par les djilhadistes ?

PIERRE BOILLEY. Il est le fruit d'une longue histoire. Sous domination coloniale, le nord et le sud du Soudan français (nom du Mali avant l'indépendance NDLR) ont été traités de manière différente : une administration indirecte au nord et très directe au sud. Considéré comme peu utile, le Nord a été peu développé. A l'indépendance, le fossé s'est creusé par la volonté du président Modibo Keïta d'appliquer une politique socialiste, qui passait par la casse de la féodalité et des chefferies. C’est là qu'a débuté une première rébellion, durement réprimée en 1963 et 1964. Le Nord a été placé sous une chape de plomb. Avec la sécheresse des années 1980 et 1990, de nombreux jeunes ont émigré vers l'Algérie et la Libye pour trouver du travail. Mouammar Kadhafi en a utilisé certains comme soldats. C'est dans cc contexte que s'est organisé le mouvement rebelle des années 1990. Cette révolte a abouti à des accords, notamment celui du pacte national en 1992, qui n'a été que partiellement appliqué. Les combattants ont été intégrés dans l'armée. Une ouverture politique a été conduite sous la forme d'une décentralisation. Toutefois, le développement a été le parent pauvre de cet accord, nourrissant une désillusion ct d'autres rébellions. Le MNLA s’est créé sur l'idée d’une rupture avec le Mali. Cela a été possible avec le retour de centaines de Touaregs et Maures armés, suite à la guerre de Libye. Du 17 janvier au 1er avril 2012, une offensive éclair du MNLA a bouté hors du Nord l'armée malienne. Mais ensuite Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mujao et Ansar Eddine l'ont évincé des villes. L'offensive militaire française est conduite contre les islamistes qui risquaient de prendre Bamako. 1l faut continuer de distinguer les salafistes et les indépendantistes revenus à des positions autonomistes.

 

Comment a-t-on basculé d'une rébellion touarègue à une Insurrection djilhadiste ?

PIERRE BOILLEY. En laissant s'installer le trafic de drogue et le Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC) devenu Aqmi, qui ne comptait au départ que quelques dizaines de combattants. L’Etat malien et son président Amadou Toumani Touré endossent une forte responsabilité. Un modus vivendi a été établi entre Aqmi et le pouvoir. Lorsque le MNLA s'est lancé dans l'insurrection, ils se sont dit qu'ils s'occuperaient d'Aqmi plus tard. Le basculement s’est opéré à la fin de la conquête du Nord par le MNLA quand Aqmi et les salafistes se sont mis en branle.

 

Existe-t-il une porosité entre MNLA, Ansar Eddine et Aqmi ?

PIERRE BOILLEY. Il y en a une entre les mouvements islamistes Mujao, Aqmi et Ansar Eddine qui ont eu des contacts entre eux. Ces groupes ont un point commun : l'application de la charia. Ils ont beaucoup d'argent, leur permettant de donner des salaires à des jeunes combattants, débauchant parfois ainsi des combattants du MNLA.

 

Le pacte national n'a pas été appliqué. Un nouvel accord est-il susceptible de l'être?

PIERRE BOILLEY. Je l'espère. Cette guerre permettra peut-être d'éliminer les salafistes. Mais elle ne doit pas conduire à des massacres de civils, ou des vengeances de la part de l'armée malienne. Une négociation doit aboutir à une autonomie et un développement du nord du pays. Si elle n'advient pas, on risque de retourner à une situation comparable à celle de 2011 qui entrainera de nouvelles rébellions.

 

La volonté d'autonomie des Touaregs, minoritaires au nord du Mali, est-elle partagée ?

PIERRE BOILLEY. La population est en effet hétérogène, et même parmi les Touaregs il y a des différences. Mais toutes les populations s'accordent sur le problème de développement.

 

Les politiques libérales ont-elles conduit à un sous-développement du Nord ?

