4. Le "YANKEE" aux Etats-Unis

publié le 18 sept. 2017 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 oct. 2017 à 09:28 ]

 

"Yankee" est aux XVIII° et XIX° siècles, une appellation réservée aux États-uniens du Nord, particulièrement du Nord-Est, de la Nlle-Angleterre. Dans la bouche des Sudistes, c’est un terme méprisant qui figurait dans une chanson populaire. Les Nordistes ont repris à leur compte ce sobriquet. Voir cette entrée dans le dictionnaire iconoclaste de Roger MARTIN. Pour bien faire comprendre ce qu’il y avait d’effrayant chez un yankee, pour un Sudiste, je vais montrer la détestation qui est née entre deux acteurs, l’un du Nord-Est : Garrison, l’autre du Sud : Calhoun.

 

Garrison versus Calhoun.

L’auteur de l’article "Calhoun" dans l’Encyclopaedia Britannica pointe du doigt quelques responsabilités : "Certainly the American Civil War was too vast an event for the main responsibility to be placed upon any one man, but it may well be argued that Calhoun contributed as much to its coming as did William Lloyd Garrison and Abraham Lincoln"[1]. Garrison et Calhoun se placent en effet résolument sur le terrain du polemos.

William L. Garrison (1805-1879). Patron de presse, Massachusetts. Garrison est un des représentants les plus radicaux de l'abolitionnisme américain. Son combat est sans doute juste[2] mais ses propos d’une violence extrême :

"Mais que tremblent les oppresseurs sudistes, que tremblent leurs secrets complices, que tremblent leurs apologètes au Nord, mais que tremblent tous les ennemis des Noirs persécutés ! (…) je veux être dur comme la vérité et inflexible comme la justice".

Après avoir condamné l'institution de 1’esclavage comme une "combinaison de mort et d'enfer" et après avoir flétri la Constitution des Etats-Unis comme un "contrat avec la mort et un accord avec l'enfer"[3], Garrison exige, en 1841, que les propriétaires d'esclaves soient privés de leurs sièges au Congrès :

"Aucune association avec eux n'est licite, qu'elle soit politique ou religieuse : ce sont les voleurs les plus vulgaires et les pires bandits - autant s’accorder avec les détenus de Botany Bay[4] ou de la Nouvelle-Zélande - (...). Nous ne pouvons pas les reconnaître comme membres de la chrétienté, de la république, de l'humanité".

Despécification parfaite ! Excommunication majeure mise au goût du jour ! qui ouvre la voie à tous les massacres possibles et imaginables. L’esclavagiste n’appartient pas à l’humanité… N’importe qui issu des "sous-produits de l’Europe" (H. Arendt) et enrôlé dans l’armée nordiste pourra s’emparer de cet argument pour effectuer, dans le Sud, toutes les exactions et crimes sordides ! Et c’est ce qui sera.

Calhoun (1782-1850), lui, fut vice-président des Etats-Unis, son aura est immense. Il a célébré l’esclavage "dans sa pleine lumière"[5]. Il est persuadé d’être un grand patriote américain "if I am judged by my acts, I trust I shall be founded as firm a friend of the Union as any man in it" [6]. Mais pour lui, les Etats-Unis sont une association d’États libres qui légifèrent librement sur "l’institution particulière". C’est cela être fidèle aux Pères fondateurs. Les propos de Garrison le hérissent. Et il utilise la tribune de la Chambre des Représentants puis celle du Sénat pour répliquer. Il met en état d’accusation l'"esprit incendiaire", l'"esprit du fanatisme", les "fanatiques enragés", les "aveugles fanatiques" qui menacent de guerre le Sud, à l'égard duquel ils montrent "une haine plus mortelle que celle jamais nourrie par une nation hostile à l’égard d'une autre". Oui, ces " zélotes féroces" se font une "obligation de conscience de proclamer une "croisade générale contre nous et nos institutions".

