Retour sur l'histoire des Vaudois au XVI°siècle, la tragédie de 1545...

publié le 2 mai 2016 à 03:52 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 nov. 2016 à 02:09 ]
  
     J'ai publié un article sur l'histoire des Vaudois, François 1er et le génocide des Vaudois (1545), qui a eu un "succès" inattendu pour ce qui me concerne : 220 lectures en un peu plus d'un an, originaires de 14 pays avec la France naturellement en tête (176 lectures) mais aussi 17 pour le Canada, 10 pour la Suisse, 4 belges et 4 américaines, etc...
    Une lectrice, spécialiste de la question, a exprimé quelques réserves. Il s'agit de Mme Catherine Beaucourt qui fait partie de l'Association d’Études Vaudoises et Historiques du Luberon à Mérindol (AEVHL) et dont les recherches se situent plus vers les Monts de Vaucluse et Nord-Luberon, c'est à dire les villages de MURS, JOUCAS, LIOUX, MENERBES et CABRIERES D'AVIGNON que sur Mérindol. Cette historienne travaille aussi sur l'histoire générale des Vaudois, ayant largement participé à la définition du chemin de l'Exil entre Mérindol et la Drôme dans le cadre de l'association "Sur les Pas de Huguenots"  http://www.surlespasdeshuguenots.eu/ . On peut  consulter le site de la Muse à Mérindol et les numéros de la VALMASQUE pour avoir un aperçu de l'étendue des recherches de son groupe.
    Avis donc aux amateurs qui sont nombreux à nous lire.
    J'ai demandé à Mme Beaucourt d'exprimer son point de vue et je lui donne avec plaisir accès aux colonnes de ce site qui est ouvert ainsi que je l'ai toujours affirmé. Les intertitres sont de moi.
    J.-P. R.


VAUDOIS DU LUBERON


Texte de Catherine Beaucourt

En ce qui concerne les persécutions envers les Vaudois du Luberon provençal et comtadin, il ne faut pas négliger le contexte international de la fin du Moyen Âge et du début des Temps Modernes, l’ancrage de la Provence au royaume de France, l’exercice du pouvoir royal, personnel de François Ier et le développement de l’appareil d’État, le renouvellement des élites et la mentalité des contemporains. Il faut également mentionner l’importance de l’imprimé. 

Les Vaudois ne sont pas de nouveaux venus dans cette région, en 1250 on trouve dans les registre de l’Inquisition la mention de leur  présence à L’Isle sur la Sorgue, Malaucène et Monteux.

Le contexte social de la fin du XVe siècle est dramatique. Les grands fléaux véhiculés par la fin de la Guerre de Cent Ans (sacs des Grandes Compagnies[1], épidémies de peste et famines) furent à l’origine du dépeuplement des villages provençaux et comtadins qui étaient le plus souvent le seul revenu des seigneurs qui tentèrent de revaloriser leur territoire en faisant appel à une immigration des vallées piémontaises, voulue et concertée dès le  milieu du XVe siècle et dont l’appartenance religieuse importait peu. Les ecclésiastiques ne furent guère plus regardant et leur firent des propositions d’installation souvent très avantageuses.[2] C’est ainsi que bon nombre de villages du Luberon et des Monts de Vaucluse ressuscitèrent paisiblement grâce à la venue d’environ 6000 personnes[3]. Les nouveaux habitants, soucieux de leur travail, ne cherchaient pas à faire de vagues et se fondaient dans la nature. Ils fréquentaient l’église tout en ayant une pratique clandestine de la foi vaudoise. Chrétiens, ils savaient lire et connaissaient très bien les textes sacrés.

         Les premiers tracas arrivèrent vers 1517/18 avec l’évêque d’Apt, Jean de Montaigu, qui fit appel à l’inquisiteur Pierre Ebrard.

Puis ce fut  l’arrivée à Apt, pour aider l’évêque Jean Nicolaï vers 1530, de l’inquisiteur Jean de Roma [4] qui ébranla la communauté vaudoise. Obsédé par les origines piémontaises des Vaudois il se mit à considérer hérétique, tout Piémontais. S’inspirant largement du « Marteau des sorcières »[5] et du « Manuel de l’inquisiteur »[6] de Bernard Gui (1261-1331) (celui du Nom de la Rose, JPR), tout en y ajoutant sa touche personnelle, il inquiétera les gens de la région d’Apt et en particulier ceux de Cabrières. Ce qui le rendit  célèbre fut le procès mené à Apt, du jeune barbe Pierre Griot en 1532.[7] Le jeune homme dévoilera dans ses confessions, la présence de Vaudois dans les villages de  Roussillon, Cabrières d’Avignon, Joucas et de Murs où il  suivit l’enseignement du barbe Jean Serre dans sa bastide de Bérard [8]. On ne connait pas l’issue du procès.

