François 1er et le génocide des Vaudois (1545)

publié le 19 mars 2015 à 06:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 mai 2016 à 03:54 ]

Je publie cet extrait du livre de Paul LEUTRAT qui narre avec minutie les atrocités commises à l’encontre des Vaudois, pauvres de Lyon. C’est le massacre génocidaire de Mérindol en 1545. La télévision vient de placer cette page épouvantable de notre histoire au premier plan et je me dois de répondre à l’attente de certains. Malheureusement, je n’ai pas encore abordé la vie et l’œuvre de Pierre Valdo, pauvre de Lyon. C’est que la matière abonde et il faut - il faudrait - faire feu de tout bois. Ce qui n’est plus tout à fait possible.

Petit prolongement avec le pardon demandé par le pape François aux Vaudois, église de Turin, en cette année 2015.

J.-P. R.  

 

 

Les Vaudois sont installés dans le Lubéron depuis le milieu du XIV°siècle. Il s'agit d'un massif d'une longueur de cinquante kilomètres, au nord de la Durance, à proximité de plaines fertiles [1]  Ils y vivront tranquilles, comme en Calabre, et pour les mêmes raisons, jusqu'en 1400, où, chassés, ils reviennent lorsque deux familles piémontaises qui possèdent des terres dans le Lubéron y installent des paysans pratiquant la religion des pauvres de Lyon. Ceux-ci ne tardent pas à faire œuvre de prosélytisme. Cela leur est d'autant plus facile que dans la partie du Lubéron qui appartient au Comtat Venaissin, le légat du pape et le recteur résidant à Carpentras traitent les populations sans ménagement. Cette tyrannie se précise au début du XVI°siècle avec le vice-légat Alexandre Campeggi, pourtant mis en garde par un compatriote qui, parlant de ses officiers, lui écrit :

"Ils veulent gouverner ces douces et pacifiques populations avec la rigueur et l'impétuosité dont on use dans le gouvernement de nos pauvres cervelles italiennes".

Et Jacques du Maurier, lieutenant civil du roi, qui sera chargé d'instruire l'affaire des massacres sur le territoire du royaume dira de son côté :

"Le populaire de Provence est laborieux en agriculture, grand nourricier de bétail et fidèle au roi, comme ils montrèrent au temps de la nécessité mais grossier d'esprit et de nulle érudition, conséquemment facile à tourner et faire croire ce qu'on lui dit. ".

LES PRÉMICES.

L'affaire commence en 1532 lorsqu’ Eustache Marron, de Cabrières, délivre des prisonniers arrêtés pour avoir protesté contre l'enlèvement de leurs filles. La compagnie royale est pourchassée de la Roche-d'Anthéon à l'abbaye de Silvacane. Onze vaudois sont pris et ils sont brûlés le 5 avril 1534. L'incident qui doit permettre l'extermination des Vaudois est trouvé. Mais une longue lutte de procédure va s'engager, avec des alternatives diverses, avant que la croisade puisse erre engagée, et les hésitations de François 1er sont le reflet des incertitudes de la monarchie française face à la Réforme. Cependant les nuages s'accumulent, de plus en plus menaçants, jusqu'au jour où éclatera un orage que les pauvres de Lyon ont peut-être cru pouvoir éviter.

Après l'affaire de 1532, les évêques d'Apt, de Sisteron, de Cavaillon, pourchassent les vaudois dans leurs diocèses respectifs et l'inquisiteur de la foi à Turin est prévenu qu'un grand nombre sont originaires du Piémont, ce qui entraînera une nouvelle persécution dans les vallées alpestres, celle de 1535.

Cette même année 1535, les vaudois adressent une supplique aux protestants allemands que les Suisses appuient avec une copie de leur confession de foi, afin qu'ils interviennent auprès de François 1er. Mais, le 16 juillet, déjà, a été rendu en leur faveur l'édit de Coucy, à la seule condition qu'ils abjurent dans les six mois. Thomas de Piolenc ayant signalé en 1537 que les Vaudois ne se convertissent nullement, le roi, en 1538, ordonne de les punir. Arrêtés, ils seront bannis et verront leurs biens confisqués. Le parlement d’Aix dresse alors une liste de deux mille cinq cents hérétiques. Mais un vaudois arrêté la même année parle de dix mille foyers hérétiques en Provence. En 1539, il y a de nouvelles lettres patentes, les premières n'ayant pas été suivies d'effet. Cent cinquante-quatre vaudois sont arrêtés, et une liste, de quinze mille suspects cette fois, dressée.