Il est vrai que Garrison place la barre très haut en assimilant la mise en esclavage au péché, et en accusant de complicité celui qui ne fait rien pour libérer le Noir ou guérir le maître du péché. Garrison se pose effectivement en croisé, comme l’agent de Dieu, bref, comme un prophète et il n’est malheureusement pas seul dans cette Nouvelle Angleterre façonnée par les Puritains. Pour les Sudistes, cet extrémisme conduit à la démolition d’une civilisation, ce qu’aucun d’entre eux ne peut accepter. Garrison ignore la réalité matérielle, le matérialisme historique : "croyez-vous que vous nous persuaderiez - même si vos lèvres distillaient du nectar - d’abandonner mille millions de dollars sur la valeur de nos esclaves et mille autres millions sur celle de nos terres ? "[7] La force de l’Idée - fût-elle noble et généreuse - s’arrête devant des choses aussi simples. Sauf qu’il n’y a pas que des "idées" chez les Yankees ; il y a aussi des intérêts matériels lourds, une nécessité de créer un espace économique unique, du nord au sud et de l’Atlantique au Pacifique. Il y a chez l’homme du Nord une sorte "d’héroïsme dans son avidité pour le gain". Deux réalités matérielles s’affrontent. Deux sociétés avec leurs fanatiques.


A l’origine du fanatisme yankee


Un ancêtre des Yankee est incontestablement Cotton Mather. Les colons, nouveau peuple de Dieu ? Comment en douter quand on lit la prose de Cotton Mather, pasteur puritain de Boston, en lutte contre le gouverneur High Church, Edmund Andros, (1688), homme du roi d’Angleterre, crypto-catholique, Jacques II : "l’Église de notre Seigneur se dirige victorieusement vers l’Israël de la Nouvelle-Angleterre. Elle a quitté l’Angleterre pour les mêmes raisons que les Hébreux ont quitté l’Égypte" et Andros est "le nouveau Pharaon" et le pasteur Mather annonce "notre Jérusalem". Pas de doute, ce ministre du culte puritain (Boston, 1663-1728) se prend pour un prophète. Mather célèbre l’anniversaire du Mystic massacre, parce qu’il eut lieu le long de la Mystic River, massacre du 26 mai 1637, par ces termes "ce jour-là, il est probable que nous avons envoyé pas moins de six cents âmes pequots en enfer"[8] Il est vrai que dès le premier gouvernement colonial "de John Endicott, la fidélité à l’idéal puritain atteint les proportions de la plus cruelle intolérance" écrit F. Roz. Quant à l’apport de la "civilisation" aux Indiens idolâtres - les Pères puritains (à ne pas confondre avec les Pères pèlerins) se donnaient volontiers des objectifs civilisationnels -  il prit presque immédiatement la forme de la guerre avec l’usage des méthodes pratiquées en Irlande. Cet état d’esprit explique les cris de joie du révérend Cotton Mather. Ce dernier proclame des dogmes aussi fertiles que celui-ci :

"Comme la causalité fondamentale qui gouverne tous les évènements est la volonté divine (directe influence de Calvin, JPR) l’homme n’a pas à avoir le moindre scrupule, quels que soient l’acharnement et l’égoïsme dont il fait preuve dans la recherche de son profit personnel : dans notre travail, nous tendons nos filets, mais c’est Dieu qui y pousse tout ce qui tombe dedans"[9].

Absence de scrupule dans la recherche du profit et massacre des Indiens : C. Mather fonde les bases de l’idéologie "Yankee".

 

    William Trent (Pennsylvanie 1715-1787) est fils d’un immigré écossais qui fit rapidement fortune au point que ses compatriotes donnèrent son nom à une petite bourgade du New Jersey : Trent-town qui deviendra Trenton. Privilège rare, on s’en doute. William qui était marchand et spéculateur était très intéressé par les terres indiennes, celles de l’Ouest dans un premier temps, qui étaient limitées par l’Ohio river. Il était membre de la délégation WASP qui discuta avec les Indiens lors de la conférence de Logstown (1752) afin d’obtenir confirmation que les limites de la Virginie allaient bien jusqu’à la rive gauche de l’Ohio[10]. Discussion importante car à cette date, les Français veulent faire de l’Ohio le trait d’union entre le Saint -Laurent et le Mississippi. Anecdote : le site américain qui présente la délégation de pionniers à la Logstown conference écrit "again we see many men with strong commercial interests". On ne le lui fait pas dire.

Après la guerre franco-anglaise, les Indiens continuèrent le combat lors de la guerre de Pontiac (1763). W. Trent est capitaine de la milice de Virginie. Se battant avec tous les moyens il est complice de la guerre bactériologie initiée par les Anglais. Un jour, il reçut une délégation d’Indiens venus négocier. Il écrit dans son journal, le 24 mai 1763, "we gave them two Blankets and an Handkerchief out of the Smallpox Hospital. I hope it will have the desired effect"[11]. Je rappelle que smallpox c’est la variole.