La même année, quelques mois plus tôt, les Vaudois  adhérèrent aux idées de la Réforme au synode de Chanforan.

Les évêques des trois diocèses concernés par la présence vaudoise n’eurent pas tous le même comportement envers la communauté. Si les évêques de Cavaillon et d’Apt, poussés par le prétexte religieux n’hésitèrent pas à tenter de s’approprier les biens des vaudois, Jacques Sadolet, évêque de Carpentras fit preuve de grande mansuétude et de paternalisme à leur égard. Pour mettre en valeur sa mense épiscopale il arrenta le grand domaine de Bezaure [9] à des vaudois de Murs dès 1528.  Vers 1530, dans le collimateur de l’inquisiteur Jean de Roma, Cabrières considéré comme une Nouvelle Genève est le village à abattre…mais il faut des prétextes qui sont trouvés au fur et à mesure des opportunités.

Le rôle de François 1er

En 1531 François Ier s’inquiéta des « erreurs luthériennes » et demanda une enquête à l’archevêque d’Aix. Dès lors la mécanique répressive connut des variations importantes d’intensité qui furent en fonction des conditions qui régnaient en Provence et dans le Comtat mais surtout à la volonté royale d’alternance de rigueur et de clémence.

En 1533 le pape Clément VII donna aux hérétiques un délai de deux mois  pour abjurer.
L’Affaire des Placards[10] n’arrangea pas la situation. Aussi le roi montra de nouveau le désir d’extirper l’hérésie de son royaume de France et de son Comté de Provence. La justice eut l’ordre de poursuivre les hérétiques et pour ce faire « le roi donnait 100 ducats à tout homme qui les dénoncerait » (cf. dans mon livre, ici-même, le concile de Toulouse de 1228, JPR). L’appât du gain éveilla une conscience catholique insoupçonnée.

Au printemps 1535, le Parlement de Provence et l’évêque de Cavaillon s’activèrent contre les Vaudois. La répression s’organisa à l’échelle internationale[11] et en juillet le roi accorda de nouveau son pardon. Toutes les poursuites furent suspendues, les prisonniers libérés et les biens confisqués rendus. Les fugitifs purent rentrer dans le royaume de France et vivre en bons chrétiens catholiques…et ses désister de leurs dites erreurs. La condition de la clémence royale : l’abjuration.

François Ier n’a pas encore opté pour une politique répressive à l’encontre des Réformés et l’année 1536, avec l’invasion étrangère (c'est la guerre contre Charles Quint qui attaque le Nord du pays et assiège Marseille, JPR), est un peu plus calme de ce côté. Le roi ayant appris « que par la grâce et la volonté de Dieu les hérésies …avaient cessées », abolissait le 31 juillet 1536 les procédures et les condamnations, à condition d’abjurer dans les six mois. Mais revirement royal le 5 aout, lorsqu’il donna l’ordre  à l’archevêque d’Aix  de chasser les hérétiques. Qu’il ait voulu se débarrasser de l’hérésie, c’est clair. Mais dès qu’il prenait des mesures de clémence l’archevêque d’Aix les appliquait à reculons, puis se montrait particulièrement zélé et s’animait dans une répression active quand le roi redevenait répressif. De ce fait, guère de temps de paix pour les vaudois de Provence. C’est l’alternance, les incertitudes, les hésitations que l’on verra jusqu’à la fin du règne.

Sur le terrain les sévices continuaient avec plus ou moins d’intensité selon les humeurs et surtout en fonction des conditions économiques dramatiques dont la communauté vaudoise, marginalisée, était rendue responsable. Il fallait un bouc émissaire.

En novembre 1537   la Compagnie de Gabriel des Gérards d’Aubres, armée royale, vint occuper le village de Cabrières, brûler des maisons et  saccager les récoltes. Il fallait nourrir et occuper la soldatesque désœuvrée.

