2. Le Régent aux Pays-Bas

publié le 10 sept. 2017 à 06:22 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 sept. 2017 à 09:54 ]

Les Temps modernes commencent au XV° siècle avec l’imprimerie, les Grandes découvertes – dont celle de 1492 – la victoire des Turcs à Constantinople qui achèvent la disparition de l’empire romain, l’expulsion des Maures d’Espagne… S’ouvre alors une période exceptionnelle de l’histoire occidentale : le XVI° siècle qui "fut le plus grand bouleversement progressiste que l’humanité eût jamais connu, une époque qui avait besoin de géants et qui engendra des géants ; géants de la pensée, de la passion et du caractère, géants d’universalité et d’érudition" pour reprendre cette formule épique de F. Engels. C’est en effet l’arrivée des métaux précieux d’Amérique, l’expansion des transports et des échanges, la Renaissance et la Réforme religieuse, ce sont aussi des révolutions nationales, en Allemagne, aux Provinces-Unies, en Angleterre, puis des révolutions libérales, le tout s’achevant par l’indépendance des  colonies anglaises d’Amérique et, fruit des Lumières, par la Révolution française, la Grande révolution. Le site présente de multiples facettes de ces grands évènements nationaux. Et, comme ce sont les hommes qui font l’Histoire, je me propose maintenant de présenter la figure-type qui incarne cette période. Dans chaque pays, apparaît un type de personnages qui caractérise cette période et son propre pays. Non sans quelque arbitraire –d’autres types de personnages auraient pu être élus – j’ai distingué l’officier en Allemagne, le régent aux Pays-Bas, le gentleman en Grande Bretagne, le yankee aux Etats-Unis, le "sans-culottes" en France…


LE "RÉGENT" AUX PAYS-BAS

 

Le régent désigne, aux Pays-Bas,  une catégorie sociale et non pas un prince du sang qui gouverne en attendant que le jeune roi atteigne sa majorité. Cette catégorie est la nouvelle classe des "capitalistes".

"Entre eux et les riches patriciens du Moyen-âge, le contraste n’est pas moins éclatant qu’entre Fra Angelico et Raphaël" écrit Pirenne[1]. La masse des capitaux manipulés, la taille géographique des marchés n’ont plus rien à voir. Pour décrire ces hommes, H. Pirenne utilise les mots de "banquiers, courtiers d’affaires, exportateurs, commissionnaires, spéculateurs, âpreté, aventuriers, sans ancêtres, sans traditions de famille, individualisme". On parle autant des "énormes richesses accumulées" que des "retentissantes faillites". Si, au Moyen-âge, la vie économique était "réglementée, surveillée, protégée, cloisonnée en métiers figés", elle est maintenant "illimitée, impitoyable, sans scrupules, dédaigneuse des entraves et des usages séculaires". Ces hommes se rassemblent dans quelques métropoles - Anvers puis Amsterdam s’en détachent - et font voler en éclats les structures politiques de la vie urbaine de naguère : ce sont les Régents.

Le Syndic de la guilde des drapiers est un tableau mondialement connu. On a là six hommes qui vérifient les comptes de la corporation - tâche la plus noble aux Pays-Bas - tout de noir vêtus - austérité calviniste - mais avec de grands rabats blancs confectionnés avec la dentelle la plus fine - signe discret de richesse élevée -. Ce sont quelques-uns des régents qui gèrent l’économie du pays et gouvernent son administration. Ces régents qui sont le produit de la révolution libérale tôt venue aux Pays-Bas et qui suit un processus séculaire.

Un historien des Pays-Bas[2] pose ensuite un problème fondamental : "on ne sut jamais très bien où (la) constitution si vague plaçait la souveraineté : dans le sénat des villes ? Dans les États Provinciaux ? Dans les États généraux ou bien dans le Stathoudérat ?".

Le sénat des villes ? Les libertés urbaines sont cardinales en Europe du Nord. Chaque cité s’administre seule. Le Magistrat - pouvoir municipal - se recrute dans le patriciat : riches familles peu nombreuses et endogames qui placent leurs hommes aux postes administratifs et judiciaires. Oligarchie puissante souvent éloignée du peuple qui la craint. Ce sont les "régences municipales". Mais - reflet de la nationalisation de la vie politique - le Stadhouder (Cf. infra) y nomme et révoque quelques conseillers municipaux.