En 1540, Français 1er publie encore des lettres patentes. Mais l'armée envoyée à Cadenet, trop faible, doit se replier. Le juge d'Apt, s'étant emparé du moulin du Plan d'Apt qu’il convoitait, après avoir fait brûler le propriétaire en tant que vaudois, voit ce moulin saccagé par les autres vaudois et lui-même est menacé de mort. Convoqués à la suite de cette affaire, les présumés coupables n'obtempèrent pas. L'édit de Mérindol, du parlement de Provence, ordonne alors que la localité sera détruite :

"attendu que tout le lieu de Mérindol est la retraite, refuge de gens tenant sectes damnées et réprouvées » [et la cour commande] « que toutes les maisons dudit lieu soient abattues".

Mais on sursoit à cette décision et, après enquête de l'envoyé du roi, Guillaume du Bellay, sieur de Languy, de nouvelles lettres patentes sont envoyées, qui reprennent les décisions de l'édit de Coucy. Il est dit que le roi

"pardonne à tous vaudois et dévoyés de la foi étant au pays de Provence ; que, voulant user de miséricorde pour la multitude espérant qu'ils se réduiront par la douceur, [il] leur remet et pardonne toutes peines et condamnation pourvu dans trois mois ils viennent abjurer et promettre de vivre catholiquement".

    Les Vaudois adressent le 6 avril 1541 une supplique accompagnée d'une confession de foi au parlement d’Aix, puis au roi lui-même. Cette confession de foi reconnaît l'autorité souveraine de la Bible, la croyance au péché originel, la régénération par le Saint-Esprit, la justification par la foi agissant par les bonnes œuvres, la rédemption par Jésus-Christ, seul médiateur, les sacrements du baptême et la Sainte-Cène. Les vaudois, dans leur supplique adressée au parlement, font remarquer que tous ceux qui se sont présentés jusqu'à ce jour devant les autorités civiles et ecclésiastiques pour rendre compte de leurs actes et de leur foi ne sont jamais rentrés. Ils demandent donc qu'on vienne vérifier sur place les accusations injustement portées contre eux.

    Mais François 1er, sollicité à ce sujet, ordonne d'exterminer les vaudois. Des interventions en leur faveur se produisent alors. Le 23 mai 1541, les princes allemands écrivent au roi. Sadolet, évêque de Carpentras, après avoir arrêté une attaque contre Cabrières en 1542, part pour Rome exposer la question au pape. Mais il revient avec une fin de non-recevoir.

    Les événements se précipitent et s'aggravent. Déjà en 1541, l'inquisiteur Jean de Rome battait la campagne, saccageant les maisons, pillant les fermes, accablant les vaudois d'amendes et les torturant à l'aide de bottes pleines de graisse qu'il leur mettait aux pieds et qu'il faisait chauffer au feu. Dans leur plainte au roi, les hérétiques pouvaient écrire : "Bref, il était inquisiteur, accusateur, juge et partie, tant qu'il en a fait mourir plusieurs, qu'il a mutilé des autres à pauvreté".

    L'évêque de Cavaillon va à deux reprises à Mérindol pour discuter avec les vaudois, mais il ne trouve rien à leur reprocher. "Je n'eusse point pensé qu'il y eût de si grands clercs à Mérindol", aurait-il déclaré. Le 4 avril 1542, une commission officielle qui se rend également à Mérindol se trouve dans le même cas. L'évêque de Cavaillon organise alors une expédition armée contre Cabrières-du-Comtat le 10 avril 1542 et la localité est pillée. Eustache Marron vient au secours de Cabrières mais trop tard. A Lourmarin, les vaudois ont plus de chance, et ils chassent les hommes du comte de Grignan.