     Alexander Hamilton (1757-1804). Colonel dans l’armée des Etats-Unis, aide de camp de G. Washington, époux d’une (très) riche héritière new-yorkaise, doté de facultés intellectuelles rares, Hamilton intègre vite la upper class du Tide Water comme eût pu dire P. Chaunu (les ports de la côte Est). C’est un Père fondateur, membre de la convention de Philadelphie. Il est favorable au renforcement du pouvoir central au détriment des treize nouveaux États. De septembre 1789 à janvier 1795, il fut Secrétaire du Trésor sous la présidence de G. Washington. Toute sa politique est fondatrice d’une tradition dans laquelle se retrouveront les futurs "Républicains" lorsque ce parti sera créé. Il décide que l’Union fédérale prendra en charge la dette des colonies d’avant l’Indépendance et il établit le "First Report on the Public Credit". Il y avait maintenant une dette nationale dont le gouvernement fédéral était responsable. Hamilton se rallia ainsi tous les rentiers des Treize colonies. Il signa le "Report on a National Bank" pour la création d’une banque nationale. Par ailleurs, il mit sur pied une marine, établit un tarif protecteur car il avait de grandes ambitions pour l’industrie des Etats-Unis. Il présenta ainsi le "Report on the Subject of Manufactures" et comprit tout l’intérêt que les chutes d’eau de la Fall line pouvaient offrir pour la fourniture d’énergie. Il mit au point un système indolore de recettes fiscales indirectes pour rembourser les titres de la dette publique. Mais l’impôt sur le whisky provoqua une jacquerie des cultivateurs d’orge et des distillateurs, la "Whiskey Rebellion". Se souvenant et de la Shays’rebellion [12]et de sa pratique militaire lors de la guerre d’Indépendance, Hamilton prit la tête, aux côtés de Harry Lee, d’une armée de 12.000 h. pour mater la population en colère. Au demeurant, l’opinion de Hamilton sur les braves gens est sans ambigüité.

"Toute communauté se partage entre l'élite et la multitude. La première se compose des riches et des gens bien nés, et la seconde de la masse du peuple. La voix du peuple a été considérée comme la voix de Dieu et, bien que cette maxime soit régulièrement reprise et généralement admise, elle n'est pas fondée dans les faits. Le peuple est turbulent et changeant; ses jugements et ses décisions sont rarement justes". Dans un de ses Federalist Papers[13] Hamilton écrit que "la nouvelle Union serait capable de réprimer les oppositions et les insurrections intestines" et se référant directement à la révolte de Shays "La situation orageuse dont le Massachusetts se remet à peine prouve suffisamment que de tels dangers ne sont pas pure spéculation" (cité par H. Zinn).

 

Autres exemples

    Daniel Webster (1782 - 1852) sénateur du Massachussetts, fut un grand admirateur de Hamilton : "Hamilton frappa le rocher des ressources nationales et une source abondante en jaillit. Il toucha de la main le cadavre du crédit public et il le fit se lever" (Roz, p.102). Nous le connaissons, c’est "le représentant politique des Associés de Boston".

    Webster fut deux fois Secrétaire d’État. Élu de la Nouvelle-Angleterre, il se fait l’avocat de ses intérêts maritimes et de ses intérêts tout court, en défendant le principe du protectionnisme industriel, le "système américain" de Clay et en envisageant sans trop sourciller la guerre contre l’ex-mère patrie. C’est en pensant à lui que les Anglais purent dire « les Yankees veulent se tailler une place énorme sur la scène mondiale ».