PIERRE BOILLEY. Oui. Les politiques d'ajustement structurel (du FMI, JPR) ont conduit à un manque d'investissements. Néanmoins, le développement a été plus fort au sud qu'au nord. La guerre actuelle coûte très cher: On aurait mieux fait de mettre cet argent, ces dernières années, dans le traçage de routes, le creusement de puits, la construction d'infrastructures, la mise en place d'industries.

 

L'HUMANITÉ, 15 JANVIER 2013

III. Egypte : Solidarité au peuple laïque égyptien

publié le 6 déc. 2012 à 03:20 par Jean-Pierre Rissoan

Ce qui se passe en Egypte est grave. Derrière les masses obscurantistes qui se battent pour l'application de la charia se cache le néo-libéralisme le plus absolu, autrement dit le capitalisme financier. Des masses manipulées qui luttent pour la capitalisme : c'est une forme de fascisme qui menace. Vive la révolution égyptienne. Solidarité.



Egypte: pour Khaled Ali «Les Frères musulmans reproduisent la dictature»

 

Egypte Le Caire (Égypte), envoyé spécial (L’Humanité du 5 décembre). L’avocat et ancien candidat progressiste à la présidentielle, Khaled Ali, dénonce l’attitude du président Mohamed Morsi et des islamistes au pouvoir qui veulent imposer leur vision théocratique de la Constitution. Avocat, animateur du Centre des droits économiques et sociaux, Khaled Ali est connu en Égypte pour son engagement pour la défense des ouvriers, des paysans et du droit du travail. Candidat à l’élection présidentielle, il a porté ces valeurs aux quatre coins du pays. Il est membre de la Coalition populaire communiste, qui fait partie du front de l’opposition.


Ce qui se passe aujourd’hui vous étonne-t-il ?

Khaled Ali. Non ! D’abord il est normal que la période qui suit une révolution soit une période transitionnelle. Quel que soit le président, il est confronté à des difficultés. En revanche, la façon dont les Frères musulmans et le président Morsi se comportent est plus étonnante. Avant d’être élu, ­Mohamed Morsi avait fait un certain nombre de promesses, qu’il n’a pas tenues. Par ailleurs, les Frères musulmans refusent toute coopération avec les forces révolutionnaires. Or, le rôle du président n’est pas d’obtempérer aux volontés de la confrérie, mais au contraire de suivre ce que la société et les forces politiques veulent. Par exemple, Mohamed Morsi avait affirmé qu’il n’organiserait pas de référendum sur la Constitution s’il n’y avait pas de consensus. On voit qu’il fait le contraire. Sans parler de sa déclaration constitutionnelle qui lui donne des pouvoirs exceptionnels.


Que recherche Mohamed Morsi ? Cède-t-il à la pression de son aile la plus dure ?

Khaled Ali. Morsi est là pour mettre en application ce que veulent les Frères musulmans. Il y avait deux choix pour eux. Soit réaliser les objectifs de la révolution et donc coopérer avec les autres forces politiques. Soit ­reproduire la façon de faire de l’ancien régime, mais avec Morsi à la place de Moubarak. Ils ont choisi cette deuxième option. Ils reproduisent le même régime dictatorial. Sur la question de la justice, la demande n’était pas seulement le remplacement du procureur général, mais de faire en sorte que ce soit les juges eux-mêmes qui choisissent. Donc le nouveau pouvoir agit pour éliminer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les Frères musulmans.


Les islamistes disent qu’en réalité ces juges ont été nommés par l’ancien régime. Est-ce la réalité ?

Khaled Ali. C’est faux. Les Frères musulmans et Morsi veulent supprimer la Haute Cour constitutionnelle. Dans la nouvelle Constitution qu’ils proposent, ils veulent ramener leur nombre de 17 à 11. Ils vont éliminer six ou sept juges, et Morsi choisira ceux qui les remplaceront. L’objectif des Frères musulmans est de contrôler toutes les instances du pays. Jusqu’à maintenant la Cour constitutionnelle n’a pas rendu d’avis contre les lois. Dans les années 1990, cette même Cour a invalidé l’élection de l’Assemblée du peuple sans que personne n’émette une critique.