    En mars 1543, de nouvelles lettres patentes de François 1er amènent les vaudois à envoyer des députés à la cour et le roi, ébranlé, ordonne qu'un maître des requêtes accompagné d'un docteur en théologie se rende en Provence et qu'en attendant tous les prisonniers soient relâchés.

Le parlement, les évêques, le comte de Grignan, le nonce du pape à Paris mettent tout en œuvre pour obtenir la révocation des ordres du roi. C'est alors que Jean Meynier, seigneur d' Oppède, second président du parlement d'Aix, remplace le 20 décembre 1543, Garçonnet, mort peut-être empoisonné, à la tête de ce parlement. Cette assemblée a mauvaise réputation, et un proverbe dit : "Le parlement, le Mistral et la Durance sont les trois fléaux de la Provence". Avec d' Oppède ce sera pire. Il possède des propriétés au nord du Lubéron, et l'occasion est excellente pour lui d'accroître son domaine, Déjà, il a fait mourir de faim dans une citerne une demi-douzaine de paysans qu'il a accusés d'être vaudois pour pouvoir s'emparer de leurs biens Son nouveau titre avec les pouvoirs qu'il entraîne, va lui permettre d'agir sur une bien plus grande échelle. Il est en outre viguier de Cavaillon[2] et peut donc en même temps pourchasser les vaudois de Provence au nom du roi et ceux du Comtat Venaissin au nom du pape.

Un autre personnage, Pietro Gelido, dit « Il Pero », ancien calviniste converti, devenu prêtre, trésorier du Comtat à Carpentras, va jouer un rôle important dans cette sinistre affaire. Il servira d'agent de liaison entre le roi, le parlement et le cardinal Farnèse, légat à l'époque, afin de hâter la répression contre ses amis de la veille. Il demande au cardinal: « d'appliquer la médecine qui guérit tous les maux en appliquant les peines usitées contre les rébellions » et il brandit à ses yeux la menace d'une sécession du Comtat. D' Oppède, de son côté, fait croire au roi que les vaudois de Provence attaquent en direction de Marseille, où ils veulent faire "comme un canton suisse". La calomnie, des deux côtés, est identique, et elle indique une collusion probable entre les deux ennemis des vaudois.

 

LE 16 JANVIER 1545, LE ROI ACCEPTE L'EXTERMINATION DES VAUDOIS.

    D'Oppède ne souffle mot de cette décision jusqu'au 12 avril, où le comte de Grignan étant parti à la diète de Worms et des troupes revenant du Piémont étant arrivées à Marseille pour s'embarquer vers Boulogne, il met le parlement au courant. Cette prudence correspond aux fluctuations de la politique des représentants des différents pouvoirs depuis le début de l'affaire des vaudois. Le parlement lui-même, à un an d'intervalle, fait passer le nombre des hérétiques susceptibles d'être poursuivis, sur les listes qu'il dresse à cet effet sur ordre royal, de deux mille cinq cents en 1538 à quinze mille en 1539. Cela suppose une indulgence à l'égard de l'hérésie au départ. On voit même un prélat, l'évêque de Carpentras, intervenir auprès du pape en faveur des vaudois. L'évêque de Cavaillon use d'abord de la persuasion, puis il se contente de faire piller une localité comme mesure de représailles du fait de l'obstination de la population dans l'hérésie. En 1540, l'armée envoyée à Cadenet pour appliquer les ordres du roi, défavorables aux vaudois à l'époque, est manifestement insuffisante et après qu'elle a battu en retraite, rien d'autre n'est tenté.