         Les dénonciations spontanées eurent des heures de gloire et firent le bonheur des tribunaux d’inquisition. La rumeur puis la délation nourrie par la peur de l’étranger fut un moyen d’exprimer ce sentiment d’insécurité qui animait la population de Provence et du Comtat. C’est pour cela que le « boiteux de Murs », Jean Serre, barbe[12] influent de la communauté fut inquiété en 1536. L’évêque de Carpentras, Jacques Sadolet l’interrogea personnellement avec bienveillance. Serre repartit sans inquiétude.  

Emprisonné à plusieurs reprises ce ne fut qu’en 1539 qu’il dénonça à son tour[13] ses frères des villages du Luberon, des Monts de Vaucluse et de la vallée d’Aïgues. Relâché, il fut  repris et  jugé relaps en 1540. A la même période Colin Pellenc, meunier du  moulin du Plan d’Apt (dont la propriété suscitait des convoitises), fut accusé d’hérésie. Arrêté, il fut  brûlé à Aix en octobre. Par mesures de représailles  les gens de Mérindol vinrent brûler le moulin. Ils furent  condamnés par contumace. Crime de lèse-majesté.

Les confessions de Jean Serre et l’action du Plan d’Apt furent le point de départ de l’Édit de Mérindol du 18 novembre 1540 qui condamnait 19 Mérindoliens à être brûlés. Les villages les ayant reçus devaient être rasés. Affolés, la veille, le 17 novembre  plus de 300 hommes, femmes, enfants et leurs bêtes quittèrent la région vers Sisteron. Il n’y eut pas de prise d’armes ni de mésactions de la part des Vaudois dont les princes protestants prirent la défense. François Ier qui cherchait à les ménager en vue d’une éventuelle coalition contre son ennemi Charles Quint, fit marche arrière et envoya des lettres de grâce aux persécutés. Protégés par l’évêque Sadolet, les Vaudois de Cabrières du Comtat adressèrent au Parlement d’Aix et au roi des suppliques et demandèrent des enquêtes au sujet de leurs frères disparus.

 En 1543, ce fut une tentative de prise du village de Cabrières du Comtat par l’évêque de Cavaillon, Pierre Ghinucci qui  voulait confisquer les biens des Vaudois et se les approprier, car sa marotte était d’agrandir les possessions de son petit évêché. L’expédition a avorté[14].

         A la suite des ces poursuites, beaucoup de Vaudois sont  dans les campagnes et refusent de se présenter devant la justice. La menace est sérieuse car  s’ils ne le font pas ils doivent être « exterminés de nos royaumes, terres et seigneuries ». Telle est la nouvelle décision royale. Il faut procéder contre  les hérétiques  et   leurs complices rebelles à la justice, tous ceux qui partagent leurs idées.

On demande l’abjuration…sinon punis et exterminés…

L'acmé de 1545

          Il  faut agir. Il est alors demandé au seigneur de Grignan[15]  de prêter main forte pour extirper l’hérésie de Provence et du Comtat.  En son absence, c’est  Jean Maynier d’Oppède  qui va prendre des décisions draconiennes. Mais il faut l’aval du Parlement que d’Oppède n’a pas encore. Alors il réunit un conseil de guerre à Marseille le 11 avril 1545 avec Pierre  Strozzi et le capitaine de la Garde dit Paulin. Ce ne sera que le lendemain dimanche que le Parlement     décidera de faire exécuter les arrêts contre les hérétiques mais aussi contre tous les rebelles à la justice royale. On jouait sur les deux tableaux. Il ne s’agit plus des quelques  mérindoliens de l’arrêt du 18 novembre 1540, mais des villages entiers de la Roque d’Anthéron, Villelaure, Lourmarin et autres lieux qui sont dans le collimateur de Maynier d’Oppède.

Le 13 avril 1545,  les troupes royales s’installent à Pertuis. Le capitaine Paulin  s’empare le 16 avril  de Cabrières, de Pépin, de la Motte. Villages de la vallée d’Aïgues. Tandis que d’Oppède saccage  Villelaure et  Lourmarin. Le 18 les deux troupes se rejoignent à Mérindol dont la population a fui  se réfugier derrière les murailles de Cabrières du Comtat[16] et dans les montagnes de Murs. Les troupes massacrèrent les quelques malheureux qui restaient,  pillèrent ce qu’elles trouvèrent et mirent le feu au reste.