Les États Provinciaux ? Un éminent homme politique hollandais dira "les Provinces-Unies auraient tout aussi bien pu s’appeler les Etats-Unis" (J. de Witt). Chaque province est jalouse de ses prérogatives. Elle est dirigée par des "États" - héritage médiéval - où sont représentés les députés des villes - qui ont mandat impératif car les villes ne veulent pas y être "trahies" - ainsi que les représentants de la noblesse. Le clergé catholique n’existe plus en tant que corps constitué : comme partout en pays calviniste, les biens de l’Église ont été sécularisés. En Frise, tradition oblige, les paysans sont représentés aux États de la province (comme en Groningue, et pour les mêmes raisons historiques). Le Hollande est la province dominante, ses États sont constitués de 18 députés - un pour chaque ville - qui ont chacun une voix et 9 députés nobles qui ont une voix à eux tous. Les États Provinciaux légifèrent pour leur territoire. Ils élisent une sorte de premier ministre : le Pensionnaire et ils ont gardé un Stadhouder qui représente le roi alors qu’il n’y a plus de roi ! Mais la fonction - de police, militaire et navale pour l’essentiel - était tenue dans la plupart des provinces par le même homme : Guillaume de Nassau-Orange, dit le Taciturne. Elle est maintenant détenue par son fils : Maurice. On a dit la légitimité de la famille d’Orange (leader de la lutte contre l’Espagnol). Inutile d’insister.

Les États Généraux ? Ils représentent, on s’en doute, les sept provinces. 40 députés -autres "Régents" - élus par les États provinciaux soit au minimum au troisième degré [3]. Mais chaque province a une voix et une seule et souvent les votes exigent l’unanimité. Là aussi le mandat est impératif : chaque province veut garder son pré-carré. Leurs Hautes Puissances les Seigneurs États Généraux - c’est ainsi qu’ils se font appeler - exercent les pouvoirs de souveraineté externe : paix et guerre, traités commerciaux, finances publiques. Ils élisent le Grand Pensionnaire qui est le chef de l’exécutif, premier ministre "fédéral" en quelque sorte. Il est hollandais. Toujours.

Le Stathoudérat ? Mais qu’est-ce ? On eût pu penser que les États généraux désignassent un stadhouder pour l’ensemble des sept provinces unies… Il n’en fut rien. Mais la fonction a créé l’organe : Maurice de Nassau, stadhouder dans cinq provinces à la fois - et c’est un Nassau qui est stadhouder dans les deux autres - a une personnalité telle, un charisme (c’est un génie militaire et les Provinces sont encore en guerre [4]) un charisme tel que tout le monde en fait le stadhouder de tout le pays. Son successeur -il est de la famille- se fera appelé "altesse", succession dynastique et pouvoir militaire font glisser la fonction vers une royauté qui n’ose pas dire son nom.

Mais le Grand Pensionnaire et les Régents sont fermement républicains. On le devine : entre Grand Pensionnaire et Stadhouder, une compétition est engagée. D’ailleurs, en 1667, par l'Édit perpétuel, Jean de Witt, au faîte de sa gloire, supprime les fonctions de stathouder en Hollande et influence en ce sens plusieurs autres provinces (Zélande et Utrecht). La souveraineté totale est accordée aux États-Généraux. Mais le peuple reste orangiste dans son for. Et la famille Nassau n’a pas disparu.

 

Quelques cas concrets permettent de mieux saisir la réalité de ces Régents.

Ainsi André Bicker, riche négociant-armateur sur le marché de la Baltique, conseiller municipal d’Amsterdam, un des 17 Messieurs de la VOC [5], calviniste tendance arminienne, député aux États-Généraux et colonel de la milice bourgeoise. Il est maire d’Amsterdam en 1627. Son père était marchand de grains et brasseur. Ses trois frères sont armateurs de navires qui parcourent tous les océans. On a observé qu’en 1646, sept membres de la famille Bicker occupaient des postes politiques à différents niveaux. Travaillant beaucoup avec des Espagnols, les Bicker étaient favorables à la paix ce qui leur amena des ennemis du côté orangiste. Cerise sur le gâteau : Wendela Bicker, nièce d’André, épousa Jean De Witt, le Grand pensionnaire, qui domine le XVII° siècle politique néerlandais comme Rembrandt domine la peinture.

Frans B. Cocq fut aussi maire d’Amsterdam. Fils de pharmacien - lesquels vendaient des épices d’Extrême-Orient valant médicaments - il fait son droit en France et, de retour en Hollande, il devient capitaine de la milice bourgeoise. Il épouse la fille d’un régent : Maria Overlander. Overlander était tout à la fois, négociant, armateur de navires, administrateur-fondateur de la VOC et, quelque temps, maire d’Amsterdam. A la mort de son beau-père, Frans Cocq hérita de propriétés qui lui donnèrent le titre de Seigneur de Purmerend. Il est surtout connu pour figurer en place centrale sur le tableau de Rembrandt, La ronde de nuit.