    Le silence d' Oppède semble donc indiquer qu'il n'était pas sûr d'avoir l'appui du clergé et de la noblesse de la région dans son entreprise. Le comte de Grignan envoyait bien des hommes à Lourmarin, mais il aurait sans doute hésité à mettre tout le Lubéron à feu et à sang. A supposer qu'il ait accepté d'appliquer les ordres royaux, il aurait été pour Oppède un rival gênant. Celui-ci préfère, à tous égards, mener seul son entreprise criminelle. Le 13 avril 1545, les opérations commencent contre Pertuis, et non Mérindol qui est pourtant la localité visée par l’arrêt de contumace. Le 14, les troupes sont à Cadenet. Le 15 a lieu un conseil de guerre. Le 16, c'est l'attaque de Cabrières-d'Aygues, de Pépin-d'Aygues, de la Motte-d'Aygues, de Saint-Martin-de-la-Brasque, et de Cabriette. Surpris dans leurs villages, les vaudois sont massacrés et les maisons pillées et brûlées. Les femmes qui accompagnent les soldats crèvent les yeux des vaudoises avec des aiguilles, les reîtres leur coupent les seins, leurs petites filles sont violées et les plus jeunes enfants meurent de faim sur le cadavre de leur mère. Les blessés, abandonnés sur place, seront dévorés par les loups et par les chiens. Huit cents survivants sont vendus un écu pièce pour galères de Marseille et d' Oppède poursuit sa marche victorieuse, après avoir octroyé deux jours de répit à troupes.

    Le 18, Lourmarin, Villelaure, et Très-Ermine sont attaqués à leur tour, ainsi que, par un autre corps d'armée sur la rive gauche de la Durance, la Roque-d'Anthéon Saint-Estève-de-Janson. Mais les habitants, mis au courant des atrocités commises auparavant, s'enfuient et les soldats doivent se contenter de piller et de brûler.

    Le même jour, à Mérindol, un garçon idiot que l’on trouve est attaché à un arbre et sert de cible aux soldats. Quant aux femmes réfugiées dans l'église, on les abandonne aux charretiers pour qu'ils les violent. Celles qui sont trop vieilles se voient introduire de la poudre dans le vagin et on y met le feu. Après quoi on les précipite du haut d'un rocher, et on achève les survivantes à coups de pierres et d'épées.

    A Lauris, les filles et les femmes de Mérindol que l’on a emmenées sont mises toutes nues, on les fait tenir les mains comme pour une danse et on les fait ainsi aller par la ville autour du château en les battant et en les frappant inhumainement. Enfin, les petites filles de 8 ans sont violées en même temps que leurs mères.

    D’ Oppède, dans le Comtat Venaissin, a pris rendez-vous avec le nouveau légat du pape Antonio Trinulcio. Ils canonnent Cabrières-d’Avignon du 20 au 21. Marron défend la place. Fait prisonnier, il finira brûlé vif à Marseille. Le 21, Cabrières se rend. Des notables sont envoyés en Avignon, mais une grande partie des habitants périront. Dix-huit hommes sont taillés en pièces à coups d'épées et de hallebardes, des femmes sont enfermées dans une grange qui est incendiée. Celles qui sautent par les fenêtres sont reçues sur la pointe des piques et le président d’ Oppède pousse le raffinement jusqu'à faire ouvrir le ventre des femmes enceintes et écraser leur fœtus sous les pieds. Deux cents hommes sont réfugiés dans une salle basse du château ou ils sont maintenus prisonniers avant d'être massacrés.

    Le capitaine Jean de Gaye fait violer publiquement les femmes réfugiées dans l'église puis les fait assassiner. L'une est jetée du haut du clocher. Quelques filles plus jeunes sont emmenées par les soldats qui en abusent également, et quelques enfants, de même que quelques hommes vendus pour les galères. Jean Meynier fait tuer jusqu’aux chats. On évalue à neuf cents le nombre des victimes.

    Le même Jean Meynier, ayant ainsi récupéré les terres vaudoises, fait proclamer que quiconque apporterait secours ou nourriture aux survivants serait passible d'arrestation et verrait ses biens confisqués.

    Les expéditions se poursuivent plusieurs mois durant, à Lacoste, sur le versant nord du Lubéron, par exemple, où malgré les promesses faites de se borner à la destruction des remparts, on procède à de nouveaux massacres Les mères jettent des couteaux à leurs filles du haut des murailles pour qu'elles puissent se tuer avant d'être violées. L'une d'elles, qui a sauté des remparts, et agonise, le sera pourtant dans cet état. A Murs, on asphyxie les vaudois dans une grotte. Partout règne la terreur. On emporte jusqu'aux tuiles des maisons, jusqu'aux clôtures des champs. Il y a au total douze ou treize villages d'incendiés, vingt-deux de saccagés. Il périt encore un grand nombre de personnes, soit de faim soit à cause de leurs blessures et il y a tant cadavres autour du château de la Tour-d'Aygues qu'une épidémie se déclare dans la localité, dont meurent plus de cent habitants. Les gens de Mérindol s'étaient réfugiés dans la montagne. Ils demandent en vain à pouvoir passer en Allemagne. Dans une véritable Assemblée du désert, ils décident alors de poursuivre leur résistance.