Le lendemain dimanche 19 avril le siège fut  mis devant Cabrières du Comtat qui résista héroïquement  mais se rendit le 20 avril. Pero Gelido  informa le  cardinal Farnèse[17] à qui il écrivit  qu’  « après beaucoup de fatigues et de dépenses, Cabrières s’est  rendu au capitaine Paulin et que tous les habitants de ce lieu ont péri ». Inutile de relater les faits sanglants de ces journées tragiques, horreurs qui tournent parfois au Grand Guignol inutilement selon les narrateurs[18].

Les troupes poursuivront les gens de Cabrières et de Mérindol jusqu’à Murs. Les Mursois avaient déjà mis à l’abri femmes et enfants ainsi que du bétail dans des grottes. Le capitaine de Mormoiron qui avait l’habitude de vagabonder et piller dans les parages trouva la cache et enfuma les  réfugiés qui périrent étouffés[19].  Le 21 Avril, Lacoste fut ravagé, on voulut  piller Apt et abattre les murailles de Gordes dont 25 villageois furent emprisonnés.

Quelques jours après ces carnages, de Bot, seigneur de Saignon rapporta qu'il avait couché à Murs et qu'il avait vu là les principaux vaudois si défaits si affamés qu'ils ne pouvaient se tenir  debout. Il emmena aux commissaires 211 vaudois    presque morts de faim.  Un millier de personnes  errèrent dans les bois   désirant revenir chez eux. Les gens et le bétail  mouraient  de faim. Apporter aide, soutien et nourriture était  passible de lourdes sanctions.

D'Oppède mit les sieurs de Rognes,  Joseph d'Agoult et Vaujouine en garnison aux alentours de Murs  et tous continuèrent  sans vergogne  à  piller la région. Vaudois ou catholiques.  François d’Astouaud, seigneur de Murs et le cardinal Sadolet se  plaignirent de Vaujouine (qui avait un grand entraînement en la matière de pillage) et de ses hommes  qui auraient malmené leurs gens de Murs, Bezaure et Saint-Lambert et auraient pris une quantité de bœufs. Sadolet distribua  des saufs conduits pour ses rentiers vaudois. 

Quant aux gens de Murs ils  décidèrent de se présenter à la justice. Situation délicate car   il était admis qu'une fuite était synonyme de rébellion et   seul le soldat pouvait  décider de qui était hérétique ou non, pillable ou non. De plus  un arrêt du 20 Mai 1545 stipulait  que tous ceux qui étaient  des lieux suspects Mérindol, Lourmarin, Gargas, Murs... et   qui se nommaient « Serre », même s’ils n’étaient  pas des lieux suspects seraient mis aux galères à Marseille. De ce fait Murs était un village doublement condamné.  

Le procès de Maynier d’Oppède [20] eut lieu en 1551 et l’avocat Jacques Aubéry a prononcé une plaidoirie qui dura 7 jours entiers qui fut sans résultat sur l’issue du procès. D’Oppède qui possédait de puissants appuis[21], tout comme Paulin, héros national à l’époque, Guérin, avocat au parlement d’Aix ne rencontra pas la même indulgence et fut pendu.  Le scandale de l’époque fut surtout procédurier : indignation des contemporains qu’une cour souveraine comme celle de Provence fût contrainte de comparaître en corps devant celle de Paris qui élevait celle-ci au dessus des autres.

Les suites...

 Ce sinistre épisode eut un grand retentissement dès les semaines qui suivirent.

Une chanson circula très rapidement en 1545 : « Voyez la grande offense/Faite par les méchants au pays de Provence/Contre les Innocents car ils ont mis à mort/Les chrétiens à grand tort … » [22].

En 1568, un auteur inconnu écrit une longue pièce en vers : La tragédie du sac de Cabrières », qui sous couvert de dénoncer les agissements des dirigeants est un traité d’éducation pour le prince Christophe de Bavière.[23]

L’affaire de Cabrières et Mérindol vont opposer les plus grands esprits pendant des siècles. Voici ce que d’Alembert écrit à Voltaire en 1744.