De quelle manière le projet des Frères musulmans apparaît-il dans le projet de Constitution ?

Khaled Ali. Si cette Constitution est approuvée, l’Égypte sera un État théocratique comme l’Iran. Les articles 2, 3, 4 et 219 stipulent que la loi islamique ne sera pas seulement la source des lois mais qu’il faudra demander l’avis d’Al-Azhar, l’assemblée des grands cheikhs, pour savoir si ces lois sont en accord avec la charia. L’article 219 précise même que la source est la charia sunnite. Ce qui signifie que le prochain Parlement va édicter de nouvelles lois concernant les droits humains, le droit des femmes à travailler ou non… dans le cadre de la charia. Il n’y a aucune garantie pour construire un État démocratique. C’est une Constitution qui fonde l’État d’un seul parti. Les pouvoirs du chef de l’État sont très importants. Lorsqu’on compare avec la Constitution de 1971, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de grandes différences en ce qui concerne les prérogatives du président. S’il y a quelques petits changements positifs, en revanche, le président pourrait nommer le procureur général et choisir les responsables à la tête de toutes les institutions gouvernementales. Enfin, dans cette Constitution on ne trouve nullement les obligations de l’État en matière sociale. Les formulations des articles stipulent que l’État «essaie». Aucun article ne mentionne l’obligation pour l’État de fournir du travail à tous.


On parle peu du programme économique et social des Frères musulmans. Ne s’inscrivent-ils pas en réalité dans une optique néolibérale ?

Khaled Ali. Les Frères musulmans sont en accord avec la politique néolibérale. Ils sont en train de supprimer tout le secteur public et signent des accords avec le Fonds monétaire international. Cette politique rencontre des résistances. Il y a de très nombreuses grèves depuis la révolution. En 2012, on a comptabilisé 2500 grèves et manifestations de salariés dans tous les secteurs de l’économie, secteur public ou secteur privé. Ces derniers jours, par exemple, les salariés de l’aéroport de Charm-el-Cheikh ont bloqué tout le trafic pour des revendications salariales.


Certains disent que la venue au pouvoir des islamistes, après les printemps arabes, est un «passage obligé». Est-ce votre avis ?

Khaled Ali. Non, je ne le pense pas. Avant la révolution, la force la plus organisée était le mouvement islamique. Mais maintenant, il y a des développements dans l’organisation de mouvements et de partis qui sont sur le terrain et gagnent en expérience. Ils ont réussi à organiser des manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes. Les choses s’inversent.

 

II. Egypte : quelle révolution ? La harangue du colonel Hassan...

publié le 28 août 2012 à 10:06 par Jean-Pierre Rissoan

 13/02/2011  

    Les chaînes d’info en continu ont passé en boucle ces images incroyables où l’on voit un officier égyptien s’adresser, porte-voix à la main, à la foule de la place Tahrir. Il supplie Moubarak de partir tout en lui disant qu’on ne lui obéit déjà plus. Mais le contenu de son adresse au peuple est bien plus solide encore. Voici davantage de détails relevés par le Grand-reporter Pierre Barbancey -qui eut maille à partir avec la police de Moubarak aux débuts des évènements.

La harangue du colonel Hassan - il n'a pas voulu révélé son nom - montre à elle seule le rôle joué par l'armée lors de cette révolution. Le colonel Hassan explique : « La révolution a réussi. Mais pour garder votre victoire vous devez vous doter de véritables délégués, de personnes qui sauront vous représenter et qui sont assez éduquées pour pouvoir intervenir sur différents sujets (…) La lutte pour la liberté-signifie aussi que les jeunes doivent être prudents et acquérir un certain savoir-faire pour ne pas se faire dépouiller; pour ne pas se faire voler ce formidable mouvement».