    Le parlement condamne deux cent cinquante-cinq vaudois à mort et seize autres pour crime de droit commun ! Quatre cent soixante sont relâchés et quarante-sept abjurent. Six cent soixante-six sont envoyés aux galères. Au total, mille huit cent quarante personnes ont été tuées et mille sont mortes de fatigue. Il faut ajouter les neuf cents victimes de Cabrières dans le Comtat Venaissin. Certains villages tel Très-Ermine, ne seront jamais rebâtis. Les vaudois survivants partent finalement pour Genève et le Piémont.

Le roi, par lettres datées du 18 août 1545, ordonne l'extermination de ceux qui sont en fuite. Les bourgeois sont les premiers à protester contre ces atrocités. Ce sera de la part du roi, une sèche fin de non-recevoir. La Suisse, plus tard, recevra une réponse identique. Une nouvelle intervention de la Suisse et des États protestants de la Ligue de Smalkalde reste sans effet A cette date et malgré des regrets à son lit de mort (le 31 mars 1547), au reste peut-être légendaires, François 1er, même s'il fait libérer les vaudois condamnés aux galères, a choisi la répression[3].

 

SUITES DU DRAME : VERS LES GUERRES DE RELIGION

    Henri II ordonne par contre la révision de l'édit de Mérindol et le président d' Oppède est arrêté en octobre. Les gens du parlement d’Aix sont assignés à se présenter devant la Grand'Chambre du parlement de Paris. Le procès s'ouvre le 20 mai 1548. Jacques Aubery du Maurier demande un an pour préparer son accusation. Il parlera sept journées entières, reprochant à d' Oppède :

- d'avoir souvent écrit au roi pour l'indisposer contre les vaudois ;

- d'avoir retenu les bandes du Piémont en Provence quand elles étaient nécessaires ailleurs ;

- d'avoir excédé les ordres du -roi dans l'exécution de l'arrêt ;

- d'avoir laissé commettre les atrocités de Lacoste ;

- d'avoir défendu de fournir des vivres aux réfugiés.

Mais ses conclusions sont bénignes et d' Oppède est libéré. Polin, commandant des troupes « induit en erreur », est acquitté. Guérin, avocat du parlement d'Aix, accusé de concussion est seul pendu. Le parlement de Paris- ne pouvait que blanchir le parlement d'Aix et plus particulièrement son président !

Mais- le poème du Sac de Cabrières, dont l'auteur est inconnu, retrace à jamais les événements dans leur atrocité [4]  D'Oppède y est stigmatisé en vers vengeurs, lui qui disait : « Qu'ils -ne vivent donc plus ; ils m'enrichissent morts » et qui est décrit comme étant :

"Cette bête puante et de fait et de nom,

Puante -si puant avant qu'elle soit morte,

Que d'un mille la -sentant la femme grosse avorte".

 

Et cependant non seulement Jean Meynier d’ Oppède est gracié, mais il est réintégré dans sa charge le 2 novembre 1553. Trois ans plus tard, le pape Paul IV le fait chevalier de l'Ordre de Saint-Jean-de-Latran, comte palatin et attache ce titre à la nouvelle baronnie d’Oppède. Les jésuites, créés en 1540, portent sur le nouveau baron le jugement suivant:

"Il n'y a pas de meilleur chrétien dans le royaume de France, zélé pour la foi catholique au point de pâtir pour elle infiniment, il n'y a pas plus docte quant à la doctrine. Je vous en supplie, ajoute l'un de ces jésuites écrivant à un confrère, pour l'amour de Dieu, que, dans vos oraisons vous- recommandiez le Premier président et toute sa maison parce qu'à l'occasion il se montrerait toujours favorable à la Compagnie".