« Monsieur, serez-vous donc toujours l’adulateur du vice ? Suivez plutôt la fougue de votre imagination impétueuse. Comment votre plume a-t-elle pu s’abaisser à louer un magistrat qui s’est rendu coupable de plus de crimes qu’il n’a prononcé d’arrêts ? Vous ignoriez sans doute ses expéditions sanglantes à Mérindol et Cabrières contre les Vaudois. S’il vous souvenait qu’à peine entré dans cette dernière ville il fit conduire dans un pré les soixante hommes qui la défendaient, et les fit tous égorger par ses soldats ; que les femmes, qui cherchèrent alors un asile dans les églises, furent violées jusque sur les marches de l’autel, et que celles dont l’âge et la laideur étaient un frein contre la licence furent renfermées et brûlées dans une grange pleine de paille ; s’il vous souvenait que vingt-deux autres villages partagèrent le sort de Cabrières, et que cette horrible persécution coûta la vie au moins à quatre mille personnes, et que l’élite de la jeunesse vaudoise, au nombre de sept cents, fut réservée à l’opprobre le plus honteux, vous abandonneriez bientôt votre langage cynique et révoltant pour vous élever contre les emportements de la plus criminelle des persécutions. Adieu, monsieur ; ma plume va vous paraître un peu hardie, mais je ne puis fermer la bouche à la vérité ».[24]

Dans son  « Traité sur la tolérance », Voltaire a pris conscience des faits et écrit en 1763 : «  Ces peuples, jusqu'alors inconnus, avaient tort, sans doute, d'être nés Vaudois; c'était leur seule iniquité. Ils étaient établis depuis trois cents ans dans des déserts et sur des montagnes qu'ils avaient rendus fertiles par un travail incroyable. Leur vie pastorale et tranquille retraçait l'innocence attribuée aux premiers âges du monde. Les villes voisines n'étaient connues d'eux que par le trafic des fruits qu'ils allaient vendre, ils ignoraient les procès et la guerre; ils ne se défendirent pas: on les égorgea comme des animaux fugitifs qu'on tue dans une enceinte[25] »

La tragédie des Vaudois  du Luberon et des Monts de Vaucluse fut pendant des siècles, un exemple cité  aux enfants. Les guerres de religions  s’étendirent à  la France entière sans pour autant épargner la Provence et le Comtat Venaissin avec encore des périodes de tolérance et de trêve  pour redoubler d’horreur dans les moments d’acharnement.

Les rois successeurs de François Ier ont eu du mal à gérer le conflit qui était religieux, politique, économique et bien souvent d’origine familiale. Charles IX a vu les massacres de la Saint-Barthélemy[26],  Henri III a tenté de garder un équilibre et Henri IV fit admettre en 1598, un traité de tolérance : l’Édit de Nantes.  Mais ce ne fut que de la tolérance, avec la reprise des persécutions et les « Dragonnades » du XVIIe siècle. Il  fut abolit par Louis XIV en 1685.

Des Vaudois ont fui vers l’exil, d’autres ont réintégré tant bien que mal les terres abandonnées, certains ont abjuré par nécessité ou conviction. Toutefois (dans)  les villages du Luberon leur présence est indéniable et bien des familles locales revendiquent leurs origines vaudoises du XVIème siècle.

Catherine BEAUCOURT-MARUCCO

 

 

 

 

 

 

 



[1] Arnaud de Cervole et Bertrand Duguesclin

[2] Le commandeur de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem passa le premier « acte d’habitation », (contrat collectif), en 1465 pour les terres de la commanderie de Joucas. L’évêque d’Apt, Jean de Montaigu, passera un acte d’habitation en 1508 pour la remise en état de son domaine des Tourettes, Jacques Sadolet évêque de Carpentras fit de même pour sa mense épiscopale de Bezaure (Lioux). Les contrats individuels sont des « accapts ».

[3] Les Vaudois ont des patronymes caractéristiques qui permettent de les identifier

[4] Une enquête ordonnée par François Ier en 1533 le stoppa dans ses exactions.

[5] Kramer et Sprenger « Malleus Maleficarum », Strasbourg 1486-87.

[6] « Practica Inquisistionis haereticae pravitatis »

[7] Gabriel Audisio « le barbe et l’inquisiteur ».

[8] Catherine Beaucourt «  Jean Serre, le boiteux de Murs ». Valmasque n°101, mars 2016

[9] Commune de Lioux-84. Une série de baux furent enregistrés pour Bezaure et Saint-Lambert en 1528, 1543, 1538 et 1543.

[10] Dans la nuit du 18 octobre 1534, des protestants français placardent des proclamations contre la messe en différents lieux du pays et jusque sur la porte de la chambre de François 1er, à Amboise. C'est la première manifestation d'hostilité entre protestants et catholiques en France. Elle mènera vingt-cinq ans plus tard aux guerres de religion...