Paroles étonnantes encore du colonel Hassan, qui révèle peut-être un certain malaise au sein des officiers secondaires et qui a aidé à ce que l'armée ne bascule totalement dans le camp présidentiel comme on a pu le penser un temps, lorsqu'elle ne s'est pas interposée entre les pro- et les anti-Moubarak : « La loi n'existe que par le peuple. Rien ni personne ne peut contrôler le peuple ». Pour le colonel Hassan, « le métier de l'armée est de protéger le peuple et le pays. L'armée va jouer son rôle dans la transition jusqu'à la stabilité et la construction d'une nouvelle Egypte».

Bel exemple d’officier authentiquement républicain qui a parfaitement intégré la notion de souveraineté populaire. Au fond, il est dans la lignée de ses grands ancêtres de 1952 Que j’évoquais dans l’article précédent. Et il y a là un grand motif d’espoir.

En revanche, les caciques du Conseil supérieur des armées, comme le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, qui dispose maintenant du pouvoir suprême, grand ami et fidèle compagnon de Moubarak en personne, ne laissent pas d’inquiéter. Ainsi que l’écrit le service international de L’Humanité « l’armée, tout au moins dans sa haute hiérarchie, reste un joker sûr pour Washington ».

Tout cela exprime l’ambivalence des évènements.

Le peuple égyptien a raison de rester mobilisé.

I. EGYPTE : Quelle révolution ?

publié le 28 août 2012 à 10:04 par Jean-Pierre Rissoan

 12/02/2011  

    Ce départ de Moubarak laisse place à un plaisir immense. De plus, il laisse penser que le peuple égyptien n’éprouvera pas un sentiment de frustration, voire de défaite, qui aurait pu mener soit à un bain de sang soit à un refuge dans les valeurs traditionnalistes que l’on sait.

L’Egypte vient de loin. Trente de dictature, quarante si l’on compte celle de Anouar el-Sadate. On a compris le rôle d’un dictateur, de sa garde prétorienne, de sa police y compris de sa police privée. On nous a dit l’imbrication de l’armée avec le pouvoir économique[1], ce qui -il faut bien le dire - amène une comparaison avec le régime fasciste. Le pouvoir d’information était aux mains de Moubarak, la justice était aux ordres. Le parti communiste était interdit depuis le régime de G.A. Nasser. Toute opposition était muselée. Les grèves étaient interdites et réprimées férocement si elles éclataient quand même. Bref, le tableau est bien sombre pour décrire la situation d’un pays dont le parti unique au pouvoir était, paraît-il membre de l’Internationale socialiste, ce que j’ai peine à croire.

Mais cela reste incomplet. L’Egypte n’avait pas à proprement parler de souveraineté externe. Sa diplomatie était surveillée. La politique de solidarité de Nasser à l’égard des Palestiniens a été mise au placard et les subventions en milliards de dollars venues de Washington étaient la contrepartie de cette neutralité bienveillante à l’égard d’Israël. Le pays était un pion dans le "grand jeu" américain au Proche-Orient. Tel-Aviv et Washington tenaient beaucoup à l’ami Moubarak.

Dans ces conditions, mener une révolution est une gageure. Ce peuple si nombreux dans la rue et sur la place Tahrir connaissait-il tous les tenants et les aboutissants ?

On voit là les conséquences d’une opposition décapitée, du manque d’un parti révolutionnaire apte à prendre immédiatement les commandes avec un projet travaillé et mis au point. Résultat : c’est l’armée qui prend le pouvoir transitoire.

Certes cette armée était enchevêtrée dans les mailles du pouvoir mais elle n’est peut pas aussi homogène qu’il n’y paraît. La royauté vassale de l’Angleterre a été abolie en 1952 par les officiers et colonels égyptiens et Nasser était issu de ses rangs. Les années Nasser furent une époque glorieuse pour l’Egypte, il n’est pas sûr que tous les militaires l’aient oublié. D’autres militaires sont en revanche certainement attachés aux subventions américaines et à leurs intérêts dans l’économie du pays.