La Caroline du Sud, en revanche, menace de faire sécession (1820 puis 1832) si les tarifs douaniers ne sont pas baissés. Webster se dresse contre cet Etat dont on sait qu’il sera l’initiateur de la guerre en 1860[14]. Mais, pour conserver les États esclavagistes au sein de l’Union, Webster fit voter la loi sur l’Esclave fugitif (qui permettait aux propriétaires d’esclaves de récupérer leurs ex-esclaves en fuite, voire de s’emparer de Noirs qu’ils prétendaient fugitifs). Webster s’attira les foudres d’un pasteur qui était justement un esclave fugitif " (je) dis à Mr Webster -s’il se propose réellement d’appliquer cette loi- de lâcher leurs limiers[15] après nous. C’est le Ciel qui m’a donné cette liberté et le devoir de la défendre". Webster fut en effet favorable à la guerre contre les Indiens séminoles (Floride) et lors de l’insurrection démocratique de Dorr –mouvement populaire dirigé par l’avocat Thomas Dorr qui lutta à l’origine pour un suffrage vraiment universel et pas réservé simplement aux propriétaires fonciers,[16] – il prend parti contre ce que les dorristes appelaient la constitution populaire :

"Si le peuple" déclare le sénateur Webster "pouvait se réclamer de la constitution contre un gouvernement en place, il n’y aurait plus de lois ni de gouvernements, ne resterait que l’anarchie".

Conception hétéronomique qui laisse l’élite s’accaparer le pouvoir au détriment du peuple.

 

Le général nordiste Sheridan[17] va s’illustrer dans l’horrible durant sa campagne d’août à octobre 1864, lors de la Guerre de Sécession. D’accord avec le généralissime Grant, il entreprit de ravager méthodiquement le pays et après deux mois de campagne "la ravissante vallée de la Shenandoah avait été entièrement incendiée par ses soins "». Il assume tout cela avec sérénité : "la meilleure politique" dit-il "consiste à laisser l’incendie des récoltes mettre fin à la campagne" (cité par Catton). Les locaux appelèrent de façon suggestive cet épisode dramatique "The Burning", Sherman utilisant la méthode directement venue des Anglais dite de la terre brûlée (en Anglais scorched earth tactics). Après la guerre civile, c’est cet homme qu’on retrouvera chef des armées de l’Ouest contre les Indiens à l’égard desquels il aura un mot historique bien connu.

"C'est en 1869, pendant sa campagne contre les Indiens, lors d'une rencontre avec le chef comanche Toshawi, que ce dernier lui aurait dit, dans un anglais approximatif, "Me, Tosawi; me good Injun" soit "Moi Toshawi ; moi bon Indien", ce à quoi Sheridan aurait répondu "The only good Indians I ever saw were dead" soit "Les seuls bons Indiens que j'aie jamais vus étaient morts". La citation aurait été déformée en "The only good Indian is a dead Indian" :"Le seul bon Indien est un Indien mort"(…). Sheridan nia avoir dit ceci à Toshawi. Le militant des droits civils, Mario Marcel Salas, commentant et extrapolant à partir du livre de Dee Brown, Enterre mon cœur à Wounded Knee : la longue marche des Indiens vers la mort, relatant le point de vue des Indiens sur l'histoire américaine, affirme que les mots de Sheridan furent confirmés par Toshawi. Salas prétend que, quelle que soit sa version, la citation est correcte et qu'elle fait de Sheridan un raciste et un génocidaire". (Wiki).

Ce mot aura un grand retentissement, on en parla à la tribune du Congrès. Le président Théodore Roosevelt fit dans la finesse en déclarant : "Je n'irais pas jusqu'à penser que les seuls bons Amérindiens sont les Indiens morts, mais je crois que c'est valable pour les neuf dixièmes et je ne souhaite pas trop me soucier du dixième".   

Sheridan est également impliqué dans la tragédie de Fort Robinson (internement des Cheyennes). Selon certaines sources, en 1870, il est conseiller des Prussiens en guerre contre la France.

Sheridan était un bon ami du général Sherman, autre yankee, autre "raciste et génocidaire" dont j’ai tracé le portrait dans l’article suivant III. GUERRE DE SÉCESSION : WILLIAM T. SHERMAN.

Notons que la mémoire des grands massacreurs devant l’éternel est toujours honorée : le film de John Ford, "La charge héroïque", a été tourné en 1949, en pleine guerre froide et à la veille de la guerre de Corée. C'est un hymne à la gloire de la cavalerie américaine qui "toujours a défendu la gloire du pays". Les chefs indiens "partent en guerre sainte avec des fanatiques" alors que du côté des Tuniques bleues, on enterre un "soldat brave, chrétien admirable". Le héros, interprété par l'inévitable John Wayne, est nommé au grade de colonel et l'arrêté de nomination porte les noms du président Grant, du général Sheridan et du général Sherman Comme Sherman[18]., Sheridan eut droit à un char de combat portant son nom, le M551 Sheridan, qui fut utilisée au Viêt-Nam. Le slogan des soixante-huitards, Yankee go home ! était donc fondé.