[11] P. Gilles n°71, t.I, p.60. Claude de Tende, gouverneur de Provence  donna le  12 juin 1535 des lettres patentes à Pantaléon Bensour, commissaire du duc de Savoie, pour qu’on lui donne copie de toutes les dépositions faites par les suspects d’hérésie détenus en Provence.

[12] Les barbes sont issus du monde rural,   formation essentiellement biblique, paysan, fils de paysans, prononcent les trois vœux pauvreté, chasteté, obéissance, propriété commune, Interdiction de jurer, juger et tuer.  Le terme de "barbe" apparaît au XVe siècle. Mistral le définit comme " titre de respect qu'on donne à un ancien du peuple, à un oncle, dans les Alpes piémontaises et le comté de Nice". "L'ouncle" est l’ancien du village par affection et respect.

[13] On connait certaines méthodes inquisitoriales pour inciter aux aveux « spontanés ».

[14] Marc Venard : « Réforme protestante, réforme catholique dans la province d’Avignon XVIe siècle. » Paris, 1993.

[15] Louis Adhémar de Monteil, baron puis comte de Grignan, gouverneur de Provence, parti à la diète de Worms.

[16] Aujourd’hui Cabrières d’Avignon.

[17] A.S. Parma. Carte farnesiane, Francia, lettre du Pero  au cardinal Farnese, 20 avril 1545.

[18] Ce sera le 3 novembre 1545 que les troupes reviendront pour raser le village déserté, à la demande insistante de l’évêque de Cavaillon Ghinucci et  contre l’avis de Gelido et de Paul Sadolet.

[19] Catherine Beaucourt : « La semaine sanglante à Murs, les grottes de Bérigoule » in La Valmasque n°101.

[20] J. Aubéry. « Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol, et d'autres lieux de Provence », présentée et annotée par G. Audisio.

[21] Les papes Jules II et Jules III intervinrent en sa faveur

[22] Bordier in « Le chansonnier huguenot » T. III P. 341. :« Chanson lamentable » P.398 et  en 1570, P.398.

[23] Catherine Beaucourt : "La tragédie du sac de Cabrières ou traité d’éducation pour un jeune prince allemand", Valmasque N° 101.

[24] Voltaire, Correspondance : année 1744 Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 36, pp. 283-284).

[25] Voltaire, « Traité sur la tolérance » : Note 8 «  Le véridique et respectable président de Thou parle ainsi de ces hommes si innocents et si infortunés: "Homines esse qui trecentis circiter abhinc annis asperum et incultum solum vectigale a dominis acceperint, quod improbo labore et assiduo cultu frugum ferax et aptum pecori reddiderint; patientissimos eos laboris et inediae, a litibus abhorrentes, erga egenos munificos, tributa principi et sua jura dominis sedulo et summa fide pendere; Dei cultum assiduis precibus et morum innocentia prae se ferre, caeterum raro divorum templa adire, nisi si quando ad vicina suis finibus oppida mercandi aut negotiorum causa divertant; quo si quandoque pedem inferant, non Dei divorumque statuis advolvi, nec oereos eis aut donoria ulla ponere; non sacerdotes ab eis rogari ut pro se aut propinquorum manibus rem divinam faciant: non cruce frontem insignire uti aliorum moris est; cum coelum intonat, non se lustrali aqua aspergere, sed sublatis in coelum oculis Dei opem implorare; non religionis ergo peregre proficisci, non per vias ante crucium simulacra caput aperire; sacra alio ritu et populari lingua celebrare; non denique pontifici aut episcopis honorem deferre, sed quosdam e suo numero delectos pro antistitibus et doctoribus habere. Haec uti ad Franciscum relata VI id. feb., anni, etc." (THUANI, Hist., lib. VI.) Mme de Cental, à qui appartenait une partie des terres ravagées, et sur lesquelles on ne voyait que les cadavres de ses habitants, demanda justice au roi Henri II, qui la renvoya au parlement de Paris. L'avocat général de Provence, nommé Guérin, principal auteur des massacres, fut seul condamné à perdre la tête. De Thou dit qu'il porta seul la peine des autres coupables, quod aulicorum favore destitueretur, parce qu'il n'avait pas d'amis à la cour.

 [26] Le mariage organisé par Catherine de Médicis et Charles IX, de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, prince protestant fut mal apprécié. (voir le film de Patrice Chereau, La reine Margot, JPR).


Comments