Depuis Sadate, l’Egypte a renoncé à toute économie plus ou moins étatisée, plus ou moins socialiste, elle se soumet aux règles du F.M.I. (voir - pour un petit exemple- mon article du 02 décembre 2010 « Strauss-Kahn, le F.M.I., Belphégor reborn… »). Cette révolution est une révolution libérale en termes politiques, mais elle est soutenue par de multiples revendications économiques et sociales dont on se demande si les règles du F.M.I. pourront les satisfaire.

Bref, l’histoire est en marche et ce n’est pas à nous de l’écrire. Souhaitons que la politique reprenne - ou prenne - tous ses droits en confinant la religion dans son périmètre.

Vive la révolution d’Egypte. Gloire à son peuple. 



[1] Moubarak, lui-même militaire, aurait une fortune estimée de 30 à 70 milliards de dollars …

Côte d’Ivoire : éléments d’analyse

publié le 28 août 2012 à 10:02 par Jean-Pierre Rissoan

23/12/2010  

Ce qui suit est à considérer comme des éléments d'analyse de la situation en Côte d'Ivoire. Personnellement, cela m'a beaucoup apporté.et, bien sûr, change de la pensée unique.

JPR.

"L'association Survie[1] rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d'Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l'ONU et les puissances occidentales, les conditions n'étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l'apaisement entre les deux camps et non l'affirmation de la victoire de l'un sur l'autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.

Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d'Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l'un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d'imposer l'autre, Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.

Pour cerner l'immense responsabilité de la diplomatie française dans l'impasse que vit actuellement la Côte d'Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.

À l'automne 2002, l'Élysée refuse l'application des accords de défense à une Côte d'Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.

En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l'entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. A Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l'exécutif français.

En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d'une offensive aérienne de l'armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l'opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l'armée française après qu'elle a détruit l'aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d'Abidjan. L'armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.

Les accords de Pretoria d'avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d'opposition une large majorité[2]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouêtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis[3], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d'un accord électoral destiné à assurer la victoire de l'un des deux sur Laurent Gbagbo. L'Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d'Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme[4] laissait déjà augurer un passage en force : «Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l'incapacité d'atteindre des consensus politiques en temps utile».

Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l'Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n'est pas un préalable aux élections[5]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Biaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l'élaboration des listes électorales[6].

Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l'expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l'ampleur d'irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l'ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu'à l'aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l'invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.

Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays[7]était absurde. On s'étonne qu'aucune autorité internationale ne l'ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en oeuvre, le scrutin n'a pas offert les garanties brandies par L'ONU.

Croire que l'élection présidentielle sortirait la Côte d'ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l'économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l'adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d'ajustement structurel, l'ami très apprécié de l'Élysée (souligné par moi, JPR). Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent - et sans doute volontairement - ambigu.

II est urgent que les initiatives d'apaisement soient privilégiées[8]. Si la «communauté internationale» a une once de bon sens, c'est dans cette voie qu'elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l'illusion qu'on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d'Ivoire dans la violence.

Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l'opération Licorne au profit d'un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d'un camp sur l'autre, ce qui serait lourd de menaces pour l'avenir de la Côte d'ivoire".

 

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[1] Association loi 1901,107 boulevard de Magenta, 75010 Paris.

[2] Par le jeu des alliances politiques, le président et trois des vice-présidents de la CEI sont favorables à Alassane Ouattara. Le quatrième vice-président est favorable à Laurent Gbagbo.

[3] Au milieu des années 90, la Cellule Universitaire de Recherche et de Diffusion des Idées du Président Henri Konan Dédié promeut l'ivoirité. Cette notion aux forts relents xénophobes fut instrumentalisée pour écarter Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne.

[4] Programmes d'Appui au Processus Électoral C IV-46362 (2006-2007, 58 millions de dollars) et CIV10-57717 (2008-2011, 75 millions de dollars) du Programme des Nations Unies pour le Développement.