 Adrien Pauw, Grand pensionnaire de Hollande, fils d’une riche famille de marchands, il illustre - comme Overlander - le métamorphisme de la noblesse par la bourgeoisie : après l’achat d’une propriété, il devint Seigneur de Heemstede. "Métamorphisme" que l’on a retrouvé en Angleterre.

Ces régents passent les siècles autant que dure le capitalisme. Ils sont le cerveau de la maison Pays-Bas mais ils suscitent un rejet. Trop riches, trop distants, trop égoïstes. Cette dénonciation des régents fut permanente, critiquée aussi bien par l’aristocratie orangiste que par le "petit peuple" que cette dernière influençait.

         Deux figures historiques : Oldenbarnevelt, jean de Witt

 Jan Van Oldenbarnevelt (1547-1619), était d’ascendance noble, il effectua de brillantes études de juriste qui l’amenèrent en France. De Woogd le décrit comme "le représentant typique de la classe dirigeante, plus érasmien que calviniste", et j’ajouterais plus arminien que gomarien. C’est un partisan du libre-arbitre, hostile à la prédestination absolue. C’était un homme irréprochable qui fut l’adjoint du Taciturne durant la guerre d’Indépendance. Sa carrière politique fut fulgurante. Il devint Grand pensionnaire. Grand ami de Grotius, auteur de l’ouvrage de droit international sur "la liberté des mers".  Le parti de la paix - le patriciat marchand et industriel était arminien et pour la paix avec l’Espagne - était celui des républicains. Farouche républicain lui-même, Oldenbarnevelt "voyait chaque victoire de Maurice de Nassau comme un péril pour l’Etat républicain". C’était aussi un homme d’affaires. Pour assécher des marais et rendre la terre arable, Oldenbarnevelt, alors Grand Pensionnaire, réussit à trouver des capitalistes qui investirent dans l’entreprise. Les terres furent ensuite louées à des fermiers. Les fermages rapportèrent aux investisseurs un intérêt de 17%.. Victime de la querelle entre Arminiens et Gomariens, il est condamné à mort par Guillaume de Nassau, lui-même gomarien. 

     Jean de Witt (1625-1672). Celui qui occupa la haute charge de Grand Pensionnaire à partir de 1653 fut un homme de grand mérite, Jean de Witt. L'élite de la bourgeoisie, active, éclairée et probe, trouva en lui son digne représentant. Jean de Witt, fils d'un bourgmestre de Dordrecht, intellectuel et patricien, appartenait à la haute bourgeoisie hollandaise. Il alliait les plus grandes capacités politiques â un désintéressement absolu : devenu le véritable chef de la république, il se contentait d'un traitement de 3000 florins et occupait un modeste appartement dans le palais des États-Généraux à La Haye. Un ambassadeur de France, le comte d'Estrades, écrivait :

"Le sieur de Witt a de très bonnes qualités. Il a grand esprit, une grande fermeté dans les mauvais événements, rempli d'expédients pour ramener les esprits, tellement maître de soi-même que personne ne l'a jamais vu en colère. Mais avec tout cela, il abonde si fort dans son sens qu'il est impossible de le faire revenir, quelque raison qu'on lui allègue,... C'est un homme si désintéressé qu'il ne prendrait pour rien au monde aucune gratification. C'est un homme incorruptible". (Cité par J. Isaac)

    La politique de Jean de Witt fut une politique de liberté et de paix. A l'intérieur, il s'appliqua à prévenir le péril orangiste qui devait nécessairement reparaître et qui reparut en effet dès que le jeune Guillaume d'Orange approcha de l'âge d'homme. De Will crut l’avoir extirpé quand il signa de sa main, en 1667, au faîte de sa gloire, l'Édit perpétuel, qui supprimait les fonctions de stathouder en Hollande et cela influença plusieurs autres provinces (Zélande et Utrecht). La souveraineté totale est accordée aux États-Généraux. Mais le peuple restait orangiste dans son for. A l'extérieur, Jean de Witt s'efforça de sauvegarder les intérêts de la république menacés tour à tour par les prétentions anglaises et françaises. Une guerre contre l'Angleterre fut soutenue victorieusement (1664-1667), mais Jean de Witt succomba dans la crise déterminée par l'agression de Louis XIV (1672). Jules Isaac conclut ce paragraphe en écrivant "Pendant les dix-neuf années de son gouvernement, les Provinces-Unies avaient atteint à l'apogée de leur puissance, de leur richesse et de leur civilisation". C’est sans doute vrai en termes d’accumulation du capital et d’arts plastiques, mais pour ce qui concerne les mentalités on était resté au cannibalisme. La mort de de Witt en témoigne : il fut rôti et dévoré (sic) par la foule déchaînée.