 

    William McKinley (Ohio, 1843-1901) fut président des Etats-Unis. Fils d’un industriel dans la fonderie. Il est méthodiste et connaît l’article XXIV des Articles of Religion : c’est l’ami des patrons, l’archétype du Républicain favorable aux milieux d’affaires. Ses mandats coïncident avec l’âge de l’impérialisme. Il dit lui-même qu’il faut "un marché extérieur pour écouler la surproduction" américaine. Aussi bien son passage à la Maison blanche est marqué par la guerre hispano-américaine à l’issue de laquelle les Etats-Unis mettront la main sur Cuba à l’indépendance toute théorique et les Philippines, Porto-Rico et Guam deviendront des colonies. Dans le même élan, les Américains annexent les îles d'Hawaii puis une partie de l'archipel du Samoa. La guerre des Philippines fut inspirée à McKinley par Dieu après une nuit agitée, une pentecôte à la Maison blanche. R.B. Perry (Harvard) raconte

"comment le Président Mac Kinley expliquait à une délégation de l'Église méthodiste sa décision de "mettre les Philippines sous la protection américaine" et de les y garder : il était tombé à genoux, pour demander au Tout-Puissant de l'inspirer; et le Tout-Puissant lui avait dit (entre autres choses) que ce serait une "mauvaise affaire", de laisser les Philippines exciter les convoitises de "nos concurrents en Extrême-Orient". "Ainsi", poursuit l’universitaire américain, "la réussite en affaires a commencé par signifier l'intervention de la faveur divine et maintenant, Dieu est considéré comme un conseiller en matière d'affaires" [19].

Cette anecdote révèle, une nouvelle fois, le rôle de la religion dans la politique des Etats-Unis et comment l’hétéronomie de la pensée -c’est-à-dire ici l’appel à Dieu et à la Bible - permet une construction intellectuelle qui est tout simplement le cache-sexe d’intérêts matériels sordides. "Nulle terre en Amérique ne surpasse en fertilité les plaines et les vallées de Luçon. Le riz, le café, le sucre, la noix de coco, le chanvre, … le bois des Philippines peut fournir le monde entier pour le siècle à venir. Etc..." s’écrie Albert Beveridge devant le Sénat des Etats-Unis (cité par Zinn). Mais, outre l’attrait pour l’or qui brille, une autre tendance dominante du "tempérament politique" américain fait à chaque fois surface : le général Samuel Young déclare "the keynote of the insurrection among the Filipinos past, present and future is not tyranny, for we are not tyrants. It is race". Et de proposer de changer tout l’environnement des Philippines afin que, tels des caméléons (sic), ce peuple jaune "change his color" (re-sic)[20].

Racisme, esprit de lucre, religion, militarisme : tel est l’esprit yankee.

 



[1] "Évidemment, la guerre civile américaine est un fait historique trop important pour qu’on puisse placer la responsabilité sur les épaules d’un homme en particulier ; on peut cependant dire que Calhoun a particulièrement contribué à son déclenchement autant que W.L. Garrison ou A. Lincoln".

[2] On ne sait jamais très bien si, derrière l’outrance humanitaire des Yankee, ne se cachent pas des intérêts matériels et financiers plus ou moins sordides.

[3] En 1854, inspiré sans doute par la geste luthérienne, il mettra le feu au texte de la constitution américaine lors d’un rassemblement abolitionniste.

[4] Site australien dont les Britanniques avaient fait une colonie pénitentiaire.

[5] "Jadis" déclara-t-il en 1837 devant le Sénat, "Jadis, beaucoup de Sudistes croyaient que l’esclavage était un mal moral et politique ; cette folie et cette erreur sont passées. Nous le voyons maintenant dans sa vraie lumière (…)". Les Sudistes étaient persuadés de ne pratiquer, au fond, qu’une forme de paternalisme et certains n’hésitaient pas à préconiser la réduction en esclavage des ouvriers blancs, afin de les soustraire aux maux inhérents à l’exploitation capitaliste. Et ils faisaient observer que "leur société a été si calme et si satisfaite, elle a si peu souffert du crime et de l’extrême pauvreté que son attention n’a pas été éveillée aux tumultes révolutionnaires, à la mendicité et au crime de la société libre".