[5] «Le but des pays raisonnables est qu’il y ait des élections libres et honnêtes en octobre [2007], ce qui donnera un président légitime qui sera soit élu, soit réélu, et c'est à ce président de mettre un terme à cette crise».

[6] Le montant du contrat dépasse finalement les 200 millions d'euros. Filiale du groupe Safran, Sagem Sécurité est devenue Morpho.

[7] Les accords de Ouagadougou exigeaient le désarmement des rebelles et le rétablissement de l'Etat de droit sur tout le territoire. Sur la reconversion de la rébellion dans l'économie de guerre, consulter les rapports du groupe d'experts ad’hoc de l'ONU.

[8] Par exemple celle de la Convention de la Société Civile ivoirienne. En outre, on attend la publication du rapport de la mission de Thabo Mbeki, Ce dernier avait contribué à faire retomber la pression après les événements de novembre 2004.

La Côte d’Ivoire, la Commission européenne et le cacao

publié le 28 août 2012 à 10:01 par Jean-Pierre Rissoan

  25/01/2011  

    La crise n’épargne personne mais il est parfois possible de trouver des responsables bien définis. Ainsi en est-il du comportement de l’Europe (l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! sautait le général De Gaulle dans une conférence de presse demeurée célèbre) à l’égard de la Côte d’Ivoire premier producteur mondial de cacao dont l’U.E. est le premier client.

On fabrique le chocolat avec du cacao mais également avec une matière grasse qui n‘est rien d’autre que le beurre de cacao tiré des fèves. Malheureusement, les pays britanniques et scandinaves ont mis en avant d’autres matières grasses, végétales - d’où MGV- non issues des fèves des cabosses. Et le Parlement européen a voté le 15 mars 2000 une directive qui autorise l’emploi de ces autres MGV pour la fabrication du chocolat.

Autrement dit, l’industrie chocolatière européenne achètera moins de cacao et utilisera plus de « graisses hémisynthétiques bon marché »[1]. Pour la Côte d’Ivoire le compte fut vite fait : c’est une perte de 1,5 à 2 milliards de Francs (valeur avril 2000), chute grave de recettes dans un pays où, avec les industries et services associés, la moitié de la population vit de la culture cacaoyère. Mais depuis quand l’Europe a-t-elle vocation à s’occuper des pays pauvres ?

Henri Chaveron a apparemment bien suivi ce "combat" qui a opposé durant des années, d’une part la Côte d’Ivoire, la France, la Belgique -où l’on sait ce qu’est le bon chocolat- et les consommateurs les plus avisés et d’autre part, les fabricants de MGV non tropicales, les pays du Nord de l’Europe et…la Commission européenne. « L'action de la Commission européenne, dans ce domaine » nous dit Chaveron « a été caractérisée par une intransigeance marquée et le souci de l'harmonisation à tout prix. Dès l'origine, elle était favorable à l'utilisation de l'ensemble des MGV sans restriction. Elle le restera d'une façon inébranlable, influencée par des groupes de pression et exagérément guidée par des considérations purement économiques. Elle privilégia les intérêts des fabricants de corps gras et ceux des grands groupes chocolatiers. Elle négligea les risques toxico-nutritionnels que peuvent présenter certaines graisses, dédaigna les réactions des « traditionalistes »[2] et des consommateurs, mésestima les difficultés des producteurs de cacao. Finalement elle orienta le vote des parlementaires ».

Par ailleurs, le gouvernement ivoirien, qui n’a aucune emprise sur les cours mondiaux de cette matière première vitale pour son pays, s’est vu contraint d’accepter en 1999, « une libéralisation au pas de charge, sur la demande de la Banque Mondiale ».

Commission européenne, Banque Mondiale : on voit les rets qui enserrent ces pays appelés naguère « du Tiers Monde ».