 Régents et libéralisme

 Fin XVII°-XVIII° siècles, la société sembla bloquée. Au plan économique, la belle prospérité de l’âge d’or de de Witt est bel et bien terminée. Cependant, le secteur le plus prospère resta, sans conteste, la finance dont Amsterdam demeura longtemps le centre international. Et les Régents sont les administrateurs des villes - d’Amsterdam en particulier -  des États de la province de Hollande et des États Généraux, de la VOC, de la Bourse, des Banques… Pas d’ascension sociale cependant : les places sont toutes prises par les familles endogames des régents. Entre 1698 et 1748, nous dit De Voogd, quarante régents issus de quatre familles seulement monopolisèrent les grandes fonctions d’Amsterdam. A Zutphen - province de Gueldre - six des douze échevins étaient apparentés (en 1747). Lors d’une nouvelle invasion française, le mécontentement éclate de tous côtés. Les fermiers des impôts – régents - furent traités de "suceurs de sang et de charognards" [6], la Petite bourgeoisie d’Amsterdam se retourna, à nouveau, contre la Grande, demandant la démission des régents et la fin de la cooptation. Et une nouvelle fois, on réclama le retour des Orange : le stathoudérat fut rétabli (que les régents avaient une nouvelle fois supprimé).

Je le répète : la vie politique néerlandaise avait toujours une alternative à droite.

Les Régents ont une idéologie et une pratique libérales. Mais le libéralisme, c’est bon pour les riches. "L’individualisme, consubstantiel au libéralisme, s’identifiait trop à la mentalité et au style de vie des patriciens hollandais, héritiers des régents érasmiens du siècle d’or pour séduire la petite bourgeoise et les milieux populaires" nous dit C. de Voogd

Il faut attendre l’époque de la Révolution française, pour voir apparaître, aux Pays-Bas – et sous des formes spécifiquement néerlandaises – une alternative à gauche avec le mouvement patriote.

Mais c’est la révolution industrielle du XIX° siècle qui génère un prolétariat qui aiguise les contradictions de la société néerlandaise. Alors se dresse Kuyper[7] qui dénonce un système trop longtemps dominé par "l'oligarchie de la classe financièrement et intellectuellement privilégiée".


"Le leader calviniste n'eut jamais de mots assez durs pour stigmatiser cette élite qui, d' Oldenbarnevelt à Kappeyne van de Copello, détenait tous les pouvoirs depuis l'indépendance du pays. Pour lui, les libéraux du XIX° siècle étaient les descendants des Régents du "siècle d'or", suspects comme leurs ancêtres d'égoïsme social, de patriotisme incertain et de laxisme religieux et moral. Le temps de leur hégémonie arrivait à son terme les "petites gens" (Kleine luyden), artisans, paysans, indépendants, employés, commerçants, bref le cœur de l'identité nationale et le conservatoire des vertus sociales, exclu du vote par le suffrage censitaire, devait désormais obtenir son émancipation. Dans une sorte de grande revanche de l’Histoire "le peuple opprimé demandait des comptes aux libéralistes" [sic]"[8].

 

Bien enregistrée cette loi historique : ceux qui critiquent cette grande bourgeoise libérale, mondialiste, affairiste, laissant aux autres quelques miettes mais qui critiquent au nom de valeurs de droite, ceux-là préparent le terrain au fascisme. Kuyper n’y échappe pas. Je vous renvoie à la lecture de mon article XIX° siècle : "réveil" fondamentaliste aux Pays-Bas et création de l’Anti-Revolutionnaire Partij. Très important.

Kuyper semble inaugurer cette politique contemporaine, que l’on retrouvera chez R. Reagan par exemple, ou Trump, ou les LePen, politique qui vilipende les "élites fortunées" en flattant les braves gens solidement encadrés par la religion. Tout changer - en apparence - pour que rien ne change, bien au contraire. Ce thème des régents qui gouvernent tout, cloitrés dans leur conseil d’administration, ne va pas disparaître avec le capitalisme des XX° et XXI° siècles.  