[6] "Si je suis jugé sur mes actes, je crois que je serais considéré comme un ami de l’Union aussi fidèle que n’importe qui".

[7] James Hammond (1807-1864), planteur, gouverneur de Caroline du Sud, représentant, sénateur, cité par H. ZINN.

[8] Ce massacre est connu sous le nom de Mystic massacre, parce qu’il eut lieu le long de la Mystic River. Les Pequots vivaient dans le Connecticut et ont été anéantis. Pas tout à fait, car H. Zinn nous signale qu’en 1972, un recensement dénombra 21 indiens Pequots dans cet État de la Nouvelle-Angleterre. Lire H. Zinn.

[9] Cité par R. B. PERRY, page 362. Cotton Mather est le fils d’Increase Mather de Boston. Il reçut son diplôme de Harvard des mains de son père, président du collège. Quant à Mason, il devint gouverneur du Connecticut.

[10] Ce fut le cas jusqu’en 1863. A cette date, en pleine guerre civile, les comtés du nord-ouest fidèles à l’Union se séparèrent des comtés groupés autour de Richmond, capitale sudiste. Ils formèrent la Virginie occidentale.

[11] "On leur a donné deux couvertures et un mouchoir trouvés dans l’hôpital où l’on soigne les cas de variole. J’espère que cela aura l’effet recherché". Colin G. CALLOWAY, Dartmouth College, "The American Revolution in Indian Country".  

[12] La révolte de Shays (Shays' Rebellion) est un soulèvement armé dans l'ouest du Massachusetts d'août 1786 à janvier 1787. La révolte de Shays intervient dans un contexte économique troublé par l’inflation et la dévaluation du dollar.(Wiki).

[13] Recueil d’articles, écrit par James Madison, Alexander Hamilton et John Jay, publié en vue d’une promotion de la nouvelle Constitution des États-Unis d’Amérique. Il est paru dans les années 1787-1788 (Wikipaedia).

[14] C’est la Caroline du sud qui fit sécession la première (1860), dès l’annonce de la victoire de Lincoln lequel ne prit pourtant ses fonctions qu’en mars 1861.

[15] C’est en effet avec des chiens que les indiens Séminoles furent poursuivis en Floride (et à moitié dévorés)..

[16] "Le mouvement anti-loyers et la révolte de Dorr sont généralement ignorés par les manuels d’histoire américains" nous dit H. ZINN. .

[17] Ancien élève de l’académie militaire de West Point, né en 1831, mort en 1888.

[18] En 1942, les Américains utilisèrent un char de combat qui fut dénommé SHERMAN (M4 Sherman).

[19] R.B. PERRY, Puritanisme et démocratie, page 369. H. ZINN raconte l’anecdote de manière un peu différente mais le fond reste le même : "J'arpentais les couloirs de la Maison-Blanche tous les soirs jusqu'à minuit, et je n'ai pas honte de vous confier, messieurs, que plus d'une nuit je me suis agenouillé et j'ai prié le Dieu tout-puissant de m'apporter lumière et soutien. C'est ainsi qu'une nuit la solution m'est apparue; je ne sais pas comment, mais c'est venu. 1. On ne pouvait pas rendre les Philippines aux Espagnols : c'eût été lâche et déshonorant. 2. On ne pouvait pas les confier à la France ou à l'Allemagne qui sont nos concurrents en Orient : c'eût été commercialement une faute et nous nous serions discrédités. 3. On ne pouvait les abandonner à leur propre sort (ils sont incapables de se gouverner eux-mêmes) : cela aurait été rapidement l'anarchie et la situation aurait été pire que sous l'autorité espagnole. 4. II ne nous restait donc plus qu'à les prendre et à éduquer les Philippins, à les élever, à les civiliser et à les christianiser. Bref, avec l'aide de Dieu, à faire au mieux pour eux, qui sont nos semblables pour lesquels Christ est également mort. Alors je suis allé me coucher et j'ai dormi. D'un sommeil profond". C’était le sommeil du juste. Saint Augustin n’a-t-il pas dit "une guerre voulue par Dieu ne peut être qu’une guerre juste"…

[20] Stuart Creighton MILLER, « Benevolent Assimilation », The American Conquest of the Philippines, 1899-1903, New-Haven - -Londres, Yale University Press, 1982, 340 pages.

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