 

    Je n’en dis pas plus puisque tout est dit[3]. Je ne dis pas que toutes les difficultés de la Côte d’Ivoire viennent de là. Mais ce fut certainement décisif. L’Europe n’a pas contribué à la stabilité politique de ce pays.

    On comprend mieux que "l’Occident" soutienne le candidat élu - dans des conditions discutées - qui est présenté comme l’homme "des organisations internationales".

Après ce coup de barre, une barre et ça repart !

 



[1] Jargon que j’emprunte au spécialiste Henri Chaveron, professeur en génie biologique et végétal.

[2] C’est un des rares cas - la Gastronomie - où le traditionalisme vaut mieux que la révolution…

[3] Pour les étudiants qui auraient accès aux archives du Monde voici les deux articles - il y en eut d’autres - que j’ai utilisés : Henri Chaveron, professeur honoraire des universités (génie biologique et végétal), "Amer chocolat européen", 11 mai 2000 et Fabienne Pompey, journaliste au Monde, 5 avril 2000, "Bruxelles pénalise le cacao ivoirien".

LA REVOLTE LIBYENNE NE RELEVE PAS DU "PRINTEMPS ARABE"

publié le 28 août 2012 à 09:58 par Jean-Pierre Rissoan

Voici un article -dont j’ai emprunté le titre- paru dans le journal LA CROIX du 14 juin 2011 :

Dans son rapport "Libye : un avenir incertain", rendu public samedi 11 juin, une mission d’évaluation indépendante[1] conteste le caractère démocratique et spontané de la révolte libyenne.

Quelles différences entre le contexte révolutionnaire libyen et les révoltes en Tunisie et Égypte ?

Une jeunesse diplômée sans travail ni logement a constitué le ferment des révolutions en Tunisie et en Égypte. À l’inverse, dans la Libye du colonel Kadhafi, le chômage était quasi inexistant. 

Les six millions de Libyens jouissaient d’"un des plus hauts niveaux de vie du monde arabe" et faisaient massivement appel à une population immigrée de trois millions de travailleurs pour des travaux peu qualifiés.

Les six membres de la mission d’évaluation qui se sont rendus sur place au mois d’avril réfutent donc l’origine sociale du conflit, même s’ils ne contestent pas le caractère de dictature de la Libye, dirigée par un chef d’État "tyrannique, imprévisible, fantasque, mégalomane"

Le soulèvement libyen ne saurait non plus être qualifié de "révolte pacifique", car il s’est accompagné de nombreuses exactions, notamment à l’encontre d’Africains rapidement taxés de mercenaires, et a sombré dans la guerre civile.

Que reproche la mission au CNT ?

Le Conseil national de transition (CNT), organe de représentation des insurgés dorénavant reconnu par 13 États dans le monde, dont l’Allemagne depuis hier, reflète l’hétérogénéité de la population rebelle. 

Le mouvement de contestation qui est né mi-février dans la région Cyrénaïque de l’est – qui n’a jamais accepté la domination de la région Tripolitaine de l’ouest ni l’autorité du colonel Kadhafi – est un conglomérat disparate. 

Au noyau revendiquant l’avènement d’une démocratie, sont associés de puissants réseaux islamistes, y compris des franges extrémistes d’Al-Qaida, et des tenants d’une restauration monarchique intégriste, sans oublier des mafias locales promptes à financer la rébellion ou d’anciens dignitaires du régime qui ont dernièrement fait défection.

La mission d’évaluation juge suspecte la volonté du CNT de garder secrets les noms de la plupart de ses représentants pour, officiellement, des raisons de sécurité. Elle estime qu’« il existe aujourd’hui trop de zones d’ombre pour lui accorder un chèque en blanc ». 

Elle déplore "l’aventurisme coupable" des puissances occidentales en partie mues par une désinformation savamment distillée par les chaînes Al-Jazira et Al-Arabia, évoquant une intervention qui finit "par créer plus de problèmes qu’elle n’en résout".

Article signé Marie Verdier

 

Cet article est, en tous points, conforme à celui paru dans TTU[2] intitulé "Libye : un rapport discordant" et signé de William Lacourneuve, Analyste Militaire.