 

Le mouvement Provo – milieu des années Soixante’ - première émergence sur la scène publique des enfants du baby-boom, est né aux Pays-Bas. Contestataire, anarchisant, "soixante-huitard" avant tout le monde, il mit "en cause la coupure entre l’establishment et le peuple" (De Voogd). Les "piliers" néerlandais[9] vivaient juxtaposés les uns à côté des autres mais pour gouverner le pays, les alliances étaient nécessaires et pendant que leurs troupes vivaient dans leur monde réservé, les dirigeants - les élites du verzuiling, comme dit De Voogd - se concertaient sans cesse pour trouver un consensus. Les Provos dénoncèrent ces nouveaux "régents" (Regenten). Cela correspondait au ressenti populaire et les Provos n’ont pas peu contribué à la crise du système des "piliers". En dénonçant cette aliénation politique, en réclamant aussi l’élection des maires, ce mouvement pouvait, quoiqu’il en ait, passer pour une force vaguement de "gauche".

 

Tout autre fut/est la contestation récente. L’extrême-droite hollandaise s’est emparée des thèmes que la gauche n’a pas su mettre en application. Pim Fortuyn a repris aux réformateurs de gauche des revendications centrales comme le referendum, l'élection des maires et du Premier ministre. Il a su se présenter comme un homme politique qui redonnerait au peuple l’exercice de la vie publique perçue comme confisquée par la "clique des régents de La Haye" (Pim Fortuyn dixit). Ce mythe des régents est devenu fédérateur des tendances populistes. Populisme qui plonge ses racines dans l’histoire nationale. Lors d’une enquête in situ un journaliste du Monde obtint le témoignage d’un brave homme :


"Marinus, 54 ans, électeur du PVV (extrême-droite, JPR), jubile. En train de faire ses emplettes au Kruitvat, le supermarché local, il se réjouit des promesses du PVV de réduire les subventions culturelles. "Plutôt que de donner de l'argent aux élites, il faut l'utiliser pour lutter contre les terroristes des rues", dit-il" [10].


Cette dénonciation des régents fut permanente et on a vu les malheurs qui se sont abattus sur Jean de Witt, républicain honnête, dénoncé par l’aristocratie orangiste et le "petit peuple" qu’elle influençait.

 



[1] Henri PIRENNE, Les anciennes démocraties aux Pays-Bas, Flammarion éditeur, 1928, Paris, 304 p.

[2] Daniel STERN, pp. 53-54. Daniel STERN, (Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, dite), Histoire des commencements de la République aux Pays-Bas, Michel - Lévy, Paris, deuxième édition, 1874, 450 pages.

[3] Même les députés paysans de Frise et Groningue étaient élus au suffrage indirect.

[4] Les Néerlandais parlent de la guerre de Quatre-vingts ans (1568-1648).

[5] Il s’agit de la célèbre Compagnie des Indes Orientales, administrée par 17 régents que l’on surnomme les Messieurs, Herren 17.

[6] Je rappelle, à toutes fins utiles, que Lavoisier était, avant d’être chimiste, fermier général des impôts du Roi avant 1789.

[7] Abraham Kuyper (1867-1930) premier ministre; président-fondateur du Anti-Revolutionnaire Partij (ARP).

[8] Christophe DE VOOGD, Histoire des Pays-Bas.

[9] Finalement, les partis confessionnels remportèrent la victoire sur les Libéraux et chaque courant (catholique, protestant orthodoxe, libéral, socialiste) s’organisa sur lui-même. Chaque aspect de la vie individuelle est pris en charge. Ainsi le courant catholique est structuré de la manière suivante. Les catholiques ont leur hiérarchie ecclésiale, bien entendu, mais aussi leur enseignement (écoles libres catholiques), leur parti politique (le KVP, parti catholique populaire), leur presse (dont De Maasbode à Rotterdam), leurs associations (dont le syndicat catholique des salariés) avec l’association chrétienne des Jeunes Filles et la mutuelle "notre pain de chaque jour" (Source Dictionnaire de Théologie Catholique,  article Pays-Bas). Cet agglomérat constitue un des "piliers" (verzuiling) de la vie politique nationale. Plus tard s’ajouteront une radio TSF et une chaîne de télévision, etc… Les Protestants orthodoxes sont organisés de la même façon, les Socialistes également, etc…Un Hollandais protestant orthodoxe pouvait ne jamais rencontrer un concitoyen membre d’un autre "pilier", d’un autre verzuiling.

[10] Le Monde daté du vendredi 5 mars 2010.

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