La tourmente passée, les survivants se réinstallèrent « en leurs maisons et terres désolées » dit l'Histoire Ecclésiastique. La majorité rentre en 1556. Dès 1530, - les vaudois du Lubéron, comme ceux des Alpes, avaient envoyé deux députés auprès des réformateurs de Suisse et de Strasbourg au sujet d'une union possible avec les Églises protestantes. L'un des députés a été arrêté sur le chemin du retour à Dijon. L'autre a pu s'acquitter de sa mission et l'accord était sur le point d'être conclu lorsqu’intervinrent les tragiques événements. A leur retour, les vaudois du Lubéron rentreront dans le sein de la grande famille protestante. Quatre ans plus tard, ce sera le début des guerres de religion.

Celles-ci vont voir se dérouler d'autres atrocités, comparables à celles dont le Lubéron vient d'être le théâtre et les flammes de Cabrières et de Mérindol annoncent celles qui vont s allumer un peu partout en France et en Europe. Les massacres de Provence sont comme une sinistre préfiguration des événements de toute la fin du siècle et d'une partie du suivant. En même temps, ils constituent un douloureux hommage des vaudois à ceux qu'ils vont rejoindre et comme un résumé de près de quatre cents ans de luttes et de persécutions.


LES VAUDOIS ET LE BON PAPE FRANÇOIS

 

Le pape fait pénitence

Gaël De Santis
Mardi, 23 Juin, 2015
L'Humanité
   

    Pour la première fois, l’Église vaudoise, longtemps persécutée, reçoit un pape dans ses murs.

    C’est une première : un pape dans une Église vaudoise, longtemps victime de persécutions de la part de l’Inquisition. Hier, à Turin, le pape François a envoyé un signal. « De la part de l’Église catholique, je vous demande pardon pour les attitudes et comportements non chrétiens et même non humains que, dans l’histoire, nous avons eus contre vous. Au nom du Seigneur Jésus-Christ, pardonnez-nous ! » a-t-il déclaré depuis le temple du centre de la capitale du Piémont qui n’a été construit qu’après la reconnaissance des droits civils aux Vaudois, en 1848.

    Cette visite est un signal dans le paysage politique et culturel de la Péninsule. Un de plus, après l’encyclique sur l’écologie humaine, la reconnaissance de l’apport de la théologie de la libération, les mesures pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église. Avec sa visite chez les Vaudois, le pape redit son attachement à une « Église qui se tourne vers les pauvres ». Car en Italie, l’Église vaudoise n’est pas n’importe quelle institution. Née au XIIe siècle, quatre siècles avant la réforme luthérienne, pour permettre aux laïques de prêcher en langue vernaculaire, ce courant, d’abord connu sous le nom de « pauvres de Lion »(5) est antérieur au mouvement franciscain dont le pape a tiré son nom. Son initiateur, Pietro Valdo, fut excommunié. Aujourd’hui, cette Église de 26 000 membres en Italie, plutôt progressiste, est très active dans les actions de soutien aux migrants. Elle défend le principe de laïcité dans un pays concordataire et se montre ouverte aux débats sur les questions de la fin de vie, de l’homosexualité et de l’avortement.


à lire également : Retour sur l'histoire des Vaudois au XVI°siècle, la tragédie de 1545... texte de Catherine Beaucourt


[1] Voir H.P. Eydoux : Cités mortes et lieux maudits de France, chapitre IV, Paris, 1959.

[2] Le viguier est un magistrat qui assume des fonctions de police. Cavaillon relève des États du pape. D’Oppède exerce donc ses fonctions au double titre de viguier du Roi et viguier du pape.

[3] Notre histoire passe le plus souvent ces événements sous silence. Il est vrai qu'il en est de même pour le massacre des pastoureaux par Louis IX ou celui des communards par Thiers !

[4] L’œuvre a dû être composée entre 1566 et 1568. Elle a été retrouvée au fond Palatin de la Bibliothèque du Vatican. Elle a été publiée avec une introduction historique par Fernand Benoît et une étude littéraire par J. Vianey. (Marseille, 1927).

(5) il s'agit bien entendu des "Pauvres de Lyon". La bonne foi de notre camarade De Santis aura été surprise. (ou alors "Lion" était alors l'orthographe usuelle de ma bonne ville de Lyon).

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