En voici les principaux paragraphes :

Alors que la France, suivie par la Royaume-Uni, a décidé de déployer ses hélicoptères de combat pour accentuer la pression sur le régime de Kadhafi, un rapport indépendant dénonce les "illusions" de cet engagement en Libye et "l’aventurisme coupable, voire le machiavélisme cynique" des puissances occidentales qui soutiennent une insurrection aux faux airs de "révolution". Ce rapport d’une cinquantaine de pages, qui doit être rendu public dans les prochains jours et que TTU a pu parcourir, est le compte rendu d’une mission organisée par une délégation internationale d’experts pour évaluer, sans parti pris, la situation libyenne.

Composée de membres appartenant au Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) — dont son président est le préfet Yves Bonnet, ancien directeur de la DST —, au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et de personnalités indépendantes, comme l’ancienne ministre algérienne Saïda Ben Habyles, la délégation s’est rendue durant trois semaines, en avril, à Tripoli et dans la région ouest du pays, ainsi qu’à Benghazi et en Cyrénaïque pour y rencontrer les représentants des deux parties. Fruit de ces entretiens et observations sur le terrain, le rapport de mission, sans formuler de recommandations, livre des conclusions très critiques à l’égard de la résolution 1973 des Nations unies et la "très excessive interprétation" de cette résolution faite par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, qui ouvre implicitement la voie à une intervention terrestre, voire à l’assassinat politique. La présence de services de renseignements aux côtés des insurgés et le recours aux unités de forces spéciales seraient un contournement manifeste des dispositions de cette résolution et relèveraient de l’ingérence. Les auteurs de ce rapport s’interrogent, par ailleurs, sur les motivations de cette intervention militaire. Selon eux, le contrôle des ressources énergétiques est au cœur des stratégies à l’œuvre. Les Etats-Unis voudraient ainsi renverser Kadhafi pour bouter la Chine hors du pays. L’Egypte ne verrait que des avantages à une partition du pays, qui n’a jamais accepté le rattachement de la Cyrénaïque et des réserves pétrolières à Tripoli. La France a, quant à elle, vu dans la crise libyenne l’occasion de reprendre l’initiative diplomatique. Le départ de l’Elysée de deux des proches conseillers de Nicolas Sarkozy et fins connaisseurs du dossier libyen – Claude Guéant au ministère de l’Intérieur et Bernard Bajolet, le coordonnateur national du renseignement, comme ambassadeur en Afghanistan – a ouvert une brèche à l’influence de Bernard-Henri Lévy et de l’émir du Qatar pour obtenir la reconnaissance et le soutien du Conseil national de transition (CNT).

Le rapport s’alarme de cet engagement "irréfléchi" de Paris, qui fait le jeu de l’administration américaine, laquelle s’est bien gardée d’afficher ses objectifs et a laissé la France prendre tous les risques. D’autant que le CNT, du fait de sa composition hétéroclite (« une coalition d’éléments disparates aux intérêts divergents ») n’offre, selon les auteurs du rapport, aucune garantie quant à la mise en œuvre d’un projet politique national, de nature démocratique et à même de préserver les intérêts des puissances engagées. Si les auteurs se gardent bien de défendre le Guide, rappelant la nature dictatoriale du régime de Kadhafi, ils s’inquiètent de la présence au sein du CNT de représentants des courants prônant l’instauration d’un islam radical, de nostalgiques de la monarchie et de nouveaux convertis de l’ancien régime, qui ne laissent aucune marge de manœuvre aux « vrais démocrates ». Et de prévenir : "l’Occident doit prendre garde qu’il ne soit pas remplacé par un régime plus radicalement antioccidental et tout aussi peu démocratique".

(…°).



[1] Menée par le Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (Ciret-AVT) et le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

[2] Lettre d'informations stratégiques et de défense, Directeur: Guy Perrimond.

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